Felipe Navarro y Ceballos-Escalera (Madrid 1862 - Paracuellos de Jarama, 1936) est un militaire espagnol, connu pour avoir été l’un des principaux protagonistes de la débâcle d’Anoual, survenue en dans le Maroc espagnol.

Issu d’une famille de tradition militaire (par son père) et aristocratique (par sa mère), Navarro se diplôma à l’académie de cavalerie en 1880 et fit ses débuts en Espagne métropolitaine dans des régiments de hussards et de lanciers, ainsi qu’au ministère de la Guerre. À partir de 1893, il suivit une formation d’officier d’état-major, mais interrompit plusieurs fois son cursus en se portant volontaire pour combattre au Maroc en 1893, à Cuba contre les indépendantistes en 1895, puis aux Philippines contre les insurgés en 1897. Retourné en métropole, il dirigea des unités de cavalerie, accomplit des missions d’enseignement, travailla au sein du ministère de la Guerre, et fut désigné aide de camp du roi Alphonse XIII et gentilhomme de la chambre de la maison royale espagnole.

En 1909, il participa aux opérations militaires dans la zone orientale du protectorat marocain (chef-lieu Melilla). À partir de 1919, il fut actif dans la zone occidentale, comme commandant en chef à Ceuta, puis de nouveau dans la zone de Melilla, comme commandant en second sous les ordres du commandant général de cette zone, Fernández Silvestre. À ce dernier titre, il prit part aux opérations éclair menées en 1920 par son supérieur à l’ouest du fleuve Kert et qui visaient à mettre à bref délai la totalité du Rif sous autorité espagnole. Silvestre, grisé par ses succès, s’enhardit à l’été 1921 à effectuer une percée plus à l’ouest encore, opération téméraire qui allait provoquer en , sous les assauts des troupes d’Abdelkrim, un effondrement de la ligne de front espagnole et une retraite en débandade après le suicide de Silvestre. Navarro accomplit le principal fait d’armes de sa carrière lorsqu’il lui incomba de prendre en mains la colonne de repli, désorganisée et démoralisée, qu’il se proposait de diriger par étapes successives jusqu’à la place de Melilla. Cependant, lui et sa colonne durent se retrancher à mi-chemin dans le fort de Mont-Aroui, et y soutenir un siège implacable par les milices rebelles locales. Désespérant de voir arriver des renforts de Melilla, il finit par capituler, mais la quasi-totalité de ses effectifs fut perfidement massacrée, et lui-même fait prisonnier et emmené dans le fief d’Abdelkrim, sur la baie d’Al Hoceïma, où il passera un an et demi en captivité. Rentré à Madrid en , il dut faire face à des graves accusations devant un conseil de guerre, mais fut blanchi de toute faute et rétabli dans ses statuts.

Après avoir occupé l’office de commandant général de Ceuta de 1924 à 1925, Navarro rentra définitivement en métropole, où il remplit de hautes fonctions militaires, tout en siégeant d’office, de 1927 à 1930, à l’Assemblée consultative instituée par le dictateur Primo de Rivera. Au début de la guerre civile, alors qu’il était retraité et n’avait pas pris part au coup d’État de juillet 1936, il fut arrêté à son domicile madrilène par des milices du Front populaire et écroué dans la prison Modèle, avant d’être exécuté extrajudiciairement, en même temps que son fils cadet, lors des massacres de Paracuellos de .

Ascendances Felipe Navarro avait pour père le général Carlos Navarro y Padilla, sénateur, membre du Conseil d'État et procureur au Conseil suprême de justice militaire, qui exerçait, à la date de naissance de son fils Felipe, la fonction bureaucratique de Jefe del Detall (acronyme de Departamento Estadístico de Trámite Administrativo de Libros y Listados, soit le service du personnel) à l’École spéciale d’état-major, et pour mère Francisca de Ceballos-Escalera y González de la Pezuela, sœur de Joaquín de Ceballos-Escalera, premier marquis de Miranda de Ebro, général de division, député aux Cortes et Benemérito de la Patria.. Il avait une sœur aînée, Carmen.

