Georges Girard, né le à Paris, mort assassiné le au château d'Escoire, est un archiviste-paléographe, écrivain, reconnu pour sa « situation hors pair dans le monde littéraire et historique »Cité dans Renaud Meltz, « Âge d'or ou naissance d'une tradition ? Les écrivains diplomates français dans l'entre-deux-guerres » dans Laurence Badel et al., Écrivains et diplomates, l'invention d'une tradition, Paris, Armand Colin-Institut français, 2012, p. 80..
Biographie Fils de Antoine-Charles Girard, (1858 - 1930), ingénieur agronome, professeur-directeur des travaux pratiques de chimie et membre de l'Institut national Agronomique, et de Cécile Gratet Duplessis née le à Paris, morte le à Escoire, Georges Girard est l'aîné d'une fratrie de quatre - Henri (1894 - 1915), Amélie (1897 - 1941), Madeleine (1902 - 1925). Il fait ses études au lycée Henri IV, puis intègre l’École des chartes, dont il sort second de sa promotion avec une thèse sur le Service militaire à la fin du règne de Louis XIV (1701-1715). Il publie son travail comme thèse de doctorat en 1921 pour lequel il recevra le Prix Édouard Fréville à l'Académie des Sciences Morales et Politiques en 1922.
Carrière dans l'administration Il fait toute sa carrière au ministère des Affaires étrangères. Entré en 1919 en tant que bibliothécaire adjoint, avant d'être promu bibliothécaire en 1923. En 1937, il devient conservateur adjoint du service des archives, puis adjoint au directeur de ce même service en 1940Vincent Laniol, « Des archives emblématiques dans la guerre : le destin " secret " des originaux des traités de Versailles et de Saint-Germain pendant la seconde guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains, 1/2008 (n° 229), p. 21-42. L'auteur évoque brièvement le rôle de Girard lors de l'évacuation des archives en 1940.. Il fait également partie de la commission chargée de la publication des documents relatifs aux origines de la Première Guerre mondiale.
Carrière littéraire Il débute officiellement sa carrière littéraire en 1919 grâce à Jacques Boulenger, un autre chartiste qui lui permet de publier dans L’Opinion. Son début tardif s'explique par le fait qu'il a été contraint de prolonger son service militaire de 52 mois après avoir été mobilisé à l'automne 1914. C’est à 28 ans qu'il retrouve enfin la vie civile, après avoir passé sept ans dans l'armée. Son premier ouvrage, Le Parfait Secrétaire des grands Hommes, est à la fois une étude historique et un livre humoristique sur Denis Vrain-Lucas, un célèbre faussaire qui a réussi à vendre des faux autographes au physicien Michel Chasle, membre de l’Institut, pour plus de cent cinquante mille francs d’autographes d’Archimède, de Pythagore, de Jules César, de Vercingétorix et autres hauts personnages.
En 1924, il publie son premier roman, Les Vainqueurs, un récit de guerre qui, après avoir été refusé par trois éditeurs, est finalement publié par la NRF de Gallimard. Ce roman est cité dans les favoris pour le Prix Goncourt 1924, qu'il ne remportera pas. Il reçoit le Prix de la Renaissance en 1925, au cinquième tour, par 9 voix contre 4 à Roger Dévigne et une à Gabriel Reuillard. Jean Giraudoux lui dédie une photographie en le qualifiant de « vainqueur des vainqueurs », après que les deux hommes se furent rencontrés au quai d'Orsay.
Par la suite, il publie une évocation historique intitulée Histoire de la Dragonne. Son dernier livre paru est sur Madame de Maintenon, dans la collection « Grandes Pécheresses repenties ».
Entre 1925 et 1933, il écrit des chroniques historiques et théâtrales pour L’Opinion, puis pour Le Figaro littéraire, tout en collaborant aux Cahiers de la République des lettres et aux Nouvelles littéraires.
Vie personnelle Issu d’une famille extrêmement riche, Georges Girard est le fils de Charles Girard, aristocrate par sa mère, bourgeoise par son père, Georges est appelé au front le . Il n'en reviendra qu'à la fin de la guerre. Il rencontre Valentine Arnaud (1883 – 1926), à Paris en , lors d'une permission. Professeur de lettres dans un lycée à Montpellier, fille d’une commerçante et d’un instituteur, les origines sociales autant que les orientations politiques de la jeune femme, son féminisme et son athéisme fervent seront très mal perçus par la famille Girard qui s’opposera au mariage de leur fils Georges. Bien que promis à la destitution de ses droits sur la fortune familiale, Georges épousera Valentine. Leur noces civiles sont célébrées dans la plus stricte intimité le , en la mairie de Montpellier.
Henri Girard, leur fils unique, naît une année plus tard, le . Il deviendra l'écrivain Georges Arnaud.
Atteinte de tuberculose, sa femme, Valentine, née Arnaud, meurt le à Chamonix.
Le triple meurtre d'Escoire Le , dans le château familial à Escoire, Georges Girard, sa sœur Amélie Girard (1897 - 1941) et leur servante, Louise Soudeix (1879 – 1941) sont retrouvés morts, massacrés à la serpe. Son fils, Henri Girard, présent sur les lieux, est accusé du meurtre et inculpé. Emprisonné dix-huit mois à la prison Belleyme à Périgueux il est finalement acquitté le . Les circonstances entourant la mort de Georges Girard et la carrière littéraire de son fils, qui deviendra un romancier à succès sous le nom de Georges Arnaud (l'auteur du Salaire de la peur, adapté en 1953 au cinéma par Henri-Georges Clouzot), maintiennent l'attention autour de cette affaire pendant de longues années.
