Cet article présente l'histoire de la culture des céréales au .

Années 2000 La spéculation et les pénuries locales dominent la première décennie du siècle, d'autant que l'Europe s'est un peu effacée du marché et que la forte croissance en Asie créé des tensions sur le riz.

Spéculation sur le riz en Afrique de l'Ouest Beaucoup de pays africains restent des grands importateurs de riz, comme le montre l'exemple du Sénégal« Les grands enjeux de la question alimentaire au » par Jean-Christophe Rufin, écrivain et diplomate français, ancien président d'Action contre la faim, débat dans les « Cafés Géographiques de Lyon » . Durant la période coloniale, ce pays a été spécialisé dans la production d'arachide, au détriment des autres cultures céréalières locales. Dès la fin du , il importait du riz d'une autre colonie française, le Tonkin. Héritage de ce passé colonial, le plat national sénégalais, le thiep bou dien, est à base de riz brisé : le pays achète de riz à l'étranger chaque année, même si des périmètres irrigués dans la région du fleuve Sénégal ont été créés pour développer des rizières : le riz produit sur place est plus cher que le riz importé et les Sénégalais préfèrent le riz brisé auquel ils sont habitués. Le manque de moyens et d'équipement favorisent la spéculation : faute de silo public, ou mutualisé par des filières ou coopératives, pour stocker le riz produit au Sénégal, il est mis sur le marché en bloc, donc à un prix très bas, permettant aux spéculateurs de l'acheter, puis d'attendre que les prix remontent en le stockant. Le riz sénégalais, très peu diffusé dans le pays, ne profite qu'à la région dans laquelle il est produit.

Triple crise de 2007-2008 : blé, maïs et riz

En 2007-2008 a eu lieu une des crises alimentaires les plus dramatiques des dernières décennies, causée par l'augmentation des prix internationaux du riz, la céréale la plus consommée au monde, qui a surpris par sa soudaineté : les prix locaux ont augmenté de 38 % au Bangladesh, de plus de 30 % aux Philippines et de 18 % en Inde, dans des pays qui utilisent 20 à 40 % de leur revenu pour acheter du riz« La crise 2007-2008 : le marché du riz », par GEOFFREY LORRE, pour BSI Economics, cercle de réflexion sur l'économie et la finance composé de plus de soixante économistes .

Au cours de la première moitié des années 2000, les stocks mondiaux de riz avaient chuté de pratiquement 50 %, le Programme alimentaire mondial évoquant des stocks ayant Impact de la hausse des prix de l'alimentation ,Programme Alimentaire Mondial, et les récoltes de céréales de 2006 ont ensuite été extrêmement mauvaises. La sécheresse en Australie, dont la production a été divisée par deux, a fait diminuer l'offre mondiale de céréale de plus de 20 millions de tonnes. La production céréalière européenne a elle chuté de 11 %, réduisant l'offre de plus de 37 millions de tonnes, tandis que pour les États-Unis et le Canada le recul a été de plus de de tonnes, soit un manque à gagner de près de cent millions de tonnes pour ces trois grandes zones productrices, d'où un emballement des cours mondiaux, d'autant qu'au même moment, la crise des subprimes a produit une réallocation des investissements de la finance vers les matières premières. De ce fait, le prix du blé est multiplié par deux en dix mois, celui du maïs par 2 en 20 à 24 mois et celui du riz par 3 en à peine 8 mois, entre et , et même par 2,5 en seulement 4 mois (-). La crise du riz de 2008 se révèle bien plus ample que celle du blé, même si les récoltes de riz se révèleront meilleures.

