Basil Zaharoff (en , en russe : Василий Захарофф), de son nom de naissance Vasílios Zacharías () et de son nom romanisé Zacharie Vasiliou Zacharoffcf. Copie du certificat de naissance établi en 1919, base Léonore., né le à Muğla dans l'Empire ottoman et mort le à Monte-Carlo (Monaco), est un aventurier, marchand d'armes et financier grec, ottoman et français(dont la nationalité française, obtenue le 19 février 1898), directeur et président de la société Maxim-Vickers-Armstrong durant la Première Guerre mondiale.
Il a longtemps été la représentation typique du marchand d'armes et du profiteur de guerre, qui parvenait à vendre ses stocks à tous les pays en guerre de par le monde, aux forces de la Triple-Entente en même temps qu'aux forces de la Triple-Alliance entre 1914 et 1918.
Biographie Famille et jeunesse Basil Zaharoff est issu d'une famille de Grecs de Constantinople partie en exil en Russie (où elle adoptera le nom Zaharoff) après les pogroms anti-grecs de 1821, puis retourne en Turquie dans les années 1840 et s'installe en Anatolie dans la ville de Muğla. En 1855, la famille revient à Constantinople où elle réside dans le quartier pauvre de Tatavla.
Basil Zaharoff débute comme guide touristique dans Galata, centre des affaires, mais aussi quartier de prostitution de Constantinople où il est rabatteur de clients, dès l'âge de 11 ans en 1860, pour les prostituées avec lesquelles il fait affairesArte tv/The Lost Ones "Basil Zaharoff, le marchand de mort", puis devient pyromane-pompier et agent de change. Il est accusé de transmettre de l'argent contrefait aux touristes, qui n'y prêtaient pas attention jusqu'à ce qu'ils soient sur un navire, loin de Constantinople.
Difficultés avec la loi Basil Zaharoff apparaît à Londres pour la première fois lors d'une controverse qu'il a en justice à propos d'actions commerciales illégales, impliquant l'exportation de certains biens de Constantinople vers Londres. Il est relâché contre le paiement de à la condition qu'il rembourse au plaignant le litige et reste dans la zone de juridiction de la cour. Il part immédiatement pour Chypre puis Athènes.
Arrivé à Athènes à l'âge de 24 ans, il se lie d'amitié avec le journaliste politique Stéphanos Skouloúdis. Éloquent, il réussit à convaincre Skouloudis de son innocence dans son procès à Londres. Par un coup de chance, un autre ami de Skouloudis, un capitaine suédois, quitte son poste de représentant du fabricant d'armes Thorsten Nordenfelt pour un poste plus important ailleurs. Skouloudis, par son importance politique, peut recommander Basil Zaharoff pour le remplacer ; il est embauché le . Les circonstances politico-militaires dans les États des Balkans, en Turquie et en Russie lui fournissent une excellente occasion pour le jeune vendeur d'armes qu'il est. Chaque État est prêt à payer pour contrer les intentions agressives perçues ou supposées de ses voisins, même après le traité de Berlin de 1878.
Ventes d'armes vignette|Le sous-marin ottoman Abdülhamid (1886), premier sous-marin à tirer une torpille en immersion. Deux sous-marins de cette classe, les Nordenfelt II (Abdülhamid, 1886) et Nordenfelt III (Abdülmecid, 1887) furent achetés par la marine ottomane. Une des ventes les plus importantes de Basil Zaharoff est celle du Nordenfelt I, sous-marin à vapeur construit selon les plans du révérend anglican que les renseignements de la marine américaine considèrent comme susceptible de se déplacer en faisant des « mouvements dangereux et excentriques ». Thorsten Nordenfelt a déjà fait une démonstration de son engin à un congrès international de responsables militaires. Si les puissances majeures n'en veulent pas, les nations plus petites sont intéressées par le prestige apporté par le bâtiment.
