Miquel Barceló, né le à Felanitx (Majorque, Baléares), est un peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et céramiste espagnol associé au mouvement néo-expressionniste.

Bien qu'il se soit initialement consacré à la peinture et au dessin — grâce auxquels il a obtenu très jeune une reconnaissance internationale, devenant l'un des artistes contemporains les plus en vue —, il s'est également orienté dans le courant des années 1990 vers la sculpture et le travail des céramiques comme supports alternatifs de ses créations artistiques. Miquel Barceló a également reçu deux importantes commandes, l'une pour la réalisation des décorations de la chapelle Sant Pere de la cathédrale de Palma de Majorque en 2007 et l'autre de la part de l'État espagnol pour la coupole du Palais des Nations de l'ONU à Genève en 2008.

Depuis le milieu des années 1990, Miquel Barceló vit et travaille en alternance à Majorque, à Paris, et au Mali sur la falaise de Bandiagara. Il a reçu, en 2003, le prix Prince des Asturies pour les arts.

Biographie Formation et débuts vignette|redresse|La campagne de Felanitx. Miquel Barceló, est l'ainé d'une famille de trois enfants Biographie de Miquel Barceló sur le site du Musée d'art moderne de Lugano.. Son père est issu du monde paysan et sa mère Francisca Artigues est une peintre paysagiste qui le sensibilisa à la peintureNancy et Prat (2002), .. Il passe son enfance et adolescence à Felanitx. Il est diplômé de l'école des Arts décoratifs de Palma de Majorque en 1973, et, à la même période, fait son premier voyage à Paris où il découvre l'art brut et l'art informel avec notamment les œuvres de Jean Dubuffet, Antoni Tàpies, Jean Fautrier, Wols qui constitueront ses premières sources d'inspiration artistique.

Il réalise sa première exposition individuelle en 1974 à la galerie d'Art Picarol de Palma de Majorque. Barceló commence en 1975 l'école des Beaux-arts Sant Jordi de Barcelone qu'il ne finira jamais en raison du système académique qu'il accepte mal, mais il s'intéressera à cette époque aux travaux de Mark Rothko et Lucio Fontana. De retour à Majorque en 1975, il participe à un collectif conceptuel appelé Taller Llunàtic (qu'il quittera en ) au sein duquel il participe à des actions contre le gouvernement expirant de Franco et cofonde la revue Neon de SuroPetit dictionnaire des artistes contemporains, Pascale Le Thorel-Daviot, éditions Larousse, Paris, 1996 , .. À cette même époque, il participe aux manifestations écologiques contre les projets immobiliers sur Majorque avec l'occupation de l'île Sa DragoneraDans les années 1980, cette île deviendra le parc naturel de Sa Dragonera.. Après une première exposition à Barcelone en 1977, il commence à intégrer des matières organiques dans ses toiles, ce qui restera tout au long de sa carrière une technique privilégiée.

En 1978, il réalise un second voyage à Paris où il s'intéresse plus particulièrement aux expressionnistes abstraits américains lors de l'installation du Musée national d'art moderne au centre Pompidou et à leur approche de l'action et du geste pictural, ce qui se confirmera l'année suivante lors de sa visite de l'exposition commémorative itinérante des cinquante ans du MoMA de New York à Madrid. Il s'inspirera alors des travaux de Pollock dans ses dernières annéesde Castro (2003), .Juncosa (1999), ., Cy Twombly, Ryman et de Kooning pour réaliser de grandes toiles couvertes de peinture abondante selon la technique du dripping, et de matières organiques, généralement végétales, exposées aux intempéries et subissant déformations et craquelures.

