(du grec : ), ou Edos, est la déesse grecque de la honte, de la pudeur, du respect et de l'humilité. C'est aussi un élément essentiel du discours éthique et social grec.

, en tant que qualité, était ce sentiment de révérence ou de honte qui empêche les hommes de faire le mal. Le terme souvent intraduisible recouvre les notions de pudeur, d'honneur, la honte, la modestie, la crainte, le respect; il pouvait aussi avoir des connotations érotiques. . Dans le monde romain le mot tend à s'imposer traduit par « vergogne » par la suite. La spécificité de la vergogne à partir du tend à se dissiper alors que les termes de honte, de pudeur, et d'honneur, notions plus familières auxquelles la vergogne est assimilée tendent à s'imposer. Le mot a conservé un sens courant et usité en italien (), portugais () et espagnol ().

Mythologie

dans Les Travaux et les Jours d’Hésiode fut la dernière déesse à quitter la terre après l'âge d'or. Elle était une proche compagne de la déesse de la vengeance Némésis. Une source la qualifie de fille de Prométhée. D'un point de vue mythologique, elle est souvent considérée comme une personnification plutôt qu'une divinité physique.

Hésiode décrit avec Némésis, couvertes de manteaux blancs ; et certains éléments indiquent qu'un manteau enveloppant était un élément standard de la façon dont était représentée.

On trouve des références à l' dans plusieurs pièces grecques anciennes, telles que Prométhée enchaîné d'Eschyle, Iphigénie à Aulis d'Euripide et Œdipe roi de Sophocle.

Il y avait des autels dédiés à à Athènes et à Sparte. Icarios, un roi spartiate avait essayé de persuader sa fille Pénélope de rester à Sparte après son mariage avec Ulysse. Quand Ulysse a obligé Pénélope à choisir entre son père et son mari, elle a modestement couvert son visage d'un voile, signalant sa décision de partir avec Ulysse. Comprenant son choix, Icarius les a laissés partir et a commémoré le moment en érigeant une statue d' à cet endroit.

Certaines sources mentionnent Eschyne ( grec ancien : ) comme une personnification de la honte et de la révérence.

Dans la littérature grecque L' est un terme crucial du discours éthique et social grec, communément traduit par ̀« honte », ̀« respect́ » et « pudeur »; « » est aussi l’un des mots grecs les plus insaisissables, se manifestant de manière variée dans l’épopée, la tragédie et la philosophie. L’essence du concept se trouve dans sa relation avec les valeurs grecques d’honneur : honneur de soi et des autres, des valeurs « compétitives et coopératives » ; cependant, la possession d’ n’exclut à aucun moment « le type d’engagement envers des normes ou des idéaux intériorisés que nous pourrions associer à la conscience ». Rudhardt note que les dieux sont tenus pour objets naturels de l’ et qu’ils « établissent souvent une relation étroite entre les dieux et les personnes ou les choses que leur entoure de sa considération », les objets de l’ sont aussi ceux de l’eusébie. Sagesse, respect de la justice et , d'une façon ou d'une autre, s'opposent à l'hybris.

Les études les plus exhaustives du mot ont été menées Rudolf Schultz en 1910, et par Carl Eduard Freiherr von Erffa en 1937.

est généralement un terme positif (et ses dérivés , avoir de l'; ) tandis que est plutôt un terme négatif suggérant le déshonneur et la disgrâce ; est considéré comme une valeur toutefois chez Aristote plusieurs auteurs conviennent que le terme renvoie à un sentiment.

En ce qui concerne la honte, dans la période qui va entre les et qui produit les textes d'Homère et d'Hésiode, les héros grecs éprouvent très souvent des sentiments de honte (Hector, refuse l'appel de son épouse Andromaque, Achille remet le corps d'Hector à Priam). L' et la dikè se trouvent associés pour la première fois chez Hésiode. Aux antipodes d'Homère, Hésiode méprisait les exploits guerriers et les valeurs aristocratiques, mais attribuait une place importante aux sentiments de honte: la décadence de l'humanité coïncidait pour lui « avec l'abandon par l'homme de la honte. Tous les maux résultent d'une absence de justice et de honte. ». Pour Platon le sentiment de honte était un des fondements de la société (l' comme fondement de l’être social-politique) et l'homme dépourvu de honte était un danger pour la cité. Dans Protagoras de Platon, Zeus envoie Épiméthée distribuer l’ et la dikè à chaque individu humain; selon Ildefonse, c'est devenu la .

