Le mariage de l'infant Jacques d'Espagne et d'Emmanuelle de Dampierre se déroule le , à Rome, en Italie.
Portant à partir de son mariage le titre de courtoisie de duc de Ségovie (que lui donne son père), l'infant JacquesIl prendra dans les années 1950 le prénom Jacques-Henri en tant que duc d'Anjou et prétendant légitimiste au trône de France., fils cadet du roi fait la connaissance de la noble française Emmanuelle de Dampierre, fille du duc de San Lorenzo Nuovo, Roger de Dampierre, alors qu'il vit en exil en Italie. La relation du jeune couple commence au cours de l'année 1934 à la suite de l'arrangement entre le roi Alphonse XIII et la princesse Vittoria Ruspoli, mère d'Emmanuelle.
Ce projet matrimonial va dans le sens des renonciations des fils aînés de l'ancien roi. En effet, l'union de l'infant Jacques avec une jeune femme ne provenant pas d'une famille royale permet d'exclure leurs possibles descendants du trône d'Espagne..
En Espagne où la République s'est installée depuis 1931, l'annonce des fiançailles princières ne soulève guère l'enthousiasme de la population, trop éloignée des questions princières.
L'union de Jacques et d'Emmanuelle, qui se déroule dans la capitale italienne, donne lieu à deux cérémonies : l'une catholique dans l'église Saint-Ignace-de-Loyola et l'autre civile. Celles-ci sont suivies d'un déjeuner, servi à une petite vingtaine de représentants de familles royales européennes venus assister aux épousailles..
Après leur mariage, Jacques et Emmanuelle s'installent au Grand Hôtel de Rome, dans le centre de Rome. Emmanuelle met au monde ses deux uniques enfants : Alphonse, en 1936, et Gonzalve, en 1937.
Rencontre et fiançailles de Jacques et Emmanuelle
Premières rencontres vignette|Alphonse le 24 avril 1931 à Calais (photographie agence Meurisse, 1931, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie). La famille royale espagnole est en exil depuis 1931 et l'ancien roi Alphonse XIII vit à Rome avec ses enfants. L'aîné, Alphonse, prince des Asturies, a renoncé au trône sur la pression de son père (sous prétexte de son hémophilie) et a épousé la Cubaine Edelmira Sampedro. Également sur les pressions de leur père, le deuxième fils du roi, l'infant Jacques, doit à son tour renoncer au trône espagnol sous prétexte qu'il est sourd depuis l'enfance à la suite d'une opération des oreilles (consécutive à une otite mal soignée), ce qui lui donne une diction particulière. Prévoyant de le titrer duc de Ségovie à l'occasion du mariage, son père cherche à lui trouver une épouse n'appartenant pas à la royauté, ce qui permettrait d'exclure définitivement la possible descendance de Jacques, selon la Pragmatique sanction de 1776.. L'infant passe alors pour un original, plus intéressé par le sport et les femmes, que par l'idée d'un mariage. Selon le témoignagePhilippe Montillet, Cahiers D.U.C., 6 : Les Princes Ainés de la Maison de Bourbon (1883-1941) - Les successeurs du Comte de Chambord, Diffusion — Université — Culture, Paris, 1987, 47 , 47. de Jean-Marie Charles-Roux (fils de l'ambassadeur de France de l'époque : François Charles-Roux), Alphonse XIII veut pour son fils Jacques une épouse française.
Jacques fait la connaissance de sa future épouse en 1934, à l'occasion d'un cocktail au Grand Hôtel de Rome.. À l'époque, Emmanuelle de Dampierre a , et elle travaille à la Croix-Rouge. Attristée de le voir seul, la jeune femme s'approche du prince espagnol et ils entament une conversation . À l'époque, la jeune femme ne sait pas qu'il s'agit d'un infant d'Espagne et c'est le roi Victor-Emmanuel et la reine Hélène d'Italie qui les présentent finalement..
