Madeleine Smith, parfois aussi appelée Madeleine Smith-Champion, est une artiste peintre, mécène et philanthrope française, née le dans le et morte le à Nogent-sur-Marne.

Biographie Enfance gauche|vignette|Portrait de ma mère (Léontine Smith de profil) (Madeleine Smith, 1903, Fondation des Artistes, inv.180)|263x263px Madeleine Smith nait dans le le . Sa sœur aînée Jeanne Smith est née le . Elle est la deuxième fille de Jules Joseph Adolphe Smith et d’Anne Léontine Lesouëf, (dite Léontine) mariés le . Ses deux parents sont issus de familles fortunées. Son père est greffier au tribunal civil de première instance du département de la Seine, fils d’une famille d’origine anglaise implantée en France depuis le milieu du . Sa mère est originaire d’une famille aisée de négociants en métaux précieux. Léontine Lesouëf est la sœur cadette du bibliophile Auguste Lesouëf ; il donnera à ses nièces le goût des voyages et de la culture. La famille Smith est protestante, elle est liée au pasteur Wagner.

Dès 1881, à 15 ans, Madeleine Smith s’initie à la peinture, à partir de 1883, sa sœur Jeanne se tourne vers la photographie.

Voyages Jeanne et Madeleine Smith entreprennent très tôt, avec leur mère, des excursions en France et à l’étranger.

En 1870, afin de fuir la guerre franco-prussienne, Léontine Lesouëf quitte Paris et se réfugie avec ses deux filles à Dieppe. Elles voyagent ensuite jusqu’en 1871, à Rouen, à Poitiers et à Bordeaux.

En 1891, Madeleine Smith voyage en Russie, puis au Royaume-Uni en 1892.

Entre 1892 et 1893, Madeleine Smith voyage en Bretagne ; elle exécute de nombreux croquis pour des scènes de genre bretonnes exposées aux Salons de 1894 et 1895.

En 1897, elle effectue un voyage de plusieurs mois à Florence, avec sa sœur Jeanne et leur mère. Depuis Florence, Madeleine Smith reçoit les conseils de son professeur Jean-Jacques Henner pour visiter la villeBNF, Ms, NAF 28416, boîte 29, liasse 3, folio 11, lettre de Jean-Jacques Henner à Madeleine Smith, 25 novembre 1897..

La famille Smith se rend en Alsace en 1899 et en 1901, pour visiter le peintre Jean-Jacques Henner, dans sa ville natale de Bernwiller.

En 1913, Madeleine et Jeanne Smith, accompagnées par la peintre suisse Ottilie Roederstein, parcourent le Maroc et l'Algérie.

En 1929, Madeleine Smith, Jeanne Smith, Ottilie Roederstein et Elisabeth Winterhalter réalisent un circuit autour de la Méditerranée. Ensemble, elles découvrent Naples, Athènes, le Bosphore, Rhodes, Chypre, Canaa, Nazareth, Bethléem, Louxor, Assouan. gauche|vignette|Vue de l'Institut d'Art et d'Archéologie depuis le balcon de la rue Michelet (Madeleine Smith, , Fondation des Artistes, inv.113)|259x259px

Lieux de vie Rue Michelet, Paris Le 4 rue Michelet est le principal lieu de vie de Madeleine Smith. Pendant son enfance, lorsque sa famille n’est pas dans son château de villégiature à Nogent-sur-Marne, c’est à Paris que les Smith-Lesouëf passent leur temps. Madeleine Smith y vit et y possède un atelier. Cet immeuble haussmannien de six étages donne sur le Jardin de l'Observatoire et sur l'Institut d'Art et d'Archéologie de la Sorbonne-Université. L'artiste représente dans une esquisse (Madeleine Smith, , Fondation des Artistes, inv. 113) cet édifice qu'elle voit depuis son appartement rue Michelet. Jeanne Smith fait aussi figurer l'immeuble du 4 rue Michelet dans deux de ses photos (Jeanne Smith, , Fondation des Artistes, P3-6r2 et P3-48r1).

