Le slop, le slop IA (littéralement « bouillie d'IA ») ou l'AI slop (terme issu de l'anglais), ou encore, selon une proposition de l’Office québécois de la langue française, le contenu dégénératif, est un type de média, en croissance exponentielle dans les années 2020, dont les textes, sons, images ou vidéo sont de mauvaise qualité, et réalisé via une technologie d'intelligence artificielle générative..., de manière à être imposé à l'utilisateur en exploitant les failles des algorithmes de recommandation des réseaux sociaux, pour « générer du clic » et de l'argent. Le slop, issu du marketing digital, est au Web ce que le spam était aux courriels avant les outils anti-spam.

Historiquement située après l'ère de la reproductibilité technique qui valorisait encore l'originalité au sein de la culture de masse, l'émergence du « slop » marque une rupture où la production humaine est supplantée par une automatisation générative à faible valeur ajoutée. Dans le cadre du capitalisme de plateforme contemporain, cette dérive transforme les infrastructures numériques en vecteurs de saturation algorithmique, privilégiant la captation de l'attention par le volume au détriment de la qualité et de la pérennité des contenus.

Le mot slop, qui a une connotation péjorative, proche de celle de « spam », a été défini de diverses manières : « encombrement numérique »., « contenu de remplissage produit par des outils d'IA qui privilégient la vitesse et la quantité au détriment du contenu et de la qualité », « contenu d'IA de mauvaise qualité ou indésirable, trouvé dans les médias sociaux, l'art, les livres et, de plus en plus, dans les résultats de recherche »..

Les éditeurs de Merriam-Webster (maison d'édition spécialisée dans les dictionnaires) ont choisi ce mot comme « mot de l'année 2025 »..

En , selon l'entreprise Pangram Labs, qui commercialise le détecteur de slops Pangram, 7 % des articles d'actualité produits sur les sites d'information dans le monde le sont par des IA... Fin , selon une étude Slop Report publié par la start-up de montage vidéo Kapwing, qui a étudié environ des chaînes YouTube les plus vues (les 100 premières de chaque pays), plus de 21 % des « shorts vidéos » recommandées aux nouveaux utilisateurs de YouTube sont du « AI slop », produit par 278 chaînes totalisant 63 milliards de vues et générant environ 117 millions de dollars/an. Kapwing a créé un nouveau compte YouTube sans personnalisation, pour observer quels seraient les 500 premiers Shorts qui lui seraient recommandés ; après 16 vidéos sans IA, l'algorithme a rapidement proposé du contenu automatisé, dont 104 vidéos générées par IA (21 %) et 165 vidéos de type brain rot (33 %).

Jonathan Gilmore, professeur de philosophie à la City University de New York, décrit le « style incroyablement banal et réaliste » de l'AI slop comme étant « très facile à reproduire ».. On parle aussi de pullulation de vidéos « brain rot » en ligne, selon Kapwing (2025).

Origine du terme Alors que les grands modèles linguistiques (LLM) ont accéléré la création de contenus écrits et d'images en grand volume mais de faible qualité, le besoin est apparu de nommer ce phénomène. Les termes proposés comprenaient « déchets d'IA » (AI garbage), « pollution par l'IA » (AI pollution) et « scories générées par l'IA » (AI-generated dross).

Le terme « slop » est apparu avec l'arrivée des premiers générateurs d'art par IA en 2022. Son utilisation précoce a été notée dans les sections de commentaires de 4chan, Hacker News et YouTube comme une forme d'argot de groupe. À l'origine, le désigne une bouillie de qualité médiocre pour les cochons..

Comme la boue (slime), la vase (sludge) et la fange (muck), le mot anglais « slop » peut évoquer quelque chose de liquide ou humide, sale et qui s'infiltre partout. À l'origine, au , il désignait de la « boue molle ». Au , il a pris le sens de « déchets alimentaires » (ce qu'on donne à manger au cochon), puis plus largement de « déchets » ou de « produit de peu ou pas de valeur ».

Sur les réseaux sociaux vignette| Image générée à l'aide d'une invite de dialogue conçue pour « plaire » à un public américain, issue d'un séminaire en hindi : « Soldat américain vétéran tenant une pancarte en carton où l'on peut lire « Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, merci de liker », blessé au combat, vétéran de guerre, drapeau américain ».

L'émergence et la libre mise à disposition de l'IAg a favorisé la prolifération sur les plateformes de partage d'images et de vidéos (sur YouTube et TikTok notamment), d'images publicitaire et contenus éducatifs de faible qualité, parfois massivement produits, sans supervision humaine rigoureuse, qualifiés de « slop ». Cette prolifération s'explique, en partie au moins, par le fait qu'elle génère des revenus pour leurs créateurs (sur Facebook et surtout sur TikTok par exemple) et parce qu'elle est associée à des techniques d'optimisation de la performance marketing qui ont au même moment colonisé les réseaux sociaux. Ainsi, une étude portant sur plus de Weibo a montré que quatre caractéristiques du contenu (adéquation, pertinence, narration et émotionnalité) influencent fortement l'« engagement » des consommateurs, et que l'heure de publication module aussi l'effet des émotions (les vidéos publiées le matin générant par exemple davantage de réactions positives).

