La peinture belge de 1830 à 1914 est l'ensemble de la production picturale par les artistes belges depuis l'indépendance politique et territoriale en 1830, et jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale.
La fin du voit apparaître en Europe un foisonnement de mouvements et cercles artistiques dont le point commun est de se démarquer des académies et de rendre visibles les artistes moins conformistes, en organisant des expositions. La Belgique joue un rôle important dans cette activité intense de cercles, associations et mouvements de peinture.
Les Académies existantes en 1830 et les Salons Anvers L'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, créée en 1663 par David Teniers le Jeune est l'une des plus anciennes d'Europe. Sous la direction de Mathieu-Ignace Van Brée, de 1827 à 1839, l'institution est réorganisée, mais demeure figée dans de froids principes. Deux de ses successeurs, Gustave Wappers (de 1840 à 1852) et Nicaise De Keyser (de 1855 à 1879), régénèrent l'Académie anversoise et la développent surtout au point de vue de la peinture de chevalet.
Gand L'Académie royale des beaux-arts de Gand est fondée entre 1748 et 1751 en tant qu'école privée, au domicile du peintre Philips Karel Marissal (1698-1770) Présentation de l'école sur son site officiel. Elle devient « académie royale » en 1771.
La Société royale d'encouragement des Beaux-Arts fondée en 1788, crée un Salon à partir de 1792. Grâce à ce Salon, le musée des Beaux-Arts de Gand s'enrichit régulièrement d'œuvres qu'il y achète.
Bruxelles vignette|Le palais de Charles de Lorraine, lieu de l'Académie de Bruxelles. L'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles date, elle aussi, de la fin du . En 1803, comme à Gand et Anvers, un musée de la peinture est installé dans le palais de Charles de Lorraine qui accueille une première exposition d'artistes contemporains.
L'Académie devient « royale » en 1835, sous la direction du peintre néo-classique François-Joseph Navez qui ouvre une classe de peinture et donne une impulsion à la classe de sculpture.
Le Salon de 1851 marque une étape décisive dans la vie artistique belge par l'invitation de nombreux artistes étrangers, en particulier français.
Liège L'Académie royale des beaux-arts de Liège est une institution artistique créée en 1775 sous les auspices du prince-évêque de Liège François-Charles de Velbrück d'après une idée de Nicolas Henri Joseph de Fassin et Léonard Defrance.
Le , le Conseil de Régence de la Ville de Liège décide de réorganiser l'école de dessin sous le nom d'Académie des Beaux-arts.
Mons L'Académie royale de dessin, de peinture, de sculpture et d'architecture est instituée en 1781 à Mons par les États du Hainaut et les magistrats de la ville. Le décret du met cet établissement sur le même pied que ceux de Flandre et du Brabant. L'empereur Joseph II lui accorde le titre d' « Académie royale de dessin, de peinture et d'architecture ».
Parmi les disciplines enseignées, on trouve la peinture, l'aquarelle et le dessin et la gravure. L'école s'établit rue de Nimy 106 à Mons.
Le système triennal Les expositions périodiques d'artistes vivants de Bruxelles, d'Anvers et de Gand sont les seules à revendiquer un caractère national et ont une plus grande ampleur du fait de leur inscription au sein du système triennal, mis en place en 1813 et fixant leur alternanceKoregos, Salons triennaux.
Tous les trois ans, à l'occasion des Salons triennaux des Beaux-Arts de Bruxelles est attribué le prix Godecharle institué en 1878 et qui octroie des bourses pour trois ans, permettant des voyages à l'étranger pour les artistes.
Les cercles littéraires et les journaux vignette|gauche|Couverture de la revue Uylenspiegel en 1856. Le cercle Les Joyeux est fondé le par une vingtaine d'amis, dont l'écrivain Charles De Coster est un des plus connusEspace Nord, La Légende d'Uylenspiegel. Il compte aussi parmi ses membres le compositeur Léon Jouret. Par la suite des personnalités comme Félicien Rops rejoignent le cercleMusée Rops, Namur. Ils constituent le vivier de l'équipe rédactionnelle du journal , le Journal des ébats artistiques et littéraires, un hebdomadaire qui parait à Bruxelles de 1856 à 1863 et dont la création bouscule le conformisme de l'époque. Ce cercle est très proche de la Société des Agathopèdes.
