La Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, de son nom complet Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction (aussi appelée convention d’Ottawa ou traité d'Ottawa), est un traité international de désarmement qui interdit l'acquisition, la production, le stockage et l'utilisation des mines antipersonnel.

La Convention a été adoptée à Oslo le , ouverte à la signature les 3 et à Ottawa, et déposée le de la même année à New York auprès du secrétaire général des Nations unies. Elle est entrée en vigueur le .

La Convention a été négociée afin de pallier les insuffisances du Protocole II (sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi des mines, pièges et autres dispositifs) de la Convention sur certaines armes classiques que de nombreux États jugeaient inadapté pour répondre efficacement au défi de l'interdiction totale des mines antipersonnel.

Malgré le large soutien international envers la convention d'Ottawa, il y a encore des États producteurs et/ou utilisateurs de mines antipersonnel qui refusent d'adhérer au texte. Ensemble, six de ces États – la Chine, l’Inde, la république de Corée, le Pakistan, la Russie et les États-Unis – pourraient détenir des stocks de dizaines de millions de mines antipersonnel et certains acteurs armés non étatiques continuent à employer, stocker et produire des mines antipersonnel..

Selon le Landmine Monitor Report de 2024, 4 États non parties ont cessé leur activité de production; L’Égypte, Israël, le Népal et les États-Unis.

Dispositions principales de la Convention

Chaque État partie s'engage à : ne jamais employer, mettre au point, produire, acquérir, stocker, conserver ou transférer à quiconque de mines antipersonnel (art.I) ; détruire toutes les mines antipersonnel en sa possession au plus tard quatre ans après l'entrée en vigueur de la Convention pour cet État partie (art.IV) ; détruire toutes les mines antipersonnel présentes sur des zones de son territoire dans les dix ans après l'entrée en vigueur de la Convention pour cet État partie et après les avoir identifiées et signalées (art.V) ; fournir et/ou demander assistance auprès des autres États parties pour remplir ses obligations si possible et dans la mesure du possible (art.VI) ; prendre toutes les mesures législatives appropriées pour prévenir et réprimer toute activité interdite à un État partie en vertu de la Convention (art.IX) ; Il peut cependant conserver un faible nombre de mines antipersonnel afin de former aux techniques de détection, déminage et destruction des mines (art.III).

La Convention et le droit international humanitaire

Le contexte ainsi que les objectifs de la Convention reflètent certains principes de droit international humanitaire essentiels pour encadrer les conflits armés. Le principe de distinction oblige les États à distinguer les personnes civiles des combattants ainsi que les biens à caractère civil ou militaire lors d'un conflit armé ; Le principe de proportionnalité interdit les attaques causant des dommages excessifs par rapport à l'avantage direct et concret qu'elle procure ;

Le principe de précaution permet d'assurer que les opérations militaires sont menées de manière à éviter au maximum les dommages causés à la population civile.

Le préambule de la Convention est clair, les mines antipersonnel sont un type d'arme qui produit des "effets traumatiques excessifs" et "frappe sans discrimination". Cela signifie qu'elles violent ces principes reconnus comme droit coutumier.

Il n'est cependant pas possible d'admettre que l'interdiction de ces mines relèvent de la coutume internationale en raison du nombre important d’États non parties à la Convention et qui continuent de produire et/ou d'utiliser ces minesHENCKAERTS Jean-Marie, DOSWALD-BECK Louise, Droit humanitaire coutumier, Volume I : Règles, Bruxelles 2006, p. 375.. La pratique n'est alors pas suffisamment uniforme.

Conférences d'examen de la Convention

Première conférence d'examen : au , Nairobi, Kenya : Sommet de Nairobi pour un monde sans mines.. Deuxième conférence d'examen : - , Carthagène, Colombie : Sommet de Carthagène pour un monde sans mines. Troisième conférence d'examen : 23 au , Maputo Mozambique : Troisième conférence d'examen de Maputo pour un monde sans mines.

Adhésion à la Convention, Dénonciation et Suspension

États parties Depuis le , il y a parties à la ConventionListe des États parties de la Convention sur le site des Nations unies.. Taïwan, respectant ce traité mais n'étant pas membre de l'ONU, ne peut y adhérer..

