Cet article traite de l'histoire de la Légion étrangère.
Origines La Légion étrangère est créée par ordonnance du par le roi des Français Louis-Philippe, à l'instigation du maréchal Soult, ministre de la Guerre.. Elle rassemble, à cette date, différents corps étrangers de l'Armée française, dont les gardes suisses (issus de la paix perpétuelle signée après la bataille de Marignan), le régiment suisse de la garde royale, et le régiment d'Hohenlohe issu du étranger des armées napoléoniennes. Cette troupe nouvelle est destinée à combattre hors du Royaume (en Algérie).. À l'origine, la Légion étrangère ne peut combattre qu'en dehors du territoire continental du Royaume ; la Première Guerre mondiale sera la deuxième exception car à partir d', la Légion est engagée contre les Prussiens..
La loi du autorise la formation d'une légion d'étrangers en France, et de corps militaires composés d'indigènes et d'étrangers, hors du territoire continental. : . . Pour faciliter l'engagement des étrangers qui, ayant dû quitter précipitamment leur pays, n'ont pas de pièces d'état civil, le législateur autorise les engagements sur simple déclaration d'identité. Ainsi, la loi du et son décret d'application du , contenaient donc les deux principes essentiels qui fondent toujours la particularité de la Légion : le service à titre étranger et la possibilité de servir sous identité déclarée.
Les premiers cantonnements des dépôts de la Légion sont implantés à Langres, Bar-le-Duc, Agen et Auxerre. Les anciens des gardes suisses et du régiment d'Hohenlohe sont placés dans le bataillon. Les et reçoivent les Suisses et les Allemands, le est réservé aux Espagnols et Portugais, le aux Sardes et Italiens, le aux Belges et Hollandais et le aux Polonais. La Légion constitue un moyen très efficace pour retirer les éléments les plus « indésirables » de la société française du . Dans ses rangs, une population interlope où se sont trouvés parfois des meurtriers, des évadés, des mendiants, des criminels de droit commun, mais surtout des immigrés n'ayant que peu d'alternatives pour gagner leur vie en France.
Conquête de l'Algérie (1830-1849) et Guerres carlistes (1835-1839) Ces bataillons viennent rapidement compléter le dispositif et renforcer les troupes françaises de l'armée d'AfriqueRobert Huré, L'armée d'Afrique : 1830-1962, Charles-Lavauzelle, 1977L’armée d'Afrique, Léon Rodier, Institut de stratégie comparée, commission française d'histoire militaire, Institut d'histoire des conflits contemporains.
Le , la Légion étrangère est affectée au gouvernement espagnol afin d'aider Isabelle II pendant la Première guerre carliste.
Nouvelle Légion Le , Louis Philippe décide la création d'une nouvelle Légion étrangère. Le but est de pallier le manque de troupes en Algérie. En 1840, la Légion se scinde en deux régiments.
Second Empire
Crimée (1854-1856) Pendant la Guerre de Crimée, deux régiments étrangers sont débarqués sur la presqu’île de Gallipoli en . Ils forment la Brigade de la Division commandée par le général Carbuccia. Elle participe au siège de Sébastopol.
Campagne d'Italie (1859) Comme l'armée d'Afrique, la Légion participe à la campagne d'Italie. Les deux régiments étrangers, avec le de zouaves, font partie de la de la du corps de Mac Mahon. La Légion s'illustre notamment au cours de la bataille de Magenta le , et également le contre les Autrichiens au cours de la bataille de Solférino. Les pertes sont sévères et l'on compte parmi les morts le colonel de Chabrière, chef de corps du étranger. En remerciement, la ville de Milan décernera en 1909 la médaille de la ville aux et étranger.
Expédition du Mexique (1863-1867) vignette|220x220px|Monument aux morts à Agde (34), commémoratif de la bataille de Camerone (Mexique). Initialement, la Légion ne devait pas participer à l'Expédition du Mexique. Mais une pétition de ses officiers adressée au ministre de la Guerre eut pour effet d'envoyer le régiment étranger au Mexique, quoique ces officiers fussent punis par la suite. Le régiment arrive le et se voit alors confier la tâche ingrate d'escorter des convois entre Veracruz et Puebla. La compagnie s'illustre le au cours du combat de Camerone qui reste dans l'histoire de la Légion comme l'illustration du sacrifice suprême au nom de la parole donnée.