Il était le petit-fils de Rafael de Ceballos-Escalera y Ocón, capitaine-général assassiné à Miranda de Ebro par des soldats mutinés lors de la Première guerre carliste, et de son épouse María del Carmen González de la Pezuela y Ceballos, Dame de l’ordre de la Reine Marie-Louise et fille de l’avant-dernier vice-roi du Pérou, Joaquín de la Pezuela.

Carrière militaire Débuts En , à l’âge de quinze ans, Felipe Navarro fut inscrit comme cadet à l’Académie de cavalerie de Valladolid, d’où il sortit diplômé et major de sa promotion avec le grade d’enseigne en , à l’âge de . Il reçut sa première affectation dans le régiment de hussards cuirassés Pavía, où il servit jusqu’à sa nomination en au poste d’aide de camp du ministre de la Guerre, le général Arsenio Martínez-Campos. Après que son supérieur eut quitté en le ministère de la Guerre pour aller remplir l’office de capitaine-général de l’armée, il emmena avec lui Navarro, le plaçant d’abord sous ses ordres directs, avant de le nommer ensuite comme son aide de camp en .

Le , il épousa à La Nou, dans la province de Tarragone, María Cristina Morenés y García Alessón, baronne de la maison Davalillo, née à Madrid en 1862, fille de Carlos Morenés y de Tord, baron de las Cuatro Torres et gentilhomme de la chambre, et de María Fernanda García-Alessón y Pardo de Rivadeneyra, comtesse del Asalto, marquise de Borghetto et baronne de la maison Davalillo. Par cette alliance, Felipe Navarro devint le baron de la lignée.

En , il se mit en disponibilité (de reemplazo, sans délai précis de réaffectation, mais avec option en cas de vacance de poste), et fut versé en septembre dans le Régiment de lanciers de la reine, où il poursuivit sa carrière après sa promotion en novembre au rang de lieutenant (à ). En , il réintégra le régiment Pavía, et occupa ensuite la charge d’aide de camp des généraux de division Federico Ochando et Bernardo Echaluce.

En , il fut à nouveau destiné au régiment de la Reine, auquel il allait continuer d’appartenir, même après qu’il eut en été retenu comme élève à l’École d’état-major de l’École supérieure de guerre à Madrid, en vue d’obtenir la qualification d’officier d’état-major.

Première guerre du Rif Cependant, deux mois après le début de son cursus à l’école d’état-major, Felipe Navarro interrompit ses études après que se fut produite à Melilla la série de déboires militaires espagnols à l’origine de la Première guerre du Rif (appelée aussi en Espagne Guerra de Margallo), et se présenta comme volontaire dans l’Armée des opérations d’Afrique, dont le commandement avait été confié à Martínez-Campos, de qui Navarro fut à nouveau nommé aide de camp en .

Il participa aux opérations jusqu’au terme de la campagne militaire en , et en fut récompensé par une croix du Mérite militaire, avec insigne distinctif blanc de classe. À la fin du même mois, il regagna l’École supérieure de guerre, en même temps qu’il servait successivement dans le régiment de la Reine et dans le régiment de dragons Santiago.

Guerre de Cuba En , à l’éclatement de la guerre d’indépendance de Cuba, Felipe Navarro interrompit une nouvelle fois ses études pour rejoindre à titre volontaire l’armée espagnole de Cuba, en tant qu’aide de camp de son général en chef, c’est-à-dire derechef, et pour la quatrième fois, Martínez-Campos. À son arrivée, il prit part aux opérations militaires contre les insurgés indépendantistes et allait se voir décerner la croix du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge de classe pour son comportement lors des opérations sur Mayarí Arriba et dans le combat du à Seboruco. Il tomba malade en juillet et dut retourner en métropole, mais rejoignit dès septembre son affectation cubaine et les opérations de campagne. Le , il participa au combat qui eut lieu dans la plantation de canne à sucre San Dimas, ce qui lui valut de se voir attribuer la croix de Marie-Christine (troisième décoration espagnole par ordre d’importance) de classe.

