L'histoire des Juifs à Kępno commence dès la seconde moitié du , avec l’octroi d’un privilège d’établissement les autorisant à s’installer en ville et à pratiquer le commerce et l’artisanat. La communauté se développe rapidement jusqu’à représenter plus de la moitié de la population de la ville dans la première moitié du . Mais très rapidement, en raison de l’émigration aussi bien vers les grandes villes allemandes qu’à l’étranger, la population juive va décroitre pour représenter moins de 3% au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le peu de Juifs restant sera dans sa grande majorité assassiné pendant la Shoah. Actuellement, il n’y a plus de Juif à Kępno

Kępno (en allemand Kempen) est une ville de Pologne, chef-lieu d’un powiat de la voïvodie de Grande-Pologne. Située à à l’est de Wrocław, elle compte actuellement un peu moins de .

Annexée par le royaume de Prusse en 1793, la ville rejoint la Pologne le après la Première guerre mondiale. Envahie dès le premier jour de la Seconde Guerre mondiale par l’armée allemande, elle est libérée de l’occupation nazie par l’Armée rouge le .

Histoire de la communauté juive L'arrivée des Juifs à Kępno Située à l'intersection de deux importantes voies de communication : Wrocław-Varsovie et Poznań-Cracovie, le lieu est propice à l'établissement et à une activité économique animée, d'où l'arrivée dès le de nombreux colons à Kępno, principalement des protestants allemands et des Juifs.

Á la demande d'Adam Biskupski de Rudnik, propriétaire de Kępno, le roi Jean Casimir à Cracovie accorde à Kępno le droit de cité le en précisant en détail les libertés et les droits auxquels elle a droit. Le , Adam Biskupski accorde à la ville un privilège de localisation, préalablement approuvé par la Diète: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi (Les Juifs de Kępno); éditeur: l'hebdomadaire de Kępno: Pismak; Kępno; 2008; pages: 10 et 11.

Les premières familles juives sont arrivées à Kępno dans la seconde moitié du . Représentant environ : Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 11, elles s'installent dans le faubourg oriental de la ville appelé « Kamchatka ». Certaines sont originaires de Kościan, d'où elles ont été contraintes de partir en 1678. Le , Marcin Olszowski, alors propriétaire de la ville, accorde aux Juifs de Kępno un privilège d'établissement, qui leur permet de construire une rue avec des maisons exclusivement pour eux. Dans cette rue, appelée jusqu'en 1919 Tempelstrasse (plus tard rue juive et aujourd'hui rue Orzeszkowa), il est interdit aux personnes de confession chrétienne de construire des maisons: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 13. Ce privilège leur permet également de construire une synagogue, une école, un bain rituel, une maison pour le rabbin et le chantre, et un cimetière. Le propriétaire de la ville autorise également le commerce en coudées et en balances. Les Juifs sont autorisés à faire du commerce de tissus, de sel, de harengs, de poissons, de soie et de produits en lin, à la fois pendant les foires, sur la place du marché et dans les rues avoisinantes. Ils ont la liberté d'exploiter des ateliers de couture et de fourrure. Le privilège ne mentionne toutefois pas s'ils peuvent être affiliés à une guilde d'artisans. Le document contient également une disposition interdisant aux Juifs d'acheter du matériel d'église. En revanche, ils sont autorisés à prêter de l'argent, en échange de quoi ils peuvent recevoir un gage, qui peut être vendu si la dette n'est pas remboursée au bout d'un an et six semaines. Un privilège délivré par Martin Olszowski fixe les règles pour trancher les litiges: si un chrétien est en conflit avec un Juif, il doit d'abord demander au juif le plus ancien (rabbin) de régler le différend, et ce n'est que si sa décision lui semble erronée qu'il peut faire appel au seigneur de la ville. Il en va de même lorsqu'un juif accuse un chrétien. Les privilèges accordés aux Juifs sont successivement confirmés et complétés en 1692, 1714, 1744, 1752 et 1780.

Le , le curé de la paroisse catholique de Kępno publie également un document exigeantavit Le document est parfois appelé à tort dans les études Nihil demandavit ou Nihil demondovit. Voir : A. P. Vladimirski: Opisanie topografii medycznej miasteczka Kępna 1815 (Description de la topographie médicale de la ville de Kepno 1815); traduction Andrzej et Ludwika Malińscy; éditeur: Andrzej Maliński; Pruszcz Gdański, Poznań; 2020; pages: 75 et 76, dans lequel il garantit aux juifs locaux la liberté de mener leurs propres pratiques religieuses. La synagogue est construite en 1689 et devient rapidement célèbre dans toute la Pologne, notamment grâce à son intérieur original décoré de bois. En 1691, un incendie éclate et détruit de nombreuses maisons juives.

L'expansion de la communauté juive L'afflux de nouveaux colons dans la ville conduit à la formation de trois groupes principaux basés sur la religion : les Polonais catholiques romains, les Allemands protestants venus de Silésie et les Juifs. À l'époque, les divisions religieuses sont si grandes que chaque groupe vit séparé des autres. Les Juifs supportent le plus lourd fardeau fiscal, ce qui suggère qu'ils sont déjà la communauté la plus développée économiquement à Kępno. Au fil des ans, le propriétaire de la ville augmente les impôts en taxant par exemple le fumage du hareng pratiqué par les Juifs. Il impose aussi le contrôle des « poids de la ville ». En outre, les Juifs lui versent annuellement uniquement pour l'abattage des animaux : Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 22.