État Signature Ratification,Acceptation (A),Approbation (AA),Adhésion (a),Succession (d) 11.09.2002 a 03.12.1997 26.06.1998 08.09.1998 29.02.2000 03.12.1997 09.10.2001 03.12.1997 23.07.1998 03.12.1997 29.06.1998 04.12.1997 05.07.2002 03.12.1997 03.05.1999 04.12.1997 14.09.1999 03.12.1997 14.01.1999 03.12.1997 29.06.1998 03.12.1997 31.07.1998 07.05.1998 06.09.2000 03.12.1997 26.01.1999 03.09.2003 a 03.12.1997 04.09.1998 27.02.1998 23.04.1998 03.12.1997 25.09.1998 18.08.2005 a 03.12.1997 09.06.1998 03.12.1997 08.09.1998 03.12.1997 01.03.2000 03.12.1997 30.04.1999 04.12.1997 24.04.2006 03.12.1997 04.09.1998 03.12.1997 16.09.1998 03.12.1997 22.10.2003 03.12.1997 28.07.1999 03.12.1997 19.09.2002 03.12.1997 03.12.1997 04.12.1997 14.05.2001 08.11.2002 a 03.12.1997 10.09.2001 04.12.1997 17.01.2003 03.12.1997 06.09.2000 19.09.2002 a 04.05.2001 a 03.12.1997 17.03.1999 03.12.1997 30.06.2000 04.12.1997 20.05.1998 04.12.1997 08.06.1998 03.12.1997 18.05.1998 03.12.1997 26.03.1999 04.12.1997 29.04.1999 27.08.2001 a 03.12.1997 19.01.1999 12.05.2004 a 03.12.1997 17.12.2004 03.12.1997 10.06.1998 09.01.2012 a 03.12.1997 23.07.1998 03.12.1997 08.09.2000 04.12.1997 23.09.2002 04.12.1997 30.06.2000 03.12.1997 25.09.2003 03.12.1997 19.08.1998 03.12.1997 26.03.1999 04.12.1997 08.10.1998 03.12.1997 22.05.2001 16.09.1998 a 04.12.1997 05.08.2003 03.12.1997 15.02.2006 03.12.1997 24.09.1998 03.12.1997 06.04.1998 03.12.1997 15.03.2006 04.12.1997 12.03.2025 04.12.1997 26.01.1999 04.12.1997 20.02.2007 15.08.2007 a 03.12.1997 03.12.1997 04.12.1997 05.05.1999 03.12.1997 23.04.1999 03.12.1997 17.07.1998 03.12.1997 30.09.1998 A 11.08.1998 13.11.1998 05.12.1997 23.01.2001 07.09.2000 a 30.07.2007 a 04.12.1997 02.12.1998 01.07.2005 a 23.12.1999 a 03.12.1997 05.10.1999 12.05.2003 04.12.1997 14.06.1999 09.09.1998 a 04.12.1997 16.09.1999 03.12.1997 22.04.1999 04.12.1997 13.08.1998 01.10.1998 07.09.2000 03.12.1997 02.06.1998 04.12.1997 07.05.2001 03.12.1997 03.12.1997 03.12.1997 21.07.2000 03.12.1997 09.06.1998 03.12.1997 08.09.2000 04.12.1997 17.11.1998 23.10.2006 d 03.12.1997 25.08.1998 03.12.1997 21.09.1998 07.08.2000 a 03.12.1997 15.04.1998 04.12.1997 30.11.1998 04.12.1997 23.03.1999 27.09.2001 a 03.12.1997 09.07.1998 03.12.1997 27.01.1999 20.08.2014 a 03.12.1997 25.02.1999 19.11.2007 a 29.12.2017 a 04.12.1997 07.10.1998 28.06.2004 a 03.12.1997 13.11.1998 03.12.1997 12.04.1999 A 03.12.1997 17.06.1998 03.12.1997 15.02.2000 04.12.1997 27.12.2012 03.12.1997 19.02.1999 04.12.1997 13.10.1998 02.05.2002 a 03.12.1997 30.06.2000 03.12.1997 26.10.1999 03.12.1997 30.11.2000 03.12.1997 31.07.1998 03.12.1997 08.06.2000 03.12.1997 02.12.1998 03.12.1997 18.03.1998 04.12.1997 17.02.1998 03.12.1997 01.08.2001 03.12.1997 13.04.1999 04.12.1997 27.01.1999 03.12.1997 23.07.1998 30.04.1998 31.03.2003 03.12.1997 24.09.1998 18.09.2003 a 04.12.1997 02.06.2000 29.07.1998 25.04.2001 03.12.1997 25.02.1999 AA 03.12.1997 27.10.1998 16.04.2012 a 04.12.1997 13.10.2003 11.11.2011 d 13.12.2017 a 04.12.1997 30.11.1998 03.12.1997 24.03.1998 04.12.1997 23.05.2002 /Swaziland 04.12.1997 22.12.1998 12.10.1999 a 03.12.1997 13.11.2000 06.07.1998 06.05.1999 03.12.1997 27.11.1998 07.05.2003 a 04.12.1997 09.03.2000 25.06.2025 a 04.12.1997 27.04.1998 04.12.1997 09.07.1999 03.12.1997 19.01.1998 25.09.2003 a 24.02.1999 27.12.2005 03.12.1997 07.06.2001 13.09.2011 a 04.12.1997 16.09.2005 03.12.1997 14.04.1999 04.12.1997 01.09.1998 12.12.1997 23.02.2001 03.12.1997 18.06.1998

