Bélisaire (en grec : Βελισάριος / Belisários ; en latin : Flavius Belisarius), né vers l'an 500 en Macédoine, aux confins de l'Illyrie et de la Thrace, et mort en 565 à Constantinople, était un général romain d'Orient.

Souvent victorieux, il est parfois considéré comme le dernier grand général romain. Par ses succès, il contribue grandement aux reconquêtes de l'empire romain d'Orient voulues par l'empereur Justinien, sous le règne duquel il exerce la plus grande partie de sa carrière.

Il se révèle sur le front oriental, en battant les Sassanides lors de la bataille de Dara en 530. S'il est vaincu l'année suivante à la bataille de Callinicum, il ne perd pas pour autant toutes les faveurs impériales. Plus encore, il joue un rôle cardinal dans l'écrasement de la sédition Nika à Constantinople, qui a mis en péril le pouvoir de Justinien. En 533, il est à la tête d'une armée chargée de conquérir le royaume vandale en Afrique du Nord. Au terme d'une campagne fructueuse, il vainc sans grandes difficultés Gélimer à deux reprises, assurant le retour de la région dans le giron impérial. Deux ans plus tard, il est envoyé combattre les Ostrogoths lors de la guerre des Goths (535-553), dans le but de conquérir l'Italie, cœur historique de l'Empire romain que Justinien espère reconstituer. Là encore, Bélisaire progresse rapidement et entre dans Rome en 536. Mieux, il en soutient victorieusement le siège. Son départ d'Italie en 540 pour combattre à nouveau sur le front perse coïncide avec le retour en force des Ostrogoths, qui l'oblige à revenir dès 542. Malgré des effectifs insuffisants, il parvient à contrecarrer Totila, le roi des Ostrogoths, même si c'est Narsès qui termine la conquête de l'Italie. Durant les années suivantes, Bélisaire est moins actif militairement même s'il défend Constantinople contre un raid des Koutrigoures en 559.

Au cours de sa vie, Bélisaire a été le plus grand général de Justinien mais il est ensuite tombé en disgrâce auprès de celui-ci, parfois pour des rumeurs de participation à des conspirations contre l'empereur. Si sa responsabilité personnelle ne semble jamais avoir été engagée, ces mises à l'écart, notamment celle en 562 peu avant sa mort, ont contribué au développement, dans l'art européen, du mythe d'un général mort dans la misère, mendiant, rejeté par un empereur ingrat. Toutefois, il est nécessaire de relativiser cette image, car Bélisaire n'a jamais été congédié de manière définitive par Justinien et aucun document n'atteste qu'il ait été privé de sa solde et de ses privilèges.

Jeunesse et premières campagnes vignette|Mosaïque de la basilique de Saint-Vital à Ravenne représentant Justinien (au centre), Bélisaire (à la gauche de Justinien), Narsès (à la droite de Justinien) et son entourage. Bélisaire est probablement né à Germanée, au cœur des Balkans, il était d’origine thrace, dans le sud-ouest de l'actuelle Bulgarie. Après avoir servi comme garde du corps de l'empereur , il est remarqué par l'empereur et obtient en 526 l'autorisation de former un corps de cavalerie lourde : les bucellaires ou « mangeurs de biscuits », qu'il emmène effectuer un raid victorieux contre les Gépides en Dacie, au nord du Danube. Ce succès lui permet de porter le nombre des bucellaires à , qui seront le fer de lance de ses futures armées.

Guerre contre les Perses En 527, le nouvel empereur, Justinien, nomme Bélisaire dux de Mésopotamie, chargé de lutter contre les incursions des Sassanides. L'année suivante, il entreprend la construction d'une forteresse stratégique à Thannuris, au sud de Dara, sur la frontière anatolienne entre les Romans d'Orient et les Perses Sassanides. Ces derniers sont vivement opposés à ce projet et attaquent les ouvriers, entretenant le conflit latent entre les deux empires. Les renforts conduits par Coutzès et Bouzès, au nombre de , sont vaincus lors de la bataille de Thannuris (dite aussi escarmouche de Mindon.) permettant aux Perses de raser le fort en construction. Bélisaire réussit néanmoins à s'enfuir et à se replier sur Dara J. B. Bury, History of the Later Roman Empire, Vol. 2: From the Death of Theodosius I to the death of Justinian, Dover Publications Inc., New York, ()..

