Le mariage de l'infant Juan d'Espagne et de la princesse María de las Mercedes des Deux-Siciles se déroule le , à Rome, en Italie.

L'infant Juan, fils cadet du roi et alors héritier de la prétention au trône espagnol, fait vraiment connaissance avec la princesse María de las Mercedes, fille du prince Charles des Deux-Siciles, à Rome. La relation du jeune couple commence au cours de l'année 1935 à la suite du mariage de l'infante Béatrice, sœur aînée de Juan.

Le mariage, qui se déroule dans la capitale italienne, donne lieu à des festivités qui s'étalent entre le et le . L'organisation des noces donne lieu à des tentatives d'instrumentalisation de la part des monarchistes « alphonsistes ». Parmi eux, quelque font le voyage pour assister à l'union de celui qu'ils considèrent comme le prince des Asturies.

Peu après le mariage, le couple princier quitte l'Italie pour une lune de miel de six mois, qui le conduit notamment dans différentes régions d'Amérique du Nord et d'Extrême-Orient.

Rencontre et fiançailles de Juan et María de las Mercedes Un mariage aux enjeux politiques importants Depuis 1933 et les renonciations au trône de ses deux frères aînés, les princes Alphonse et Jacques-Henri, tous deux atteints de maladies incurables, don Juan est l'héritier du roi déposé , qui s'est installé en Italie peu après la proclamation de la république en 1931. Don Juan semble, en outre, en passe d'être reconnu héritier du trône par les carlistes. Le , son père et le prétendant Jacques de Bourbon ont en effet signé une convention allant dans le sens d'une réunification des courants monarchistes espagnols. Cependant, la mort inopinée du prince Jacques et son remplacement à la tête du mouvement carliste par le prétendant Alphonse-Charles rend la réconciliation plus difficile.

Rencontres et rapprochement du couple C'est le , lors du mariage de l'infante Béatrice avec le prince Alessandro Torlonia, que don Juan et la princesse María de las Mercedes des Deux-Siciles font connaissance à la villa Torlonia, à Rome. Les deux jeunes gens passent alors une grande partie de leur temps à danser. Avant cet événement, le roi semble avoir envisagé d'unir son héritier à la princesse Marie-Françoise de Savoie, afin de renforcer les liens de sa dynastie avec l'Italie mussolinienne.

Juan et María de las Mercedes sont de proches parents et leur union s'inscrit pleinement dans les règles de succession au trône d'Espagne. Tous deux appartiennent à la maison capétienne de Bourbon, par les branches d'Espagne et de Sicile. De plus, le père de María de las Mercedes, l'infant Charles, a épousé en premières noces l'infante María de las Mercedes, tante de Juan. La jeune fille ayant grandi en Espagne, les deux jeunes gens se sont donc toujours plus ou moins fréquentés.

Cependant, don Juan semble d'abord avoir été plus attiré par la princesse María de la Esperanza, sœur cadette de María de las Mercedes... Il reste que, selon le biographe Luis Suárez, il existe bien de l'amour entre Juan et María de las Mercedes.

Demande en mariage Après le mariage de l'infante Béatrice, don Juan demande à María de las Mercedes la permission de lui écrire et les deux jeunes gens entament une correspondance régulière. Conscient des enjeux entourant sa position, don Juan décide de demander la main de sa cousine. María de las Mercedes sollicite alors le consentement de son père mais l'infant Charles, qui ne voit en don Juan qu'un coureur de jupons, écrit à son futur gendre pour lui enjoindre de clarifier ses intentions. L'intervention d' permet d'arranger la situation et la demande en mariage a finalement lieu le . Don Juan écrit dans ses mémoires :

Le biographe Luis Suárez précise que les deux jeunes gens passent également quelque temps ensemble à Cannes durant l'été 1935.

Tentatives d'instrumentalisation du mariage Conscients que l'une des conditions au rapprochement des deux courants monarchistes espagnols est liée au mariage de don Juan avec une jeune fille de son milieu, le prince et son père se rendent auprès du prétendant carliste Alphonse-Charles le . Les deux hommes cherchent ainsi à reprendre les discussions devant mener à la réunification des royalistes, sans succès.

