La rafle du 25 juin 1943 à Clermont-Ferrand est une opération menée pendant la Seconde Guerre mondiale par la Gestapo assistée de l’armée allemande dans le foyer Gallia de l’université de Strasbourg à Clermont-Ferrand, où, le , celle-ci s’était repliée. La rafle a mené à l’arrestation et à la déportation de trente-six étudiants alsaciens et lorrains. Six étudiants sont décédés dans des camps de concentration allemands, sept étudiants juifs ont été assassinés dans le camp d'extermination d'Auschwitz.
Rafle et déportation Le , le Commissaire principal, chef du service des Renseignements Généraux du Puy-de-Dôme écrit dans un rapport adressé à son supérieur : . Paul Hagenmuller a décrit les événements en 1946 dans une publication de l’université de Strasbourg : Les étudiants arrêtés sont embarqués sur des camions et conduits à la caserne du d'infanterie, qui était devenue depuis l’invasion de la zone libre française (Opération Anton) une prison allemande. Seules ces identités intéressaient : L'après-midi, les étudiants sont divisés en deux groupes : les Juifs et les “Aryens”. Les “Aryens” pouvaient rester à l’ombre, les Juifs devaient rester debout sous le soleil brûlant. Ils doivent se tenir debout jusque tard dans la soirée et sont sévèrement battus.
Le lendemain (), ils sont transportés à la prison de La Mal Coiffée à Moulins.
Séparation des juifs et des Début , les étudiants juifs sont séparés de leurs camarades et transférés au camp de Drancy. À partir du , ils sont déportés par les convois 57, 58 et 60 vers le camp d'extermination d’Auschwitz et assassinés par gaz. Aucun d'entre eux n'a survécu à la déportation. Le , les “Aryens” sont emmenés au camp de Compiègne.
Camp de Royallieu à Compiègne En 1947, Hagenmuller a décrit son expérience à Compiègne : Il souligne que les premiers étudiants de l’université de Strasbourg à être déportés en Allemagne étaient en bonne santé mentale et physique. .
Camps de concentration: Buchenwald, Dora et autres camps Vingt-quatre détenus sont déportés le par le quatrième convoi de Compiègne vers le camp de concentration de Buchenwald. Huss et Mederlet ont suivi le avec le . Albert Bronner est déporté au camp de concentration de Neuengamme le .
Le , Eckert, Fritsch, Glath, Hagenmuller, Heckly, Herold et Lehné sont transférés au Kommando Dora. Les de cette période (fin octobre) devaient dormir dans les tunnels (Kammern 43 à 46) dans des conditions terribles. Il n'y avait pas d’installations sanitaires, à l'exception de barils de pétrole coupés en deux qui servaient de latrines. La faim, la soif, le froid et surtout le travail torturaient et tuaient les détenus. Ce n'est qu’à partir de que les premiers groupes de détenus sont transférés dans les baraques en construction. Beaucoup d’entre eux restent cependant entassés dans les « Schlafstollen » jusqu'en . D' à , près de sont morts à Dora. Le , Glath suit ses camarades à Dora. Le , Ebel, Fischer, Henni, Méderlet et Schmidt sont emmenés à Dora, Lobstein le . Volmer : vers Flöha (camp satellite du camp de concentration de Flossenbürg) ; Gandar : vers Rottleberode (camp satellite de Dora) ; Hilfiger : vers le camp de concentration de Neuengamme ; Feldmann : vers Abteroda (camp satellite de Buchenwald) ; Greiner, Haeffele, Vetter et Royer restent à Buchenwald.
Des 27 déportés, 6 meurent dans les camps : Albert Jaques Graf, Emile Heckly, Henri Hérold, Georges Huss, Jean Méderlet et André Royer.
Motif de la rafle L’université de Strasbourg s’était repliée à Clermont-Ferrand le . Ce repli était une manifestation et un acte de résistance publique contre l'université du Reich de Strasbourg (), inaugurée le . Dès la fin de l'année 1940, l’université de Strasbourg est devenue un rappel évident de l'Alsace française. Le fait que l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand continuait à exister était intolérable pour les Allemands. Néanmoins, le gouvernement de Vichy a insisté pour que l’université de Strasbourg soit maintenue. Adolphe Terracher, secrétaire général à l’Instruction publique, s'est engagé avec succès pour le maintien de l’université, même si les occupants allemands la considéraient . Le fait que les étudiants bilingues alsaciens aient pu analyser très tôt le totalitarisme de l'idéologie nazie a sans doute joué un rôle important.
Le traître et collaborateur Georges Mathieu (1920-1944) a déclaré lors de son interrogatoire du que les arrestations du avaient été provoquées par l’assassinat de deux agents de la Gestapo. L’après-midi du , deux agents de la SD-SiPo avaient été abattus au domicile du professeur au lycée Blaise-Pascal, Jean-Michel Flandin, rue Haute Saint André, Clermont-Ferrand. Flandin, chef régional des Mouvements unis de la Résistance (MUR), n'était pas présent. Les événements survenus dans l’appartement du professeur Flandin ont sans aucun doute déclenché les arrestations. Mais la véritable cause de la rafle du est révélée par le comportement de Georges Mathieu lors de la rafle du 25 novembre 1943 : dans la cour de l'université. Aux côtés du chef de la Gestapo Paul Blumenkamp, le traître a séparé deux groupes, les “bons” et les “mauvais”. Les “bons”, surtout ceux de Clermont et quelques rares Strasbourgeois qui seront libérés quelques heures plus tard. Les “mauvais”, la plupart originaires de Strasbourg, il les dirigeait vers la droite. Le motif véritable de la rafle était donc l'origine des étudiants, et un acte dirigé contre l'université de Strasbourg.
