(« L'Origine des Oiseaux ») est un premier résumé sur l'évolution des oiseaux écrit en 1926 par Gerhard Heilmann, un artiste danois et zoologiste amateur. L'ouvrage est né d'une série d'articles publiés entre 1913 et 1916 en danois et, bien que réédité sous forme de livre, il a surtout été critiqué par des scientifiques reconnus et n'a guère suscité d'intérêt au Danemark. Cependant, l'édition anglaise de 1926 est devenue très influente à l'époque en raison de l'ampleur des preuves synthétisées et des illustrations utilisées pour étayer ses arguments. Elle est considérée comme une référence sur le sujet de l'évolution des oiseaux pendant plusieurs décennies après sa publication.

Au cours des recherches présentées dans le livre, Heilmann envisage et finalement rejette la possibilité que tous les groupes de reptiles vivants et plusieurs groupes éteints soient des ancêtres potentiels des oiseaux modernes, y compris les crocodiliens, les ptérosaures et plusieurs groupes de dinosaures. Bien qu'il reconnaisse que certains des plus petits théropodes du Jurassique présentent de nombreuses similitudes avec Archaeopteryx et les oiseaux modernes, il estime qu'il est peu probable qu'ils soient des ancêtres directs des oiseaux et qu'il s'agit plutôt de ramifications étroitement apparentées, et conclut que ces similitudes sont le résultat d'une évolution convergente plutôt que d'une ascendance directe. En se basant essentiellement sur un processus d'élimination, Heilmann arrive à la conclusion que les oiseaux doivent descendre des thécodontes, un groupe d'archosaures ayant vécu au Permien et au Trias. Bien que cette conclusion se soit révélée inexacte par la suite, est considéré comme un ouvrage magistral à l'époque et fixe le programme international de recherche sur l'évolution des oiseaux pendant près d'un demi-siècle, et une grande partie de ses recherches reste d'actualité.

Contexte gauche|vignette|259x259px|Premier spécimen d’Archaeopteryx. Lorsque Heilmann commence ses recherches au début des années 1900, l'oiseau primitif Archaeopteryx n'est connu que par trois fossiles trouvés dans les carrières de calcaire de Solnhofen, près d'Eichstätt, en Allemagne. Ces trois fossiles sont constitués de deux squelettes presque complets découverts en 1861 et 1877, et d'une seule plume datant de 1860. Ils sont découverts quelques décennies seulement après la découverte des dinosaures, et comme certains dinosaures ressemblaient un peu à des oiseaux, l’Archéoptéryx est considéré comme un possible « chaînon manquant » entre les reptiles et les oiseaux par de nombreux paléontologues de l'époque.

Les similitudes entre Archaeopteryx, les dinosaures connus et les oiseaux modernes sont examinées. Thomas Huxley défend l'idée qu’Archaeopteryx et les oiseaux modernes ont plus en commun avec les dinosaures théropodes qu'avec n'importe quel autre groupe d'animaux. À l'époque, cette idée s'oppose à celle de l'anatomiste Sir Richard Owen, du British Museum, qui considère qu’Archéoptéryx n'est pas différent des oiseaux modernes d'un point de vue taxonomique. Les travaux de Huxley sont controversés et ce climat d'incertitude et de contestation sur l'origine des oiseaux perdure jusqu'au début du .

Alors que la paléontologie s'intéresse au lien (ou à l'absence de lien) entre les dinosaures et les oiseaux, le problème de l'évolution du vol fait également l'objet d'un examen approfondi. Il est observé qu'un certain nombre d'animaux dotés d'une capacité modérée de vol ou de vol plané, tels que les chauves-souris, les lézards volants et les écureuils volants, ont un mode de vie arboricole. Cela conduit à l'idée que les ancêtres des oiseaux ont dû progressivement acquérir la capacité de voler en sautant entre les branches au sommet des arbres. Le paléontologue hongrois Franz Nopcsa propose une autre hypothèse en 1907, affirmant que les ancêtres des oiseaux étaient des animaux bipèdes à course rapide, apparentés aux dinosaures théropodes. Lorsque Heilmann arrive sur la scène paléontologique, ces deux séries de théories contradictoires servent de cadre à ses recherches et à ses conclusions finales.

Publication vignette|Autoportrait de Gerhard Heilmann de 1902. Entre 1913 et 1916, Gerhard Heilmann publie une série d'articles dans le journal de la Dansk Ornitologisk Forening (Société ornithologique danoise), tous très illustrés et traitant de la question de l'origine des oiseaux. Il propose pour la première fois l'idée d'un traité de vulgarisation sur l'évolution des oiseaux en 1912 à (1866-1942), alors rédacteur en chef du journal de l'Association Ornithologique Danoise. Helms soutient l'idée, mais recommande à Heilmann de demander d'abord l'avis d'un professionnel sur le sujet. Malgré l'absence de formation formelle en zoologie, Heilmann réussit à rassembler ses recherches avec l'aide de plusieurs autres personnes, dont l'expert en animaux préhistoriques du , Herluf Winge, et le biologiste D'Arcy Wentworth Thompson de l'université de Dundee. Winge, bien qu'ayant initialement montré de l'intérêt pour les travaux de Heilmann, s'est par la suite révélé être une source de frustration en refusant de discuter en profondeur avec Heilmann de diverses questions scientifiques. Heilmann finit par rompre le contact, exprimant une certaine amertume face à cet apparent changement d'avis, qu'il attribua plus tard à la croyance de Winge dans le lamarckisme.

