Le mariage du diadoque Paul de Grèce et de la princesse Frederika de Hanovre se déroule le , à Athènes, en Grèce. Bien qu'il s'agisse d'un mariage alliant considérations sentimentales et dynastiques, cette union est loin de faire l'unanimité, tant en Grèce qu'à l'étranger.

Le diadoque Paul de Grèce, frère et héritier du roi , fait connaissance avec la princesse Frederika de Hanovre, fille du dernier duc de Brunswick, en 1927. La relation du couple commence cependant beaucoup plus tardivement, au cours de l'. Elle aboutit aux fiançailles officielles des deux jeunes gens le .

Ce projet matrimonial déclenche l'émotion des chancelleries étrangères, qui redoutent qu'en s'unissant avec une princesse allemande, le diadoque ne devienne une marionnette de l'Allemagne nazie. En Grèce même, l'annonce des fiançailles princières ne soulève guère l'enthousiasme de la population, qui critique le choix de Paul de ne pas épouser une jeune Grecque. Elle provoque, en outre, une importante polémique quant aux dépenses liées à l'organisation des noces.

L'union de Paul et de Frederika, qui se déroule dans la capitale grecque, donne lieu à deux cérémonies religieuses : l'une orthodoxe dans la cathédrale de l'Annonciation et l'autre luthérienne dans la chapelle du palais royal. Celles-ci sont suivies d'un déjeuner, servi à une petite soixantaine de représentants de familles royales européennes venus assister aux épousailles.

Après leur mariage, Paul et Frederika s'installent au palais de Psychikó, dans la banlieue d'Athènes. Frederika y met au monde ses deux premiers enfants : Sophie, en 1938, et Constantin, en 1940. Par la suite, la famille s'élargit encore avec l'arrivée d'Irène, née en 1942 lors de l'exil de la famille royale en Afrique du Sud, durant la Seconde Guerre mondiale.

Rencontre et fiançailles de Paul et Frederika Premières rencontres vignette|gauche|alt=Carte postale en noir et blanc montrant un vaste chalet devant une montagne.|Le pavillon de chasse d, où Paul et Frederika se sont rencontrés pour la première fois. Le roi n'ayant pas eu d'enfant et la maison de Glücksbourg ne comptant plus guère de princes susceptibles d'assurer la pérennité de la famille royale, il devient capital, après la restauration de la monarchie en 1935, que le dernier frère du souverain, le diadoque Paul, contracte une union dynastique pour donner à son pays un héritier. Mais le diadoque, déjà trentenaire, passe alors pour un original, plus intéressé par le tennis et l'archéologie, qu'il pratique en amateur depuis quelques années, que par les jeunes filles. Certaines rumeurs évoquent même l'homosexualité du prince..

Quelques années auparavant, Paul a pourtant demandé la main de sa cousine, la princesse Nina de Russie, fille du grand-duc Georges Mikhaïlovitch et de la princesse Marie de Grèce. Cependant, la jeune femme a poliment rejeté sa proposition pour épouser un prince géorgien en 1922. Le diadoque a ensuite fait la connaissance d'une jeune Anglaise, dont il est tombé amoureux. Sa nouvelle compagne n'appartenant pas à l'univers des familles royales, Paul a dû mettre un terme à sa relation, notamment sous la pression de sa mère, la reine Sophie, abandonnant pour longtemps toute idée de mariage.

