Les guerres de Bourgogne opposent de 1474 à 1477 Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, à la Confédération suisse des VIII cantons, au duché de Lorraine et à la Basse-Union, alliés de .

L'origine du conflit est l'arrivée de la puissance bourguignonne en Alsace en 1469 (traité de Saint-Omer), suscitant des réactions hostiles des villes rhénanes, notamment Strasbourg et Bâle, ainsi que des cantons suisses, qui forment la ligue de Constance au début de 1474. La condamnation à mort du bailli bourguignon d'Alsace, Pierre de Hagenbach () et les représailles exercées par son frère à la tête de troupes bourguignonnes entraînent l'intervention militaire des cantons suisses, qui vainquent les Bourguignons lors de la bataille d'Héricourt, première bataille des guerres de Bourgogne.

Le conflit s'achève en par la mort de Charles le Téméraire devant Nancy ; il est immédiatement suivi par la guerre de Succession de Bourgogne (1477-1482), opposant le roi de France à la duchesse Marie de Bourgogne, fille de Charles, et à son époux l'archiduc Maximilien d'Autriche.

Contexte Émancipation des cantons suisses Depuis leur victoire face aux Habsbourg, lors de la bataille de Näfels (avril 1388), les Suisses de la confédération des VIII cantons, formée dans les années 1330-1350, ont affermi leur indépendance et pris le contrôle d'autres territoires, de sorte que leurs rapports avec les Habsbourg sont restés conflictuels.

En 1468, l'archiduc d'Autriche Sigismond de Habsbourg, régent des territoires d'Autriche antérieure (c'est-à-dire les territoires des Habsbourg en Souabe et en Alsace) et du Tyrol, cherche un moyen de se protéger de la menace des Confédérés. Les raisons de Sigismond sont multiples : la principale peut être sa crainte de la Suisse, dont l'armée s'est forgée une solide réputation dans les conquêtes du siècle, ou le fait qu’il cherche à retrouver sa suzeraineté d’antan.

Il tente d'abord de conclure une alliance avec le roi de France , mais celui-ci refuse en raison d’une entre les maisons de France et de Habsbourg. L'archiduc se tourne alors vers le principal ennemi du roi de France, Charles le Téméraire.

Puissance de Charles le Téméraire et conflit franco-bourguignon vignette|gauche|L'État bourguignon du duc Charles le Téméraire.

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne depuis 1467, est à la tête d'un ensemble, dit l'« État bourguignon », à cheval sur la France et sur l'Empire, incluant le duché de Bourgogne, le comté de Bourgogne et plusieurs fiefs des Pays-Bas, allant du comté d'Artois à la seigneurie de Frise.

Par le traité de Péronne (1468) conclu par Louis XI sous contrainte, Charles obtient le contrôle de la Picardie. En 1471, après avoir fait casser le traité de Péronne, Louis XI a lancé une offensive en Picardie. En novembre 1471, Charles le Téméraire se déclare affranchi de la suzeraineté du roi de France, mais sa contre-offensive est marquée par l'échec du siège de Beauvais en 1472.

Entretemps, Charles a conclu avec Sigismond le traité de Saint-Omer (1469).

Causes de la guerre Traité de Saint-Omer (1469) : expansion bourguignonne en Alsace L'archiduc d'Autriche étant ruiné, il cède à la Bourgogne, la Haute Alsace et le Brisgau en gage moyennant une compensation pécuniaire. Le traité de Saint-Omer prévoit un rachat possible par l'Autriche si cette dernière se trouve en mesure de rembourser sa dette. Il stipule également une alliance défensive en cas de guerre. L’État bourguignon devient ainsi le voisin direct des confédérés suisses.

Charles le Téméraire place à la tête de ces nouveaux territoires avec le titre de Landvogt (bailli) un chevalier d'ascendance alsacienne et comtoise, Pierre de Hagenbach (Hagenbach étant une seigneurie du Sundgau).

Politique du bailli Hagenbach en Haute-Alsace Par un certain nombre de mesures commerciales, Hagenbach suscite l'hostilité des villes rhénanes, notamment Strasbourg, ville libre impériale, et Bâle, dirigés par sa bourgeoisie depuis le . En effet, la bailli bourguignon interdit le commerce de grain avec la ville de Bâle.

