Les procès consécutifs à l'assassinat de Samuel Paty se tiennent fin 2023 et 2024, afin de juger un total de 14 accusés. Un premier procès se tient devant le Tribunal pour enfants de Paris, qui condamne six collégiens, dont la jeune adolescente reconnue coupable de dénonciation calomnieuse contre le professeur d'histoire-géographie, désigné à tort comme islamophobe. Le , cinq autres collégiens sont reconnus coupables d'association de malfaiteurs en vue de préparer des violences aggravées, ayant aidé contre rémunération l'assassin à repérer sa victime.

À partir de , huit adultes sont jugés à leur tour devant la Cour d'assises spéciale de Paris. Deux amis de l'assassin sont poursuivis pour complicité d'assassinat et risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Les six autres sont poursuivis pour associations de malfaiteurs terroristes, dont deux pour avoir lancé une campagne de harcèlement en ligne contre le professeur, ayant inspiré l'attentat, dont le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. Les quatre autres prévenus sont accusés d'avoir conforté l'assassin dans son projet. La plupart clament leur innocence.

Faits

vignette|La rue du Buisson-Moineau à Éragny-sur-Oise, Lieu de l'assassinat.

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, est assassiné par arme blanche et décapité peu après être sorti de son collège de Conflans-Sainte-Honorine. L'assassin, Abdoullakh Anzorov, est un réfugié russe d'origine tchétchène. Il est abattu par la police quelques minutes après l'attentat.

Dix jours auparavant, Samuel Paty montre deux caricatures de Mahomet issues du journal satirique Charlie Hebdo lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d'expression avec ses élèves de quatrième. Cela provoque la colère du père d'une élève de l'enseignant qui n'était pourtant pas présente au cours incriminé. Celui-ci, ainsi que le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, publient alors sur divers réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils insultent Samuel Paty. Son nom et l'adresse de l'établissement scolaire où il exerce sont divulgués sur les réseaux sociaux. Les vidéos ainsi diffusées prennent un aspect viral, suscitant de nombreux messages haineux à l'encontre de l'enseignant, jusqu'à la perpétration de l'assassinat.

Procès des collégiens En , six adolescents tous collégiens et mineurs au moment des faits sont jugés à huis clos par le tribunal pour enfants de Paris pour leur implication dans l'assassinat. Les accusés reconnaissent les faits en question. Une adolescente âgée de 13 ans au moment des faits, a été jugée pour avoir accusé à tort le professeur d’islamophobie, alors qu'elle était absente du cours du professeur ayant déclenché la polémique. Elle a été condamnée à 18 mois de sursis probatoire pour dénonciation calomnieuse.

Les cinq autres prévenus, âgés alors de 14 à 15 ans, le sont pour association de malfaiteurs en vue de préparer des violences aggravées, notamment pour avoir surveillé les abords du collège et désigné Samuel Paty à l’assaillant, contre rémunération, une cinquantaine d'euros par personne. Les condamnations vont de 14 à 18 mois avec sursis pour quatre d'entre eux, elle est de 24 mois dont 6 mois fermes aménagés avec port de bracelet électronique pour le cinquième, qui a désigné Samuel Paty à son assassin contre rémunération.

Premier procès des adultes Les accusés Azim Epsirkhanov

Azim Epsirkhanov est né le en Russie d'une famille musulmane originaire de Tchétchénie. Sa famille est touchée par la première et seconde guerre de Tchétchénie, son père ayant servi en tant que soldat et son grand-père policier. En 2010, le père est enlevé et violenté par des hommes du président tchétchène Ramzan Kadyrov durant dix jours, dans des circonstances qui restent flouesProcès de l’assassinat de Samuel Paty : les troublantes personnalités de deux amis du tueur sur Le Point, le 6 novembre 2024. Sa famille se réfugie en France en , peu avant son dixième anniversaire. Son père « ne veut pas lui expliquer les motifs du départ de la famille ». Avant de s'installer dans l'Eure, la famille vit dans des logements précaires à Torcy et Noisy-le-Grand, en région parisienne. Elle rejoint ensuite Vernon puis Saint-Marcel avant de trouver un logement stable en 2019, un appartement social dans le quartier de la Madeleine d'Évreux. Travaillant au noir en tant que mécanicien et roulant sans permis de conduire valable en France, le père est arrêté à plusieurs reprises et incarcéré pour ce motif. Il est présent en situation irrégulière sur le sol français. Après une période d'inactivité, sa mère trouve un travail et finit par obtenir un titre de séjourProcès en direct - jour 2 sur tf1info.fr, le 5 novembre 2024.