Sur le plan des arts, prend le parti du réalisme et défend les peintres comme Gustave Courbet ou Louis Dubois. Dans ses caricatures des Salons de Bruxelles, Rops y stigmatise le conformisme du public. Charles de Groux devient lui aussi illustrateur pour le périodiqueDe Coster, Espace Nord.
Le peintre Louis Dubois contribue également à la revue l'Art Libre où il adopte des positions théoriques et devient le défenseur de Courbet sous le pseudonyme de Hout. Camille Van Camp en sera un des animateurs.
En 1877, le poète et peintre Théodore Hannon devient directeur de la revue bruxelloise L’ArtisteThéo Hannon : biographie, sur le site du British Museum..
En , Octave Maus lance, avec Edmond Picard, la revue hebdomadaire L'Art moderne, qui perdure jusqu'en 1914. Cette revue promeut l'Art nouveau, terme dont la première occurrence apparaît dans cette revue en 1894 à propos des créations de l'architecte Henry Van de Velde. Elle s'oriente ensuite vers la défense d'un en réaction à que défend La Jeune Belgique. Elle est également proche du groupe des XX et de La Libre EsthétiqueCible Plus L'Art moderne.
Influences étrangères École flamande et école française En 1830, la peinture belge, traditionnellement influencée par l'école hollandaise jusqu'à l'annexion des territoires formant la Belgique avec les Pays-Bas, s'était quelque peu éloignée des maîtres flamands pour se rapprocher de l'école française, et notamment du peintre néo-classique Jacques-Louis David, exilé à Bruxelles.. L'école belge, après l'indépendance du pays, revient à la tradition qui lui est propre. Elle est représentée par Gustave Wappers, Nicaise De Keyser, Joseph Laurent Dyckmans, Ferdinand de Braekeleer, Eugène de Block et François Verheyden qui appliquent et perpétuent les principes de leurs devanciers flamands, tels Rubens, Rembrandt, Van Dyck ou Teniers.
Gustave Courbet vignette|Adela Guerrero 1851Gustave CourbetMusées royaux des Beaux-Arts. Le peintre réaliste Courbet (1819-1877) a pu admirer en Belgique les tableaux de Rubens à l'été 1846, alors qu'il était invité par le marchand néerlandais Hendrik Jan van Wisselingh (1816-1884), qui lui avait acheté deux tableaux dont Le Sculpteur.
Il y retourne l'année suivante d'abord en compagnie de Jules Champfleury, le futur co-cofondateur de la revue Réalisme en 1856, puis seul. En 1847, Courbet passe beaucoup de temps dans les brasseries pour se consoler du refus de toutes ses toiles au Salon de Paris« Biographie » par Marie-Thérèse de Forges, Gustave Courbet (1819-1877), catalogue, Paris, RMN, 1977, .
Il expose pour la première fois au Salon de Bruxelles de 1851 et y séjourne en septembre de la même année. Félicien Rops et Charles De Groux le rencontrent à plusieurs reprises lors de ses expositions en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Son influence est manifeste dans les choix esthétiques posés par de Groux dès 1853« 1853 : L’Ivrogne par Charles de Groux », Connaître la Wallonie..
De nouveau à Bruxelles dans les années 1860, Courbet s'y constitue un réseau d'acheteursGustave Courbet et la Belgique. Réalisme de « L’Art vivant » à « L’Art libre », catalogue de l'exposition, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, mai-novembre 2013..
Les cercles artistiques
L'Effort (1858-1914)
vignette|gauche|Le Mois de mai, 1908Auguste OleffeMusée des Beaux-arts de Gand L'Effort est un atelier libre pour artistes peintres créé en 1858 par le peintre réaliste Hubert Bellis. Il est installé au premier étage de son entreprise de décoration, située au n° 31 du quai au Bois à Brûler à Bruxelles.