États demeurés en dehors de la Convention

31 États demeurent en dehors de la ConventionListe des États en dehors de la Convention.

Sorties de la Convention

État Signature Ratification,Acceptation (A),Approbation (AA),Adhésion (a),Succession (d) Sortie 12.05.2004 a 27.12.2025 09.01.2012 a 10.01.2026 01.07.2005 a 27.12.2025 12.05.2003 27.12.2025 04.12.1997 27.12.2012 20.02.2026

L'art. 20 (2) de la Convention prévoit la possibilité de se retirer du traité après notification à tous les autres États parties, au Dépositaire et au Conseil de sécurité des Nations Unies.

L'art. 20 (3) précise que lorsqu'un État est engagé dans un conflit armé et souhaite se retirer de la Convention, cette sortie ne prendra effet qu'à la fin du conflit après l'expiration du délai ordinaire prévu de 6 mois.

En raison de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, plusieurs États ont décidé de sortir de la Convention. Dans une déclaration conjointe du les ministres de la Défense de l’Estonie, de la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, ont recommandé de se retirer de la Convention en raison de la détérioration du conflit menaçant la sécurité de leurs pays. Le , c’est le premier ministre de la Finlande qui annonce également se préparer à sortir de la Convention.

Le , le parlement letton vote la sortie de la Lettonie de la convention d’Ottawa. Le , l'Estonie, La Lettonie et la Lituanie présentent aux Nations Unies leurs communications de retrait. Selon l'art. 20 (3) de la Convention, celui-ci prend effet 6 mois après réception de l'instrument de retrait, soit le ..

Ces retraits sont suivis de près par la Finlande qui dépose les instruments de retrait le , pour en sortir le ..

Le , c'est la Pologne qui décide également de se retirer, prenant effet au ..

Bien que ces États ne soient plus parties à la Convention, selon son art. 20 ch. 4, ils restent liés à certains principes fondamentaux de droit international coutumierRIETIKER Daniel, Le régime juridique des traités de maîtrise des armements, Berne 2010, p. 516-517., notamment ceux de distinction, de proportionnalité et de précaution.

Suspension de l'application de la Convention L'art. 57 de la CVDT indique que la suspension de l'application d'un traité est possible si celui-ci le prévoit ou si toutes les parties y consentent. La convention d'Ottawa ne prévoit pas de suspension, cela serait d'ailleurs contraire au but du traité. Il n'est donc pas possible de suspendre son application.

Le , l'Ukraine a communiqué aux Nations Unies sa décision de suspendre l'application de la Convention. Dans un projet de loi nationale datant de juillet 2025, l'Ukraine justifie cette décision avec l'art. 62 CVDT qui permet de se retirer d'un traité pour cause de changement fondamental de circonstances.

Cette argumentation peut cependant rapidement être invalidée ; tout d’abord, l’article 1er de la convention d'Ottawa indique que celle-ci s’applique et doit être respectée « en toute circonstance », donc notamment, et surtout, en cas de conflit armé. L’art. 73 CVDT met également fin à l’argumentation de l’Ukraine, car il crée une exception empêchant l’application de l’art. 62 CVDT en cas de conflit armé. Finalement, justifier une suspension de la Convention par l’art. 62 CVDT reviendrait à altérer le caractère fondamental de cette dispositionDÖRR Olivier, SCHMALENBACH Kirsten, eds., Vienna Convention on the Law of Treaties, A Commentary, 2nd Edition, Berlin 2018, par. 37 et 91..

L’Ukraine se trouve donc dans une situation où elle ne peut se retirer de la Convention tant qu’elle est partie à un conflit armé et ne peut non plus prétendre à une suspension de l’application de la Convention.