La participation liégeoise à la révolution belge de 1830 désigne l'ensemble des événements militaires, politiques ou populaires ralliant la région de Liège à la révolution belge, menée à partir du mois d' contre le roi des Pays-Bas Guillaume d'Orange-Nassau, ainsi que lors de la guerre belgo-néerlandaise qui la suivit.

Elle commence dès le début de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux qui entraîne plusieurs réactions populaires dans différentes villes de la province de Liège, dont la cité ardente elle-même, mais aussi à Huy et à Verviers.

D'un point de vue militaire, la garde urbaine de Liège est créée et prend notamment le contrôle de plusieurs lieux militaires, dont le fort de la Chartreuse ou encore la citadelle de Liège. Le un corps franc est composé afin de se rendre à Bruxelles pour renforcer les troupes révolutionnaires belges qui défendent la capitale brabançonne face à l'armée du prince d'Orange. Le corps participe, entre autres, aux combats des Journées de Septembre dans le parc de Bruxelles, avec des combattants restés célèbres, comme Jean-Joseph Charlier dit « Jambe-de-bois ».

Outre l'aspect purement militaire, l'influence de la participation liégeoise dans la révolution belge demeure plus importante que celle des différentes autres régions des Pays-Bas méridionaux, notamment au travers de l'engagement politique de personnalités comme Charles Rogier, Joseph Lebeau, Paul Devaux ou Jean Raikem qui joueront un rôle prépondérant dans la création du Gouvernement provisoire de Belgique, du Congrès national ou de la Constitution belge.

Par ces différents aspects, les liégeois contribueront grandement à l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas, proclamée le par le gouvernement provisoire de Belgique.

Contexte vignette|Dans l'Ancien Régime, la Principauté de Liège n'était pas rattachée aux Pays-Bas autrichiens, dirigés par la maison de Habsbourg. La principauté de Liège

À la fin du , les territoires de l'actuelle Belgique appartiennent quasiment tous au Saint-Empire romain germanique mais le système féodal rend les Pays-Bas autrichiens assez différents de la principauté de Liège, ceux-ci n’étant, par exemple, pas gouvernés par les mêmes souverains. En 1787, les premiers se révoltent contre l'empereur Joseph II de la maison de Habsbourg, lors de la révolution brabançonne, qui donne naissance aux éphémères États belgiques unis. Après la Révolution française de 1789, les liégeois s'insurgent quant à eux contre le Prince-évêque de Liège, César-Constantin-François de Hoensbroeck, lors de la révolution liégeoise. Malgré leurs échecs, ces deux premières révolutions, indépendantes l'une de l'autre, montrent les chemins différents pris par les liégeois qui vont être, pour la première fois depuis des siècles, rattachés aux autres « belges », lors de l'annexion à la Première République française en 1795. C'est sous le régime français que sont créés les « départements réunis », dont le département de l'Ourthe qui englobe le pays de Liège et ses environs.

Le royaume uni des Pays-Bas Après la chute du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, les puissances européennes victorieuses déclarent les anciens territoires annexés par la France « vacants » et se réunissent lors du congrès de Vienne pour décider de leur sort. Souhaitant disposer d'un rempart contre les éventuelles nouvelles ambitions expansionnistes françaises., elles décident de créer un nouvel état « tampon » entre le nouveau royaume de France et la Prusse. C'est ainsi que, le , le royaume uni des Pays-Bas voit le jour avec, comme souverain, Guillaume de la maison d'Orange-Nassau, ancêtre du héros néerlandais du , Guillaume d'Orange, qui mena la révolte et l'indépendance des Provinces-Unies du royaume d'Espagne. Le royaume est divisé en dix-sept provinces, dont la province de Liège, créée pour l'occasion.

L'esprit révolutionnaire de 1830

L'année 1830 voit plusieurs pays connaître une révolution, comme la Grèce qui obtient son indépendance de l'Empire Ottoman le , mais surtout la deuxième révolution française, qui renverse le roi Charles X, fin juillet. Plusieurs Liégeois sont d'ailleurs présent à Paris lors des évènements. À ce sujet, le , le gouverneur de la province de Liège, Samuel Johannes Sandberg van Essenburg, écrit au ministre de l'intérieur, Edmond de la Coste :

Les belges, majoritairement catholiques, lassés du gouvernement protestant « hollandais » de La Haye et dans un contexte économique compliqué, emboîtent le pas lors de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux qui déclenche la révolution belge après la représentation de la pièce de théâtre La Muette de Portici au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles le .

Insurrection

vignette|Le drapeau belge n'existant pas encore, les premiers drapeaux à être brandis furent des drapeaux liégeois ou français, puis ceux de la Révolution brabançonne (image). Apprenant les émeutes d’août 1830 à Bruxelles, premier volet de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, les couleurs jaunes et rouges du drapeau liégeois sont hissées dans de nombreuses anciennes bonnes villes de la principauté de Liège comme à Huy, Thuin, Dinant ou Ciney. Le drapeau français apparaît également, pas tant par esprit de rattachisme mais plutôt au travers du symbole de liberté politique et d'aspirations sociales qu'il représente, particulièrement depuis sa réapparition lors de la toute récente deuxième révolution française. Celle-ci a, en effet, renversé le denier roi de France, Charles X et remplacé le drapeau du royaume de France par le drapeau tricolore républicain de la Révolution française de 1789. La Marseillaise est également chantée à travers la région liégeoise et jusqu'en Prusse, où l'insurrection populaire se propage.