Des travaux de Schultz et Erffa, lorsqu'il prend le sens de respect (), on peut dire qu'il est dû aux hommes en position d'autorité, par les personnes qui sont durablement ou temporairement désavantagées. Selon les mots de Platon:

Il serait normal que tout le monde ressente de la crainte devant tous ces supérieurs. À son tour, la démonstration appropriée de l’ impose à ceux vers qui elle est dirigée une certaine forme de contrainte, « ce qui entraîne une immunité contre les insultes, la violence ou la vengeance pour les autres sujets ».

On retrouve l'expression chez Xénophon pour désigner le respect que l'on doit aux anciens ().

Chez Homère Chez Homère, le mot oscille entre les émotions contraires de courage et de crainte et est souvent intraduisible

l'emporte dans l'Iliade — 16 exemples, contre 9 dans l'Odyssée— et pour « », on trouve 20 exemples dans l'Iliade contre 15 dans l'Odyssée.

est parfois associé à l’héroïsme et à l’honneur, associé à un sentiment de honte : dans un exemple pragmatique Hector, refuse l'appel de son épouse Andromaque à rester en dehors des combats et, sur la base de ce qu'il prétend être envers les Troyens, se lance sur le champ de bataille, rencontrant finalement la mort. Hector qui se bat montre sa conscience aiguë de sa stature sociale auprès de son peuple, de sorte que son action est motivée par le désir d'éviter d'être considéré comme un lâche par les autres appartenant à la même communauté.

À la fin de l'Iliade, Achille retrouve son humanité lorsqu'il est poussé par l' et la pitié à remettre le corps d'Hector à Priam. Dans l'Odyssée, devant Ulysse, invité d'honneur d'un banquet, Démodocos chante des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, et tout en masquant ses larmes :

Le retour d'Ulysse en Ithaque dans l'Odyssée est éclairant sur le rapport de l'Hybris à l'. Ulysse supposé mort, Pénélope est entourée de prétendants qualifiés par leur hybris, soit leur orgueil et leur arrogance et —« » — leur absence d' ; par dessus tout ils manquent de respect à la maison hospitalière et à la personne de l’hôte, devoir dont Zeus est le garant ; ce faisant ils se mettent en porte à faux par rapport à la thémis, et se montrent méprisants pour l', l'égard dû aux dieux. Ulysse qui a repris tout cela à son compte est introduit par Eumée dans la ville et jusque sur le seuil de son propre palais. Nul ne reconnaît le roi d'Ithaque sous les haillons du mendiant et sous les rides dont Athéna a sillonné son visage. Cependant les prétendants ont aperçu l'étranger qui se tient sur le seuil du palais; ils le raillent, l'insultent et comme il répond avec fierté, l'un d'eux lui lance un escabeau à l'épaule. La nuit venue, il se couche dans le vestibule d'où il voit les esclaves quitter leurs lits pour une orgie nocturne. Le lendemain, les prétendants reviennent pour un nouveau festin. Ils ont averti Pénélope qu'elle devait choisir parmi eux son époux, sans plus de retard. Celle-ci s'avise pour dernier expédient de promettre sa main à celui qui vaincra tous ses rivaux dans l'épreuve célèbre de l'arc. Mais c'est l'arc d'Ulysse qu'il faut tendre … leurs mains sont trop débiles pour en venir à bout. Le mendiant demande à essayer, et il finit par l'obtenir sur les instances de Télémaque. Il tend l'arc sans effort et atteint le but; puis, aidé de son fils, d'Eumée et d'un autre serviteur fidèle, il fait payer aux prétendants le prix de leur affront.