Reconnaissance internationale vignette|redresse|Église Notre-Dame du Liban (vue depuis la rue Lhomond) à Paris dans laquelle Barceló a peint sa série sur le Louvre en 1984. En 1980, il rend visite à Joan Miró dans son atelier et part s'installer à Barcelone où il côtoie, au sein d'un atelier communautaire de la rue Cotoners, différents jeunes artistes catalans dont Javier Mariscal, Bruno Fonseca et Luis ClaramuntJuncosa (1999), .. Cette époque marque un changement stylistique dans le travail de Barceló, qui revient à une peinture figurative, puis progressivement plus classique, traitant de portraits et natures mortes. L'année 1982 marque un premier tournant dans la carrière de l'artiste. Il entame tout d'abord une carrière artistique internationale en exposant dans la nouvelle galerie Axe Art Actuel à Toulouse, à la suite de sa rencontre dans l'atelier barcelonais avec le peintre Michel Batlle qui vient de créer la revue Axe Sud et lui propose de faire sa première exposition hors d'Espagne. Lors de cette exposition il fait la connaissance d'Yvon Lambert et de Jean-Louis Froment. Puis il est invité à la Documenta VII de Cassel où il se lie d'amitié avec Jean-Michel Basquiat. À partir de cette date Barceló est reconnu comme une valeur sûre de l'art contemporain qui le classe dans le nouveau courant de « jeunes sauvages ». C'est également en 1982, qu'il entre pour la première fois dans les collections d'un important musée avec l'acquisition de plusieurs œuvres par le Centre d'arts plastiques contemporains de Bordeaux.

Miquel Barceló part alors vivre plusieurs mois à l'étranger pour travailler et s'installe à Naples en 1983. Cette même année, il expose pour la première fois chez Yvon Lambert à Paris où il rencontre Bruno Bischofberger qui achète la plupart des œuvres de l'exposition. Il s'installe dans la capitale française qui constituera dès lors un point d'ancrage permanent dans sa vie et sa carrière. Le Musée national d'art moderne de Paris acquiert grâce à Robert Calle la toile intitulée Le Jugement de Salomon. Par l'intermédiaire de Basquiat, il rencontre Andy Warhol qui réalise son portrait, et de retour en Italie rend fréquemment visite à Cy Twombly qui habite alors Rome. L'année suivante, il part pour le Portugal avec son ami Javier Mariscal pour travailler sur de nouvelles techniques de peinture qu'il applique à des marines et des paysages. C'est à cette période qu'il fait la rencontre de Cécile Franken, une jeune hollandaise qui deviendra plus tard sa femme et la mère de ses enfantsMiquel Barceló (2004), .. Il rentre ensuite s'installer à Paris et investi comme atelier l'église Notre-Dame du Liban dans l'enceinte de l'Institut Curie de la rue d'Ulm, sur la suggestion de Robert Calle alors directeur de l'institut« Bob Calle, Collectionneur d’art contemporain », Le Journal des arts, du 8 juin 2007., pour peindre une série d'œuvres sur le LouvreHervé Guibert (1996), .. En , Bruno Bischofberger, après une exposition à Zurich, devient son marchand exclusif. Barceló réalise une importante série d'expositions individuelles organisée par Jean-Louis Froment et commencée à Bordeaux le , puis à Madrid, Munich et pour finir à l'Institut d’art contemporain de Boston en , qui l'imposent dès lors comme le chef de file des artistes contemporains espagnols et l'artiste espagnol vivant avec la plus grande projection internationale.

Miquel Barceló retourne s'installer en 1986 à Majorque au cap Farrutx près d'Artà. Il travaille à la coupole du Théâtre du vieux marché aux fleurs de Barcelone et crée ses premières « toiles tourbillons ». À New York où il s'installe quelque temps dans Greenwich Village, il réalise sa première exposition individuelle chez Leo Castelli, l'un des plus importants galeristes d'art moderne et contemporain, marquant ainsi une percée dans le milieu et sur le marché de l'art contemporain mondial Vivien Raynor, « Miquel Barceló, a painter from Spain », The New York Times, 18 avril 1986.. Il entame alors sa période des « peintures du désert » et de son travail sur la transparenceJuncosa (1999), .. Le Musée Reina Sofía acquiert Big Spanish Dinner datant de 1985 et Barceló reçoit à trente ans le prestigieux Prix national des Arts plastiques d'Espagne.