Ces artistes condamnent toute méthode académique car, à leurs yeux, elle éloigne l'artiste de sa véritable vocation. Auguste Oleffe qui deviendra une figure marquante de Labeur, est également le centre de ce groupe de peintres qui compte environ membres. C'est dans cet atelier que les bases de ce qui deviendra le fauvisme brabançon ont été posées.
L'association est active jusqu'après la Première Guerre mondialeMarchand d'art Peter Ter Braak.
La Société libre des beaux-arts (1868-1876)
La Société libre des beaux-arts, est fondée le par des artistes en réaction à l'académisme. Elle est favorable à l'avancée réaliste dans la peintureKoregos, Vu et être vu.
Elle est animée à Bruxelles par le peintre Louis Dubois, fervent adepte de la « Nouvelle école », et porte-parole du réalisme, en réaction contre la peinture officielle. Il s'agit pour ces peintres de reproduire la réalité de manière objective, sans inclure d'éléments imaginaires ou symboliques. Ils visent à rompre avec les sujets historiques et poétiques propres à l'académismeHistoire par l'Image.
vignette|Prairie avec des vaches, 1868Alfred VerwéeCollection Mesdag, La Haye Le peintre Alfred Verwée (1838-1895) précurseur du mouvement naturaliste et Eugène Smits (1826-1912), en sont des cofondateurs Gustave Vanzype, Maîtres d'hier, Bruxelles, La Vie Intellectuelle, 1922. Constantin Meunier rejoint la société dès sa fondation. Elle réunit également plusieurs artistes naturalistes belges renommés tels que de Groux, Alfred Verwée, Louis Artan, Rops, Charles Hermans, et Théodore Baron. Dès le début, des peintres de l'École de Tervueren, tels que Joseph Coosemans, Louis Crépin, inscrit comme sculpteur, Camille Van Camp, Jules Raeymaekers et Alphonse Asselbergs, les rejoignent.
Pour le Salon de Bruxelles de 1869, vingt-et-unième édition de ce Salon, installé dans les serres de l'ancien Jardin Botanique, la Société libre des beaux-arts, s'associe avec le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles pour proposer une liste de candidats. Cette alliance semble constituer une réussite. Les médailles distribuées sont très favorables à la jeune école et aux réalistes, puisque parmi les treize peintres médaillés, figurent six artistes progressistes dont Louis Artan, Constantin Meunier, Charles Hermans et Gustave Courbet. La récente École de Tervueren est déjà bien représentée.
Beaucoup d'entre eux se retrouvent dans la Colonie d'Anseremme. Aucun lien structurel ne les lie, hormis leur passion pour l'art et les jeux nautiques qui les rassemble à l'auberge Au repos des Artistes dans le village pittoresque d'Anseremme, en bord de Meuse, au sud de Dinant« La Société libre des Beaux-Arts et les stratégies d'émergence de l'artiste indépendant », dans Denis Laoureux, Ségolène Le Men, , La Société libre des Beaux-Arts (1868-1876) : D’Artan à Whistler, Namur, Musée provincial Félicien Rops, 1993, p. 91-101.
La Société libre organise des expositions jusqu'en 1876. Certains membres rejoignent ensuite La Chrysalide ou le Groupe des XX.
La Société internationale des aquafortistes 1869
Félicien Rops, formé à la gravure, découvre les activités de la Société des aquafortistes fondée à Paris en par Alfred Cadart« L’éditeur Alfred Cadart (1828-1875) et le renouveau de l’eau-forte originale » par Valérie Sueur, in Gallica, Bibliothèque nationale de France, en ligne., et en devient membre en 1865, rejoint par d'autres artistes belges comme Eugène Smits et Alfred Verwée.
Il réunit ses amis les plus motivés de la Société libre des beaux-arts et fonde la Société internationale des aquafortistes le . Parmi les autres membres fondateurs on retrouve Louis Artan de Saint-Martin, Eugène Smits et Constantin Meunier.
La Chrysalide (1875-1881)
vignette|gauche|La Falaise, 1882Périclès PantazisMusée des Beaux-Arts d'Anvers