La bataille de Kampar, qui se déroula du au , constitua une confrontation significative au cours de la campagne de Malaisie pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet affrontement opposa les forces britanniques et indiennes, issues de la Division d'Infanterie indienne, aux troupes japonaises de la Division.
Le , dans l'intention manifeste de prévenir l'assujettissement de la RAF basée à Kuala Lumpur, la onzième division d’infanterie indienne entreprit d’occuper Kampar. Cette localité, dotée d’une configuration topographique naturellement avantageuse, constituait un bastion défensif de choix. Simultanément, il leur incomba de temporiser l’avancée des forces nippones, afin de permettre à la neuvième division d’infanterie indienne de se désengager et de se replier depuis la côte orientale de la Malaisie. Les forces impériales japonaises, animées du dessein de faire de la conquête de Kampar un présent de Nouvel An à l’empereur Hirohito, s’emploient dès le à encercler les positions britanniques et indiennes. Le lendemain, les hostilités s’enclenchèrent avec une intensité croissante. Durant quatre jours, les contingents alliés opposèrent une résistance opiniâtre, usant des reliefs avantageux pour contrarier les assauts répétés de l’ennemi. Cependant, le , les troupes britanniques et indiennes se retirèrent en bon ordre, ayant atteint leur objectif stratégique de ralentir significativement l'avancée japonaise. Par cette manœuvre, elles préservèrent l’intégrité de leurs forces et facilitèrent le redéploiement nécessaire sur d’autres positions.
Contexte vignette| Carte représentant l'État de Perak. Kampar est situé dans le district de Kinta.|gauche Le site qui surplombe Kampar repose sur une éminence que l'on désigne aujourd'hui sous l'appellation de Green Ridge. Cette crête, ainsi que celles adjacentes de Thompson, Kennedy et Cemetery, domine la voie principale s'étendant vers le sud d’Ipoh, en Perak, et se distingue par une importance stratégique notable. Ces reliefs se dressent au sommet du Gunung Bujang Melaka, une montagne calcaire culminant à 4070 pieds. Cette élévation, densément boisée de jungle, offrait néanmoins des perspectives dégagées sur les plaines environnantes, émaillées de sites d’extraction d’étain à ciel ouvert et de marécages. Située à l’est de la cité de Kampar, la montagne se caractérise par des pentes abruptes qui conduisent directement à la route menant à la ville. La maîtrise de cette région, comprenant à la fois Kampar et le Gunung Bujang Melaka, aurait conféré aux forces japonaises un avantage stratégique considérable, leur permettant de jouir d’une vue panoramique sur la vallée de Kinta, sise au sud. Les forces alliées, conscientes de ces implications tactiques, savaient pertinemment que la prise de Kampar par la cinquième division de l’armée impériale japonaise offrirait à cette dernière une position privilégiée, lui permettant d’asseoir son contrôle sur la vallée de Kinta et de s’y établir comme point d’appui.
Lors de l’entame de la campagne de Malaisie par la XXVe armée commandée par le général Tomoyuki Yamashita, le IIIe corps indien, chargé de défendre le septentrion de la Malaisie, fut contraint à une série de retraites successives et périlleuses en direction du sud. Ces reculs, décrétés par le haut commandement de Malaisie, entraînèrent une désorganisation sévère et des pertes accablantes parmi l’infanterie britannique. Les affrontements de Jitra, Kroh, Alor Star et Gurun infligèrent à la XIe division indienne des pertes si considérables que les bataillons britanniques et indiens qui la composaient furent, dans leur majorité, amalgamés. Avec la chute de la province de Kedah, la XIIe brigade d’infanterie indienne, constituant la réserve du commandement de Malaisie et aguerrie aux exigences de la guerre en jungle, fut dépêchée pour suppléer la XIe division. Prenant en main la délicate manœuvre d’un retrait stratégique, cette brigade conduisit un recul ordonné et habile en direction de la position fortifiée de Kampar, infligeant des pertes significatives aux avant-gardes nippones. La mission impartie à la XIIe brigade consistait à temporiser suffisamment pour permettre la réorganisation de la XIe division ainsi que la mise en état des défenses dans le secteur de Kampar. Cette tâche, quoique ardue, fut exécutée avec un discernement tactique remarquable, permettant de ralentir l’avance ennemie tout en ménageant les forces disponibles pour les combats à venir.
Positions britanniques Parmi les trois brigades constituant la onzième division indienne, deux d'entre elles – la sixième et la quinzième brigades d’infanterie indiennes – avaient été amalgamées pour former une seule unité, dénommée 15e/6e brigade, placée sous l’autorité du brigadier Henry Moorhead, lequel commandait auparavant la colonne Krohcol. Cette nouvelle formation comprenait les débris du régiment de Leicestershire et du régiment de l’Est de Surrey, désormais unifiés sous l’appellation de "bataillon britannique", ainsi qu’un régiment composite Jat-Punjab, né de la fusion des rescapés du 1/8e régiment du Pendjab et du 2/9e régiment Jat. Les régiments restants de la brigade – à savoir le 1/ Pendjab, le 5/ Pendjab et le 2/ Pendjab – demeuraient en position de couverture à l’arrière du dispositif établi à Kampar. Toutefois, en dépit de cette intégration de forces éparses, la / brigade ne pouvait guère aligner plus de mille six cents hommes. Par ailleurs, la brigade Gurkha, sous le commandement du brigadier Ray Selby, bien que demeurée intacte d’un point de vue organique, souffrait de grandes faiblesses tant en termes d’effectifs que de moral. En effet, ses trois bataillons Gurkha avaient essuyé de lourdes pertes lors des engagements successifs autour de Jitra, Kroh, Gurun et Ipoh, circonstances qui n’avaient pas manqué de grever leur efficacité opérationnelle.