Rue Charles VII, Nogent sur Marne vignette|Château Smith-Champion, Nogent-sur-Marne. En 1860, Jules Smith fait l’acquisition du domaine situé au 14 rue Charles VII à Nogent-sur-Marne. Le terrain comprend un château construit en 1690, entouré de 4 hectares de parc qu'il achète à des négociants. Il apporte des modifications au château en faisant construire le perron à double révolution menant sur le jardin. Dès 1861, il entreprend de grandes restaurations dans le parc en y ajoutant de nombreuses essences d'arbres et en modifiant les bassins déjà présents.

Après la mort de son époux, en 1894, Léontine Lesouëf achète le terrain situé au 16 rue Charles VII disposant d'un château construit aux alentours de 1630. Les deux châteaux du domaine sont réunis à partir de 1894 par un grand jardin à l'anglaise comprenant des fabriques, comme un pigeonnier ou encore une maison de vachers.

La famille Smith-Lesouëf ne cesse d’agrandir son terrain, atteignant en 1907 quarante-cinq hectares. Ils louent même jusqu’en 1906, le parc du Tremblay. Ce parc est source d'inspiration pour Madeleine Smith. Elle reproduira le parc et son château dans de nombreuses études mais aussi dans son autoportrait, Dans mon jardin (Madeleine Smith, 1927, Fondation des Artistes, inv. 204).

En 1907, le maire de Nogent-sur-Marne, Emile Brisson, veut créer un boulevard traversant le parc du château familial, le boulevard Blanchon. La famille Smith fait reconnaitre le parc comme lieu du décès d’Antoine WatteauEn réalité, il serait mort dans une maison voisine.. Le site est classé comme « Sites et monuments naturels à caractère artistique » grâce à la Loi Beauquier. En échange de ce classement, les sœurs s'engagent à léguer leur domaine à l'État. Le projet du boulevard Blanchon est abandonné en 1909.

Dès 1912, Jeanne Smith investit le 14 rue Charles VII tandis que Madeleine Smith et Pierre Champion s’installent au 16 de la même rue. Les deux châteaux Smith-Champion de Nogent-sur-Marne, sont pour la famille Smith-Lesouëf-Champion, à leur acquisition, des châteaux de villégiature qui deviendront les lieux de vie principaux après la mort de leur mère, Léontine Lesouëf, en 1912. gauche|vignette|229x229px|Façade de la bibliothèque Smith-Lesouëf, Nogent-sur-Marne. En parallèle, Madeleine Smith concrétise le projet de construction d'une bibliothèque en l’honneur de son oncle, Auguste Lesouëf. Ce lieu permet de conserver et de partager avec le public les ouvrages et œuvres de la collection d’Auguste Lesouëf. Les deux sœurs Smith et Pierre Champion vont choisir de construire, à partir de 1913, avec l'aide de l’architecte Théodore Dauphin, un bâtiment dans le style néo-Louis XIII. Pendant la Première Guerre mondiale, Pierre Champion et Madeleine Smith communiquent sur ce projet par correspondance. Dans les années de pénuries dues à la guerre, Madeleine Smith récupère de nombreux matériaux dans des lieux parisiens en démolition. Elle sera avertie par des antiquaires du démantèlement de quelques monuments parisiens. C’est ainsi que l’on retrouve dans la bibliothèque les clôtures de chœur du couvent des Filles-de-l ’Assomption, rue Cambon. Le chantier se termine en 1917 et la bibliothèque accueille ses premiers visiteurs en 1919. La bibliothèque est reconnue en 2023 par le label Maison des Illustres, mettant à l'honneur Madeleine Smith pour son travail sur les collections de la Bibliothèque Smith-Lesouëf.

Mariage C'est après le décès d'Auguste Lesouëf, en 1905, que Madeleine Smith rencontre Pierre Champion. Historien, Pierre Champion est engagé, à la demande de son père, le libraire Honoré Champion, pour dresser le catalogue des manuscrits de la bibliothèque d'Auguste Lesouëf. Après la mort de son oncle, Madeleine Smith collabore avec Pierre Champion pour valoriser la collection de manuscrits grâce au projet de construction de la bibliothèque. Madeleine Smith épouse Pierre Champion le à Nogent-sur-Marne. Le couple reste sans enfant.