Les marchés du riz et du blé ont cependant montré alors une relative interconnexion. En 2007-2008, l'Inde a dû importer six millions de tonnes de blé pour satisfaire sa demande pendant qu'elle exportait environ 4.7 millions des tonnes de riz. Ensuite, en limitant ou en stoppant à partir de l'automne 2007 leurs exportations, sous prétexte de protéger leur population de la faim ou de l'inflation, l'Inde, le Vietnam et l'Égypte ont contribué à faire doubler le prix du riz en moins d'un an"Petit inventaire des trucs et triches", par Alain Faujas, dans Le Monde du 2 juin 2008 et cette crise a provoqué des émeutes de la faim particulièrement violentes. Le Burkina Faso, le Cameroun, le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, l'Égypte, et le Maroc ont connu des manifestations ou des scènes d'émeutes à la fin de l'année 2007 et au début de l'année 2008. D'autres pays qui ont connu des émeutes liées à l'alimentation ou des émeutes semblables : Mexique, Bolivie, Yémen, l'Ouzbékistan, le Bangladesh, le Pakistan, le Sri Lanka, et l'Afrique du Sud. En , la Banque mondiale et le Fonds monétaire international annoncèrent une série de mesures visant à atténuer la crise, comprenant l'augmentation des prêts agricoles en Afrique et l'aide monétaire d'urgence aux zones durement touchées tel que Haïti.

Le mouvement de hausse de prix a connu son apogée au début de 2008. À la fin , le prix du riz atteignait 24 cents la livre, soit le double de son niveau sept mois plus tôt.. Puis les prix ont rapidement chuté au fur et à mesure que l'abondance de la récolte 2008 se confirmaitGraphiques de différents prix agricoles sur la période 2006-2009. Les prix du blé et du maïs sont redescendus à leur niveau d'avant crise, mais pas ceux riz : les indices de prix de la FAO montrent qu'il est encore 100 % plus cher qu'avant la crise jusqu'en 2009 et 70 % plus cher qu'avant jusqu'en 2010. Après une hausse plus forte que le blé et le maïs, la baisse a été beaucoup plus lente. Cette différence est due au fait que les gouvernements des pays où la sécurité alimentaire est assurée par le riz, ont anticipé une forte hausse des prix et pris des décisions non coopératives qui ont mené à l'explosion de ces prix, d'autant que leur connaissance du marché n'est pas optimale, même dans leur propre pays. En Chine, les statistiques de production, de consommation et de stocks se font au doigt mouillé en raison de l'empilement des autorités nationales, régionales, municipales.

Le , le gouvernement indien a décidé d'interdire les exportations de riz sauf le riz basmati. Le prix du riz augmenta sur le territoire indien, mais moins vite que le prix mondial. L'Inde lève ensuite temporairement cette interdiction, avant de l'appliquer à nouveau en et certains détaillants ont commencé à rationner les ventes, par crainte d'une insuffisance des approvisionnements extérieurs.

Après l'Inde, le Vietnam annonce la même restriction, craignant une pénurie due à une vague de froid dans le delta du fleuve Rouge à la mi-. La Chine décide d'augmenter ses taxes à l'exportation et le gouvernement philippin annonce qu'il est prêt à acheter des quantités importantes de riz sur le marché, quel que soit le vendeur et quel que soit le prix. Le , la Thaïlande commence à parler de restriction d'exportations, qu'elle ne fera finalement pas, mais le prix de la tonne est pratiquement doublé en un mois. Le , la Thaïlande propose la création de l'organisation des pays exportateurs de riz, avivant la crainte de nouvelles restrictions d'exportations.

Ensuite les prévisions de récoltes rizicoles annoncent de très bons résultats malgré le cyclone Nargis en Birmanie et un tremblement de terre en Chine début mai. Le Japon et les États-Unis s'accordent pour permettre des exportations au-delà des accords de l'OMC et les tensions se calment, tandis qu'est révélé le niveau important de stock en Chine et en Thaïlande.

Années 2010 La décennie des années 2010 voit la consécration des pays en forte croissance économique comme la Chine ou le Brésil, ou démographique, comme l'Inde, et le grand retour de la Russie.