Dans ce marché concurrentiel, certaines plateformes (TikTok et WeChat typiquement), ont promu un nouveau format de , verticales, plus rapides à produire, facile à intégrer dans les processus incitant le doomscrolling sur les smartphones (qui devient alors plus rémunérateur). Mais ces vidéos sont si denses en contenu (informationnel, neutre ou faux, supposément humoristique ou vide de sens, au rythme rapide, exposant des points de vue, et construits pour exploiter les réflexes émotionnels de l'internaute), qu'en 2025, les modèles classiques d'IA qui les analysent pour les traiter algorithmiquement peinent à en avoir une compréhension structurée. Il faut donc créer de de nouvelles IA intégrant mieux les signaux visuels, textuels et sonores denses, avec par exemple un modèle LLM multimodal (ARC-Hunyuan-Video) capable de traiter de bout en bout les signaux visuels, audio et textuels issus de flux bruts de courtes vidéos bruts pour une compréhension structurée via une architecture compacte de 7 milliards de paramètres, publiée (mi-2025) ; il permet un sous-titrage temporel précis de ces courtes vidéos, une recherche segmentée optimisée, afin, selon ses créateurs d'ainsi accroitre l'engagement et la satifsfaction des utilisateurs, grâce à une recommandation plus fine..

Cette « manne » incite des personnes et groupes, souvent dans des pays en développement, à créer des contenus (images ou vidéo) construits de manière à être sur-favorisés par les algorithmes de recommandations des GAFAM, afin d'obtenir des tarifs et revenus publicitaires plus élevés..

Selon le journaliste Jason Koebler, l'aspect bizarre de certains contenus pourrait être dû au fait que les invites aux IAg auraient été faites en hindi, en ourdou et en vietnamien (des langues sous-représentées dans les données de formation du modèle), ou en utilisant mal la reconnaissance automatique de la parole pour traduire leurs intentions en anglais.

Dans le magazine New York, un créateur kényan d'images de synthèse a décrit comment il avait donné à ChatGPT une invite telle que , pour les introduire ensuite dans le générateur d'image Midjourney.

En politique Le magazine américain The Atlantic note que les logiciels malveillants d'IA étaient de plus en plus associés à la droite politique aux États-Unis, qui les utilisait pour publier du shitposting et du rage-baiting sur les réseaux sociaux ; la technologie offrant « du contenu bon marché, rapide et à la demande »..

Ainsi, au lendemain du passage de l'ouragan Helene aux États-Unis, une image générée par l'IA d'une jeune fille tenant un chiot assise dans un bateau flottant sur les eaux inondées a circulé parmi les membres du Parti républicain, qui l'ont utilisée comme preuve de l'échec de l'administration de Joe Biden, le président américain, à répondre à la catastrophe.. Certains partagent l'image sur les réseaux sociaux tout en reconnaissant qu'elle n'était pas authentique..

Dans la publicité thumb|300px|Capture d'écran d'une publicité de Noël de Coca-Cola assistée par IA, où le logo apparaît mal orthographié en « Coca-Coola »

En , Coca-Cola a utilisé l'intelligence artificielle pour produire trois publicités dans le cadre de sa campagne annuelle de Noël. Ces vidéos ont immédiatement reçu un accueil négatif de la part du public et des artistes.. L'animateur Alex Hirsch, créateur de Gravity Falls, a notamment critiqué la décision de la société de ne pas employer d'artistes humains.. En réponse, l'entreprise a défendu son choix en affirmant que « Coca-Cola restera toujours attachée à créer le plus haut niveau de travail à l'intersection de la créativité humaine et de la technologie »..

En , Paramount Pictures a été critiqué pour avoir utilisé un script et une narration générés par IA dans une vidéo Instagram destinée à promouvoir le film Novocaïne.. La publicité utilisait une voix artificielle robotisée, dans un style similaire à celui de vidéos de piètre qualité produites par des fermes à contenu. A24 a subi des critiques comparables après avoir diffusé une série d'affiches générées par IA pour le film Civil War en 2024. L'une d'elles représentait un groupe de soldats dans un radeau blindé prêt à tirer sur un grand cygne, une scène qui ne correspondait en rien au film..

Le même mois, Activision a diffusé sur des plateformes comme Facebook et Instagram plusieurs publicités et affiches pour de faux jeux vidéo tels que « Guitar Hero Mobile », « Crash Bandicoot: Brawl » et « Call of Duty: Zombie Defender », tous créés à l'aide d'IA générative et qualifiés par beaucoup de « slop ».. L'entreprise a ensuite expliqué que ces publications servaient en réalité de sondage pour mesurer l'intérêt du public envers de possibles futurs titres.. vignette|Personnages du Brain rot italien générés par IA. La tendance de l'Italian brainrot, issue des contenus IA, a par ailleurs été largement adoptée par les publicitaires pour tenter de séduire les jeunes audiences..

Dans les listes d'évènements Des graphismes promotionnels fantastiques réalisés pour l'évènement Willy's Chocolate Experience de , qualifiés de « slop », ont induit le public en erreur en le poussant à assister à un évènement qui, en réalité, se déroulait dans un entrepôt décoré bon marché. Un utilisateur de Reddit s'est dit surpris de voir que les gens achetaient des billets pour l'évènement uniquement sur la base de publicités Facebook générées par l'IA, sans aucune véritable photographie du lieu..

Dans les livres Les libraires en ligne et les fournisseurs de bibliothèques proposent désormais de nombreux titres rédigés par des intelligences artificielles, qui ne sont pas sélectionnés ni intégrés aux collections par des bibliothécaires. Le distributeur de médias numériques Hoopla, qui fournit aux bibliothèques des livres numériques et des contenus téléchargeables, propose ainsi des ouvrages générés par IA, attribués à des auteurs fictifs et de qualité discutable, lesquels occasionnent des coûts pour les bibliothèques lorsqu'ils sont empruntés par des usagers non avertis..

Dans la science thumb|Un article (désormais rétracté) publié dans la revue Frontiers in Cell and Developmental Biology comportait cette illustration générée par IA avec un texte dénué de sens.