Paul fait la connaissance de sa future épouse en 1927, à l'occasion d'une visite familiale à , en Autriche. À l'époque, Frederika de Hanovre a , et elle appelle le diadoque, qui en a 26, . Facétieuse, l'enfant s'amuse alors à taquiner le prince hellène en diffusant sans cesse du jazz dans la maison parce qu'elle sait qu'il déteste ce genre de musique. Paul et Frederika se retrouvent ensuite à Londres à l'occasion du mariage, en 1934, de Marina de Grèce avec le duc de Kent, mais le diadoque ne semble alors guère s'intéresser à la princesse. La même année, Adolf Hitler envoie Joachim von Ribbentrop auprès du duc et de la duchesse de Brunswick pour leur demander de favoriser une réconciliation avec le Royaume-Uni en unissant Frederika avec le prince de Galles (futur ). Les parents de la princesse font toutefois savoir au Führer qu'ils trouvent l'héritier du trône britannique trop âgé et qu'ils n'ont pas l'intention de forcer leur fille à épouser qui que ce soit. Vers la même époque, une autre combinaison matrimoniale, liant Frederika au prince Pierre de Grèce, semble avoir été imaginée par le prince Georges de Grèce, sans succès..

Des fiançailles compliquées vignette|alt=Vue d'un vaste bâtiment à la façade jaune, derrière un grand jardin.|La villa Sparta, résidence florentine des sœurs du diadoque. Ce n'est finalement qu'en 1935 que le diadoque Paul et la princesse Frederika débutent véritablement leur relation. Cette année-là, Frederika se rend à Florence, en Italie, afin d'y étudier au Collège américain. Dans la cité du Lys, la princesse retrouve Paul, qui séjourne avec ses sœurs, à la villa Sparta. Paul et Frederika effectuent alors de longues promenades ensemble et ils ne tardent pas à tomber amoureux. À sa biographe Inge Santner, Frederika raconte plus tard avoir ressenti pour le prince hellène. Pour Stelio Hourmouzios, cependant, la princesse de Hanovre n'est pas aussi certaine de ses sentiments que le diadoque, à ce moment.

Tandis que les sœurs du diadoque (Hélène, Irène et Catherine) font leur possible afin de favoriser leur relation naissante, l'héritier du trône prend la décision d'écrire aux parents de la princesse hanovrienne afin de leur demander la main de leur fille. Cependant, la différence d'âge (seize ans) rebute la famille de Frederika et le duc de Brunswick refuse tout d'abord de donner son accord au mariage, demandant à Paul d'attendre deux ans. Pour le diadoque, c'est là une grande déception, mais il ne renonce pas à son projet matrimonial pour autant.

Paul profite ensuite de son voyage en Allemagne à l'occasion des Jeux olympiques de Berlin, en 1936, pour retrouver Frederika. D'après Stelio Hourmouzios, il demande alors la jeune fille en mariage, mais celle-ci n'est toujours pas sûre de ses sentiments, et elle refuse. L'année suivante, Paul se rend à la de Gmunden pour retrouver la jeune fille et sa famille. D'après l'historien Ricardo Mateos Sáinz de Medrano, les deux jeunes gens se fiancent alors. C'est également à ce moment qu'un article de la version grecque du magazine situe l'engagement des deux amoureux. La revue précise d'ailleurs que Paul offre alors un bracelet de saphirs à Frederika. Pour Stelio Hourmouzios, cependant, la situation est moins claire, du fait de divergences philosophiques entre les deux jeunes gens. D'après Bertrand Meyer-Stabley et Suzanne Varga, l'engagement définitif se fait le , à l'occasion du de la princesse. Pour Stelio Hourmouzios, en revanche, le diadoque n'obtient une réponse positive à sa demande que lors d'un nouveau séjour à Gmunden, le suivant. Quant à John Van der Kiste, il évoque simplement un engagement en .

Quoi qu'il en soit, le Premier ministre grec Ioánnis Metaxás est informé des fiançailles de Paul et de Frederika le et celles-ci sont annoncées officiellement par la presse le lendemain.