Après la publication par l'ancien commissaire de police Guy Penaud du Triple Crime du château d'Escoire en 2002 aux Éditions de La Lauze, l'écrivain Philippe Jaenada propose sa propre interprétation de cette affaire dans son roman La Serpe, récompensé par le Prix Femina en 2017.
Le , Catherine Girard, fille de l'écrivain Georges Arnaud et petite fille de Georges Girard, publie In violentia veritas aux Éditions Grasset. Se fondant sur les révélations que son père lui a faites ainsi que sur un important travail d’archives, la petite-fille de Georges Girard raconte le drame qui a conduit à la tuerie d'Escoire, affirmant la culpabilité de son père, Henri Girard.
Archives et journal de l'Occupation Les archives de Georges Girard sont conservées au Centre des archives diplomatiques de La Courneuve. Elles contiennent divers documents originaux que possédait Girard, dont notamment d'une vie du frère Hilarion, du monastère de Saint-Polycarpe dans l'Aude, d'un fort dossier d'archives du général Castelnau relatif à l'établissement du camp de Châlons, sous le Second Empire, remis au Service historique de la Défense, et de documents sur Agen sous la Révolution, envoyés en Lot-et-Garonne. On y trouve aussi des correspondances, des coupures de presse sur la situation en France et en Allemagne après la Première Guerre mondiale.
On y trouve également les manuscrits de certaines de ses œuvres majeures. Malheureusement, il ne reste que des fragments de sa correspondance, parmi lesquels se trouve une lettre de Roland Dorgelès concernant la publication française de Mein Kampf d'Adolf Hitler. La contribution de Georges Girard en tant qu'historien est illustrée par quelques documents significatifs, notamment une transcription des Souvenirs de Félix Hippolyte Desprez, dont il a sans doute été l'un des premiers à souligner l'importance cruciale pour l'histoire de la diplomatie du Second EmpireCette importance a depuis été confirmée par l'historiographie. Voir notamment : Yves Bruley, Georges-Henri Soutou (préf.), Le Quai d'Orsay impérial, histoire du ministère des Affaires étrangères sous Napoléon III, Paris, éditions A. Pédone, 2012, 491 p..
Enfin, le fonds comprend une partie du journal de Georges Girard, rédigé entre le et le , où il a relaté les événements de l'Occupation. Grâce à son rôle aux Affaires étrangères et son engagement dans la vie intellectuelle, il offre un regard perspicace sur les aléas du régime de Vichy. Une portion de ce document a été utilisée comme preuve lors d’un procès par les autorités judiciaires, avant d’être remise aux Archives du ministère des Affaires étrangères. L'autre partie a été donnée en 2018 par Mme Laurence Girard, la petite-fille de Georges Girard, avec plusieurs pièces qu'elle avait reçues de Françoise Flipo, avocat général honoraire à la Cour de cassation et fille de Vincent Flipo, chartiste et contemporain de son grand-père.
Accueil critique
Les Vainqueurs Henry Spont qualifie Les Vainqueurs de « livre sincère, singulièrement évocateur » et « honnête », soulignant son dépouillement des « déformations » de la littérature ornementale, ce qui le rend « odieux » aux « gens sensés ». Selon lui, même un ancien combattant « blasé » ne pourra « l’ouvrir distraitement » et le refermer sans l’avoir « lu jusqu’au bout ». Spont affirme que même ceux restés « à l’arrière » seront séduits par un récit « entraînant » et « véridique ». Il estime que l’auteur réussit à « rendre mieux, par des moyens plus simples et plus directs » le « mélange d’héroïsme et de mesquinerie » de 1914, et que l'absence de « chiqué » masque l’art subtil de provoquer « tour à tour, le rire et les larmes ». Il conclut en qualifiant le livre d’« excellent » qui « figurera dignement » dans les Documents Bleus.
Jean de Pierrefeu souligne le « talent » de l'auteur dans Les Vainqueurs, qu'il décrit comme un livre de souvenirs « écrit d'une plume légère et expressive ». Il apprécie la manière dont l'auteur saisit le « comique involontaire » des situations, tout en mettant en avant le contraste entre le paysan, l'ouvrier et l'homme de la ville. De Pierrefeu note que l'ouvrage présente « l'armée française toute neuve » face à la « face hideuse de la guerre moderne », et admire le « tact » avec lequel l'auteur évoque ces méprises. Il trouve « admirable » que, même au contact de la mort, un français puisse sourire d'une « tactique puérile » et souligne le talent nécessaire pour révéler des « nuances » tout en honorant le « courage » et le « sacrifice ». De Pierrefeu conclut que cette épopée de la Marne est racontée avec la « finesse », la « grâce » et le « bon goût » d'un Marivaux ou d'un Musset, affirmant que ce n'est pas le ton épique, mais bien l'« accent français » qui s'en dégage.
Albert Bayet souligne que l’œuvre ne se limite pas à une simple représentation de la guerre : « l’originalité puissante » du livre réside dans le fait que les soldats ne s’élèvent pas à une « idée générale » sur le drame qu’ils vivent. Au contraire, ils sont absorbés par des préoccupations immédiates et quotidiennes, telles que « le poids du sac », « la pluie », et « le ravitaillement ». Bayet admire la manière dont Girard évoque cette « vie humble et tragique » avec « une vigueur merveilleuse ». Enfin, il note l'ironie de la victoire, que les « vainqueurs » ignorent, soulignant le décalage entre l'événement et la réalité des soldats, illustré par la réponse désabusée d’un caporal : « Même pas moyen de dormir tranquilles ! ».
La Vie de Lazare Hoche