Basil Zaharoff vend le premier modèle aux Grecs avec la promesse de modalités de paiement souples. Il convainc alors les Turcs que le premier modèle des Grecs représente une menace et il leur en vend deux. Il persuade alors les Russes du danger significatif de la flotte turque en mer Noire et il leur en vend deux. Aucun de ces sous-marins ne fut jamais vu dans un combat. Dans un test de tir de torpille effectué par la marine turque, le navire devient si instable qu'il coule.
Mitrailleuse Maxim
La personne suivante à entrer dans l'histoire de Basil Zaharoff est l'ingénieur américain Hiram Maxim. La mitrailleuse de Maxim est une amélioration significative par rapport aux modèles de mitrailleurs à main de l'époque. La mitrailleuse de Maxim est certainement meilleure que tout ce qu'a Nordenfelt dans sa gamme à ce moment-là. On pense que Basil Zaharoff a eu une influence sur les événements qui se sont déroulés autour des démonstrations de la mitrailleuse de Maxim entre 1886 et 1888.
Les mitrailleuses de Maxim et de Nordenfelt sont présentées pour la première fois à La Spezia en Italie devant un parterre de personnalités importantes, incluant le duc de Gênes. Les représentants de Maxim ne sont pas présents.
La seconde démonstration se déroule à Vienne. Les représentants sont invités à modifier leurs armes de manière qu'elles puissent fonctionner avec la taille standard des munitions utilisées par l'infanterie autrichienne. Après plusieurs centaines de tirs, les mitrailleuses de Maxim ont commencé à marcher de manière erratique avant finalement de s'enrayer. Quand Maxim prend son arme pour voir ce qui s'est passé, il se rend compte qu'elle avait été sabotée. Mais il est déjà trop tard.
Le troisième essai a lieu également en Autriche, à Vienne et, cette fois, la mitrailleuse de Maxim marche parfaitement. Mais un inconnu réussit à convaincre les responsables militaires qu'elle nécessite une adaptation manuelle, arme par arme, et que pour cette raison la mitrailleuse de Maxim ne pourra jamais être produite en masse, empêchant ainsi la possibilité d'avoir assez d'exemplaires pour une armée moderne.
Nordenfelt et Zaharoff ont triomphé. Maxim, sûr d'avoir un bon produit, cherche un accord avec Nordenfelt, avec Zaharoff comme principal vendeur, disposant d'un taux de commission fort.
Bien que ce fait soit peu documenté, Basil Zaharoff était vu comme un maître dans la corruption et peu d'incidents sont parvenus aux oreilles du public. Cependant, certaines affaires, comme les pots-de-vin versés à l'amiral japonais Fuji suggèrent que beaucoup de choses se passent dans les couloirs. En 1890, l'association entre Maxim et Nordenfelt se termine et Zaharoff choisit de rester avec Maxim. Avec ses commissions, Zaharoff achète des parts de la société jusqu'à ce qu'il puisse annoncer à Maxim qu'il n'est plus un employé, mais un actionnaire aussi important que lui.
En 1897, l'entreprise Maxim est devenue assez importante pour susciter une offre d'achat de la part de Vickers, un des géants de l'industrie de l'armement britannique. L'offre est très honnête en termes de liquidités de la part de la Vickers pour Zaharoff et Maxim. À partir de ce moment et jusqu'en 1911, alors que l'enthousiasme de Maxim décline, l'enthousiasme de Zaharoff et son portefeuille d'actions de la Vickers grandit. Avec le retrait de Maxim, Zaharoff rejoint le conseil d'administration de la Vickers.
La première décennie du est une époque de réorganisation et de modernisation pour beaucoup d'armées européennes. L'Allemagne et le Royaume-Uni mènent tous deux un effort particulier pour améliorer leurs flottes. Basil Zaharoff et la Vickers sont présents, aptes à aider chacune des deux parties. Après sa défaite désastreuse face au Japon en 1905, la Russie doit elle aussi rebâtir sa flotte. Mais la nation est touchée par un fort nationalisme qui exige l'utilisation de l'industrie nationale pour reconstruire. La réponse de Basil Zaharoff est de créer un gigantesque complexe industriel en Russie à Tsaritsyne (Volgograd). L'ouverture des archives du Tsar après la Première Guerre mondiale montre des détails significatifs dans la stratégie de l'industrie de l'armement. Une lettre de 1907 en particulier, écrite par l'usine de Paul von Gontard (une société contrôlée en secret par la Vickers en Allemagne) à un associé de la Vickers à Paris recommande que des communiqués de presse soient transmis à la presse française avec la proposition que la France améliore son armée pour faire face aux dangers de l'armée allemande. Ces articles sont lus au Reichstag et sont suivis par un vote pour l'augmentation des dépenses militaires. Tout ceci avantage Basil Zaharoff.
