Le meurtre d'Inass Touloub (en ), également connue sous le nom de la petite martyre de l'A10, est une affaire criminelle française emblématique, restée non résolue pendant plus de . Elle concerne le meurtre d'une fillette de quatre ans, retrouvée morte en au bord de l'autoroute A10, à Suèvres (Loir-et-Cher), et dont l'identité n'a été établie qu'en grâce à des analyses ADN..

Plusieurs juges d'instruction et autres magistrats se sont succédé durant cette enquête longue de trente-et-un ans.

Découverte du corps Le , le corps d'une fillette est découvert par des employés de la société Cofiroute dans un fossé longeant l'autoroute A10, sur le territoire de la commune de Suèvres dans le Loir-et-Cher. L'enfant, âgée d'environ quatre ans, est retrouvée enroulée dans une couverture, le corps portant de nombreuses traces de violences : brûlures au fer à repasser, morsures humaines (environ une vingtaine, notamment sur la poitrine), contusions dues à des coups (gifles, coups de poing, coups de pied), fractures de différentes dates et localisations, cicatrices anciennes au cou et au périnée..

Enquête initiale Dès le lendemain de la découverte du corps, le parquet de Blois lance un appel à témoins dans toute la France, pour retrouver la famille de la fillette. Malgré une large médiatisation et la diffusion d'un portrait-robot post-mortem à , l'enquête piétine. Les policiers interrogent et , des hôpitaux, des services sociaux, sans succès. L'absence de signalement de disparition d'une enfant correspondant au profil d'Inass rend l'identification impossible.. Le , une première ordonnance de non-lieu est prononcée, alors que toutes les pistes explorées par les gendarmes s'épuisent une à une. Les parents sont introuvables, et la fillette n'a toujours pas de nom. En , l'émission Témoin numéro 1 de Jacques Pradel, consacrée à cette affaire, tente de la relancer avec . Certaines pistes sont explorées, mais rien n'aboutit. En , un deuxième non-lieu est prononcé.

Piste non aboutie

En , lors de l'émission Témoin numéro 1, une piste est évoquée par un témoignage, qui indiquera ses soupçons sur la famille concernée (les Touloub). Cependant, en , le documentaire de Canal+ consacré à l'affaire., donne voix aux enquêteurs, qui expliquent qu'à l'époque, ces témoignages étaient vérifiés par des équipes de gendarmerie locales, n'ayant pas forcément vu l'intérieur du dossier. Il en résulte que les témoignages sont obtenus spontanément par les résidents, et n'auraient permis de mettre de la lumière sur un lourd secret familial.. Également, la mère de la petite répond aux gens qui l'interrogent sur sa fille disparue : elle prétend alors qu'elle a quitté la France pour rejoindre ses grands parents au Maroc, chose qu'elle réitérera des décennies plus tard, une fois interpellée.

Rebondissement grâce à l'ADN Afin d'éviter que les faits ne tombent sous le coup de la prescription, l'enquête est relancée. Les enquêteurs procèdent alors à de premières analyses génétiques sur les pièces à conviction collectées en , notamment des cheveux et des vêtements appartenant à l'enfant. Les profils génétiques des parents biologiques sont identifiés, bien qu'ils ne soient pas enregistrés dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). En , les analyses permettent également de détecter l'ADN de deux autres membres de l'entourage familial.

En , un jeune homme est interpellé pour des faits de violence. Son ADN est alors prélevé, puis transmis au FNAEG. L'ajout d'ADN étant fait manuellement par la police scientifique, la demande n'étant pas qualifiée d', il faudra un peu plus d'un an avant qu'il ne soit traité. En , une correspondance est établie entre son profil génétique et des traces retrouvées sur la couverture et les vêtements de la victime. Il s'agit du frère d'Inass.. Grâce à cette correspondance, les enquêteurs remontent jusqu'à la famille Touloub, d'origine marocaine, installée à Villers-Cotterêts (Aisne). Ils découvrent que la famille avait une fille prénommée Inass, née en , dont aucune trace administrative n'existe après . Ils prendront plusieurs mois à reconstituer l'arbre généalogique familial, et passeront plusieurs semaines en planque, sous couverture civile (cf reportage Canal+), surveillant à proximité du domicile de la mère de famille, afin d'éviter toute bévue le jour de l'interpellation. Le commandant chargé de l'enquête aura dédié une équipe de six gendarmes pour travailler sur cette affaire, pendant plusieurs semaines, coupés du reste de leur brigade.

Les parents sont localisés : la mère vit toujours dans l'Aisne, le père à Puteaux (Hauts-de-Seine). Ils sont arrêtés et mis en examen en pour meurtre, recel de cadavre et violences habituelles sur mineur de moins de .

Procédure judiciaire Les parents s'accusent mutuellement :

La mère Halima Touloub (), principale accusée, nie être responsable de la mort de sa fille. Elle reconnaît avoir eu des difficultés à s'occuper d'Inass, évoquant une éducation stricte mais sans intention criminelle. Elle affirme que le père était absent ou peu impliqué dans l'éducation des enfants. Le père Ahmed Touloub (), poursuivi pour complicité, nie toute implication directe dans les violences. Il affirme ne pas avoir été présent au moment des faits et ne pas avoir eu connaissance des sévices infligés à sa fille. Son avocat conteste la qualification de complicité, estimant qu'il n'a ni participé ni couvert les actes reprochés à la mère.

La mère est finalement renvoyée devant la cour d'assises pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort, et le père pour complicité. Après plusieurs recours, la Cour de cassation confirme en leur renvoi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher.

Le procès est retardé en raison de l'indisponibilité d'une salle adaptée à Blois. Il se tiendra du au .

Impact médiatique et sociétal L'affaire est souvent citée comme un exemple type de crime non élucidé pendant des années, puis résolu grâce aux progrès de la science forensique.

Dès la découverte du corps, les habitants de Suèvres ont adopté symboliquement la fillette. Sa tombe, située dans le cimetière communal, a été régulièrement fleurie par des villageois et des anonymes. Des anges, des fleurs et une plaque portant l'inscription ont été installés. Après l'identification d'Inass en 2018, la tombe a été refaite et porte désormais son nom : . Elle est aujourd'hui la plus fleurie du cimetière de Suèvres..

Notes et références

Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900

Liens externes

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