vignette|Historia (1892) de Nikolaos Gyzis La didactique de l'histoire est une discipline scientifique qui s'inscrit dans le champ des didactiques des sciences humaines et sociales. Elle définit la transposition des savoirs propres à la science de l'histoire dans la situation d'enseignement - apprentissage.
Le concept de transposition didactique est précisé par le didacticien François Audigier comme l'étude des relations entre les savoirs savants (connaissances scientifiques), les savoirs à enseigner (prescriptions curriculaires), les savoirs enseignés et les savoirs appris dans le contexte de la classe d'histoire.
En 2008, les chercheuses françaises Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary ont publié un article fondamental pour stabiliser les spécificités de cette discipline émergente.
Aux origines de la didactique de l’histoire jusqu'aux années 1990 Historiquement, la question de l'altérité au travers d'un questionnement « nous et les autres » est le premier champ donnant lieu à des travaux concernant l'enseignement de l'histoire, construit, au , autour de l'enseignement d'un récit national.
Au sortir de la Première Guerre mondiale, un mouvement international pour la révision des manuels scolaires voit le jour avec pour objectif premier de réviser les récits de la Grande Guerre, très vindicatifs à l'égard des anciens ennemis, en un récit favorisant la compréhension internationale et pour une éducation à la Paix.
Ce travail devra beaucoup au rôle de pionnier de la Fondation Carnegie pour la paix internationale qui sera la première à s'occuper, à partir de 1921, de la question des manuels d’histoire sous l'égide de la Société des Nations (SDN).
En 1935 encore, une conférence franco-allemande sur l’enseignement de l’histoire est organisée à Paris et donne lieu, début 1936, à un projet de déclaration concernant la révision des manuels scolaires. Cependant, le débat tourne court en raison de l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne.
Après la Seconde Guerre mondiale, le flambeau est repris avec la volonté que le manuel scolaire serve d'outil de réconciliation et de compréhension entre les peuples. Le travail est engagé sur les stéréotypes véhiculés par les manuels scolaires, en particulier ceux d'histoire. vignette|Bibliothèque de l'Institut Georg Eckert (Braunschweig, Allemagne) Au début des années 1950, un institut international pour l'amélioration des manuels scolaires (Internationales Institut für Schulbuchverbesserung) est ainsi fondé en Allemagne. Aujourd'hui, le Georg-Eckert-Institut - Leibniz-Institut für internationale Schulbuchforschung (GEI), fondé en 1975, poursuit ce travail dans les disciplines scolaires relevant du monde social : histoire, géographie, instruction/éducation civique, sciences politiques, économiques et sociales, et plus récemment également l'enseignement des faits religieux et de l'éthique (Ravez, 2019).
Depuis les années 1990, en France comme dans le monde anglo-saxon et scandinave, la leçon d’histoire à l’école s'oriente vers l’étude de documents (textes, images fixes ou animées, cartes ou graphiques). Cette orientation vise une transformation des pratiques d’enseignement de l’histoire ainsi qu'un changement dans la façon dont les élèves mémorisent des savoirs factuels en histoire. Cette nouvelle orientation conduit au développement de recherches en didactique menées tant dans l'enseignement secondaire que primaire.
En 1993, Henri Moniot publie son ouvrage Didactique de l’histoire, pionnier dans le monde francophone. Ce travail de synthèse, réalisé par un historien reconnu, fait suite aux orientations qui se sont développées à partir des années 1980 dans le champ des didactiques disciplinaires autour des concepts de « transposition didactique » et de « pratiques sociales de références ».
Constitution d'un champ scientifique
Colloques des didactiques de l'histoire, de la géographie, des sciences sociales Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary rappellent dans leur note de synthèse intitulée « La didactique de l'histoire » parue en 2008 dans la Revue française de pédagogie que l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) a joué un rôle majeur dans l'institutionnalisation de ce champ scientifique à partir des années 1980 en France.
En 1986 sont publiés les actes du colloque sur les didactiques de l’histoire, de la géographie, des sciences sociales sous le titre Rencontre nationale sur la didactique de l'histoire et de la géographie, 21 et 22 janvier 1986 par l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP) sous la codirection de Lucile Marbeau et de François Audigier. C'est la première des 8 rencontres organisées entre 1986 et 1996 par l’INRP qui ont porté d'abord sur une réflexion sur les disciplinaires scolaires (histoire, géographie et sciences économiques et sociales).
La huitième rencontre a eu lieu à l'INRP en 1996 et a donné lieu à une publication chez L'Harmattan en 1997 sous la direction de François Audigier avec pour titre : Concepts, Modèles, raisonnements : didactiques de l'histoire, de la géographie, des sciences sociales.
Chaque édition est prise en charge depuis les années 2000 par une université différente avec un comité d’organisation local et un comité scientifique pérenne. Chaque rencontre traite d’un thème spécifique et donne lieu à une publication sans qu’existe une revue spécifique ou un éditeur unique.
En 2017 a lieu un colloque à l'INSPE de Bordeaux sur le thème des cadres de référence et qui a donné lieu à une publication en 2022 sous la direction de Sylvie Lalagüe-Dulac, Sylvain Doussot et Philippe Hertig aux Presses universitaires de Bordeaux sous le titre : Didactiques de l'histoire, de la géographie et de l'éducation à la citoyenneté. Références pour la pratique et la recherche.
