Władysław Sikorski, né le à Tuszów Narodowy et mort le à Gibraltar, est un militaire et homme d'État polonais. Il est notamment général et chef des forces armées polonaises, et exerce les fonctions de Premier ministre du gouvernement polonais en exil de 1939 à 1943. Les circonstances de sa mort dans un accident d'avion restent encore sujettes à diverses interprétations.

Biographie Premières années Né à Tuszów Narodowy en Galicie, alors partie de l'Autriche-Hongrie, Władysław Sikorski est le troisième fils de Tomasz Sikorski (1852-1885), organiste du village de Hyżne et maître d'école. Ce dernier est originaire d'une famille de tisserands de Przeworsk. Sa mère est Emilia Habrowska, née de père inconnu, dont le beau-père, Kajetan Albertowicz, fut intendant du domaine de Hyżne.

De 1898 à 1902, Sikorski étudie à l'Institut de formation des maîtres à Rzeszów. En 1902, il intègre l'École des ponts et chaussées de Lwów. Étudiant, il participe activement aux activités des organisations patriotiques polonaises, très actives en Autriche-Hongrie. Entre 1916 et 1918, il sert dans l'armée austro-hongroise.

Il épouse en 1909 Helena Zubczewska. Ils ont une fille, Zofia Leśniowska, qui deviendra sa conseillère et son interprète.

Guerre russo-polonaise (1920-1921) Il rejoint la nouvelle armée polonaise et participe à la guerre russo-polonaise (1919-1920) comme commandant de la Armée. En 1920, lors de la bataille pour Varsovie il commande la Armée et contribue à la victoire sur les troupes bolchéviques.

Rôle dans la nouvelle Pologne 1921-1926 De 1921 à 1922, il est chef d'état-major de l'armée ; entre 1922 et 1923, il est président du Conseil, puis, de 1924 à 1926, inspecteur général de l'infanterie ; en , il est ministre des affaires militaires.

Écarté du pouvoir sous le régime de Piłsudski (1926-1939) À la suite du coup d’État de Józef Piłsudski, qui met en place un régime autoritaire, voire autocratique, appelé sanacja (« assainissement »). Sikorski est mis à l'écart du pouvoir et se retire de la vie politique. En 1936-1939, général sans affectation, il étudie en France à l'École supérieure de Guerre. L'Académie française lui décerne le prix Auguste-Furtado 1936 pour son ouvrage La Guerre moderne, son caractère, ses problèmes. Écarté de la Campagne de Pologne (1939), il part en France où, le , il commence la formation de l'armée polonaise en exil.

Entrée dans la Seconde Guerre mondiale (1939-1941) vignette|Plaque au 58 de la rue Jacob ( arrondissement de Paris), où il vit de 1939 à 1940. Le , le président polonais, Władysław Raczkiewicz, demande à Sikorski de former un gouvernement en exil.

Les Français et les Britanniques, qui lui font confiance, reconnaissent son gouvernement, qui s'établit d'abord à Paris, puis à Angers. Il est reconnu par toutes les nations libres, y compris l'Union soviétique. Le , il devient également le chef des armées et met sur pieds l'armée polonaise en France (). Après la défaite de la France, il passe en sol britannique et signe le un accord avec le Royaume-Uni pour la reconstruction de l'armée polonaise sur les îles britanniques et devient le chef des Polonais Libres (force de ). Il installe son gouvernement à Londres.

Grâce à Stanislaw Maczek et à Sikorski, la division blindée polonaise est constituée le et placée sous les ordres de MaczekCapitaine Kazimierz Duda - blindée polonaise - escadron des mitrailleuses lourdes (C.K.M).

