Charles N'Tchoréré, né le à Libreville et mort le à Airaines (France), est un officier français originaire du Gabon ayant servi dans l'armée française lors des deux guerres mondiales. Pendant la bataille de France, son unité est encerclée dans Airaines par la Wehrmacht et contrainte à la reddition après plusieurs heures de combat. Alors que les soldats allemands séparent les prisonniers blancs des noirs, considérés par les nazis comme des (), le capitaine s'insurge avec ses hommes et il meurt exécuté sur place d'une balle dans la tête.
Après sa mort, il devient un symbole de l'engagement et du sacrifice des troupes africaines au service de la France.
Biographie Famille Fils de notables gabonais de l'ethnie Myènè, Charles N'Tchoréré interrompt ses études dans des missions protestantes et catholiques (1904-1912) au Gabon (colonie française) et au Kamerun (colonie allemande), pour entrer dans la vie active. Alors que son père Charles est agent de commerce, il occupe un poste commercial au Kamerun.
Le général de Larminat, haut-commissaire de l’Afrique française libre et le colonel André Parant, gouverneur du Gabon, reçoivent la famille du capitaine N'Tchoréré pour lui rendre hommage après son décès, entre et à Yaoundé (Cameroun).
Son fils, le caporal Jean-Baptiste N'Tchoréréhttps://www.onac-vg.fr/sites/default/files/2021-07/recueil_biographique_combattants_d_afrique.pdf (pages 67-68) du d'infanterie coloniale, né le à Libreville, est mortellement blessé sur le front de la Somme à Remiencourt.. Il succombe à ses blessures, le . Il est inhumé au cimetière communal de Remiencourt...
Premières armes À la déclaration de guerre en 1914, il quitte le Kamerun et rentre au Gabon. Il s'engage au service de la France et s’enrôle dans les tirailleurs sénégalais en 1916. Il y fait la preuve de sa valeur et est nommé sergent.
La Première Guerre mondiale terminée, il reste dans l'armée. Promu adjudant en 1919 au de tirailleurs sénégalais, il est affecté au de tirailleurs sénégalais et stationné au Maroc de 1919 jusqu'en 1922.
Promu adjudant-chef, il est affecté au de transition.
À l'issue d'une formation militaire à l'école des officiers d'outre-mer de Fréjus en 1922, d'où il sort major de promotion, il devient le . un des rares Africains à recevoir les épaulettes d'officier (sous-lieutenant) .
Il est alors affecté au sein du de tirailleurs coloniaux à Tarbes. N'Tchoréré sert ensuite au Levant français à la du de tirailleurs coloniaux et il est blessé (à la mâchoire) au combat, le , durant la révolte druze menée par le Sultan el-Atrache en Syrie.
Il est brièvement affecté au ministère de la guerre à Paris.
Revenu en Afrique fin 1925, il rejoint le camp de Kati au Soudan français au sein du de tirailleurs sénégalais. Il est alors le commandant de la Compagnie hors rang et de l'École des enfants de troupe.
Le ministre de la guerre Édouard Daladier rédige à son sujet un témoignage de satisfaction, : .
En 1926, le sous-lieutenant rejoint le de tirailleurs sénégalais à Montauban (Tarn-et-Garonne).
Il est nommé lieutenant en ., puis nommé lieutenant en 1927.
Le lieutenant N'Tchoréré est muté en au d'infanterie coloniale à Paris.
En 1931, il est muté pour servir en Afrique-Occidentale française.
N'Tchoréré est promu capitaine en 1933 et il est affecté au de tirailleurs sénégalais, à Saint-Louis (Sénégal) où il commande également l'École des enfants de troupe.
En 1936, alors en poste au de tirailleurs sénégalais, il est à nouveau affecté en Afrique-Occidentale française..
Seconde Guerre mondiale
À la déclaration de guerre en , affecté au camp de Souge, près de Bordeaux, il demande à partir pour le front de la Somme avec un bataillon de volontaires gabonais, où il prend le commandement de la du aux ordres du commandant Seymour, du d’infanterie coloniale mixte sénégalais (), aux ordres du colonel Polidori.