En Espagne même, l'annonce des fiançailles du prince héritier conduit une partie des « alphonsistes » de Rénovation espagnole à pousser le roi déchu à renoncer à ses droits sur le trône au profit de don Juan. Cependant, refuse catégoriquement cette perspective. Peu avant le mariage, le , les Espagnols descendus à l'Hôtel Excelsior de Florence donnent un grand déjeuner en l'honneur des futurs mariés. Eugenio Vegas Latapié prévoit alors d'organiser un hommage appuyé au jeune prince afin de marquer publiquement le soutien d'Acción Española à celui qu'il consdière comme le nouveau prétendant. Cependant, don Juan est pris d'un accès de fièvre (officiellement dû à une maladie contractée alors qu'il était marin) et il ne se présente pas au repas.

Déroulement vignette|Selon la tradition espagnole, le roi conduit sa future belle-fille jusqu'à l'autel. L'union se déroule le , jour de fête nationale en Espagne. La cérémonie est célébrée en la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, située à Rome, qui a été entièrement décorée de fleurs rouges et jaunes (couleurs traditionnelles de l'Espagne) et dont l'autel est orné d'une image de la Vierge du Pilier pour l'occasion.

Selon , près de vêtus de costumes traditionnels seraient venus d'Espagne pour assister aux noces. Cependant, il est plus probable que seuls aient réellement fait le voyage.

La mère de Juan n'est pas présente aux noces. En effet, l'ancienne reine Victoire-Eugénie d'Espagne refuse de revoir son mari et n'assiste donc pas aux mariages de ses enfants.. Par conséquent, Juan entre dans la basilique au bras de sa sœur l'infante Cristina..

À , l'automobile transportant le roi et la princesse María de las Mercedes arrive devant la basilique. La mariée porte une robe confectionnée par la maison Worth, ainsi qu'un voile en tulle et en dentelle ayant appartenu à la reine Marie-Christine, maintenu sur sa tête par une couronne en fleurs d'oranger.

Réalisée selon la coutume autrichienne, la cérémonie est conduite par l'archevêque de Florence, Elia Dalla Costa. Les témoins de don Juan sont son frère l'infant Jacques-Henri, duc de Ségovie et d'Anjou, ainsi que son oncle le prince Ferdinand de Bavière. Les témoins de María de las Mercedes sont ses deux frères, les princes Alphonse, duc de Calabre, et Charles. Lors du consentement, Juan sollicite l'accord de son père avant de dire oui, conformément à la tradition monarchique. Une fois la cérémonie terminée, les mariés sortent de la basilique au son de la , alors interdite en Espagne par les autorités républicaines.

À l'issue de la cérémonie, Juan et María de las Mercedes se rendent avec leurs familles respectives au Vatican, où ils sont reçus en audience par le pape durant quinze minutes... Un banquet nuptial est ensuite servi aux convives au Grand Hôtel de Rome.

Couverture médiatique La presse mondiale traite abondamment du mariage de don Juan et María de las Mercedes dans ses colonnes. Cependant, les journaux espagnols, eux, ne couvrent presque pas la cérémonie, tant le gouvernement de la République soumet la presse à une censure rigoureuse. Seul le journal monarchiste ABC consacre sa une à l'événement mais évite, autant que faire se peut, d'évoquer l'ancien roi .

Cadeaux de mariage Pour célébrer cette union, offre à sa future belle-fille une série de joyaux : María de las Mercedes reçoit ainsi un total de , dont beaucoup ont été héritées des différentes reines d'Espagne.. L'infante Eulalie de Bourbon fait présent de boucles d'oreilles à María de las Mercedes et de miniatures à don Juan.

Le duc de la Torre fait cadeau aux jeunes mariés d'une Bentley, qu'ils utilisent pour se rendre au Vatican après leur cérémonie de mariage.

De nombreux autres cadeaux sont offerts par des monarchistes espagnols. Francisco Franco fait ainsi un don de , somme non négligeable à l'époque.

