L’Institut d’Afrique était une association française créée en 1838L'année de création est inscrite en tête d'une lettre circulaire adressée à des personnalités invitées à devenir membres au cours des années 1860. qui avait pour objectifs d'une part, la promotion de la colonisation et d'autre part, l’abolition de l’esclavage et l’émancipation des esclavesVoir Paule Brasseur, “De l’abolition de l’esclavage à la colonisation de l’Afrique”, Mémoire Spiritaine, no 7, premier semestre 1998, p. 93-107 et Serge Daget, “A Model of the French Abolitionist Movement and its Variations”, Christine Bole et Seymour Drescher, éds, Anti-Slavery, Religion, and Reform, Essays in Memory of Roger Anstey, Folkstone, Dawson-Achon, 1980, p. 75-77.. Création et objectifs L’Institut était la dernière en date d’une série d’institutions créées en France à la fin du siècle et dans la première moitié du pour promouvoir l’abolition de l’esclavage et de la traite des Noirs, telles la Société des amis des Noirs, créée en 1788, la Société de la morale chrétienne, particulièrement active entre 1822 et 1827 et la Société française pour l'abolition de l'esclavage, active de 1834 à 1848.
Cependant, l’Institut se démarquait des sociétés précédentes par sa volonté affichée de lier sa mission philanthropique à l’essor de la colonisation et du commerce. Ses statuts annonçaient clairement ses priorités : « L’Institut est fondé dans le but de concourir à la civilisation et à la colonisation universelle de l’Afrique par l’Agriculture, le Commerce, l’Industrie, les Arts, les Lettres et les Sciences » (Article 1) et de « protéger, d’éclairer et d’émanciper la race africaine » (Article 2)Les statuts de l’Institut se trouvent dans les documents joints à la lettre circulaire mentionnée à la note 1, ci-dessus ; si les documents fondateurs semblent limiter la portée géographique de l’Institut à l’Afrique, en pratique, il s’intéresse à l’esclavage ailleurs, notamment dans les colonies des Caraïbes françaises et d’Amérique latine..
Dès la première livraison de ses Annales, l'Institut annonçait ses intentions :
Faire cesser l'odieux trafic des noirs ; travailler à l'émancipation des esclaves ; introduire en Afrique les lumières du Christianisme et de la civilisation; indiquer aux Deux-Mondes les avantages que le commerce peut retirer de ce vaste continent par des échanges pacifiques, pousser les populations européennes sur cette terre riche de toutes les productions de la nature ; leur indiquer dans leur intérêt et dans celui de l'Afrique les meilleurs moyens pratiques de colonisationAnnales de l'Institut d'Afrique, no 1, 1er janvier 1841, p. 1....
On a noté à cet égard que les objectifs de l’Institut étaient une adaptation française de la théorie britannique des « trois C » : Civilisation, Commerce, ChristianisationBrasseur, « De l'abolition », p. 101. Pour Jean Claude Nardin, l'Institut était une « institution philanthropique et civilisatrice à son origine, qui devint de fait rapidement le support d'une tentative de pénétration commerciale française en Afrique (création de la Compagnie d'Afrique en 1845).Jean-Claude Nardin, « Le Libéria et l'opinion publique en France - 1821-1847 », Cahiers d’études africaines, 1965, vol. 5, no 17, p. 110, note 4; voir également Brasseur, « De l'abolition » », p. 103.». Certains historiens de l'abolition ont jugé sévèrement ce « glissement insidieuxL'expression est de Paule Brasseur, ibid. » vers une plus grande soumission de l'objectif humanitaire aux besoins du commerceVoir en particulier Serge Daget, « A Model of the French Abolitionist Movement and its Variations », Christine Bole et Seymour Drescher, éds, Anti-Slavery, Religion, and Reform, Essays in Memory of Roger Anstey, Folkstone, Dawson-Achon, 1980, p. 76-77.. Cependant, cette tendance n'était pas le seul fait de l'Institut et de ses fondateurs. Bien avant la fondation de l'Institut, elle sous-tendait le discours de bien des partisans de abolition. Ainsi, dès 1835, Larochefoucauld-Liancourt, cofondateur de la Société française pour