Les combats d'Airaines des 5, 6 et
Charles N'Tchoréré est estimé des autres officiers et cadres européens placés sous son commandement. Sa compagnie est postée au centre d’un dispositif ayant pour mission de défendre la petite ville d’Airaines, située à à l'ouest d’Amiens, contre l’attaque des forces allemandes venues de la Belgique.
La a constitué un point d’appui dans un groupe isolé de maisons, au nord du bourg. Le premier assaut allemand qui se produit le est repoussé, ainsi qu'un second assaut le lendemain. Le , la ville est contournée et encerclée par les Allemands, et subit un intense bombardement combiné de l’aviation et de l’artillerie ennemies, qui détruit presque entièrement la bourgade, mais sans briser la résistance des hommes de Charles N'Tchoréré.
Devant cette résistance inattendue, une délégation allemande se présente pour parlementer et tenter d’obtenir la reddition du bataillon qui défend Airaines, mais essuie un refus du commandant Seymour. Cet intermède est suivi de tentatives d’infiltration de l’infanterie légère allemande, qui est repoussée dans les bois par une contre-attaque de la compagnie du capitaine N'Tchoréré.
De nouveaux bombardements plus intenses s'abattent encore sur Airaines dans la nuit du 6 au . Une nouvelle vague d'assaut allemande, appuyée par des chars, est pourtant à nouveau repoussée par la . Celle-ci, toujours vaillante, oppose une résistance farouche, ayant mis huit panzers hors de combat.
À la suite d'une infiltration, les Allemands reviennent à l’assaut et parviennent à faire sauter le dépôt de munitions du bataillon. Privée de celles-ci, la position du bataillon devient intenable, aussi le commandant Seymour décide-t-il de tenter une sortie vers le sud, en brisant le dispositif d’encerclement. Le capitaine N'Tchoréré réclame l’honneur de rester sur place, afin de couvrir la retraite du bataillon, ce que le commandant Seymour accepte..
Pendant que les restes du bataillon forcent au sud le barrage ennemi, la , restée seule en arrière-garde, subit l’assaut allemand au nord. C’est au moyen de lance-flammes que les soldats allemands réduisent, une à une, les dernières poches de résistance..
À , la ne compte plus que quinze hommes valides : dix Africains et cinq Européens, dont les munitions sont épuisées. Ils ne peuvent plus que se rendre et hissent le drapeau blanc : le capitaine N'Tchoréré sort en tête des survivants.
Exécution
Les hommes du d'infanterie allemand séparent alors les Africains des Européens. Le capitaine N'Tchoréré refuse d’être considéré comme un () et fait valoir sa qualité d’officier français. En dépit des vives protestations de ses camarades, et en violation de la Convention de Genève du 27 juillet 1929, les Allemands exécutent sommairement le capitaine N'Tchoréré d'une balle tirée derrière la tête.. Les assassins ne provenaient pas d'une division SS, mais de la blindée allemande, sous les ordres d'Erwin Rommel. Son corps aurait ensuite été broyé sous les chenilles d’un char.
Publications Rapport sur la promotion sociale des sous-officiers indigènes. « Le Gabon », in Revue des troupes coloniales, éditions Charles-Lavauzelle & Cie, p. 16-31 (n° 173 de janvier-). et p. 157-178 (n° 174 de mars-). Texte écrit à Tarbes le et présenté lors d'une conférence le .
Hommages et distinctions Hommages et distinctions militaires La carrière héroïquehttps://www.onac-vg.fr/sites/default/files/2021-07/recueil_biographique_combattants_d_afrique.pdf (pages 64-66)https://medias.vie-publique.fr/data_storage_s3/rapport/pdf/279007.pdf (page 275) et la mort tragique du capitaine Charles N'Tchoréré sont devenues des symboles de l’engagement et du courage des africains français qui combattirent pour la France. Combattant volontaire, blessé au combat, titulaire de nombreuses décorations militaires et mort pour la France, Charles N'Tchoréré est l’auteur d’un rapport sur la promotion sociale des sous-officiers indigènes, qui a été adopté dans la plupart des unités africaines.