Dans la littérature grecque qui a subsisté comprise entre 700 av. J.-C. et le début du , hormis Hésiode, il existe peu de témoignages de l'évolution de l' homérique. Chez Eschyle et les autres tragiques grecs, le complexe de termes centrés sur l' apparaît assez fréquemment ; ces termes eux-mêmes (comme une multitude d'autres) renvoient à des états d'esprit, à des traits de personnalité et des motivations. Chez Sophocle, les personnages n'ont souvent qu'une compréhension partielle de l' et de la ligne de conduite qu'il dicte ; des conflits de valeurs, parfois irréductibles, nait une force tragique ; l'idée qu'il y a deux côtés à toute histoire est devenue un lieu commun. L' d'Euripide ressemble à l' homérique.L' chez Sophocle et Euripide, montre une reconnaissance croissante de son interaction avec les mécanismes d’autorégulation intériorisé (la conscience), l’ devient un facteur important dans le développement du caractère.

Chez Démocrite

Démocrite s'éloigne de l’idéal guerrier de Homère, renvoyant la vertu () à la capacité d’intérioriser le regard d’autrui.( ), lui donnant de cette manière un sens moral, et installant la vertu la dans des limites politiques. Pour Démocrite, c'est devant soi-même que l'on doit manifester le plus de respect () :

Chez Platon De nombreuses références aux peuvent être trouvées dans les œuvres de Platon, par exemple dans le Gorgias, le Phèdre, le Protagoras et les Lois. Chez Platon, et dikè sont solidaires ; l' exprime la soumission aux normes « dont la transgression expose à la sanction », la Némésis. et dikè sont donc des sentiments « politiques ».

Protagoras

Protagoras, pour réfuter Socrate (sur l'affirmation que l’excellence ne peut s’enseigner à la manière des sophistes) se lance dans un discours ; le sophiste a recours à la mythologie grecque, en contant le mythe de Prométhée et de son frère Épiméthée. Prométhée est chargé par les dieux, à la création du monde, de distribuer les qualités et les dons physiques parmi les êtres vivants. Epiméthée qui demande à s'en occuper, se met scrupuleusement à la tâche, guidé, semble-t-il, par la double exigence de juste équilibre et de diversité harmonieuse : le plus fort sera moins rapide et le petit animal saura voler dans les airs ou se tapir sous la terre. L'un aura des poils, l'autre une peau, l'un sera carnivore et l'autre herbivore. Mais quand toutes les espèces sont harmonieusement dotées et tous les talents généreusement distribués, l'erreur d'Epiméthée éclate au grand jour : l'homme a été oublié. L'homme reste nu et sans défense. Prométhée, pour réparer l’erreur de son frère, vole les secrets du feu et de l'habileté technicienne aux dieux Héphaïstos et Athéna. Il donne le savoir technique aux hommes, permettant de compenser leur nudité. Pour éviter que les hommes, détenteurs de ces nouveaux pouvoirs, n’en viennent à s’entretuer, Zeus leur accorde aussi à tous, par l'intermédiaire du dieu Hermès, et dikè, fondateurs de la conscience politique et de la vie en communauté. C’est la raison pour laquelle chaque homme a en lui la notion de la politique et peut exprimer une opinion à ce sujet. Par ailleurs, souligne Protagoras, toute société humaine tend à punir les hommes ayant fait preuve d’injustice et de perversion vis-à-vis du reste de la communauté. Le châtiment du coupable est alors censé servir d’exemple, et enseigner la vertu tant à l’intéressé qu’aux autres citoyens. Dans le traité de Protagoras, est discutée la question de savoir si l' peut être transmissible et enseignable. Socrate, qui niait d’abord que la vertu pût s’enseigner finit par affirmer que tout est science ; Protagoras, qui prétendait qu'on ne pourrait pas l’enseigner au moyen des mythes, finit par voir en elle, tout plutôt qu’une science.

Dans le traité de La République et de Phèdre, dans le thème de la théorie en trois parties de l'ego humain, l'intériorisation du sentiment de honte est énoncée, mais dans aucun de ces dialogues, une description spécifique de la nature de l' n'est donnée.

Chez Aristote