Aux , les Juifs de Kępno envoient leurs représentants aux sessions du Conseil des Quatre Pays (Waad), ce qui démontre l'importance de la communauté de la ville. En 1782, Szmul Herzlikiewicz arrive à Kępno et fonde une fabrique de savon et une auberge où logent les marchands ambulants. A cette époque, les Juifs exploitent également 7 distilleries et 2 auberges. En 1793, environ vivent à Kępno, soit à peu près le même nombre que les chrétiens: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 25. Á cette époque, alors que la ville est annexée par le royaume de Prusse, de nombreux artisans juifs y travaillent : , , , , 6 boulangers, 4 gantiers, 3 orfèvres, 2 drapiers, un savonnier, un sellier et un ferblantier. Pendant la période de partition, les Juifs de Kępno maintiennent leur activité économique.

Avec le développement de l'industrie (brasseries, fabriques de cigarettes, de cigares, de savon et d'ouate), du commerce de gros et de détail et de l'artisanat, la prospérité d'une partie importante des Juifs de Kępno s'accroît. Á la fin du , certains Juifs obtiennent l'autorisation du propriétaire de la ville d'acheter des maisons sur la place du marché, ce qui témoigne de leur grande influence à Kepno: J. Kurzawa et S. Nawrocki: Dzieje Kępna (Histoire de Kępno); éditeur: Federacja Towarzystw Kulturalnych Ziemi Kaliskiej i Urząd Miasta i Gminy w Kępnie (Fédération des associations culturelles de la région de Kalisz et l'Office municipal de Kępno); Kalisz; 1982; page: 64.

À l'époque, à Kępno, les fidèles juifs assistent aux offices dans une synagogue en bois construite en 1689, qui nécessite déjà d'importantes réparations et s'avère trop petite pour la population juive croissante de la ville. En , une réunion sur le sujet se tient dans la maison du rabbin de Kępno, Israel Janusz Laudan, au cours de laquelle il est décidé de procéder à la construction d'une synagogue en briques. Le , un contrat pour la construction de la synagogue est conclu entre les architectes Friedrich Wilhelm et Karl Friedrich Scheffler, également maîtres maçons et charpentiers de la ville silésienne de Brzeg, et la communauté juive de Kępno, représentée par Baruch Wollman et S. Schager. La construction est achevée dès l'année suivante. La façade de la synagogue de Kępno est inspirée de celle de l'opéra de Berlin et unique parmi les monuments de l'architecture synagogale en Pologne et dans d'autres pays d'Europe centrale: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… pages: 35 et 36. La synagogue de Kępno sera rénovée en 1893 et en 1926.

La même année, une école primaire juive est ouverte. En 1840, la ville compte . Au cours de cette période, Kępno devient connue comme une « ville juive » (Judenstadt) et de nombreux immigrants de la Pologne du Congrès, de Lituanie et de Galicie (Brody) s'y installent. En 1862, sur existant à Kępno, 156 appartiennent à des Juifs locaux. Sur la place du marché, l'une des plus grandes de la Grande Pologne, sur , un seul appartient à un Polonais, 5 à des Allemands, 2 à la ville, et 34 à des Juifs: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 29. Traditionnellement, ils exercent des activités commerciales (cuir, céréales, fer, bois, farine) ou des métiers artisanaux tels que cordonniers, tailleurs ou fourreurs. La ville est également célèbre pour ses musiciens juifs, beaucoup d’entre eux trouvant un emploi dans des orchestres allemands.

En 1879 les Juifs sont propriétaires de de la ville sur un total de , tandis que les Allemands et les Polonais n’en possèdent chacun que 95 à cette époque: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 43.

À partir du milieu du , les Juifs de Kępno commencent à émigrer vers des grandes villes allemandes économiquement plus développées, telles que Posen (Poznań) et Bromberg (Bydgoszcz), ou vers des villes non encore habitées par des Juifs, telles que Kosten (Kościan) et Pleschen (Pleszew). ainsi que vers l'Angleterre, les États-Unis, l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale et plus particulièrement le Guatemala et le Salvador. Il est intéressant de noter que la plupart des habitants de la ville américaine de Carson City dans le Nevada, au sont originaires de Kępno[: S. Silver: Carson City Hebrew Cemetery; site: usgwarchives.net. À Breslau (Wrocław), ils s'installent principalement dans la Garteustrasse (rue Ogrodowa), où ils fondent même une association des anciens de Kępno: Mirosław Łapa: Kępińscy Żydzi… page: 50.

À la fin du , le gouvernement allemand, ayant constaté que les Juifs de Kępno bénéficient de conditions commerciales très favorables, décide de limiter leurs privilèges. Les Juifs sont notamment obligés de payer un impôt de conscription et des restrictions sont imposées à leur commerce. Ceci amplifie l’émigration. Des familles juives entières quittent Kępno pour l'Ouest, à la recherche de conditions sociales et économiques plus favorables dans d'autres pays. Les appartements laissés vacants sont occupés par des Polonais et des Allemands venus s'installer dans la ville. La conséquence de cette émigration, est la lente diminution de la population juive de Kępno. En 1910, elle s'élève à . Les Juifs siègent dans les autorités de la ville: Hermann Bloch est président du conseil municipal, tandis qu'Isaac Bloch et R.A. Schacher en sont membres.

Au début du , l'émigration des Juifs de Kępno vers la Silésie et, plus loin, vers l'Amérique, où les Juifs les plus riches sont partis en premier, fait que, juste avant le début de la Première Guerre mondiale, les Juifs ne représentent plus que 11,5 % de la population totale de la ville.

L'émigration massive des Juifs Quand la Pologne retrouve son indépendance après la Première Guerre mondiale, de nombreux Juifs culturellement assimilés à l'Allemagne quittent Kępno pour se réinstaller en Allemagne. Seules restent à Kępno, le plus souvent propriétaires d'impressionnants immeubles sur la place du marché.