Azim doit souvent s'occuper de ses quatre petits-frères et sœurs, tous bien plus jeunes que lui, le plus âgé étant né peu avant leur fuite de Russie, et les trois autres en France. Lors de sa sixième au collège Pablo-Neruda d'Évreux, il rencontre le futur assassin de Samuel Paty, tchétchène également, et se lie d'amitié avec lui. Il connait une scolarité marquée par un manque de travail et des problèmes de comportement, mais obtient un baccalauréat professionnel option commerce en . Il explique avoir été beaucoup soutenu par ses professeurs, qui lui reconnaissent de l'intelligence et une certaine maturité. Il entreprend ensuite un BTS en commerce et s'installe dans un appartement loué par sa compagne, convertie à l'islam. Il enchaine les petits métiers pour aider sa famille : arbitre de football, serveur et préparateur de commande. Il se voit proposer une alternance chez Darty peu avant l'assassinat de Samuel Paty. Il emménage avec sa petite amie à RouenProcès de l’assassinat de Samuel Paty : entre violence et naïveté, les personnalités des deux amis du tueur examinées sur Libération, le 5 novembre 2024.

L'accusé a plusieurs mentions dans son casier judiciaire. Il est notamment condamné à des travaux d’intérêt général pour des violences commises avec Anzorov, ainsi que conduite sans permis et rébellion. Il est poursuivi pour complicité d'assassinat terroriste sur la personne de Samuel Paty, pour avoir accepté 800 euros de la part de l'assassin pour lui procurer une arme à feu. Il échoue à l'obtenir mais accompagne l'assassin acheter un couteau, l'un des deux qui seront retrouvés sur le terroriste. Il conteste avoir eu connaissance du projet de son ami. Il est placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Villepinte.

Naïm Boudaoud vignette|Golf VII blanche, similaire à celle qui a convoyé l'assassin de Samuel Paty jusqu'à son collège. Naïm Boudaoud est né le à Évreux d'une famille franco-algérienne. Ses parents ont grandi dans l'Eure et y ont construit une maison. Diplômés, ils travaillent en tant que fonctionnaires territoriaux, la mère dans une mairie et le père est responsable d'une cantine scolaire. Ils divorcent alors que Naïm est âgé de dix ans et sa mère quitte le domicile familial ; les parents se partagent la garde de leurs deux enfants. Décrit comme introverti, Naïm est soutenu par ses deux parents. D'abord normale malgré quelques perturbations des cours, sa scolarité devient plus compliquée à partir du lycée professionnel. Il sèche des cours et échoue à décrocher son BEP, option bâtiment et construction. Il finit toutefois par obtenir un baccalauréat et s'inscrit en BTS.