Mort vignette|Tombe de Madeleine Smith au cimetière du Père Lachaise (division 44). Madeleine Smith meurt le dans son domaine de Nogent-sur-Marne. Elle est inhumée au cimetière du Père Lachaise (division 44), dans le mausolée familial avec sa sœur et ses parents. Son époux, Pierre Champion est enterré au cimetière du Montparnasse avec son père, Honoré Champion, éditeur parisien et son frère Edouard Champion.

Formation et carrière Maîtres et influences Débuts Ayant reçu une éducation bourgeoise, la pratique de la peinture a fait partie de l’enseignement de Madeleine Smith. C’est à l’âge de 15 ans qu'elle réalise son premier tableau. Sa pratique se professionnalise dès 1887 lorsqu’elle fait la connaissance de ses premiers professeurs : Charles-Edouard Elmerich et Ottilie Roederstein. Elle réalise principalement au début de sa carrière, des portraits ainsi que des scènes de genre. Sa pratique se diversifie à partir de 1895.

En 1889, deux de ses œuvres sont acceptées au Salon de la Société des artistes français, elle en devient sociétaire l’année suivante. vignette|Madeleine Smith peignant Jeanne d'Arc (Ottilie Roederstein, 1890, Fondation des Artistes, inv. 170)

Ottilie Roederstein La peintre suisse Ottilie Roederstein arrive à Paris en 1882. En 1885, elle rencontre dans un premier temps Jeanne Smith. En 1887, elle donne des leçons privées de peinture à Madeleine Smith. Cette dernière apprend grâce aux corrections et aux exercices de l'artistes suisse. Le premier , Ottilie Roederstein et Madame Pestel, une artiste encore non identifiée aujourd'hui, sont présentées sur le livret du Salon comme étant les professeures de Madeleine SmithExplication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artistes vivants exposés au palais des Champs-Elysées le 1er mai 1889, Paris, société d'imprimerie et librairie administratives et classiques Paul Dupont, 1899, n°2493, p. 190 et n°3870 p. 295. La famille Smith est l'un des mécènes d'Ottilie Roederstein. Ils financent les projets et l'atelier de l'artiste. gauche|vignette|Portrait de Jeanne Smith avec son chien (Ottilie Roederstein, Fondation des Artistes, 1890, inv.191) Ottilie Roederstein expose majoritairement en Allemagne et en France où elle présente nombreuses de ses œuvres au Salon des Artistes Français et au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts. Le style pictural de Roederstein est très évolutif. Elle réalise dans un premier temps des portraits naturalistes qui rencontrent un franc succès. Elle tire ensuite son inspiration du préraphaélisme, du japonisme et pour enfin proposer des œuvres modernistes à la fin de sa carrière.

Madeleine Smith et Ottilie Roederstein voient leur relation évoluer après le début des leçons de peinture. En effet, les deux peintres entretiennent une correspondance et réalisent de nombreux voyages, accompagnées par Jeanne Smith, elle aussi proche amie d’Ottilie Roederstein. Ensemble elles partent au Maghreb et réalisent un circuit autour de la Méditerranée. Roederstein réalise de nombreux portraits des sœurs (Ottilie Roederstein, 1887, Fondation des artistes, inv. 32, inv. 120 et inv. 191). Avant sa mort en 1937, Ottilie Roederstein assiste à l'Exposition Internationale des Arts et des Techniques, où elle loge chez les Smith. Ottilie Roederstein exécute aussi le une mise en abyme de la Jeanne d'Arc (Madeleine Smith, 1891, Fondation des Artistes, inv. 178), où elle représente Madeleine Smith à son chevalet, peignant sa Jeanne d'Arc (Ottilie Roederstein, 1890, Fondation des Artistes, inv. 170).

Jean-Jacques Henner