En 530, Bélisaire est à la tête de l'armée qui doit s'opposer à l'invasion perse conduite par Kavadh en personne, l'empereur sassanide. Il est secondé par Hermogène, avec qui il partage le commandement. Il parvient à vaincre les Perses pourtant supérieurs en nombre lors de la bataille de Dara. Cette importante victoire, où les Perses perdent , augmente la bonne réputation de Bélisaire et conduit à des célébrations à Constantinople. Cela n'empêche pas les Perses de revenir l'année suivante, progressant en Syrie jusque vers Chalcis. Cependant, ils se replient à l'annonce de l'arrivée de d'Orient dirigés par Bélisaire. Ce dernier ne semble pas vouloir affronter un adversaire qui a choisi de se retirer sans combattre. Ce sont ses officiers qui le poussent à l'affrontement le . Cette fois, l'armée romaine d'Orient est vaincue à la bataille de Callinicum et Bélisaire s'enfuit en bateau, selon le récit de Jean Malalas.

En réaction, Justinien envoie Constantiolus enquêter sur les causes de cette défaite et son rapport final semble avoir participé au remplacement de Bélisaire par Mundus comme magister militum d'Orient. Toutefois, Procope de Césarée, dans son ouvrage intitulé La Guerre perse dans lequel il est souvent laudateur à propos de Bélisaire, estime qu'il n'est pas responsable de cette défaite. Il considère même que Justinien prévoit déjà de l'envoyer combattre les Vandales, ce qui expliquerait son départ du front oriental, mais cette hypothèse est fort improbable car le projet de conquête de l'Afrique du Nord ne semble alors pas encore à l'ordre du jour.

Répression de Nika En dépit de ce retrait du front d'Orient, Bélisaire ne semble pas perdre la confiance de Justinien. En , il joue un rôle décisif dans la répression de la sédition Nika. Ce mouvement populaire de protestation embrase la capitale plusieurs jours. Les causes en sont nombreuses mais l'élément déclencheur est la décision de faire exécuter certains meneurs des factions « bleue » et « verte ».

Organisatrices de courses de chars, ces « ligues de supporters » sont aussi le reflet des rivalités socio-économiques à Constantinople, n'hésitant pas à se combattre violemment dans les rues, obligeant les autorités à punir les responsables. En l'occurrence, les « bleus » et les « verts » se sont alliés pour protester contre la rigueur de la sanction et ne tardent pas à proclamer un nouvel empereur en la personne d'Hypatios, un neveu de l'empereur Anastase, mort depuis quelques années.

La situation devient critique et Justinien pourrait avoir pensé à fuir. Toutefois, Bélisaire et Narsès, un autre général, interviennent contre les rebelles. Ils ramènent les « bleus » dans le giron impérial grâce à des cadeaux, et Bélisaire encercle l'hippodrome de Constantinople où sont massés les émeutiers « verts » rétifs à tout compromis, avant d'y faire pénétrer ses soldats qui exercent une répression sanglante. Le nombre total de victimes pourrait dépasser les . Bélisaire a, en cette occasion, l'appui de l'impératrice Théodora, dont il a épousé l'amie, Antonina. Ce faisant, il adopta plus ou moins Photius, le fils de celle-ci, qui l'accompagna ensuite dans ses conquêtes..

Reconquête de l'Empire romain d'Occident La conquête du royaume vandale vignette|redresse=1.5|Les conquêtes de l'Empire romain d'Orient en Afrique (533) et en Italie (535-554).

Ses succès en Orient et sa répression de la sédition Nika en font le général le plus important de l'Empire d'Orient, aujourd'hui appelé « byzantin ». C'est donc tout naturellement que Justinien se tourne vers Bélisaire pour reprendre l'Afrique du Nord aux Vandales, dont le royaume était centré sur l'antique Carthage.