Naïm est exclu de son collège à deux reprises pour sortie non autorisée et violences sur un élève. Il est arrêté deux fois par la police, pour refus d'obtempérer et vol de portable. Il se rapproche d'Azim Epsirkhanov qu'il considère comme un « grand-frère » et un « protecteur ». Celui-ci accepte effectivement de lui venir en aide, peu après qu'il a été victime d'une agression. Alors que Naïm connait une situation matérielle plus favorable que ses amis, il rend souvent des services et sait se montrer généreux. Détenteur d'un permis de conduire, il est ainsi le seul à posséder une voiture, une Golf VII achetée un mois avant les faits. Il rencontre le futur assassin de Samuel Paty en compagnie d'Azim dans une salle Basic Fit à Évreux, en aout 2019. Lors de son enquête de personnalité, l'accusé explique que lui et sa famille ont une pratique religieuse modérée et sont peu pratiquants. Il est par ailleurs en couple avec une chrétienne. Il est poursuivi pour complicité d'assassinat terroriste, pour avoir accompagné Anzorov acheter l'un des couteaux du crime et surtout pour l'avoir véhiculé jusqu'au collège du professeur. Les enquêteurs considèrent qu'il ne pouvait pas ignorer la radicalisation d'Anzorov, à l'instar d'Azim. Il conteste avoir eu connaissance du projet de son ami et est placé en détention provisoire à la maison d'arrêt d'Osny.

Brahim Chnina Brahim Chnina est né le à Oran en Algérie et fait partie d'une fratrie de sept. Son père arrive en France la même année et lui le rejoint à l'âge de 10 ans. Deux ans plus tard, on lui diagnostique le syndrome SAPHO. Affecté par la séparation de ses parents, il a une scolarité fragile et manque son baccalauréat. Il enchaîne les petits boulots (manutentionnaire, vendeur, chauffeur) et sera condamné à 7 mois de prison pour avoir transporté 50 kilogrammes de cannabis. Il souffre alors d'addiction au cannabis et à l'héroïne. Il est cofondateur d'une association d'aide aux personnes handicapées, tandis que l'un de ses frères est invalide. Il est père de six enfants, toutes des filles, la première étant née en 2000. Il rencontre d'importante difficultés dans son couple et est interné en psychiatrie en 2009 et 2010 pour cette raison. Il y fait une tentative de suicide.

Il est décrit par l'enquête de personnalité comme ayant une pratique religieuse soutenue mais ouverte, n'ayant notamment pas de problème pour travailler avec une femme et la plupart de ses filles ne portent pas le voile. Il alerte les autorités quand l'une de ses demi-sœurs rejoint Daech en Syrie. Elle est internée dans un camp à la défaite du « califat » puis rapatriée en France en 2022Procès Samuel Paty : Le père de la collégienne a des « regrets » mais ne reconnaît pas les faits reprochés sur 20 minutes, le 6 novembre 2024.

Brahim Chnina est le père de l'adolescente condamnée pour dénonciation calomnieuse contre Samuel Paty. Poursuivi pour association de malfaiteurs terroristes, il est accusé d'avoir lancé une campagne de cyber-harcèlement contre Samuel Paty dans deux vidéos du 7 et . Il donne notamment le nom complet du professeur et son collège. Entre le 9 et le , il entre en contact téléphonique avec le futur assassin à neuf reprises. Incarcéré à la prison de Fresnes, il conteste les faits reprochés.

Abdelhakim Sefrioui

Abdelhakim Sefrioui est né le à Fès au Maroc. Il a quatre frères et sœurs, qui ont tous des emplois qualifiés mais dont aucun ne vit en France. Il quitte son pays natal peu après avoir obtenu son baccalauréat marocain. Il part d'abord à Sherbrooke au Canada avant d'arriver en France, au Mans. Il obtient ensuite un DUT de gestion entreprise et administration à Lyon. Il travaille ensuite dans l'enseignement, puis à partir de 1999 dans une maison d'édition qui publie surtout des livres arabes. Il se marie en 1985 et a trois enfants. Les relations sont compliquées avec sa fille qui a coupé les ponts avec lui. Elle témoignera des violences de son père, qui l'insulte, lui fait apprendre des versets du Coran dès l’âge de 3 ans, la frappe en cas d'échec et lui impose le port du voile dès l'enfanceAu procès de l’assassinat de Samuel Paty, le « papa poule » et l’agitateur islamiste sur Le Monde, le 7 novembre 2024. Il divorce en , sa femme refusant la polygamieProcès en direct - jour 4 sur tf1info.fr, le 6 novembre 2024.