Le Dictionnaire universel, en forme longue le Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes de toutes les sciences et des arts, est un dictionnaire d'Antoine Furetière paru en 1690 à Amsterdam chez Reinier Leers.

Contexte

Furetière est membre de l'Académie française depuis 1662, et participe à l'élaboration de son Dictionnaire aux côtés de Corneille, Bossuet, Racine, Boileau et La Fontaine. Mais les travaux, entrepris en 1638, n'avançant pas, Furetière se lance en parallèle dans l'élaboration d'un dictionnaire personnel.

En dépit du soin pris par l’Académie de se faire accorder, en 1674, un monopole par le chancelier d’Aligre., il obtient, en un privilège royal pour un .

Fin 1684, il publie, à Amsterdam, des Essais d’un dictionnaire universel présentant 350 mots, précédés d’une Épitre au roi et d’un Avertissement, où il définit son travail comme un simple Supplément au dictionnaire de l’Académie, répertoriant les mots des arts et des techniques. Dans l’Épitre, il déclare avoir , critique le privilège accordé à l’Académie défendant , et fait remarquer que celle-ci, en 50 ans,

L’Académie n’entend pas se laisser faire. Début 1685, elle envoie Racine, La Fontaine et Boileau demander à Furetière de renoncer à son entreprise, ce qu’il refuse. Le , une vingtaine de membres vote, à une voix de majorité, son exclusion de l’Académie. Louis XIV, auquel on a demandé de révoquer le privilège de Furetière, et de confirmer son exclusion, refuse et renvoie l’affaire aux tribunaux ordinaires.

Furetière répond en publiant le premier de ses trois Factums, Il défend, à l'aide d'arguments juridiques, la validité de son privilège, annonce pour son dictionnaire contre pour celui de l'Académie, et réfute ainsi les accusations de plagiat qui lui sont faites. Pour le prouver, il publie une comparaison entre le dictionnaire de l'Académie, celui de Richelet et le sien.

En , la justice est saisie et le privilège de Furetière est abrogé, les Essais sont saisis et défense est faite à tous les libraires, sous peine de livres d’amende, de les imprimer, vendre et débiter. S'ensuivent, jusqu'à la mort de Furetière en 1688, trois années de polémiques , de recours, de plaidoiries, d'attaques ad hominem d'une violence croissante.

Le second Factum met les rieurs de son côté par sa description féroce des séances de préparation du Dictionnaire :

Ces factums sont, en , déclarés et interdits d'impression et de vente. Cela n'empêche pas Furetière d'en faire circuler un troisième, développant à nouveau ses arguments juridiques. Il publie également les Couches de l’Académie, poème allégorique et burlesque, dans lequel une princesse vieille et ridée, enceinte depuis 50 ans, tente de mettre au monde un enfant nommé Dictionnaire, mais n'accouche que d'un cul-de-jatte maigre et décharné, mais pourvu d'une barbe blanche fort touffue..

Finalement Furetière, épuisé et qui se sait malade., donne son accord aux propositions anciennes de Pierre Bayle de publier son Dictionnaire universel à Amsterdam. Celui-ci parait en 1690, deux ans après la mort de Furetière, et obtient un succès considérable, notamment grâce à l’ordre alphabétique qu’il y avait adopté. Celui de l’Académie, péniblement achevé, comportant des lacunes, des inexactitudes, avec son classement incommode des mots par racines, est accueilli plus froidement, à sa publication, en 1694.

Querelle La querelle, contemporaine de celle des Anciens et des Modernes, est plus qu'un simple confit entre une institution royale jalouse de ses prérogatives et l'un de ses membres, même .

D'un point de vue juridique, Furetière remet en cause, non tant le privilège lui-même accordé à l'Académie pour publier son dictionnaire, mais son exorbitance : ne pas pouvoir publier de dictionnaire pendant les vingt ans suivant celui de l'Académie n'est pas seulement le protéger contre le plagiat et la contrefaçon, c'est interdire pendant des décennies la publication de tout autre dictionnaire, ce qui revient à confisquer la propriété du langage.

D'un point de vue lexicographique, Furetière se fait l'avocat d'une langue riche et entière, incluant les termes spécialisés des arts et des sciences, ainsi que les termes anciens, qu'il considère comme indispensables pour comprendre l'histoire, les anciennes ordonnances et coutumes. Alors que l'Académie ne retient, sur des critères flous d'ailleurs critiqués par La Fontaine, que des termes utilisés par le peuple ou à la Cour, dont il s'agit de fixer l'usage. Furetière critique également le classement des mots par racines au détriment de l'ordre alphabétiqueCe classement sera abandonné et remplacé par l'ordre alphabétique dès la deuxième édition du Dictionnaire de l'Académie..