C'est une expédition risquée, comme en témoigne le désastre de la précédente tentative de Basiliscus. Bélisaire et sa flotte partent de Constantinople le avec à bord, dont et sur 500 navires de transport, escortés par 92 dromons comprenant .

Au cours de son trajet, cette flotte fait étape en Sicile avant de débarquer à Caput Vada, au sud de Carthage, à la fin août. Bélisaire peut profiter des troubles internes qui agitent le royaume vandale. Ainsi, le roi Gélimer est engagé dans une guerre contre ses voisins Maures. De ce fait, c'est son frère Ammatas qui est chargé de la défense de Carthage.

Toutefois, Bélisaire reste prudent et décide de longer la côte par la terre, accompagné par la flotte. Rapidement, Bélisaire est attentif à la discipline de ses troupes. Conscient que l'efficacité de la reconquête dépend du soutien de la population locale, il punit sévèrement les soldats qui se livrent à des pillages. De ce fait, plusieurs cités romano-berbères ouvrent leurs portes à l'armée byzantine.

Dans le même temps, Gélimer élabore son plan d'attaque, qui donne lieu à la bataille de l'Ad Decimum le . Il projette d'assaillir l'armée adverse de trois côtés. Lui-même doit venir de l'arrière avec le gros de l'armée, tandis que son frère doit attaquer les forces de Bélisaire de front et une petite troupe dirigée par Gibamond doit les prendre de flanc.

Toutefois, la coordination entre ces trois groupes est imparfaite. Ammatas arrive trop tôt et est facilement mis en déroute et tué par l'avant-garde byzantine commandée par Jean l'Arménien.

De même, Gibamond se retrouve seul face à l'armée byzantine et, notamment, face aux archers massagètesL'identité de ces troupes auxiliaires massagètes est discutée : les Massagètes antiques de souche iranienne ayant vécu plusieurs siècles auparavant, il est possible que ce terme désigne en fait des mercenaires alains ou tarkans., placés par Bélisaire sur son aile gauche. Par conséquent, Gibamond est aisément vaincu.

Néanmoins, l'armée de Bélisaire est mise en difficulté par celle de Gélimer, jusqu'à ce que ce dernier tombe sur le corps de son frère et décide de l'inhumer. Bélisaire en profite pour rassembler ses hommes avant de charger les Vandales et de les mettre en déroute.

Le dimanche , Bélisaire peut entrer facilement dans Carthage et s’asseoir sur le siège du chef vandale.

Rapidement, il prend des mesures en faveur des chrétiens trinitaires opprimés par les Vandales, chrétiens ariens. Bélisaire rend la basilique de Saint-Cyprien aux trinitaires (rétrospectivement désignés comme « catholiques » par les sources occidentales ultérieures) mais fait preuve de modération envers les ariens qu'il s'abstient de persécuter. L'évêque de Rome retrouve ainsi son autorité sur l'Afrique du Nord revenue dans le giron impérial.

Bélisaire envoie Solomon à Constantinople pour transmettre la nouvelle puis prend soin de rétablir les défenses de Carthage et érige plusieurs monuments, dont un bain public baptisé du nom de l'impératrice. En outre, il reçoit les émissaires des nombreux peuples berbères qui vivent dans l'arrière-pays carthaginois, souvent opposés à l'autorité vandale. Ils reconnaissent la suzeraineté byzantine et Bélisaire les récompense en retour.

En dépit de leurs défaites, les Vandales dirigés par Gélimer sont toujours actifs et se sont regroupés dans la plaine de Bulla Regia.

Bélisaire décide de quitter Carthage pour se porter à leur rencontre, d'autant que le chef vandale reçoit le soutien de la force qu'il a envoyé en Sardaigne pour mater une révolte des Romains trinitaires locaux.

Les deux armées s'affrontent lors de la bataille de Tricamarum, à vingt-cinq kilomètres de Carthage. Dans un premier temps, Bélisaire fait charger sa cavalerie qui repousse les Vandales dans leur camp, avant de l'assaillir par l'infanterie, poussant Gélimer à la fuite. Il le fait poursuivre par une troupe de deux cents cavaliers conduits par Jean l'Arménien mais celui-ci meurt accidentellement.