Les articles originaux de Heilmann sont publiquement ignorés par les zoologistes danois, mais provoquent des troubles considérables en coulisses. Le zoologiste danois Robert Hutzen Stamm (1877-1934), par exemple, se moque de Heilmann dans des lettres privées adressées à Helms peu après la publication de son premier article. D'autres zoologistes danois expriment également et ouvertement leur mépris pour les travaux de Heilmann, notamment les professeurs de zoologie de l'université de Copenhague (1855-1935) et (1854-1917). Malgré cela, Helms continue de soutenir Heilmann et ses idées, qui commencent à attirer l'attention de l'étranger. En , l'expert américain en oiseaux fossiles Robert Wilson Shufeldt (1850-1934) tombe par hasard sur le premier article de Heilmann. Shufeldt, qui est marié à une Norvégienne, comprend quelques mots de danois et peut lire le travail de Heilmann, avec qui il prend contact peu après. Cela ouvre à Heilmann la possibilité d'une correspondance internationale avec d'éminents paléontologues, ce qui contribue à la reconnaissance de ses travaux en dehors du Danemark.

Les articles de Heilmann sont ensuite rassemblés et publiés sous forme de livre en danois en 1916, sous le titre, comme dans sa série, (« Nos connaissances actuelles sur l'origine des oiseaux »). Cette publication rencontre le même manque d'intérêt et il est supposé que c'est le résultat de la publication en langue danoise, qui la rend inaccessible à de nombreux scientifiques travaillant aux États-Unis et dans une grande partie de l'Europe. Le domaine de la paléontologie est alors dominé par des scientifiques américains et anglais, et la discipline en Europe continentale est dominée par l'Allemagne et, dans une moindre mesure, par la France.

En conséquence, et à l'instigation de Shufeldt, Heilmann consacre une grande partie des années suivantes à essayer de trouver un éditeur en langue anglaise, disposé à entreprendre une traduction de son œuvre. Aucun des grands éditeurs qu'il contacte, ne sont disposés à le faire, à moins que Heilmann lui-même ne soit prêt à financer la traduction, ce qu'il n'est pas en mesure de faire. Entre-temps, Heilmann profite de l'occasion pour réviser et améliorer son manuscrit, qui inclut les informations qu'il a acquise en examinant le spécimen berlinois d’Archaeopteryx pour la première fois en 1923, à l'invitation de Josef Felix Pompeckj, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Berlin. L'examen en personne de cet important spécimen permet à Heilmann d'ajouter quelques détails supplémentaires et de réviser sa compréhension de la hanche, du crâne et des plumes de vol. Avec l'aide du paléontologue anglais Arthur Smith Woodward (1864-1944) du British Museum, il réussit finalement à trouver un petit éditeur londonien disposé à produire une version anglaise de son manuscrit en 1926.

Éditions Alors que la plupart des documents originaux sont publiés dans le journal de l'Association Ornithologique Danoise entre 1913 et 1916, la première version anglaise du livre est publiée à Londres en 1926 par H. F. & G. Witherby. Elle est publiée aux États-Unis l'année suivante par D. Appleton & Company. Le livre est réimprimé en 1972 par Dover Publications, Inc, le seul changement étant la reproduction en niveaux de gris de plusieurs illustrations publiées à l'origine en couleur.

Les éditions anglaise et danoise diffèrent sur plusieurs points importants. L'édition anglaise est un peu plus courte et plus concise, et inclut des informations plus récentes que Heilmann a acquises en étudiant les véritables fossiles d’Archaeopteryx à Berlin, ainsi qu'auprès de scientifiques étrangers qui lui ont envoyé des photographies et des moulages en plâtre. Elle contient également un langage beaucoup moins dur à l'égard de Boas et d'autres personnes avec lesquelles il n'est pas d'accord. Curieusement, l'édition anglaise ne contient pas les séquences de transformation inspirées par D'Arcy Thompson, bien que Heilmann reconnaisse encore brièvement l'utilisation de ses méthodes pour développer son .

L'ouvrage est resté inédit dans les pays francophones.

Plan du livre Le livre de Heilmann est divisé en quatre parties principales. Les trois premières présentent les preuves de l'évolution des oiseaux à partir des archives fossiles, des embryons d'oiseaux et d'autres animaux et oiseaux vivants. La quatrième partie, la plus novatrice, examine plusieurs groupes d'animaux éteints afin de déterminer l'origine probable des oiseaux modernes.

Première partie - Dans la première partie, « Quelques oiseaux fossiles », Heilmann examine avec un luxe de détails les restes fossiles de plusieurs oiseaux éteints, dont Hesperornis, Ichthyornis, Archaeopteryx et « Archaeornis », nom couramment utilisé à l'époque pour le spécimen de Berlin, dont on pensait alors qu'il représentait un genre à part entière. Tout au long de cette section, le lecteur trouve de nombreux rendus finement détaillés et étiquetés de différentes parties de l'anatomie du squelette de ces oiseaux, ainsi que d'autres groupes de reptiles éteints et de certains oiseaux modernes. Le souci du détail dont fait preuve Heilmann dans ses œuvres est inspiré, du moins en partie, par son insatisfaction à l'égard des représentations anatomiques de ces animaux dans les ouvrages savants de l'époque, qu'il juge « peu satisfaisantes » et « contenant des erreurs trompeuses ». gauche|vignette|Comparaison entre le squelette d’Archaeornis (le spécimen d’Archaeopteryx à Berlin) et un pigeon moderne, illustration de Heilmann.