l'abolition de l'esclavage avait déclaré devant la Chambre des députés : « Je crois que le premier effet de l'abolition de l'esclavage sera de fournir de meilleurs ouvriers aux propriétaires de nos colonies, et par la suite, un plus fort revenuCité par Patricia Motylewski, La Société française pour l'abolition de l'esclavage, 1834-1850, préface de Marcel Dorigny, L'Harmattan, 1998, p. 128. L'autrice ajoute que pour plusieurs élus, « l'esclavage reste un obstacle au développement de la révolution industrielle qui débute en France et à la nouvelle forme de colonisation (moderne) qu'elle induit. L'émancipation des esclaves ne signifie donc nullement la fin du colonialisme mais bien son essor. » (Ibid., p. 128-129).. »
Organisation L'Institut était dirigé par un Conseil supérieur composé du Président, d'un Vice-président, du secrétaire général, du trésorier et de dix-sept membres et des Présidents et Vice-présidents de diverses nations résidant à Paris (Article 16). Un Conseil général, composé de tous les membres titulaires, était convoqué tous les mois (Article 20). Pour faire partie de l'Institut, il fallait être présenté au Conseil supérieur par un membre, ou en faire une demande écrite au Président (Article 21).
Les statuts établissaient six comités, dont un seul pouvait avoir quelque rapport avec le but philanthropique de l'Institut (le Comité des fondations religieuses en Afrique et en Orient). Certains des autres (Arts et manufactures, Commerce, Économie sociale) semblent répondre davantage à l'objectif commercial et colonial de l'Institut (Article 23). L'Institut était également organisé en sections géographiques, qui devaient œuvrer « sous la direction de l'Institut » (Article 1, paragraphes 4-6).
Les membres de l’Institut étaient répartis en quatre classes : les Protecteurs (chefs d’État et de gouvernement, et personnes ayant donné de 500 à 1000 francs à l’Institut), les Bienfaiteurs (qui avaient donné 300 francs), les Présidents et Vice-Présidents d’honneur (qui versaient 25 francs par an ou 250 francs pour une adhésion à vie), et des membres titulaires (qui payaient 20 francs par an ou 200 francs pour une adhésion à vie).
Les premiers présidents de l'Institut furentLa liste se trouve parmi les documents joints à la lettre circulaire mentionnée à la note 1, ci-dessus.: Le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville (1765-1841) Le prince de Rohan-Rochefort Le comte Clausel, maréchal de France (1772-1842) Le duc de Montmorency, pair de France Le vice-amiral Rosamel, pair de France (1774-1848) Le comte Delaborde, député (1773-1842) Le comte de Parsent, Grand d'Espagne
Pendant toute sa période d'activité, le secrétaire général de l'Institut fut Hippolyte de St AnthoineNé à Versailles le 17 février 1806 (AD Yvelines, Versailles, N, 1805 - 1806, 4E 3906) ; Joël Hyppolyte Daniel à la naissance, autorisé à ajouter Saint Antoine à son nom par ordonnance royale no 5385 du 4 juillet 1834, puis Hyppolyte de Saint Anthoine, enfin Hyppolyte de Saint Anthoine, comte de Fleury, ayant acquis ce titre tombé en déshérence par acte notarié du 27 octobre 1855 (voir Marquis de Ruvigny, The Nobilities of Europe, Londres, 1910, p. 305) ; en 1832, âgé d'à peine 26 ans, il publia avec son frère Ernest (son ainé de onze ans) une Biographie des hommes remarquables du département de Seine-et-Oise depuis le commencement de la monarchie jusqu'à ce jour, ..., (parmi lesquels il se rangeait) dans laquelle il énumérait ses premières publications ; il y ajoutait des preuves de sa ferveur révolutionnaire et de son engagement civique, mentionnant entre autres sa présence à Notre-Dame, à la Grève et au pont d'Arcole lors des événements de juillet 1830. Il était membre de la Société française pour l'abolition de l'esclavage et « propriétaire dans les Antilles » (Lawrence C. Jennings, La France et l'abolition de l'esclavage: 1802-1848, André Versaille, éditeur, Bruxelles, p. 330)., médecin, poète et biographe (1806-1891). Le , Antoine Jacques de Chamon, Évêque de Saint-Claude, est nommé Vice-Président.