En 2019, le colloque a eu lieu à l’Université de Genève sur le thème « Penser les frontières des savoirs dans et sur le monde social. Quels apprentissages des élèves face aux enjeux contemporains ? » Ce colloque a donné lieu à la parution en 2023 d’un ouvrage sous la direction de Jean-Charles Buttier et Alexia Panagiotounakos aux Presses universitaires de Grenoble sous le titre : Des savoirs pour agir sur le monde. Quels apprentissages des élèves face aux enjeux contemporains ?
En 2022 à l'université de Toulouse Jean-Jaurès a eu lieu un colloque qui a donné lieu à une publication en archive ouverte en 2023 sur HAL sous la direction de David Bédouret, Christine Vergnolle Mainar, Véronique Castagnet-Lars, Elsa Filâtre et enfin Stéphanie Maffre. Les actes en ligne portent le titre suivant : L'enseignant.e d'histoire, de géographie et d'éducation à la citoyenneté : un.e acteur.trice confronté.e aux enjeux d'hybridation, dans sa classe, son établissement, son territoire.
En 2024 a lieu un colloque à l’université de Nantes sur le thème « Unité et diversité des approches empiriques et théoriques des recherches en didactiques de l’histoire, de la géographie et de l’éducation à la citoyenneté ». Ce colloque a donné lieu à une publication en archive ouverte en 2024 sous la direction de Lucie Gomes et Cédric Naudet.
Groupe d’étude de la didactique de l'histoire de la Suisse romande et italienne (GDH) Le Groupe d’étude de didactique de l’histoire de la Suisse romande et italienne (GDH) a été fondé en 1996 par des didacticiens et formateurs d’enseignants d’histoire issus de différents cantons de Suisse romande (Fribourg, Genève. Neuchâtel et Vaud).
Dès sa création, le GDH a offert un cours annuel de formation continue en premier lieu pour les enseignants du degré secondaire II par l’intermédiaire du Centre de formation continue (CPS/WBZ) à Lucerne, cantonalisé depuis.
En 2001, le GDH publiait le premier numéro de sa revue de didactique de l’histoire, Le Cartable de Clio. De 2001 à 2013, Le Cartable de Clio a publié 13 numéros annuels. En 2015, cette activité éditoriale a été reprise par sa revue Didactica Historica.
Actuellement, le GDH est affilié à la Coordination nationale des didactiques de l’histoire (CODHIS) qui co-édite la revue annuelle Didactica Historica, revue suisse pour l’enseignement de l’histoire, publiée chez Alphil.
International Society for History Didactics (ISHD) L’International Society for History Didactics (ISHD en français la Société internationale pour la didactique de l’histoire) est une association professionnelle pour les personnes formant les enseignants et les enseignantes d’histoire. Elle a été fondée le à Tutzing (Allemagne). Elle compte 180 membres provenant de plusieurs pays de tous les continents. L’association a pour habitude de faire des conférences annuelles.
Association internationale de recherche en didactique de l'histoire et des sciences sociales (AIRDHSS) L’association s’est constituée en communauté internationale de chercheurs et d’enseignants dès 2010. D’après l’article 2 des statuts, l’AIRDHSS a pour objectif scientifique suivant: « L’association s’intéresse à la construction scolaire et aux usages publics de l’histoire et des sciences sociales. Elle favorise le débat entre les différentes approches sur ces questions. »
L’association organise un congrès annuel d’où sont tirés des actes de colloques. Elle publie également une revue bilingue (français et anglais) et interdisciplinaire : La Revue internationale pour l’enseignement de l’histoire et des sciences sociales.
En 2012, le premier colloque international est organisé à l’université de Rome avec pour thématique : « History and Social Sciences Education : Achievements and Perspectives ». En 2025, a lieu le 9ème colloque de l’AIRDHSS à l’université de Bucarest avec pour programme : « Statut, sélection et fonctions des " connaissances " dans l’enseignement de l’histoire, de la géographie et des sciences sociales ».
Des éditions précédentes ont eu lieu à Fribourg (Suisse), Braga (Portugal), Paris (France), Athènes (Grèce), Trois-Rivières (Canada), Cologne (Allemagne), Carthagène (Espagne).
Concepts-clés
Multi-perspectivisme Parallèlement à la révision des manuels scolaires initiée après la Deuxième Guerre mondiale, la question émerge de développer une meilleure compréhension internationale en sortant d’un enseignement centrés sur l’histoire nationale pour insérer des chapitres ou pour proposer une histoire mondiale.
Dans Comment on raconte l'histoire aux enfants, au début des années 1980, Marc Ferro proposera, pour sa part, de sortir de l'européanocentrisme et des Histoires générales et remet en cause la conception traditionnelle de l' « histoire universelle» et d'une vision téléologique de l'histoire.
Avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, à laquelle s'ajoute la problématique de la construction européenne, on assistera alors à la réalisation d'un manuel d'histoire franco-allemand qui s'écarte du programme proposé par Marc Ferro. Au niveau didactique, ce manuel se donne pour objectif :
de créer les bases d'une conscience historique commune chez les jeunes Allemands et Français dans le processus d'unification européenne, de mettre en lumière les développements historiques communs, mais aussi différents, et de faciliter les changements de perspective.
En guise de multiperspectivisme, le manuel franco-allemand repose sur un jeu d'échelles à trois niveaux qui sont en interaction permanente: le monde, l'Europe et le cadre national (France et Allemagne). Il propose ainsi de traiter les sujets du point de vue de l'Allemagne et de la France. Pour dépasser les antagonismes franco-allemand, le manuel propose une historicisation des mémoires et, pour la Deuxième Guerre mondiale, une universalisation de la Shoah. Derrière un « nous » franco-allemand se profile alors un « nous-Europe ».