Des fiançailles rapides Ce n'est finalement qu'à la fin de l'année 1934 que l'infant Jacques et Emmanuelle se fiancent. Cette année-là, l'ancien roi Alphonse XIII remarque l'attitude de la jeune Française envers son fils. Tandis qu'Alphonse XIII fait son possible afin de favoriser leur relation naissante, il prend la décision d'écrire à la mère de la jeune femme afin de lui demander, au nom de son fils, la main de sa fille. Cependant, la différence de statut rebute la famille d'Emmanuelle et la princesse Vittoria Ruspoli refuse tout d'abord de donner son accord au mariage, n'étant en aucun cas disposée à ce que sa fille soit obligée de . Pour le roi exilé, c'est là une grande déception, mais il ne renonce pas à son projet matrimonial pour autant et promet à la mère d'Emmanuelle qu'il fera de cette dernière une Altesse Royale lorsque la monarchie sera restaurée en Espagne.
Finalement, la mère de la jeune femme accepte l'idée de cette union, au grand dam de sa fille qui refuse catégoriquement d'épouser un sourd, pratiquement muet. Cet avis est également partagé par l'infant qui ne souhaite pas épouser Emmanuelle. Mais l'ancien roi Alphonse XIII et la princesse Vittoria passent outre et leurs enfants respectifs se fiancent donc à la fin de l'année 1934, Jacques offre à sa future épouse une bague de fiançailles formée d’un seul saphir bleu velouté..
Les fiançailles officielles du couple ont lieu en même temps que celles de l'infante Béatrice (sœur de Jacques) avec le prince italien Alessandro Torlonia, en . Emmanuelle de Dampierre est décrite par le journal français Les Modes : revue mensuelle illustrée des arts décoratifs appliqués à la femme comme étant .
Préparatifs du mariage
Questions financières vignette|La princesse Vittoria Ruspoli, mère d'Emmanuelle. La question de la dot de la future épouse est un problème pour sa mère. En effet, la princesse Vittoria Ruspoli n'a que peu d'apport financier, vivant avec ses enfants dans le palais maternel. La dot d'Emmanuelle est ainsi constituée par son père et s'élève à , somme réunie depuis 1920 en prévision des futurs mariages de ses enfants.
Logement futur du couple princier gauche|vignette|Le Grand Hôtel de Rome, résidence du roi Alphonse XIII à Rome. Une dernière difficulté importante est constituée par la recherche d'un logement décent à Rome pour le duc de Ségovie et sa future épouse. Depuis son installation à Rome vers 1933, l'ancien roi Alphonse XIII vit dans le Grand Hôtel de Rome avec ses enfants, son épouse vivant à Londres.
De son côté, la future mariée vit depuis 1920 dans le palais Ruspoli, résidence de sa grand-mère la princesse douairière de Poggio-Suasa. Le palais, qui date du , est situé sur la Via del Corso, dans le centre historique de la capitale italienne. Il est finalement décidé que le futur couple s'installera auprès du roi Alphonse XIII.
Tenues des mariés
Confectionnée à Rome par Sorelle Botti, la robe de mariée d'Emmanuelle est faite de lamé d'argent et possède une longue traîne brodée. Dessinée dans le même style que celle de la duchesse de Kent, les deux robes partagent également le même tissu. Son voile provient quant à lui de la collection de la Maison de Dampierre. C'est son père qui le lui fait parvenir en , par sa cousine la comtesse Guy de Dampierre. Enfin, le diadème qu'arbore Emmanuelle le jour de ses noces provient de la collection personnelle du roi Alphonse XIII. Hérité de sa mère la reine-régente Marie-Christine, née archiduchesse d'Autriche, le diadème est décrit comme . Il fut estimé à .
L'infant Jacques porte quant à lui son uniforme de chevalier de l'Ordre de Calatrava. Il arbore également sur sa poitrine les colliers des ordres de la Toison d'or et d'Isabelle la Catholique ainsi que de nombreuses décorations tel que la grand-croix de l'ordre de Charles III ou encore Real Maestranza de Caballería de Séville.
Déroulement des noces
Fêtes préliminaires Une fois les fiançailles annoncées, Emmanuelle est officiellement présentée à l'ensemble des membres de la famille royale d'Espagne ainsi qu'aux autres invités princiers venus assister à ses noces. C'est notamment lors des noces de l'infante Beatriz avec Alessandro Torlonia en qu'Emmanuelle rencontre la plus grande partie de sa future belle-famille.
Une grande soirée est offerte par le prince Alessandro RuspoliTroisième fils du prince Mario Ruspoli, et par conséquent, cousin germain d’Emmanuelle de Dampierre.. Cependant comme écrit le journal Les Taches d’encre.
