La campagne de Flandre, parfois appelée théâtre des Pays-Bas de la guerre de la Première Coalition, se déroula entre le et le . Ce fut une succession de batailles menées sur le territoire des Pays-Bas, alors partie intégrante des possessions des Habsbourg. Cette période de conflit coïncide avec les premières années de la guerre opposant la France révolutionnaire aux puissances coalisées. À mesure que la Révolution française se radicalisait, la Convention nationale, ainsi que ses précurseurs, entreprirent de briser les chaînes du pouvoir de l'Église catholique, dans un premier temps en 1790, puis d'abolir la monarchie en 1792, culminant avec l'exécution de Louis XVI en 1793. L'ambition des révolutionnaires était de diffuser les idéaux de la Révolution au-delà des frontières de la République, recourant, si nécessaire, à la force militaire pour étendre cette nouvelle ère. En réaction, une coalition d'États réactionnaires, désireux de préserver l'Ancien Régime, s'unirent dans la Première Coalition. Cette alliance regroupait, entre autres, l'Autriche des Habsbourg, comprenant les Pays-Bas méridionaux, la Prusse, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, ainsi que d'autres entités comme le Hanovre et Hesse-Cassel. Ces nations mirent en place des forces militaires tout le long des frontières françaises, menaçant d'envahir la République et de restaurer la monarchie par la force. Les affrontements militaires, menés notamment sur les frontières des Pays-Bas et de l'Allemagne, constituèrent le principal théâtre des opérations de la guerre de la Première Coalition jusqu'en . Ce n'est qu'à cette date, lorsque Napoléon Bonaparte prit le commandement des armées françaises sur le front italien, que la dynamique du conflit prit un tournant décisif.
Les incursions des forces françaises entre avril et dans les Pays-Bas autrichiens se soldèrent par un échec retentissant, conduisant les révolutionnaires radicaux, frustrés par cette débâcle, à démettre le roi de ses fonctions en août de la même année. Cependant, un retournement inattendu se produisit à la bataille de Jemappes en , où l'armée française remporta une victoire décisive. Cette réussite fut néanmoins suivie, en , par une victoire majeure de la coalition à Neerwinden. À la suite de cette première phase de combats, les forces françaises les plus conséquentes se rassemblèrent le long de la frontière franco-flamande, où une armée combinée des puissances ennemies — composée de troupes anglo-hanovriennes, hollandaises, hessoises, impériales autrichiennes et prussiennes (pour celles se trouvant au sud de la Sambre) — se mesurait à l'armée républicaine du Nord. Plus au sud, deux autres armées françaises, celles des Ardennes et de la Moselle, se maintenaient face à l'adversaire. Bien que les forces alliées remportassent plusieurs victoires initiales, elles ne parvinrent pas à franchir les fortifications frontalières françaises. Les troupes de la coalition, à l'issue de plusieurs revers, se virent finalement contraintes de se replier, à la suite d'une série de contre-offensives menées par les armées républicaines et de la décision, prise par l'Autriche en , de redéployer l'ensemble de ses forces militaires vers la Pologne.
Les Alliés établirent un nouveau front dans le sud des Pays-Bas et de l'Allemagne, mais, en raison de la pénurie de vivres et du retrait stratégique des Prussiens, ils se virent contraints de poursuivre leur retraite pendant l'hiver rigoureux de 1794-1795. Les troupes autrichiennes se replièrent vers le Bas-Rhin, tandis que les Britanniques se retirèrent vers Hanovre, d'où ils furent finalement évacués. Les armées françaises, victorieuses, bénéficièrent de l'appui des patriotes des Provinces-Unies, ainsi que des dissidents du sud des Pays-Bas, qui avaient précédemment dû se réfugier en France après l'échec de leurs révolutions respectives, en 1787 dans le nord et entre 1789 et 1791 dans le sud. Ces patriotes revinrent alors sous les bannières de la République française, se faisant appeler « Bataves » et « Belges », afin de « libérer » leurs terres. L'armée républicaine poursuivit son avancée jusqu'à Amsterdam, et, dès le début de 1795, remplaça la République hollandaise par un État client, la République batave. Simultanément, les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège furent annexés à la République française.
La Prusse et la Hesse-Cassel reconnurent la victoire française ainsi que ses gains territoriaux par le traité de paix de Bâle en 1795. L'Autriche, quant à elle, ne reconnut la perte des Pays-Bas méridionaux qu'en 1797, lors de la signature du traité de Leoben, puis du traité de Campo-Formio. Le stathouder hollandais Guillaume V, prince d'Orange, qui s'était exilé en Angleterre, s'abstint d'abord de reconnaître la République batave. Par les Lettres de Kew, il ordonna même que toutes les colonies hollandaises acceptent temporairement l'autorité britannique à leur place. Ce n'est qu'en 1801, à travers les Lettres d'Oranienstein, qu'il accorda sa reconnaissance à la République batave et que son fils Guillaume-Frédéric accepta la principauté de Nassau-Orange-Fulda en guise de compensation pour la perte du stathoudérat héréditaire.