Décorations avec étoile d'argent (), avec la citation suivante à l'ordre de la division : le général commandant provisoirement en chef l’armée du Levant cite à l’ordre de la division N’Tchorere, sous-lieutenant indigène à la du de tirailleurs coloniaux : « Officier de valeur, d’une bravoure remarquable. A été grièvement blessé à la mâchoire au cours du combat du 30 au Ordre général du 11 décembre 1925 » ; du Bénin (1926) ; () ; avec étoile de vermeil ; Octobre 1940 : cité, à titre posthume, à l’ordre de la division : « Commandant de compagnie plein d’allant et de bravoure. Lors des combats des 5,6 et , a infligé à l’ennemi des pertes sérieuses. A donné à tous l’exemple du mépris du danger par son activité sous le feu de l’ennemi » ; Déclaré Mort pour la France, par avis officiel de décès n°52977/EC/A2, le ; Août 1954 : cité, à titre posthume, à l’ordre du corps d'armée : « Commandant de compagnie plein d’allant et de bravoure. Lors des combats des 5, 6 et , a infligé à l’ennemi des pertes sérieuses. A donné à tous l’exemple du mépris du danger par son activité sous le feu de l’ennemi. A trouvé une mort glorieuse au cours de l’action du ».
Hommages militaires La promotion 1957-1959 de l’École de formation des officiers ressortissants des territoires d’outre-mer (EFORTOM, Fréjus) prend le nom de Capitaine N’Tchoréré.. En 2014, la de l'Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN) choisit de prendre le nom de session « Capitaine Charles N'Tchoréré » pour rendre hommage à ce héros des deux guerres mondiales. Au Sénégal : À Saint-Louis-du-Sénégal le Prytanée militaire porte son nom depuis le cinquantenaire de l´école en 1973.
Hommages civils En France : À la télévision Frères d'armes, série télévisée historique de Rachid Bouchareb et Pascal Blanchard sur France 3 en 2016 : présentation de Charles N'Tchoréré par Rokhaya DialloCharles N'Tchoréré raconté par Rokhaya Diallo France 3, 21 novembre 2014.. Charles Ntchoréré, un Africain face aux Nazis, film documentaire de Jacky Moiffo, 26 min, 2015. À la radio Dans l'émission Mémoire d'un continent sur Radio France internationale, animée par le journaliste Alain Foka, diffusion le d'une édition spéciale sur les tirailleurs sénégalais et un focus sur le capitaine Charles N'Tchoréré, avec comme invité l'historien congolais, le professeur Elikia M'Bokolo. Dans les collectivités À Airaines (Somme) : Une voie publique du bourg porte le nom « Avenue du Capitaine N'Tchoréré ». Monument à la mémoire du capitaine N'Tchoréré et des combattants africains de l'armée française a été érigé. Ayant la forme d'un simple mur blanc il porte cette dédicace: « Au capitaine N'Tchoréré mort héroïquement le et à tous les combattants d'Afrique noire qui ont versé leur sang pour la France. Ce monument a été érigé grâce à l'action militante de deux Picards, Albert Poiré et de son épouse Raymonde qui levèrent des fonds pour la construction du monument, inauguré le , en présence des autorités politiques et diplomatiques gabonaises, notamment Louis Bigman, Président de l’Assemblée nationale gabonaise, Georges Rawiri, ambassadeur du Gabon en France.… ; Une sculpture monumentale « Les forêts étrangères » de Christian Lapie est inaugurée sur la place devant l'hôtel-de-ville le en hommage au et à Charles N'Tchoréré..
vignette| redresse|Statue du capitaine N'Tchoréré au Gabon. Au Gabon : En 1962, un timbre poste gabonais à sa mémoire a été édité. À Libreville, une statue du capitaine N'Tchoréré a été érigée dans le secteur Rénovation. À Libreville, un collège-lycée s'appelle Capitaine N'Tchoréré. En , un roman historique, Remember Charles, sur la vie et la carrière du capitaine Charles N'Tchoréré, écrit par Steeve Robert Renombo, maître de conférence à l'université Omar Bongo de Libreville, a été publié aux éditions Descartes & Cie Le documentaire Morts pour que tu restes Français, en hommage au capitaine Charles N'Tchoréré, a été réalisé en 2021 par Giorgio L'Afropolitain
Au Sénégal :