D'un point de vue linguistique, Furetière prend acte du caractère évolutif de la langue, et du fait que chaque mot peut avoir plusieurs sens , qu'il s'agit de refléter plutôt que d'en fixer la norme. Car, si selon l'article 24 de ses statuts, , elle cherche surtout à établir les règles du bel usage, l’élégance l’emportant sur la stricte correction ou la savante érudition. Elle recherche la pureté du langage, plutôt que de reconnaître sa fonction de communication, alors que Furetière souhaite couvrir l'universalité du savoir linguistique

Contenu Ouvrage de référence Le contenu du Dictionnaire universel est le reflet des connaissances de son temps : Le Furetière reste un ouvrage de référence : .

Refonte de Basnage de Beauval (1701) Pour sa seconde édition en 1701, le dictionnaire est édité sous la direction de Henri Basnage de Beauval qui procède à des correction de typographie, de grammaire, mais aussi à une réécriture de fond.

Une des nouveautés introduites par Basnage de Beauval est le recours systématique à la citation d'auteurs. Se démarquant de Furetière et de l’Académie qui inventaient des phrases pour illustrer le sens d'un mot, Basnage de Beauval s’inspire de Richelet et recourt de manière systématique à la citation d’auteurs. On trouve ainsi dans cette seconde édition du Dictionnaire universel des propos de grammairiens comme Ménage, Vaugelas, mais aussi des passages de Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin, Corneille, Racine ou Molière et d’autres écrivains du . Basnage de Beauval sollicite également des collaborateurs extérieurs pour intervenir dans des domaines spécialisés comme les termes scientifiques, faisant ainsi du Dictionnaire universel un ouvrage de référence. Avec cette révision, l'ouvrage passe ainsi des originelles à plus de . La Préface de l'ouvrage établit : Il en est de même pour les éditions successives, ce qui permet à Brutel de la Rivière, l'éditeur de celle de 1727 d'employer le terme d'Encyclopédie.

Basnage de Beauval s'explique également dans sa Préface sur sa réécriture de certains passages de Furetière concernant le protestantisme : .

Base du Dictionnaire de Trévoux (1704) Cette seconde édition de 1701 est alors qualifiée d'. S'ensuit une polémique initiée par les Jésuites catholiques du Journal de Trévoux, qui recopient l'édition de Basnage de Beauval, l'expurgent, et en publient en 1704 la version connue comme Dictionnaire de Trévoux.

Éditions

Dictionnaire universel 1684 : Essais d’un dictionnaire universel, contenant generalement tous les mots françois tant vieux que modernes, & et les termes de toutes les sciences et des arts, sans lieu, 1684. Lire en ligne. 1690 : Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes de toutes les sciences et des arts, préface de Pierre Bayle, La Haye et à Rotterdam, chez Arnout & Reinier Leers, 1690. Tome I : A-K ; Tome II : L-Z 1702 : Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, & les termes des sciences et des arts, recueilli et compilé par feu messire Antoine Furetière, 2édition revue, corrigée et augmentée par M. Basnage de Bauval, La Haye et à Rotterdam, chez Arnoud et Reinier Leers, 1702. Tome I : A-H ; Tome II : I-Z 1708 : Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, & les termes des sciences et des arts, recueilli et compilé par feu messire Antoine Furetière, troisième édition, revue, corrigée & augmentée par monsieur Basnage de Bauval, Rotterdam, Reinier Leers, 1708. Tome I : A-D ; Tome II : E-N ; Tome III : O-Z 1727 : Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes et les termes des sciences et des arts, recueilli et compilé premièrement par M. Antoine Furetière, ensuite corrigé et augmentée par M. Basnage de Bauval,, et en cette nouvelle édition, revu, corrigé et considérablement augmenté par M. Brutel de la Rivière, La Haye, Husson et alii, 1727. Tome I : A-D ; Tome II : E-K ; Tome III : L-P ; Tome IV : Q-Z 1978 : Le Dictionnaire universel, préfacé par Pierre Bayle, précédé d'une biographie de son auteur et d'une analyse de l'ouvrage par Alain Rey, Le Robert, 1978, 3 volumes.

Factums

Recueil des factums d'Antoine Furetière, de l'Académie françoise, contre quelques-uns de cette Académie ; suivi des preuves et pièces historiques données dans l'édition de 1694, avec une introduction et des notes historiques et critiques par M. Charles Asselineau, Poulet-Malassis et De Broise, 1859. Tome I ; Tome II.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie Ouvrages . .

Articles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Liens externes

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