Le régiment, réorganisé en en 1864 se déplace ensuite vers les Terres chaudes. Parallèlement, le dépôt du régiment quitte temporairement Sidi bel-Abbès pour Aubagne afin de faciliter le recrutement et l'envoi de renforts au Mexique. De à , les unités du régiment participent au siège d'Oaxaca.
Le , les et compagnies du livrent un combat comparable à celui de Camerone. Sous les ordres du capitaine Frenet, les encerclés dans l'hacienda de lIncarnacion résistent victorieusement durant à plus de . Total des pertes dans l’expédition du Mexique : , et . D'après l'accord passé avec l'empereur Maximilien, la Légion étrangère devait passer au service du Mexique. Avant que l'aventure française au Mexique ne tourne au désastre, la Légion rentre en France en .
Guerre franco-allemande Le , la guerre franco-prussienne éclate entre la France et la Prusse. Cette guerre se déroule sur le sol de France, où la Légion ne devrait pas intervenir. Par ailleurs, on ne peut pas demander aux légionnaires allemands de se battre contre leur pays. Mais la situation est si critique que le gouvernement fait appel aux troupes d’Afrique.
Deux bataillons sont formés pour servir en métropole. Les légionnaires allemands, le drapeau du régiment et la musique restent, eux, à Sidi bel-Abbès. Pendant ce temps, un est créé sur le sol national pour incorporer les étrangers qui veulent servir leur patrie d'adoption. Celui-ci se distingue particulièrement pour sa vaillance lors de la bataille d'Orléans le . Les bataillons arrivés d’Algérie se fondent avec les rescapés des combats d’Orléans, mais ils connaissent la défaite avec l’armée de l’Est. Les hommes de la Légion étrangère ont également contribué à la défense héroïque de Belfort. Ce qui reste de l'unité participe à la répression de la Commune de Paris en avril et . Le , le régiment étranger de marche formé pour la circonstance cesse d'exister. Ses éléments reprennent le chemin de l’Algérie.
Conquêtes coloniales La Légion participe aux conquêtes coloniales, en Indochine, au Dahomey, au Soudan, à Madagascar et dans le Grand Sud Oranais.
Tonkin (1883-1885) vignette|157x157px|Bannière des Pavillons noirs, capturée par l'armée française à Hoa Moc () et exposée au Musée de l'Armée (Paris). Le , les légionnaires débarquent au Tonkin. Ils participent aux colonnes de l’amiral Courbet qui lutte contre les Pavillons noirs. Le , les légionnaires accomplissent leur premier fait d'armes en terre asiatique en prenant la citadelle de Son Tay. Renforcés par le à partir de , les légionnaires s'emparent de la forteresse de Bac Ninh.
Du au , la citadelle de Tuyen Quang, défendue par une majorité de légionnaires sous les ordres du commandant Dominé est assiégée. Le , les et du étranger arrivent au Tonkin et sont intégrés au Étranger. Le tient une place particulière lors de la prise de Lang Son le . Le du Étranger, débarqué à Formose en combat les Chinois sur place jusqu'à l'armistice franco-chinois du . Il rejoint ensuite son corps au Tonkin. Après la conquête, vient la phase de pacification qui, comme en Algérie est une lutte permanente contre les bandes armées.
Dahomey (1892-1894) En 1892, le roi Béhanzin menace le comptoir de Porto Novo et la France décide d'intervenir. Un bataillon étranger de marche est constitué à partir de deux compagnies du Étranger et de deux autres du . Il est placé administrativement sous le commandement de ce dernier. Le commandant Faurax en prend la tête. De Cotonou, les légionnaires doivent s'emparer d’Abomey, la capitale du mutin. Deux mois et demi sont nécessaires pour atteindre la cité au prix de combats répétés contre les soldats, et surtout les amazones du roi. Celui-ci capitule et il est capturé par les légionnaires en .