Huy La nouvelle des émeutes d’août 1830 à Bruxelles arrive dès le lendemain à Huy et le conseil de Régence, craignant des troubles de la population, décide la nomination d'une commission de sûreté publique dès le . Celle-ci est composée de et présidée par Florimond-Joseph-Ignace de Ficquelmont, sans avoir été consentie par le bourgmestre faisant-fonction, Monsieur Lhonneux (remplaçant Monsieur Delchambre, malade), qui demeure un orangiste notoire. La commission crée une garde urbaine chargée d'assurer la tranquillité publique, placée sous le commandement du Comte de Looz, Guillaume de Looz-Corswarem.

Le , l’hôtel de ville de Huy est pris d’assaut par une troupe populaire et, le lendemain, le bruit courant que des renforts de l'armée du royaume uni des Pays-Bas sont en route pour venir soutenir la garnison en poste dans le fort de Huy, entraîne la décision de prendre possession de la citadelle, qui n'a pour toute garnison qu'une vingtaine de canonniers invalides. La garde communale et des bourgeois armés se rangent en ordre de bataille sur la Grand-Place où l'on distribue des cartouches et où ils obtiennent les clefs du fort chez le capitaine Banneux. La troupe s’avance tambour battant jusqu'au pied de la citadelle et y pénètre sans difficulté et sans résistance. Le drapeau de Liège est arboré en haut du fort tandis que les soldats de la garnison sont conduits à Liège par bateau. Un autre drapeau liégeois est également planté à Statte au sommet du rocher situé près de l'église actuelle.

Plusieurs tentatives de former un corps franc de volontaires sont avortées, fautes d'armes et de munitions mais aussi par l'insistance du commandant de la garde urbaine liégeoise, qui demande aux huttois de se maintenir en possession du fort.

Liège vignette|Denis François Delemme arborant le drapeau liégeois devant le palais des princes-évêques de Liège, le . vignette|Le drapeau de la Belgique hissé sur le perron de la place du Marché de Liège, dès la fin des Journées de Septembre, le . La nouvelle des émeutes d’août 1830 à Bruxelles arrive à Liège le lendemain, soit le . La foule s'amasse, entonne la Marseillaise et arrache les cocardes oranges de la garde communale, symbole de la monarchie néerlandaise, dont le poste est pillé et où sont volés. Dans la soirée, un grand nombre de jeunes gens se réunissent dans la cour du palais des princes-évêques de LiègeCahier de notes et souvenirs de Charles Rogier. Charles Rogier, un jeune avocat de la cité ardente, en prend le commandement avec son frère, Firmin.

Le , le gouverneur de la province de Liège, Samuel Johannes Sandberg van Essenburg décide de créer une « commission de sûreté publique » composée de meneurs de l'opposition, de journalistes et d'industriels. Elle est présidée par le comte Émile d'Oultremont et compte parmi ses membres, Constantin de Gerlache, Joseph Lebeau du journal Le Politique, ou encore du journal Le Courrier de la Meuse.

Le , les insurgés se rendent chez le fabricant d'armes Devillers, aux degrés Saint-Pierre, pour y saisir contre un « reçu au nom du peuple » fourni par Rogier. Ils en profitent pour arborer les couleurs liégeoises, rouge et jaune, sur l’hôtel de ville de Liège à l'instar de la garde communale, provoquant les autorités néerlandaises du bourgmestre Denis Marie de Mélotte d'Envoz et du gouverneur van Essenburg, tous deux orangistes. Parmi les « agitateurs », se trouve Denis François Delemme qui arbore le drapeau liégeois à travers la ville pour haranguer la foule. Une réaction militaire néerlandaise est annoncée pour mater la révolte, en provenance de la forteresse de Maastricht et de Bois-le-Duc. En conséquence de quoi les volontaires liégeois prennent possession de la caserne de Saint-Laurent, près de la Citadelle de Liège.

Comme dans d'autres villes belges gagnées par le mouvement insurrectionniste, une commission de sûreté publique est constituée de commun accord, par le gouverneur et le bourgmestre après un entretien avec l'avocat Étienne de Sauvage, qui en devient le vice-président. Elle est présidée par Émile d'Oultremont avec pour secrétaire Bauduin Bayet et parmi ses autres membres : Étienne De Gerlache, Joseph Lebeau et l'imprimeur Dieudonné Stas. Elle a pour rôle d'organiser une garde bourgeoise en rassemblant le peuple et décide de la baisse immédiate du prix du pain. Elle crée également la garde urbaine liégeoise, placée sous le commandement du comte Clément de Berlaymont. Celle-ci se dote d'un uniforme sommaire, fait d'un chapeau et d'un sarrau bleu, et assure le maintien de l'ordre public contre les pillages et les débordements.

Verviers Le vendredi , le conseil de Régence de Verviers décide de créer une commission de sûreté publique, à l'instar de ce qu'il se fait à Liège. Parmi elle, on trouve des membres de la famille Davignon, dont Léonard-Joseph, pharmacien et Jean-Guillaume, fabricant de draps. La garde communale est convoquée et une garde bourgeoise est créée afin de soutenir les autorités dans le maintien de l'ordre public en cas d'émeutes.

Le , une foule se rassemble sur la place du marché et brandit le drapeau tricolore français. Le soir, plus de mille ouvriers envahissent l’hôtel de ville de Verviers, désarment les gardes et arrachent le drapeau néerlandais. De violentes émeutes éclatent alors, et plusieurs maisons de notables sont pillées et incendiées, comme celle de , de Thier-Mère-Dieu ou la résidence d’un inspecteur des contributions. Pierre David, ancien bourgmestre et membre du conseil de Régence, tente de s'interposer mais est à son tour pris à partie par la foule. Outre les résidences, le mont-de-piété est incendié. En conséquence directe, le prix du pain est baissé de 10 centimes, pris en charge par plusieurs bourgeois de la ville qui décident également de prendre à leur compte les gages de moins de 10 florins néerlandais au mont-de-piété. Mais le calme que ces mesures produisent n'est qu'éphémère.