Contexte
La France, la Grande-Bretagne et la République néerlandaise À l’issue de la guerre d'indépendance des États-Unis, dans les premières années des années 1780, la France, fidèle à sa politique de soutien aux rébellions contre l'Empire britannique, apporta une aide financière considérable aux treize colonies américaines, dans l'espoir de les voir se libérer de la domination anglaise. Bien que l'Angleterre dut, en 1783, reconnaître l'indépendance des États-Unis, ce succès diplomatique pour la France entraîna de lourdes conséquences économiques. En effet, la monarchie bourbonienne, en raison de l'ampleur des crédits consentis, se retrouva en proie à une dette colossale. L'accord d'Eden, signé en 1786, mit fin à la guerre économique qui opposait les deux puissances, offrant une relative possibilité de rétablissement pour les deux nations. Cependant, les conditions de cet accord se révélèrent particulièrement désavantageuses pour la France, semant le germe du ressentiment dans les esprits. gauche|vignette| Entrée des troupes prussiennes à Amsterdam en 1787. Guillaume V ne parvint à contenir la révolte des Patriotes qu'après bien des peines, et ce, grâce à l'intervention décisive des puissances prussienne et britannique en 1787. Cette aide permit l'exil de nombreux Patriotes en France. Les alliés anglo-prussiens de Guillaume lui octroyèrent la possibilité de préserver la Maison d'Orange et de consolider son autorité en renforçant son régime autoritaire de stathouder, notamment par l'Acte de Garantie en . Avec la signature de la Triple Alliance en , les Provinces-Unies se trouvèrent, de facto, placées sous la protection des puissances anglo-prussiennes. Lorsque la Révolution française éclata, au printemps 1789, la Grande-Bretagne et la République des Provinces-Unies adoptèrent d'abord une posture de neutralité envers la révolution en France, se retirant temporairement de l'arène internationale pour résoudre leurs propres préoccupations internes. Malgré les propositions des révolutionnaires des Pays-Bas du Sud, qui en et au début de 1790 suggérèrent l'unification des Pays-Bas sous la houlette de la Maison d'Orange, Guillaume, stathouder du Nord, repoussa fermement ces avances et déclina toute implication dans cette entreprise.
Pays-Bas du Sud, Autriche et Prusse Alors que la Révolution française battait son plein, des bouleversements politiques concomitants se préparaient dans les Pays-Bas autrichiens, où l’empereur Joseph II, depuis 1787, cherchait à imposer un ensemble de réformes politiques, se heurtant à l’opposition résolue de la noblesse et du clergé conservateurs. Le révolutionnaire Henri van der Noot, dans une tentative infructueuse, avait sollicité en l’intervention militaire des tribunaux orangistes et britanniques dans les Pays-Bas méridionaux, afin d'expulser les troupes autrichiennes des Habsbourg. Si la Prusse manifesta un intérêt limité à cette requête, elle repoussa les idéaux révolutionnaires tout en y voyant l’opportunité d'affaiblir son rival habsbourgeois. La situation atteignit son paroxysme le , lorsque Joseph II, par un coup de force, abolissait les États généraux, révoquant simultanément tous les privilèges de la noblesse. En réponse à cette mesure, l’archevêque Jean-Henri de Frankenberg appela à une résistance armée afin de défendre les prérogatives de l’Église catholique. Dès lors, la société secrète Pro aris et focis, fondée par Jean-François Vonck et Jean-Baptiste Verlooy, entreprit le recrutement de troupes destinées à constituer une armée rebelle. Parmi ces patriotes, certains, exilés du Nord, se joignirent aux rangs à Bruxelles. L’intensification de la Révolution française au sud, combinée à l’éruption de la révolution liégeoise dans la principauté-évêché de Liège en , créa un contexte propice à l’éclatement de la révolution brabançonne, qui se manifesta pleinement en dans les Pays-Bas autrichiens. Cette insurrection culmina avec la victoire des forces rebelles brabançonnes à la bataille de Turnhout. En , les patriotes révolutionnaires menés par Van der Noot et Vonck contrôlaient la majorité des Pays-Bas méridionaux, proclamant la naissance des États belgiques unis aux côtés de la République de Liège. Ces deux républiques insurgées bénéficièrent, de manière officieuse, de la protection d’une armée prussienne, stationnée à Liège, afin de parer à toute tentative de restauration autrichienne.
Cependant, à l'exception de la modeste force prussienne, aucune puissance étrangère ne se porta au secours du jeune régime politique belge. Bien que de nombreux révolutionnaires bruxellois arborassent des cocardes orange en janvier et , dans l'espoir de voir se réaliser l'union des Pays-Bas du Nord et du Sud sous la Maison d'Orange, Guillaume V manifesta une nouvelle fois son indifférence. De surcroît, les divisions internes au sein de la rébellion brabançonne conduisirent promptement à un affrontement entre les statistes conservateurs, sous la houlette de Van der Noot, et les vonckistes libéraux, qui furent évincés. Finalement, après le décès de Joseph II et l'avènement de son frère Léopold II, une réconciliation eut lieu entre ce dernier et Frédéric-Guillaume II de Prusse, scellée par le traité de Reichenbach du , dans un contexte de crainte commune face à une menace française imminente, incitant les deux puissances à une coopération. Sous l'effet de pressions diplomatiques anglo-autrichiennes, les troupes prussiennes furent retirées de Liège, afin de permettre une restauration autrichienne. La trêve de Vienne, conclue en septembre avec les Ottomans, libéra 30 000 soldats pour une expédition dans les Pays-Bas méridionaux, mettant fin aux États-Unis belges et à la République de Liège en . La majorité des statistes se réconcilièrent alors avec le gouvernement conservateur de Léopold II. Toutefois, la ferveur révolutionnaire ne s'était pas éteinte. Ainsi, lorsque les forces républicaines françaises envahirent le Sud en , les patriotes liégeois et vonckistes apportèrent leur soutien à la conquête française. Environ 2 500 émigrés liégeois et hollandais du Sud combattirent aux côtés des Français lors de la bataille de Jemappes.