L’affaire Dutroux est une affaire criminelle belge, au retentissement mondial, qui commence en 1996 comme un sujet pour fait-diversiers et devient un séisme politique et judiciaire. Son principal protagoniste est le Belge Marc Dutroux qui a été condamné pour des activités relevant de la pédocriminalité, pour séquestrations, viols et assassinats de fillettes et d'adolescentes, dont Julie et Mélissa, An et Eefje, Sabine et Laëtitia, trois couples de victimes que la réalité des faits laisse indissociables dans la mémoire des Belges.

L'émoi provoqué dans le pays tout entier par des disparitions récurrentes puis par la découverte de deux survivantes, suivi de la difficile compréhension populaire d'un arrêt de dessaisissement de juge, amènent plus de à envahir Bruxelles le . Cette Marche blanche entraine la création d'une commission d'enquête parlementaire qui a confirmé d’inacceptables manquements policiers et judiciaires, ce qui a obligé l'État à de profondes réformes institutionnelles et a débouché aussi sur la création en 1998 de , une fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités.

Contexte L'affaire Dutroux commence dans un pays déstabilisé depuis 1982 par plusieurs affaires criminelles qui ont mobilisé les systèmes policier, judiciaire et politique sans forcément trouver de conclusion qui ont chaque fois secoué la population, créé et entretenu un climat de méfiance quant à l'efficacité de l'appareil répressif.

Le , où une enfant disparue est retrouvée séquestrée avec une autre enlevée plus tôt et où se déclenche bruyamment la procédure contre Marc Dutroux et consorts, va se dérouler allant jusqu'à obliger le Parlement d'avancer au sa rentrée traditionnelle du deuxième mardi d'octobre..

Les faits vignette|gauche|alt=Quelques maisons groupées autour de l'église, entourées de prairies.|Centre du village de Sars-la-Buissière en 2005. Le , deux fillettes âgées de quasiment , Julie Lejeune et Mélissa Russo, disparaissent à Grâce-Hollogne, près de Liège. Le , deux jeunes filles et amies – An Marchal, , et Eefje Lambrecks, – disparaissent à Ostende en Flandre occidentale, à l'autre bout de la Belgique. Le , la pré-adolescente Sabine Dardenne, , disparait à Kain (section de Tournai) en Wallonie picarde et le suivant c'est le tour de Laëtitia Delhez, une jeune fille de , à Bertrix en province de Luxembourg.

L'enquête sur la disparition de la dernière de ces disparues provoque l'arrestation de plusieurs personnes dont, le , un couple : Marc Dutroux, , déjà connu des services de police, notamment pour viols et séquestration sur mineurs entre 1983 et 1985, et son épouse Michelle Martin, , connue également. Les indications et aveux partiels du mari, deux jours plus tard, permettent de découvrir Sabine Dardenne et Laëtitia Delhez, vivantes, dans la cache de la maison dont il est propriétaire à Marcinelle, puis de trouver les corps de ses autres victimes : le , ceux de Julie et Mélissa, mortes de faim et de soif, ensevelies dans le jardin de la maison de Sars-la-Buissière (domicile de Michelle Martin) et, le , les ossements d'An et Eefje, à Jumet, sous le hangar du comparse Bernard Weinstein...

L'enquête a notamment établi qu'il y a eu enlèvements des fillettes et des adolescentes, plusieurs viols, séquestrations et meurtres..

Julie et Mélissa thumb|alt=Stèle en pierre bleue, verticale, fleurie entourée de jardinières fleuries.|« Volez / petites ailes / mes douces hirondelles / Julie et Mélissa ». Mémorial près du pont. Le samedi , après avoir joué dans la maison familiale des Russo, les fillettes obtiennent vers l'accord de Carine Russo, la maman de Mélissa, pour aller brièvement saluer les voitures qui passent sur l'autoroute E42 proche de leur domicile depuis le pont qui la surplombe. C'est le dernier endroit où elles sont localisées vivantes.

Une demi-heure plus tard, Carine Russo s'inquiétant de ne pas les voir rentrer, part à leur recherche à vélo. À , elle reprend des recherches en voiture avec la maman de Julie, Louisa Lejeune. ..

Le , soit après, trois personnes témoignent avoir vu les enfants, dont une septuagénaire qui donne des informations utiles : un homme de taille moyenne, ni jeune ni vieux, a fait monter les fillettes dans sa voiture et est reparti. Elle ne peut préciser la marque du véhicule. Ce seul témoignage utile et crédible mais trop sommaire ne permettra pas de retrouver Julie et Mélissa. Le , les parents Lejeune et Russo organisent une conférence de presse et lancent un appel au ravisseur avec promesse de rester discrets. Tout est mis en œuvre pour retrouver les enfants : distributions d'affichettes avec reproduction de leurs visages souriants côte à côte, articles de presse, informations télévisées. Les parents Lejeune et Russo comme leurs amis se dépensent sans compter ; ils exigent, et obtiennent, du ministre Stefaan De Clerck la création d'une cellule spécialisée dans la disparition d'enfants, qui n'existe pas en Belgique à l'époque..

La disparition des petites suscite une très vive émotion en Wallonie, mais il faudra attendre plus de pour retrouver leurs corps.

thumb|alt=À dr. de la rue les palissades du chemin de fer, à g. la façade de la maison masquée de panneaux portant une fresque : un enfant bras levés tenant un cerf-volant, volant haut dans un grand ciel bleu.|La maison de Marcinelle masquée avant sa démolition en 2022.