Déportés Les dossiers des Arolsen Archives et d'autres sources ont permis d’identifier vingt-sept étudiants déportés dans les camps de concentration de Buchenwald, Mittelbau-Dora et Flossenbürg. Sept étudiants juifs ont pu être identifiés. Ils ont été déportés dans le camp de concentration d'Auschwitz. Étudiants (27 identifiés) déportés du camp de Royallieu vers les camps de concentration en Allemagne Albert Bronner ( à Rosenwiller - à Strasbourg). Après l’arrestation : caserne du 92e régiment d'infanterie ; : prison de La Mal Coiffée à Moulins ; : Camp de Royallieu à Compiègne ; : camp de concentration de Neuengamme. Professeur de la clinique ophtalmologique à la faculté de Strasbourg, président de l’association des déportés et résistants de l’université de Strasbourg, médaille de la Résistance avec rosette (1947), ordre du Mérite combattant (1957), chevalier de la Légion d'honneur (1976), officier de l`Ordre national du Mérite (1977), Nombreuses distinctions et affiliations à des institutions scientifiques internationales . Jean-Pierre Ebel ( à Bischwiller - à La Tronche). Après l'arrestation: caserne du 92e régiment d'infanterie, : prison de La Mal Coiffée à Moulins, : camp de Royallieu à Compiègne, : camp de concentration de Buchenwald n° 31243, : camp de concentration de Dora. Libéré par les Américains le . Docteur ès-sciences physiques (1951), professeur de pharmacie de l`université de Strasbourg (1958), de biochimie (1962). Nombreuses distinctions et affiliations à des institutions scientifiques internationales. Officier de la Légion d’honneur (1948), Croix de Guerre avec Palmes (1948), Croix du Combattant volontaire de la Résistance, Médaille de Déporté Résistant, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Officier des Palmes Académiques, Chevalier de la Santé Publique. Étienne Eckert ( à Strasbourg - à Versailles). Après l'arrestation : caserne du d'infanterie, : prison de La Mal Coiffée à Moulins, : camp de Compiègne (n° 16341), : camp de concentration de Buchenwald (n° 31244), Kommando de Dora à l’intérieur des tunnels. Le , il embarque dans le convoi ferroviaire qui arrive le au camp de concentration de Bergen-Belsen. Libéré le par les troupes britanniques, Eckert est rapatrié en France, le , par le centre d'accueil d'Orsay. Il entre ensuite à l'École nationale d’administration (ENA) dans la première promotion "France combattante". Il entre ensuite à la Cour des Comptes où il fera toute sa carrière de magistrat administratif, atteignant le grade de conseiller maître (1977). Il devint membre de la commission consultative des anciens détenus de la Fondation des Mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora. Laurent Feldmann ( à Mayence ). L’étudiant en médecine appartenait à la Centurie Gergovie du Groupe mobile Alsace (GMA) Sud en qualité de chef de sizaine. Aprés l’arrestation : caserne du régiment d'infanterie, : prison de La Mal Coiffée à Moulins, : camp de Compiègne (n° 16341), : camp de concentration de Buchenwald (n° 31306). Le , il a été transféré au Commando d’Abteroda (Anton I). Le , l’usine BMW de fabrication de moteurs d’avion a été fermée. Les détenus ont marché jusqu'au camp de concentration de Buchenwald, où ils sont arrivés le . Feldmann y fut libéré le . Marcel Fritsch ( à Brunstatt - à Mulhouse). L’étudiant à la faculté de lettres était membre du Groupe Mobile Alsace (GMA) Sud depuis le et des Forces françaises combattantes (FFC) - Réseau Martial du au . Après l’arrestation : caserne du régiment d'infanterie, : prison de La Mal Coiffée à Moulins, : camp de Compiègne (n° 16341), : Camp de concentration de Buchenwald (n° 31233). Conduit à Mittelbau-Dora le avec le premier groupe de 299 hommes transférés de Buchenwald à Dora, dont 210 ont disparu. Les détenus ont dormi dans les tunnels jusqu’en . Le il est évacué dans le dernier convoi qui part du camp de Dora avec à destination du camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen. La colonne est arrivée au «Jugendschutzlager» du camp de concentration de Ravensbrück le , parce que le camp de Sachsenhausen était surpeuplé. Le , les SS ont également fait évacuer ce camp. Ils ont forcé les détenus à se rendre au camp satellite de Malchow (Mecklembourg). De là une Marche de la mort en direction de Schwerin a été lancée. Le il est libéré par l’Armée rouge dans la région de Parchim et rapatrié en France le par le centre de Charleville-Mézières. Justin Fischer ( à Mittelschaeffolsheim - à Schiltigheim), étudiant à la faculté de droit de l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Après l’arrestation : caserne du régiment d'infanterie, : prison de La Mal Coiffée à Moulins, : camp de Royallieu/Compiègne, : camp de concentration de Buchenwald (n° 31240). Le il est transféré à Mittelbau-Dora. Le il est évacué dans le dernier convoi qui part du camp de Dora avec à destination du camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen. La colonne est arrivée au «Jugendschutzlager» du camp de concentration de Ravensbrück le , parce que le camp de Sachsenhausen était surpeuplé. Le , les SS ont également fait évacuer ce camp. Ils ont forcé les détenus à se rendre au camp satellite de Malchow (Mecklembourg). De la une Marche de la mort en direction de Schwerin a été lancée. Le il est libéré par l'Armée rouge dans la région de Parchim et rapatrié en France le par le centre d’Hazebrouck. Qualité de Patriote réfractaire à l’annexion de fait (PRAF). 1952 il se marie à Strasbourg avec Jaqueline Saenger, en 1958 il est agent commercial dans cette ville.