Le général de division Archie Paris, investi temporairement du commandement de la onzième division, se trouva chargé de défendre un périmètre stratégique étendu, s'étirant de la côte jusqu'à Telok Anson (aujourd'hui Telok Intan) pour culminer dans les positions retranchées de Kampar. Ce dispositif défensif, savamment choisi, s'adossait à la majestueuse colline de Kampar, appelée Gunong Brijang Malaka, laquelle surplombait avantageusement la progression des forces nippones tout en s'enveloppant d'une dense forêt équatoriale, favorable à une dissimulation ingénieuse. Paris établit des observateurs d’artillerie sur les pentes avancées de la colline, confiant leur protection à la 15e/6e brigade, positionnée sur le flanc occidental. Quant à l’extrémité orientale du dispositif, elle fut confiée à la 28e brigade Gurkha, aguerrie et intrépide, destinée à assurer la couverture du flanc droit. Ces deux formations combatives reçurent l’appui du 88e régiment d’artillerie de campagne, lequel manœuvrait des canons d’un calibre de 25 livres, ainsi que des pièces de 4,5 pouces, dévolues au régiment d’artillerie de campagne. Lorsque la brigade franchit les positions de Kampar, Paris l’assigna à la couverture de la côte, veillant ainsi à sécuriser la ligne de retraite stratégique en direction de Telok Anson. L’ensemble de ces dispositions militaires, marquées par une organisation méthodique et une exploitation habile du relief et des ressources naturelles environnantes, s’inscrivait dans une tentative résolue de freiner l’avancée inexorable des forces adverses en cette année 1941.
Positions japonaises La force d’offensive japonaise émanait de la division nipponne placée sous la férule du lieutenant-général Takuro Matsui. L’assaut sur la colline de Kampar fut orchestré par le régiment d’infanterie, lequel, demeuré intact et en grande partie épargné par les affres du combat, comptait encore près de 4 000 hommes. Cette unité relevait de la neuvième brigade du général de division Saburo Kawamura, dont la composition se distinguait par la présence notable du régiment, commandé par le colonel Watanabe, ainsi que du quarante et unième régiment, sous l’autorité du colonel Kanichi Okabe.
Bataille
Kampar vignette| Chars japonais Type 97 Te-Ke suivis de leur infanterie à vélo avançant pendant la bataille, décembre 1941. Le , la brigade de Kawamura parvint sur les lieux et entama l’encerclement méthodique ainsi que l’exploration des positions britanniques. Dès le lendemain, , Kawamura lança des assauts exploratoires contre les défenses de la brigade des Gurkhas, solidement établies sur le flanc droit à proximité de la bourgade de Sahum. Ces opérations furent conduites par un bataillon du régiment sous les ordres du colonel Watanabe. Une fois les positions des Gurkhas, habilement camouflées, identifiées avec précision, les troupes japonaises se disposèrent en formation d’attaque. C’est alors que les obusiers du 155e régiment d’artillerie de campagne, une unité du Lanarkshire Yeomanry, ouvrirent un feu concentré et soutenu, infligeant de lourdes pertes aux assaillants. Tout au long de cette journée, les attaques répétées du 11e régiment furent repoussées par la résistance acharnée des Gurkhas et l’appui décisif des tirs d’artillerie à courte portée. À la nuit tombée, en ce réveillon de la Saint-Sylvestre, le lieutenant-colonel Augustus Murdoch, commandant du régiment de campagne, décréta qu’une salve de douze coups de canon serait tirée en direction des lignes japonaises, marquant de manière solennelle la fin de cette journée de combats acharnés.
À sept heures du matin, le , Kawamura lança l'attaque principale contre le flanc occidental de la position de Kampar. Celle-ci fut menée par le régiment, dont l'effort principal fut concentré sur la zone occupée par le bataillon britannique commandé par le lieutenant-colonel Esmond Morrison. Le régiment engagea directement les positions britanniques, soutenu par des tirs de mortier d'une grande intensité. Les affrontements devinrent particulièrement violents, les positions japonaises et britanniques étant prises et reprises au prix de combats à la baïonnette. Les pertes du côté japonais furent considérables, et un flot continu de blessés passa devant le quartier général du colonel Okabe. En outre, outre les assauts de l'infanterie, les Japonais entreprirent des bombardements incessants et des tirs d'artillerie continus, mitraillant sans relâche les positions britanniques. Grâce à leur quasi-supériorité aérienne, les Japonais purent mener leurs attaques sans grande opposition aérienne. Face à leurs pertes croissantes, Matsui fit parvenir de nouvelles troupes pour les remplacer. Quant à la / brigade, elle résista vaillamment, se maintenant solidement retranchée et dissimulée. Soutenue par la artillerie de campagne ( West Lancashire), elle parvint à défendre ses positions avec une ténacité remarquable pendant les deux jours de combats acharnés qui se déroulèrent sur les pentes occidentales de la colline de Kampar, sans le moindre renfort.
La férocité et la confusion des affrontements rapprochés autour du bataillon britannique se manifestèrent d'une violence inouïe au sein des positions avancées. Le lieutenant Edgar Newland, commandant un peloton de 30 hommes du régiment des Leicesters, occupait la position la plus excentrée de son bataillon. Ce peloton se trouva encerclé et isolé pendant une grande partie du combat, mais Newland, ainsi que ses hommes, parvinrent à repousser toutes les assauts ennemis et à maintenir leur position durant les deux journées de combat. Pour ces faits d'armes, Newland fut ultérieurement décoré de la Croix militaire.