Première Guerre mondiale Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, les possessions de Basil Zaharoff s'étendent à d'autres zones pour aider son commerce d'armes. En rachetant la société financière L'Union parisienne des banques, principalement impliquée dans des transactions liée à l'industrie lourde, il peut mieux contrôler les arrangements financiers. En étant le principal actionnaire du journal Excelsior fondé par l'homme de presse Pierre Lafitte, il peut vraisemblablement s'assurer de lignes éditoriales favorables à l'industrie de l'armement. Il n'a plus besoin d'autre chose que d'honneurs. Ce qui est fait en créant une maison de retraite pour les marins français qui lui vaut de recevoir la Légion d'honneur. Il fonde ensuite une chaire d'aérodynamique à l'Université de Paris et il est promu officier. Enfin, le (le jour de l'assassinat de Jean Jaurès), Raymond Poincaré le promeut commandeur de la Légion d'honneur.
La branche anglaise de la Vickers produit à elle seule, sur la durée de la guerre, quatre navires de ligne, trois croiseurs, 53 sous-marins, trois navires auxiliaires, 62 bâtiments légers (corvettes essentiellement), canons, 8 millions de commandes d'acier, mines, torpilles, avions et mitrailleuses. En 1915, Basil Zaharoff a des relations très proches avec Lloyd George et Aristide Briand. que lors d'une visite à Aristide Briand, il aurait laissé une enveloppe contenant un million de francs pour les veuves de guerre, sur le bureau de ce dernier.
vignette|La version de la Grande Idée, défendue au traité de Sèvres par Elefthérios VenizélosD'après Πολιτικός και γεωφυσικός Χάρτης της Μεγάλης Ελλάδος με τους Καποδίστρια, Τρικούπη και Βενιζέλο του 2 Μαΐου 1919 (Carte politique et géographique de la grande Grèce avec Kapodistrias, Trikoupis et Venizelos, du 2 mai 1919, Athènes).. Une des tâches de Basil Zaharoff durant la Première Guerre mondiale a été de s'assurer de l'implication de la Grèce du côté des Alliés, qui aurait renforcé le front oriental. Mais ce projet est difficile à réaliser : le roi Constantin est le beau frère du Kaiser Guillaume II (la famille royale de Grèce est d'origine danoise, Georges étant fils de Christian IX; elle est apparentée aux Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glücksburg). En établissant une “agence de presse” en Grèce (Agence Radio) répandant des nouvelles favorables aux Alliés, Zaharoff contribue, en quelques mois, à la destitution du roi Constantin, en , en faveur de son premier ministre, Elefthérios Venizélos.
Plusieurs chercheurs ont écrit sur lui depuis les années 1925-1930 : il a alimenté les conflits en vendant des armes à diverses nations opposées et ennemies. Paul Morand l'a dépeint comme « un splendide aventurier, roi secret de l'Europe »Paul Morand, Journal d'un attaché d'ambassade, 1916-1917, éditions Gallimard, 1963, ., en raison à la fois des nombreux mystères et des zones d'ombre qui entouraient plusieurs périodes de son existence, et des relations internationales qu'il avait su nouer à travers le monde. Il a fréquenté les plus hautes personnalités politiques, comme Elefthérios Venizélos ou Georges Clemenceau, à qui il offre une Rolls-Royce et dont il recrute le fils Michel Clemenceau par l'entremise de Nicolas Pietri, son représentant en France, dans la société Vickers.