Tractations politiques et religieuses Un projet de mariage qui divise vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme moustachu portant des lunettes.|Le dictateur Ioánnis Metaxás (en 1937). Dans le royaume de Grèce comme à l'étranger, les fiançailles du diadoque Paul avec une princesse allemande divisent. Malgré le respect que lui vouent les Grecs pour ses qualités personnelles et son caractère affable, Paul ne suscite guère l'engouement des foules. Depuis l'instauration de la dictature en 1936 par Ioánnis Metaxás, avec le consentement de , la famille royale subit le mécontentement croissant de la population. En outre, les difficultés économiques que connaît la Grèce, depuis le déclenchement de la Grande Dépression de 1929, font craindre le coût d'un mariage princier. Dans ces conditions, de nombreuses voix s'élèvent à l'idée que le contribuable doive financer des festivités fastueuses, d'autant que Paul ne possède pas encore de résidence personnelle et que ses noces ouvrent donc la perspective de nouvelles dépenses publiques.

Outre les préoccupations financières, c'est le choix d'une jeune Allemande qui inquiète le plus les Grecs et les chancelleries. Les Glücksbourg étant d'origine germano-danoise, ils sont toujours perçus comme une dynastie étrangère par une partie de la population hellène. Dans le pays, nombreux sont donc ceux qui auraient préféré voir l'héritier du trône épouser une de leurs compatriotes. Néanmoins, la nationalité de Frederika et ses liens de parenté avec le kaiser rappellent surtout au peuple et aux gouvernements alliés la période de la Première Guerre mondiale. Ils ravivent par ailleurs la légende noire entourant la figure de la reine Sophie, accusée d'avoir poussé le roi vers les puissances centrales durant la Grande Guerre. Or, le diadoque Paul est considéré par les diplomates étrangers comme une personnalité influençable, qui pourrait facilement être manipulée par sa future épouse.

Cependant, tout le monde ne désapprouve pas le choix de Paul, qui a entrepris ses démarches auprès de Frederika avec l'accord du roi . Le , ce dernier donne officiellement son approbation au mariage en émettant le décret qui suit :

Tentatives d'instrumentalisation du mariage par Hitler vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en uniforme nazi.|L'ombre d'Adolf Hitler (ici en 1937) plane sur le mariage de Paul et Frederika. Depuis Berlin, Adolf Hitler souhaite profiter de l'union de Frederika et de Paul pour imposer son influence au royaume hellène. De son côté, le général Metaxás, dont les relations avec le diadoque sont difficiles, se réjouit de ce mariage susceptible de renforcer les liens de son pays et de son régime avec l'Allemagne nazie.

Le cherche ainsi à instrumentaliser le mariage pour les besoins de sa propagande en imposant la présence du drapeau et de l'hymne nazis durant les festivités. Désireux d'empêcher la présence de croix gammées durant le mariage, le diadoque Paul envisage au contraire de hisser la bannière de l'ancien royaume de Hanovre dans les rues d'Athènes. Toutefois, la future mariée s'oppose à ce projet, par crainte de mécontenter Hitler et d'attirer ainsi les foudres des nazis sur ses parents. De fait, les autorités allemandes interdisent formellement le déploiement d'étendards régionaux à l'étranger. Il n'en reste pas moins que le duc de Brunswick fait savoir au que, n'étant plus un prince régnant, il ne peut exiger de l'État grec la présence de symboles allemands lors du mariage de sa fille.

, connu pour son anglophilie, cherche quant à lui à faire oublier les origines germaniques de sa future belle-sœur. La jeune femme étant alors dans l'ordre de succession au trône britannique, le souverain entend mettre en avant ses racines anglaises. Afin de satisfaire le roi des Hellènes et de souligner leur appartenance à la dynastie britannique, les Hanovre demandent alors ostensiblement au roi l'autorisation d'unir leur fille à un prince orthodoxe. Le , le souverain britannique donne officiellement son consentement au mariage lors d'une réunion de son Conseil privé, au château de Sandringham, en présence de quelques témoins, parmi lesquels le duc de Gloucester et le duc de Kent.

Ainsi, l'historien Jean des Cars souligne l'éclectisme diplomatique qui règne en Grèce à l'occasion du mariage princier. Évoquant entre la dictature de Metaxás et la Couronne, il relève que, d'un côté, ..

Tractations religieuses vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un pope à la longue barbe grise.| (ici en 1920), archevêque-primat de l'Église grecque.