Enquêteurs et public apprendront, après l'arrestation de Marc Dutroux et au cours du procès, les circonstances de leur mort. Marc Dutroux les avait enfermées dans une cache et leur procurait de la nourriture. Arrêté le ., il a chargé sa femme Michelle Martin et Michel Lelièvre de nourrir les enfants, ce que ne feront ni l'un ni l'autre. Les raisons de l'épouse ont été données : . Quant à prévenir la police, elle l'a ..

Enquêteurs et public apprendront de même que dans le cadre de cet enlèvement de trois personnes, une perquisition a été menée le au domicile de Marcinelle et que le gendarme René Michaux a entendu un moment des voix enfantines mais a conclu qu'elles étaient celles d'enfants présents sur le trottoir. Ni René Michaux ni ses collègues n'ont découvert la cache où étaient alors, très probablement, Julie et Mélissa..

À son retour de prison en , Marc Dutroux y trouve les petites déshydratées et leur donne à boire tant bien que mal. Julie meurt, il emporte son corps pour le placer dans un congélateur en disant à Mélissa que son amie est à l'hôpital. Mélissa, trop faible pour manger une madeleine entière meurt quatre jours plus tard. L'homme transporte alors les cadavres à Sars-la-Buissière pour les enterrer dans un trou de trois mètres de profondeur creusé à l'excavatrice..

Ces dires sont toutefois contestés par les experts lors du procès car cela est impossible pour des enfants de 9 ans de rester aussi longtemps sans manger ni boire. Il est probable que Dutroux ait menti sur la chronologie afin d'atténuer son implication dans le décès des petites filles.

An et Eefje Le 22 août 1995, alors que Julie et Mélissa ont disparu depuis deux mois, An Marchal et Eefje Lambrecks, Hasseltoises en vacances à Westende avec cinq amis du groupe théâtral Harlekijn de Hasselt, se sont rendues en tram au casino de Blankenberge pour assister au spectacle de l' Rasti Rostelli et s'y sont fait hypnotiser, ce qui les a laissées un peu confuses et fera suspecter l'artiste, un temps, de leur disparition. Ratant le dernier tram de pour rentrer directement à Westende, elles ne prennent que celui de qui les amène à Ostende où leur présence sera attestée par plusieurs personnes. Le lendemain, leurs amis s'inquiètent de voir qu'elles ne sont pas rentrées, contactent la police de Westende puis, le soir, les parents des deux jeunes filles qui déclarent eux-mêmes la disparition à la police de Hasselt..

L'enquête ne révélera qu'en 1996, principalement par les dires de différents accusés, que Marc Dutroux s'est rendu à la côte belge en Citroën CX avec Michel Lelièvre, locataire de sa maison de Marchienne-au-Pont, dans l'espoir de trouver des filles. Ils repèrent une première fois les jeunes filles dans la ville d'Ostende et la deuxième fois alors qu'elles font de l'auto-stop à la sortie de la cité. Embarquées volontairement, An et Eefje sont peu après avec du Rohypnol et de l'Haldol. Suit un voyage chaotique pour ramener les deux victimes à Marcinelle où il les transfère, toujours inanimées, dans sa maison avec l'aide de Michel Lelièvre et où, dénudées, elles vont être enchainées aux montants de lits.

thumb|alt=Un muret surmonté d'une grille protège une pelouse entourée de buissons avec, au centre, un gros rocher dans un bassin.|Le lieu du crime (Jumet). La maison, démolie, a été remplacée par un monument.

Il semble qu'Eefje ait tenté de s'évader à deux reprises mais les propos des accusés n'ont pu être confirmés. En tout cas, prisonnières, violées, elles ne seraient restées que dans cette maison où se trouvaient déjà Julie et Mélissa car la présence simultanée de quatre captives posait problème. Selon Marc Dutroux, contredit par son épouse, Bernard Weinstein aurait, seul, endormi et enterré les jeunes filles à de profondeur à Jumet mais comme cet homme a été lui-même assassiné par Marc Dutroux, fin , les faits n'ont jamais pu être prouvés.

Les autopsies ont établi que vu la perte de poids , les jeunes filles, qui ont été violentées à plusieurs reprises, ont dû être complètement privées d'alimentation et sont probablement mortes de faim autant que d'asphyxie. La date de décès précise n'a pu être établie..

Les funérailles d'An et Eefje se sont déroulées à Hasselt, séparément, la famille d'Eefje Lambrecks ayant choisi la discrétion déjà pendant l'enquête. Elles ont été retransmises en direct par la RTBF..

Sabine Titre du livre publié par Sabine Dardenne en 2004. ; c'était le . Sabine Dardenne part vers en VTT de son domicile à la Résidence du Renard à Kain pour le collège Notre-Dame de la Tombe, à moins de deux kilomètres, dont elle est élève en première année secondaire et où elle doit être à . Le trajet est quasiment en ligne droite et passe sous l'autoroute E42 ; elle y est aperçue à . L'enfant ne revenant pas à la maison en fin d'après-midi, les parents téléphonent à l'école : on ne l'y a pas vue. La gendarmerie est contactée vers .

Comme c'est une enfant un peu rebelle, en tout cas fort indépendante, qui se dispute souvent avec ses grandes sœurs et sa mère., l'hypothèse de la fugue est d'abord envisagée, puis celle d'un enlèvement avec demande de rançon ; on met le téléphone familial sur écoute. . Les recherches vont durer quatre-vingts jours.