Ces deux villes sollicitent l’aide de Berne, un des cantons confédérés, qui a alors une grande puissance militaire. Berne accepte cette alliance, car elle craint que les Bourguignons et les Savoyards n'interdisent le passage vers les foires de Genève, accessibles uniquement par pays de Vaud. D'autant que les Bernois ont également des vues sur la plaine vaudoise et la lac Léman.

Berne est alliée à Mulhouse, autre ville libre impériale, qui subit aussi des vexations de la part du bailli Hagenbach.

Projet de royaume de Bourgogne (1473) En 1473, lors de la conférence de Trèves, l'empereur Frédéric III du Saint-Empire accepta d'ériger ses possessions en terre d'empire en un royaume de Bourgogne indépendant. Ce royaume de Bourgogne aurait fait entrer dans sa souveraineté le duché de Lorraine, le duché de Savoie (qui incluait alors le Piémont, la Bresse, le Bugey, le pays de Vaud, Genève), le duché de Clèves, les évêchés d'Utrecht, Liège, Toul et VerdunAnne Le Cam, Charles le Téméraire, un homme et son rêve, éd. In Fine, 1992, 258.. Charles exigea également la souveraineté de la Bourgogne sur les VIII cantons confédérés.. Cependant, l'empereur rompit les pourparlers la veille même du couronnementKlaus Schelle, Charles le Téméraire – La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, traduit de l'allemand par Denise Meunier, Fayard, 1979, 194-200. et s'enfuit de nuit avec son fils Maximilien qui, dans le cadre de l'accord, devait épouser Marie de Bourgogne.

vignette|400px|La Confédération des VIII cantons et ses alliés en 1474.

Formation de la Ligue de Constance (mars 1474)

Cependant, Sigismond est insatisfait de la politique du Téméraire, car celui-ci maintient la paix avec les Confédérés et refuse de leur déclarer la guerre. Sigismond se résigne donc à négocier la paix avec les Suisses, le , à Constance ; ceci doit permettre de mettre fin aux conflits avec les Habsbourg.

Mais à cette occasion, une ligue appelée « Ligue alémanique » (en latin : liga Alamaniae, en dialecte : teütscher pund, en allemand : Deutscher Bund) ou « Ligue de Constance »Charles le Téméraire et la ligue de Constance sur Gallica. se forme contre Charles le Téméraire.

Conclue pour dix ans le à Constance, l'alliance (Basse-Union) d'abord conclue entre les villes de Strasbourg, de Bâle, de Colmar et de Sélestat, est rejointe par les VIII cantons confédérés, Soleure, les évêques de Strasbourg et de Bâle, ainsi que par Sigismond de Habsbourg qui signe ce même traité le .

Le traité ne se résume pas à un simple texte de paix entre les villes du Rhin et Sigismond : les villes avancent au duc, afin que celui-ci puisse racheter les villes et les territoires de la Haute-Alsace hypothéqués au duc de Bourgogne.

En même temps que le « traité de Basse-Union », Sigismond, les villes alsaciennes ainsi que les Confédérés, préparent durant les mois de mars et un traité de « Paix perpétuelle » (signé un peu plus tard, en juin). Ainsi, une ligue se met en place, menée par Berne, Lucerne, Bâle et Strasbourg, et prépare la guerre contre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.

Procès du bailli Hagenbach et ses suites Pierre de Hagenbach est arrêté à Brisach le car les troupes qui le défendaient jusque là se mutinent. Il est jugé par un tribunal formé par les quatre villes impériales du Rhin, et est condamné à mort puis exécuté le .

En , son frère Étienne de Hagenbach vient en représailles ravager la Haute-Alsace avec des troupes bourguignonnes et lombardes.

La Ligue alémanique riposte en envoyant des troupes vers la Haute-Alsace et attaquent Etienne de Hagenbach qui s'est retranché à Héricourt, ville du comté de Montbéliard.

centre|820px|Batailles de la guerre de Bourgogne

Déroulement Bataille d'Héricourt et incursions dans le comté de Bourgogne

Cette bataille oppose les troupes des confédérés suisses, appuyées par celles des villes d'Alsace, et les troupes du duché de Bourgogne (incluant 5 000 mercenaires lombards), d'abord celles retranchées à Héricourt, puis celles de deux armées de secours. Charles le Téméraire, occupé par le siège de Neuss (dans la région de Cologne), n'intervient pas dans cet engagement.