vignette|redresse|La falaise de Bandiagara au Mali, foyer du pays Dogon que Barceló découvre en 1988. L'année 1988 marque un tournant dans la vie et l'œuvre de BarcelóArticle Miquel Barceló dans l'Encyclopædia Universalis.. Il réalise en effet son premier voyage en Afrique en traversant pendant de nombreuses semaines le Sahara depuis Oran en Algérie jusqu'à Gao au Mali avec ses amis Javier Mariscal, Pilar Tomas et Jordi BrioHervé Guibert (1996), .. Il décide alors de prolonger, ce qui sera dès lors un voyage initiatique, en restant de six mois de plus au Mali en pays dogon, au Burkina Faso et au Sénégal. Il s'installe à SanghaMiquel Barceló déclare sur ce premier voyage : « À Sangha, j'ai trouvé le lieu qui semblait sortir de mes peintures, même les plus anciennes. Ces choses qui sont encore en vie et en train de pourrir en même temps. Une accélération de vie et de mort, des choses qui se nourrissent d'elles-mêmes. » in Miquel Barceló - Expositions à la Galerie national du Jeu de Paume et au Centre Georges-Pompidou, 1996, . sur la falaise de Bandiagara, et durant toute cette période il réalise de nombreux carnets de croquis et d'aquarelles (plus de , à raison de 30 à 50 par jour), utilisant des techniques mixtes et des pigments locauxHervé Guibert (1996), ..

À son retour à Paris, il travaille dans son nouvel atelier de la rue David-d'Angers où il réalise la transition entre la période de ses peintures minimalistes et sa période africaine. Barceló repartira en Afrique durant cinq mois en 1989, en réalisant un voyage en Côte d'Ivoire et au Mali. De retour de son voyage, il entame pour la première fois une collaboration avec le monde du spectacle vivant en créant les décors et costumes de l'opéra Tréteaux de maitre Pierre de Manuel de Falla mis en scène par Jean-Louis Martinoty à l'Opéra-Comique le , perpétuant en cela une longue tradition des peintres espagnols initiée par Picasso. Miquel Barceló passera également cette année-là plusieurs semaines en Suisse à peindre sur les glaciers, travail cependant sans lendemain. En effet, il est toujours attiré par l'Afrique, où il repart une nouvelle fois pour préparer un important voyage sur le fleuve Niger.

Installation en Afrique Fin 1990, commence un des plus importants voyages en Afrique de Barceló. Ce voyage, méticuleusement préparéMiquel Barceló (1996), . débute à Abidjan en Côte d'Ivoire où il fait convoyer par bateau un 4x4 depuis Marseille. Il rejoint ensuite par la route Ouagadougou au Burkina Faso, puis Ségou au Mali par les pistes, en pleine confusion politique au moment où Amadou Toumani Touré renverse la dictature de Moussa TraoréCastor Seibel (1998), .. Là de janvier à , il passera plusieurs semaines à construire complètement une pirogue-atelier afin de remonter le fleuve Niger vers le nord-est. Malgré les nouvelles militaires inquiétantes au niveau du gouvernement central et une importante rébellion touaregue qui se déclenche au nord du pays, Miquel Barceló décide de mener à bien son projet et part avec trois maliens de l'ethnie bozo, nomades et pêcheurs du fleuve, le . Il effectue une remontée du Niger et du Bani sur en deux semaines, remplissant d'aquarelles et de gouaches de très nombreux carnets de voyage qui seront parmi les plus importants de son œuvre. Il arrive à Tombouctou en pleine révolte touarègue, puis redescend le fleuve vers Ségou où il restera plusieurs mois à réaliser des tableaux de petit format à partir de ses esquisses. À la même époque en Europe, Robert Calle organise une première rétrospective du peintre au Carré d'art à Nîmes à partir de et le journal espagnol El País publie le un supplément de 24 pages sur les carnets de voyage de Barceló au Mali.