Postérité Voyage de noces Après leur mariage, don Juan et María de las Mercedes partent pour un voyage de noces de six mois, financé par . Le couple passe les premiers jours de sa lune de miel à Tivoli et se rend ensuite à Paris où, avec le souverain déchu, il prépare l'itinéraire de son voyage.

Celui-ci commence à Cherbourg, où les jeunes mariés embarquent à bord du Bremen pour un tour du monde qui les conduit d'abord aux États-Unis. Après leur arrivée à New York, ils passent quelques jours en compagnie du comte et de la comtesse de Covadonga, qui leur offrent un magnifique banquet dans un restaurant espagnol. Ils se rendent ensuite tour à tour à Philadelphie, à Washington, à Détroit, à Chicago, à Minneapolis, à San Francisco ou encore à Seattle. En Californie, le couple fréquente de nombreuses stars de Hollywood, telles que Myrna Loy, Gary Cooper, Clark Gable ou Laurence Olivier.

Les jeunes mariés poursuivent leur voyage au Canada, où ils se rendent aux chutes du Niagara, à Vancouver, à Montréal puis à Toronto. María de las Mercedes s'y fait voler ses bijoux, parmi lesquels un bracelet offert par le roi . En dépit de cette déconvenue, don Juan et María de las Mercedes quittent le continent américain pour gagner l'Extrême-Orient. Ils se rendent ainsi au Japon, en Chine, en Corée, en Indochine, à Singapour, au Cambodge, en Malaisie, à Ceylan et enfin en Inde. Le voyage de noces se clôture par un séjour en Égypte et ce n'est finalement que le que le couple rentre en Europe.

Vie de famille Le jeune couple s'installe d'abord à Paris puis à Cannes, où il apprend bientôt le déclenchement de la guerre civile espagnole. Le , María de las Mercedes donne naissance à une fille, l'infante Pilar, et deux jours plus tard, don Juan part pour l'Espagne, avec la permission de son père, afin de s'engager dans le conflit, sans succès.

Dans les années qui suivent, la famille s'agrandit avec les naissances successives des infants Juan Carlos (1938), Margarita (1939) et Alfonso (1941). Le couple doit toutefois faire face à la cécité de Margarita et à la mort prématurée d'Alfonso, tué d'un coup de revolver à l'âge de en 1956. Ces incidents constituent de grands coups durs pour don Juan et María de las Mercedes, qui demeurent en outre interdits de séjour en Espagne jusqu'à la fin de la dictature franquiste, en 1975..

Invités notables Proches du marié Le roi , père du marié Le duc et la duchesse de Ségovie, frère et belle-sœur du marié (témoin du marié) Le prince et la princesse de Civitella-Cesi, beau-frère et sœur du marié L'infante María Cristina, sœur du marié Le prince Ferdinand de Bavière, oncle du marié (témoin du marié) L'infant Louis-Alphonse, cousin germain du marié L'infant Joseph-Eugène et María de la Asunción de Messía y de Lesseps, cousin germain du marié et son épouse L'infante María de las Mercedes, cousine germaine du marié Le marquis et la marquise de Carisbrook, oncle et tante du marié Lady Iris Mountbatten, cousine germaine du marié

Proches de la mariée Maison de Bourbon-Siciles L'infant Charles et l'infante Louise, parents de la mariée L'infant Alphonse, demi-frère aîné de la mariée (témoin de la mariée) Le comte et la comtesse Zamoyski, demi-sœur de la mariée et son époux Le prince Charles, frère de la mariée (témoin de la mariée) La princesse María de los Dolores, sœur de la mariée La princesse María de la Esperanza, sœur de la mariée La comtesse de Caserte, grand-mère de la mariée Le duc et la duchesse de Calabre, oncle et tante de la mariée La princesse Marie-Antoinette, cousine germaine de la mariée La princesse Marie-Christine, cousine germaine de la mariée Le comte et la comtesse Stolberg-Wernigerode, cousine germaine de la mariée et son époux La princesse Lucia Maria Raniera, cousine germaine de la mariée La princesse Marie-Josèphe, tante de la mariée Le prince Janvier, oncle de la mariée