La princesse Vittoria Ruspoli et sa mère, la princesse douairière de Poggio Suasa (née Curtis), reçoivent le quelques jours avant les noces. On reconnaît dans l'assistance : Le journal parisien Les Taches d’encre décrit les deux grandes réceptions comme égalant , et où furent invités. Parmi les personnalités présentes à cette seconde réceptions figurent entre autres la marquise de Saint-Chamans, la princesse de Faucigny-Lucinge ou encore le comte et la comtesse Jean de la Chapelle. Le même journal affirme également qu’à .
Union religieuse vignette|L'église Saint-Ignace-de-Loyola, en 2023.|gauche L'union se déroule le en l'église Saint-Ignace-de-Loyola, située à Rome. La cérémonie se déroule selon l'usage espagnol et est célébrée par l'ancien archevêque de Tolède et primat d'Espagne, Pedro Segura.. Toujours selon l'usage espagnol, c'est l'ancien roi qui conduit la fiancée jusqu'à l'autel, au grand dam de Richard de Dampierre, le frère de la mariée, qui voulait lui donner le bras pour suppléer l'absence de leur pèreHervé Pinoteau, 1946 : Un nouveau commencement... [I], dans Le Lien légitimiste, 28, juillet-août 2009, 9..
La reine Victoire-Eugénie et la princesse Béatrice, mère et grand-mère maternelle de Jacques, ne sont pas présentes. En effet, l'ancienne reine d'Espagne refuse de revoir son époux et n'assiste donc pas aux mariages de ses enfants... Peu après ses noces, le couple princier part néanmoins pour Londres afin de saluer les deux femmes.
Les témoins de Jacques sont son grand-oncle le prince Louis-Ferdinand de Bavière, son oncle l’infant Charles, représenté par l'infant Alphonse et le duc de Spolète (futur roi de Croatie). Les témoins d'Emmanuelle sont ses cousins, les comtes Aymon et Robert de Dampierre ainsi que ses oncles le prince Ruspoli et le ..
À la fin de la cérémonie religieuse, Emmanuelle de Dampierre voulut s’incliner devant son nouveau beau-père le roi Alphonse XIII mais ce dernier l’en empêcha en l’embrassant selon le journal parisien Les Taches d’encre.
Déjeuner nuptial Le mariage de Jacques et d'Emmanuelle est suivi d'un déjeuner où se réunit une vingtaine de convives autour des jeunes mariés. Le déjeuner est servi au sein du palais Ruspoli.
Couverture médiatique La presse mondiale, et notamment française, couvre abondamment l'événement et réalise un court documentaire consacré au mariage.. Cependant, la presse espagnole, soumise à la censure républicaine, ne publie quasiment aucun article sur la cérémonie, à l'exception du journal monarchiste ABC (comme pour le mariage de l'infant Jean et de María de las Mercedes quelques mois plus tard).
Cadeaux de mariage Le pape Pie XI offre au couple un chapelet ainsi qu’un livre de prière. De son côté l’ex-roi Alphonse XIII offre à sa nouvelle belle-fille un diadème et un collier de saphir ayant tous deux appartenu à la reine Marie-Christine. Les bijoux de la reine Marie-Christine furent répartis en 30 écrins de Chaumet.
Les Grands d’Espagne offrirent une ainsi que Ce qui amuse l’infant Jacques, lequel dit en plaisant .
Invités notables
Proches du marié
L'ancien roi et son épouse Victoire-EugénieL'ancienne reine n'assistera à aucune des unions de ses enfants à l'exception des mariages du prince des Asturies avec Edelmira Sampedro et celui de l'infante Christine avec le comte Marone., parents du marié Le prince et la princesse de Civitella-Cesi, beau-frère et sœur du marié L'infante Marie-Christine, sœur du marié L'infant Jean, frère du marié Le prince et la princesse Louis-Ferdinand de Bavière, oncle et tante du marié (témoin du marié) Le prince Ferdinand de Bavière, oncle du marié L'infant Louis-Alphonse, cousin germain du marié L'infant Joseph-Eugène et María de la Asunción de Messía y de Lesseps, cousin germain du marié et son épouse