Rapprochement avec l'Union soviétique (1941-1942) Le , l'Allemagne attaque l'Union soviétique, et Sikorski donc fait savoir à Staline qu'il est son allié. Le , il signe avec Ivan Maïski, ambassadeur soviétique à Londres, l'accord de formation de l'armée polonaise de l'Est, placée sous le commandement du général Władysław Anders, ce qui permettra la libération de milliers de Polonais, militaires et civils, déportés en Union soviétique entre 1939 et 1941. En , il se rend personnellement à Moscou pour y rencontrer Staline.

En , il accepte un traité entre la Pologne et l'Union soviétique qui reconnaît la nullité du pacte germano-soviétique. Le , en confirmation des Accords Sikorski-Maïski, l'accord Sikorski-Staline fixe les modalités de formation d'une armée polonaise en URSS recrutée parmi les Polonais faits prisonniers en Joseph Czapski, Terre inhumaine, et ceux déportés en Union soviétique pendant l’occupation par les Soviétiques de la moitié orientale de la Pologne entre (invasion de la Pologne par l’Union soviétique dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop) et (invasion de l'Union soviétique par les Allemands).

Divergences avec les Alliés (avril 1943) Leurs divergences ne portent que sur l'occultation du massacre des officiers polonais à Katyn, attribuée aux Soviétiques par Sikorski et aux Allemands par les Alliés, ce qui fut la théorie officielle durant un demi-siècle grâce à une désinformation concertée. La responsabilité des Soviétiques fut instrumentalisée par les services de propagande du Troisième Reich pour tenter de diviser les Alliés : le , Radio Berlin annonce la découverte du charnier où reposaient les corps des officiers polonais assassinés par les Soviétiques en .

Deux jours plus tard, les Soviétiques répondent sur les ondes que ce sont les Nazis qui ont commis ces atrocités lors de leur avance sur Smolensk à l'été 1941. En pleine guerre, la position des Alliés américains, Britanniques et soviétiques est unanime que les Allemands sont responsables du massacre. Seul le gouvernement polonais en exil à Londres refuse de croire la thèse alliée et se rallie à la thèse allemande.

Cette attitude est vertement critiquée par Churchill, Roosevelt et Staline, qui reprochent à Sikorski de diviser l'alliance en pleine guerre. Le , les Soviétiques cessent de reconnaître le gouvernement Sikorski comme représentant légal de la Pologne et forment leur propre gouvernement polonais en exil. Soviétiques et Polonais conviennent d'un accord. Les divisions polonaises de l'Armée Anders, en cours de formation, seront transférées de l'Union soviétique en Iran, où elles rejoindront les forces britanniques sur le front Ouest pour continuer la lutte contre l'Allemagne. À cette fin, le général Sikorski se rend au Moyen-Orient en . Le il s'envole pour Gibraltar, et le 26, il en redécolle vers le Proche-Orient. Il y rencontre les Polonais Libres, et tout se passe bien. Avant de repartir pour Londres, il se repose une semaine à Beyrouth. Puis, il s'envole pour l'Égypte, Le Caire, puis Gibraltar, mais en repartant du rocher, il trouve la mort dans l'écrasement de son avion.

Mort et enterrement

Dans ce contexte, le , le général Sikorski et d'autres membres du gouvernement polonais (et sa fille, Zofia Leśniowska, selon une version controversée) sont tués dans un accident d'avion à Gibraltar. Stanisław Mikołajczyk succède à Sikorski à la tête du gouvernement en exil.

Dans le contexte de la révélation de la vérité au sujet du massacre de Katyn mais aussi du rapprochement de Sikorski avec les Soviétiques, cette mort est si opportune qu'aussitôt, les soupçons se portent sur les services secrets britanniques. Dès lors, des hypothèses antagonistes sur les causes de sa mort vont s'affronter. Cette fois aussi, une théorie officielle défendue par les Alliés sera mise en doute par des théories dites du complot de différentes provenances et orientations.

Il est enterré au cimetière de Newark-on-Trent en Angleterre, où quelques autres soldats polonais étaient aussi inhumés. Sa dépouille y est restée jusqu'en 1993. Après le retour de la démocratie en Pologne, elle est transférée dans la crypte de la cathédrale du Wawel, à Cracovie.