Parmi les Protecteurs se trouvaient vers 1860Lettre circulaire, note 1, supra. : Le prince de Rohan-Rochefort Le duc de Montmorency, pair de France Sir Henry Pottinger, Baronet Son Exc. Yavir, Paelia Sir , gouverneur de la Guyane Anglaise , à Hyderabad M. Charles de Brettes Le bey de Tunis Le roi de Suède et de Norvège Le roi de Grèce Le général de Santa Anna, président du Mexique , esq. Le prince Georges, prince régnant de Valachie Le général Bulnès, président du Chili Le Logothète et chevalier Constantin Conaky Le major J. Ludlow, à Jeypore, Indes-Orientales Le général sir Charles Napier S. C. B. John F. Thomas, esq., secrétaire du département civil, à Madras Mgr. Louis Maria, vicaire-apostolique de Bombay Le général D. Jose Hilario Lopes, président de la Nouvelle-Grenade Le lieutenant-colonel Le prince Alexandre Souvoroff.
Les listes de nouveaux membres publiées occasionnellement dans les Annales de l’Institut, ainsi qu’une liste de quelque 204 membres et 28 bienfaiteurs diffusée dans les années 1860, donnent un aperçu de la diversité de l'origine des membres. Dans l’ensemble, les membres semblent avoir été composés principalement de personnes occupant un rang élevé dans leurs pays respectifs. Un grand nombre faisaient partie de la noblesse française et européenne ; d’autres occupaient des postes élevés dans les églises, comme évêque, vicaire, etc. Les officiers militaires et diplomatiques étaient également bien représentés. Quant à la répartition géographique, les membres dont la mention permet de connaître l'origine présentent une grande dispersion : Europe, Grande-Bretagne, îles des Caraïbes, Amérique du Nord et du Sud, etc. Paradoxalement pour une institution consacrée au bien-être des Africains, seuls un tout petit nombre de membres paraissent originaires d’Afrique subsaharienneEntre autres, l'abbé Jean-Pierre Moussa, un des tout premiers prêtres catholiques nés en Afrique, Stephen A. Benson, né aux États-Unis, le second Président de la République du Liberia, Hilary R.W. Johnson, né au Libéria, Secrétaire d'État de la République du Liberia, et futur onzième Président de la République, Isaac Louverture, fils de Toussaint Louverture. Mentionnons également le musicien américain d'origine créole Edmond Dédé, qui vivait à Bordeaux ; dans une couverture ornée, il dédia sa cantate Battez aux champs à l'Empereur Napoléon III et se déclara membre titulaire de l'Institut d'Afrique.. Même s’il ne peut être exclu qu’au fil du temps, l’Institut ait inclus davantage de membres d’Afrique subsaharienne, son adhésion au colonialisme aurait rendu l’adhésion peu attrayante pour la plupart d’entre eux.
Actions
Fidèle à sa double mission commerciale et charitable, l'Institut développa des actions dans les deux domaines. Si on en juge par le peu d'échos qu'il reçut dans la presse, il semble que l'Institut ait préféré des modes d'action discrets plutôt que les placer sur la place publique. Ce serait surtout par des échanges de correspondance avec les dirigeants les plus haut placés des pays concernés, correspondance souvent publiée dans les Annales, que l’Institut a poursuivi ses objectifs philanthropiques.
Les Annales de l'Institut d'Afrique