Le , l'armée de la confédération établit le siège d'Héricourt où se trouvent les troupes d'Étienne de Hagenbach. Grâce à un bombardement, une brèche est faite dans la muraille et la reddition est obtenue le .

À ce moment, deux armées de secours se dirigent vers Héricourt, commandées par Henri de Neuchâtel-Blamont (maréchal de Bourgogne) et par Jacques de Savoie avec environ .

Le , leur approche est repérée par les Suisses qui quittent leur camp pour affronter directement les Bourguignons. Ceux-ci sont assez rapidement vaincus, étant en situation d'infériorité numérique.

La proche saline de Saulnot, ressource économique importante de la région, est détruite ..

Au terme de ces événements, les armées de la Basse Association chassent entièrement les bourguignons d'Alsace.

L'année suivante, les confédérés suisses repassent la frontière et dévastent le Haut-Doubs incendiant tout sur leur passage. Ils prennent Pontarlier et Jougne et massacrent leurs garnisons, poussant le duc de Bourgogne à agir.

Conquête du pays de Vaud thumb|left|400px|Le théâtre des guerres bourguignonnes en actuelle Suisse. À l'est la Confédération des VIII cantons (vert), avec principalement Berne, et les territoires des pays alliés et des combourgeoisies (vert clair) de Bienne, Erguël et La Neuveville (Évêché de Bâle : vert pistache entouré vert), Soleure, Valangin, Neuchâtel, Gruyère et Fribourg au centre (rouge entouré en vert), Mulhouse, ainsi que celle de la principauté épiscopale de Sion et des dizains valaisans au sud, au nord-est le duché de Bourgogne (rose), au sud-ouest le duché de Savoie (saumon) et le Genève (violet).

Au printemps et en automne 1475 les Bernois et les Fribourgeois, avec le soutien de Lucerne, prirent le pays de Vaud possédé par le duché de Savoie (saumon), la principauté épiscopale de Lausanne (violet) et la Maison de Chalon (rose foncé : Morat, Grandson, Orbe, Échallens). En août 1475 les Bernois prirent le bailliage savoyard d'Aigle, qu'ils conserveront.

Le 13 novembre les valaisans, avec Berne et Soleure, battent les savoyard à la bataille de la Planta (rouge). Les cantons confédérés vainquent l'armée de Charles le Téméraire à la bataille de Grandson le 2 mars 1476, puis à la bataille de bataille de Morat le 22 juin.

Après que Niklaus von Diesbach et les partisans de la guerre imposèrent leur vue aux modérés en écartant des Conseils Adrian I von Bubenberg, Berne et Fribourg, avec le soutien de Lucerne, se lancèrent à l’assaut du pays de Vaud, en grande partie possession du duché de Savoie, allié de Charles le Téméraire. Au printemps et en automne 1475, seize villes et quarante-trois châteaux furent conquis par les corps francs au cours d'une violente offensive et leurs habitants durent prêter allégeance à Berne et Fribourg. A Morat, Yverdon et Romont, des massacres sont à déplorer et particulièrement à Estavayer où les vaincus sont noyés dans le lac. Genève et Lausanne échappent au massacre en versant des rançons colossales. Le pays de Vaud est ruiné et exsangue.

Ces actions ne plurent guère aux autres cantons qui formèrent en été 1475 une alliance de courte durée contre Berne et sa politique d'expansionnisme. Durant toutes les guerres de Bourgogne, ils motivèrent leurs interventions en vertu de leur devoir d'assistance, et non dans un but de conquête.

Humbert de Cerjat, seigneur de Combremont, de Denezy et de la Molière, gouverneur du pays de Vaud et conseiller personnel de Jacques de Savoie et de Yolande de France, duchesse de Savoie, fut à plusieurs reprises leur ambassadeur auprès de la Confédération des VIII Cantons, mais ne parvint pas à empêcher la guerre de Bourgogne.

Conquête du Bas-Valais