Causes de l'écrasement de son avion Version officielle des Alliés occidentaux L'appareil était un Consolidated B-24 Liberator. Le pilote, Eduard Prchal, un Tchèque rallié à Londres depuis 1938, était un pilote chevronné et qui avait conduit Sikorski en Égypte au vol aller. Avoir le même pilote deux voyages de suite était inhabituel, mais Sikorski avait beaucoup apprécié les qualités de Prchal et demanda donc expressément de le ramener jusqu'à Londres.

Avant le décollage, Prchal fit, comme de coutume, un tour de l'avion pour s'assurer que tout était conforme avant le décollage. Ce pilote était connu par sa manière très particulière de commencer son envol. Pour faire prendre de la vitesse à l'appareil, il piquait un peu du nez peu après avoir décollé avant de reprendre la montée. Toutefois, Prchal expliqua que ce jour-là, le manche resta bloqué en position à piquer, l'empêchant de relever le nez de l'avion et de reprendre de l'altitude.

Les B-24 avaient parfois connu ce genre de problème, mais cela était exceptionnel. Ce jour-là l'avion était chargé à 25,5 tonnes, charge importante mais pas excessive, raison de plus pour que le pilote souhaite lui faire gagner un maximum de vitesse rapidement. Ainsi, ni la charge ni les qualités du pilote ne semblent en cause.

Pendant le décollage, un sac de courrier tomba de l'avion par le logement du train d'atterrissage juste avant que l'avion ne quitte le sol. C'est pourquoi l'enquête conclut qu'à cause des mouvements sur la piste, les sacs de courrier seraient tombés dans l'orifice du train avant, et que, quand le pilote rentra le train, celui à l'avant pressa un sac contre la paroi de l'avion, ce qui bloqua les câbles de gouverne. C'est la seule explication qui puisse faire concorder les éléments techniques avec le témoignage du pilote.

Prchal fut le seul survivant du drame. Il continua sa vie en Tchécoslovaquie après la guerre, puis émigra aux États-Unis, où il finit sa vie. Il n'a jamais changé sa version des faits en disant qu'au moment de remonter, le manche resta bloqué. Quand il remarqua qu'il n'y avait rien à faire, il avertit le reste de l'équipage avant l'impact, et il ne dut sa survie qu'à la chance d'avoir pu agripper son gilet de sauvetage alors qu'il était déjà dans l'eau. Il expliqua avoir échappé à la noyade uniquement grâce au fait que la vitre en Plexiglas située juste au-dessus du poste de pilotage, avait explosé lors de l'impact sur l'eau, ce qui lui permit d'évacuer l'avion avant qu'il ne coule.

Théories de complot

La mort du général Sikorski intervenait alors que l'Allemagne nazie exploitait la découverte du charnier de Katyn pour monter l'opinion internationale contre les Soviétiques. De leur côté, les Britanniques et les Américains ne souhaitaient pas contrarier les Soviétiques tant que la guerre ne serait pas gagnée. Pour eux, la priorité était de vaincre le Troisième Reich, et ils évitèrent donc de contester la thèse soviétique faisant des nazis les responsables du massacre de Katyń.

Cependant, Sikorski avait informé les Britanniques qu'il avait décidé de révéler à toute la presse que les auteurs du massacre des polonais étaient en fait les Soviétiques. Staline en fut lui aussi informé et menaça les Britanniques d'arrêter les combats contre les Allemands si Sikorski n'était pas réduit au silence.

Si les nazis furent les premiers à avancer la thèse d'un complot britannique, bientôt des voix s'élevèrent aussi en Pologne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. La plupart des ministres polonais survivants, en plus de Goebbels, Staline et bien d'autres gens, pensaient que l'écrasement était un coup de l'Intelligence Service britannique.