Soudan français et Niger (1892-1894) vignette|225x225px|Bonifacio, monument élevé à la mémoire des légionnaires tombés au service de la France - Campagnes du Sud-oranais (1897-1902).
Une compagnie de marche est formée par le Étranger et transportée à Kayes afin de soumettre les sultans Ahmadou et Samory Touré. Une fois sa mission accomplie avec succès, la compagnie est dissoute à son retour à Saïda le .
Un bataillon de marche constitué de deux compagnies des deux régiments étrangers est créé au début de l'année 1894 pour pacifier le Niger. La victoire des légionnaires à la forteresse d'Ouilla et les patrouilles de police dans la région accélèrent la soumission des tribus. Mais 51 légionnaires doivent y être hospitalisés en raison de maladies tropicales notamment la dysenterie.
Madagascar (1895-1905) En 1895, un bataillon de marche, formé par les et est envoyé à Madagascar afin de participer au corps expéditionnaire qui a pour mission de réduire l'insurrection de résistance à l'occupation et à la colonisation française. Le bataillon étranger forme alors le fer de lance de la colonne lancée sur Tananarive. Mais si les combats sont de faible intensité, ils laissent 226 de leurs morts sur la Grande Île, dont à peine un dixième pour faits de guerre. Les autres, comme une grande partie du corps expéditionnaire, meurent des conditions climatiques et des maladies tropicales. Le bataillon rentre en Algérie en . Mais dès 1896, le général Gallieni, appelé à réduire une deuxième insurrection malgache, demande à partir avec afin de pouvoir « mourir convenablement » le cas échéant. Un nouveau bataillon de marche est donc formé pour cette expédition. Des renforts suivent car les opérations de « pacification » durent jusqu'en 1905. Là encore, l'ennemi le plus redoutable est la fièvre.
Reprise du recrutement allemand Le recrutement allemand reprend au début des années 1890. Il alimente les critiques des milieux nationalistes et pangermanistes qui lancent des campagnes de presse hostiles à l’égard de la politique militaire de la France et de l’emploi de la Légion en particulier.
Première Guerre mondiale Lors de l'entrée en guerre de la France est lancé l'appel de Canudo pour inciter les étrangers présents en métropole ou dans les colonies, à rejoidre les rangs de la Légion. Au total, ce sont plus de de s'engagent. . droite|vignette|Drapeau du RMLE en 1917 tenu par le lieutenant colonel Rollet. A gauche l'adjudant-chef Max Mader (1880-1947), « héros légendaire » du RMLE. À la suite des nombreuses pertes subies par ces unités et au retour de la plupart de ces premiers engagés dans leurs pays d'origine, le commandement décide, le , la création du RMLE : régiment de marche de la Légion étrangère ; sur le front français, celui-ci est engagé en Artois, dans la Somme et à Verdun. Avec le RICM, le RMLE, commandé à partir de 1917 par le lieutenant-colonel Rollet, sera, avec neuf citations à l'ordre de l'armée, le régiment le plus décoré de France.
La Légion fournit en outre un bataillon qui, avec deux autres bataillons de zouaves et de tirailleurs algériens, constitue le RMA, régiment de marche d'Afrique, qui combat à Gallipoli (1915) et rejoindra l'armée d'Orient sur le front de Salonique (1916-1918). C'est lors de ce conflit que l'adjudant-chef Léon, seul gradé rescapé, prendra le commandement de sa compagnie, puis à Salonique il sera contraint de commander le bataillon avec le grade de sous-lieutenantESS de l'intéressé - Répertoire des titulaires de la Légion d'honneur (site Légion d'honneur). Au total, plus de trouvent la mort sur les champs de bataille de France ou des Balkans. À titre d'exemple, le RMLE perd à lui seul tués, dont , et .
Entre-deux-guerres
Légionnaires allemands (1919-1939)