Grands importateurs mondiaux de céréales sur la décennie 2010 Les importations de céréales sont au cœur de la question alimentaire au . Selon l'économiste Philippe Chalmin, qui dirige le rapport Cyclope sur les matières premières« La crise alimentaire, défi majeur du », par Sixtine Léon-Dufour, dans Le Figaro du 14/04/2008 "xiesiecle.php, au cours des vingt dernières années, beaucoup de pays industrialisés sont passés « du productivisme, à une conception non nourricière de l'agriculture ». Faisant des émules jusqu'en Afrique subsaharienne, par exemple, contrainte aujourd'hui d'importer des produits de base à des prix exorbitants. En l'absence de programmes de substitution et autres aides sociales, « 1,2 milliard d'êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d'ici à 2025 », a ainsi prévenu l'une des agences de l'ONU. Pour autant, le palmarès des importateurs mondiaux de céréales au milieu des années 2010 était aussi occupé par des pays au niveau de vie élevé, comme la Corée du Sud, le Japon. Importations, en million de tonnesselon Arcadia, déclinaison africaine du Rapport Cyclope2012/20132013/20142014/20152015/20162016/2017Japon2423212223Égypte1417182020Mexique1115151919Corée du Sud1313141415

Évolution des grands producteurs mondiaux sur la décennie 2010 L'Inde ayant multiplié par huit sa production de blé entre 1960 et 2010, elle entre dans le comme une grande nation céréalière, tout comme la Chine, qui va vite devancer ses rivaux de 2010.

Les cinq premiers producteurs de blé en 2010"Évolution du marché mondial du blé au cours des cinquante dernières années", Université de Gembloux, février 2012 en pourcentage de l'offre mondiale : EuropeChineIndeÉtats-UnisRussieCanadaAutres21 %18 %12 %9 %6 %3 %21 % L'évolution des grands producteurs mondiaux sur la décennie 2010 reste cependant dominée par un trio de tête, composé des États-Unis, de la Chine et de l'Europe, selon les statistiques compilées par Arcadia, déclinaison africaine du rapport Cyclope. On retrouve aussi l'Europe et les États-Unis en tête pour le trio des plus grands exportateurs, accompagnés de l'Ukraine, depuis des siècles considérée comme le « grenier à blé de l'Europe », tandis que la Chine n'y figure pas, malgré son importante production de riz. Production mondiale en millions de tonnes2012/32013/42014/52015/62016/7Monde18022008204820032084États-Unis346425432423487Chine443348350363350Europe273301326310293Inde136136138124136Russie668810099111Canada5166515356Ukraine4562646064Argentine4951545963Australie3437363642

Russie et Brésil, nouveaux exportateurs massifs faisant baisser les cours La Russie, riche de fertiles « terres noires » dans le sud du pays, a réagi rapidement après l'interdiction d'importation des céréales européennes lors sanctions causées par l'annexion de la Crimée en 2011« How an Oil Giant (Russia) Came to Dominate Wheat », par Anatoly Medetsky, de Bloomberg, le 13 novembre 2017 . Elle ravit aux États-Unis le premier rang mondial des exportations agricoles lors de la campagne 2015-2016, avec sa récolte la plus élevée depuis 1978, quand l'Union soviétique disposait de surfaces cultivées bien plus vastes« Au 3 novembre, de céréales ont été récoltées », a indiqué Alexandre Tkatchev par Jean-Christophe DETAILLE, dans Agra Presse le 7 novembre 2017 puis monte à 18 % du commerce mondial du blé contre 1 % en 2000, dans la moitié des pays importateurs, en particulier au Mexique, en Afrique du Nord, en Indonésie en Turquie, après avoir pris à la France son plus gros client, l'Égypte. Depuis 2012, le machinisme et les intrants sont plus accessibles en Russie. En outre, de plus en plus de blés d'hiver, plus productifs que les blés de printemps, sont semés« Comment le blé de la mer Noire en arrive à défier le blé français », itw d'Alexandre Boy, analyste en risques de prix chez Agritel, dans L’Usine Nouvelle .