Ce même mois de , Martínez-Campos fut remplacé par Valeriano Weyler au poste de gouverneur de Cuba, de sorte qu’à la fin du mois, Navarro retourna lui aussi en métropole, où il fut désigné aide de camp de son oncle, le général de division Joaquín Ceballos-Escalera de la Pezuela, tout en reprenant le fil de ses études à l’École supérieure de guerre. En , il monta au grade de capitaine (à ) et en septembre acheva enfin son cursus d’état-major. Le mois suivant, dans le but d’accomplir les stages pratiques réglementaires au sein du corps d’état-major, il fut versé dans le corps d’armée, avant d’être nommé en , pour la cinquième et dernière fois, aide de camp de Martínez-Campos, lequel devait décéder en 1900.

Guerre des Philippines (1897) et retour en métropole En , Felipe Navarro s’embarqua comme volontaire pour les Philippines, où l’insurrection indépendantiste avait éclaté quelques mois plus tôt. Durant son séjour dans l’archipel, il sut se distinguer par plusieurs faits d’armes et obtint plusieurs récompenses : croix du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge de classe (avec gratification) pour les combats des 3 et dans le ravin Limbong et pour l’assaut et la prise du village d’Indang ; ascension (à l’âge de 34 ans, après avoir été capitaine depuis un an à peine) au grade de commandant pour mérites de guerre après la prise de Maragondon le ; croix du Mérite militaire avec insigne distinctif rouge de classe (avec gratification) pour son action menée le à Talisay de Batangas, lors de laquelle il fut blessé et en récompense de laquelle il se vit décerner également la médaille de Sufrimientos por la Patria (Souffrances pour la Patrie) ; et la croix de Marie-Christine de classe pour le combat survenu à Minuján le .

Bien que le général Fernando Primo de Rivera ait signé le avec les insurgés le pacte de Biak-na-Bato, qui mettait fin aux hostilités, Navarro demeura encore dans l’archipel jusqu’en , chargé de différents services et apportant son concours à l’acte de soumission et à la remise d’armes par les diverses factions rebelles. Ses activités furent reconnues par une citation honorifique (Mención Honorífica Militar).

De retour en métropole, il put enfin prendre réception de son diplôme d’état-major, et après une période de mise en disponibilité fut versé en mai dans le régiment de cavalerie de réserve de Madrid , puis en septembre dans le régiment de cavalerie Lusitania, où il resta en service jusqu’en , date à laquelle il passa professeur et chef du Detall (service du personnel) à l’École militaire d’équitation. En 1905, il faisait partie du jury du concours hippique international de Bruxelles, où il lui fut décerné par les autorités belges la croix de l’ordre de Léopold en reconnaissance de ses efforts dans l’accomplissement de cette mission. Le , il fut nommé par le roi Alfonso XIII gentilhomme de la chambre avec exercice. En , il rejoignit pour la troisième fois le régiment Pavía, sa première affectation, et la même année, lors des festivités organisées à la Cour à l’occasion du mariage d’Alphonse XIII, il passa sous les ordres directs des princes Gennaro, Rénier et Philippe de Bourbon-Siciles (tous trois fils d’Alphonse de Bourbon-Siciles, prétendant au trône du royaume des Deux-Siciles et chef de sa Maison royale).

En , il se vit confier la fonction d’aide de camp du roi d’Espagne et fut à ce titre placé en 1908 sous les ordres directs du grand duc Boris de Russie (petit-fils du tsar Alexandre II et cousin du tsar Nicolas II) pour la durée de son séjour en Espagne. En juillet de la même année, à l’âge de , il fut promu lieutenant-colonel, tout en poursuivant son mandat d’aide de camp du roi, et officia à partir de novembre à Cordoue et à Madrid sous les ordres directs du prince héritier Rupprecht de Bavière.

En , il siégea dans le jury du concours hippique international de Lisbonne, à l’issue duquel les autorités portugaises lui octroyèrent la croix de commandeur de l’ordre militaire de saint Benoît d’Aviz, pour avoir su mener à bien ladite mission.

Guerre de Melilla (1909)