Le système monétaire international (ou SMI) est l'ensemble des règles, des institutions et des pratiques qui constituent, au niveau international, le système économique mondial dans le champ de la gestion des monnaies. Ce système permet l'échange de biens, de services, d'actifs ou des devises entre des agents économiques variés. Le SMI est en constante mutation, passant de l'unipolarité à la multipolarité, utilisant l'étalon-or ou des changes flottants.

Concept Le système monétaire international ne connaît pas une définition unique. Il est généralement entendu comme l’ensemble des règles et institutions qui encadrent les décisions des États et des particuliers concernant les valeurs et les fluctuations des monnaies, les réserves de monnaie, la nature des régimes de change et la gestion des liquidités internationales.

La Banque de France le définit comme . Pour Jean-Claude Trichet, ce concept désigne .

Typologie

Système monétaire international de compensation Un système monétaire international de compensation est un système monétaire qui fonctionne grâce à la possibilité pour les États de compenser entre eux leurs déséquilibres monétaires, financiers, et de balance commerciale. Un système monétaire international basé sur la compensation vise à corriger des déséquilibres macroéconomiques tels qu'un déficit commercial excessif.

La compensation désigne alors l'extinction d'une dette par la fourniture d'une marchandise ou d'une créance dans une autre devise. Cela réduit la possibilité pour les grands pays exportateurs de dégager des excédents commerciaux dans la durée.

Le système de Bretton Woods fondé par les accords homonymes ont vu s'affronter la position de John Maynard Keynes, qui soutenait un système de compensation fondé sur une monnaie internationale commune (le bancor), et la proposition d'Harry Dexter White, qui a soutenu le plan finalement adopté (voir bataille de Bretton Woods).

La compensation peut toutefois exister dans un autre cadre. Il peut s'agir d'une compensation financière dans une autre devise si des conditions d'échange existent. À ce jour, la Banque des règlements internationaux (BRI) règlements la compensation des différentes zones monétaires dont les banques centrales sont actionnaires de la banque. Les autres pays ont des monnaies dites non-convertibles. En pratique la compensation est effectuée dans des établissements bancaires privés spécialisés appelés chambres de compensation.

Système monétaire international basé sur l'étalon-or

Un système d'étalon-or est un système dans lequel chaque monnaie est référencée par rapport à une autre par son équivalent en or. Du fait de sa valeur intrinsèque forte, de son faible encombrement relativement à sa valeur unitaire, et à l'impossibilité d'une surproduction, l'or est depuis longtemps un des étalons les plus prisés dans les échanges internationaux.

Ce système a toutefois des inconvénients. Par exemple, lorsqu'une zone monétaire (principalement des États) a un déficit vis-à-vis d'une autre, elle doit transférer son or, une opération lourde, dangereuse et onéreuse.

L'étalon de change or, adopté dans l'entre-deux-guerres et à Bretton Woods (voir section « Histoire »), est un système qui dans lequel, par rapport à l'étalon or simple, on ajoute une ou plusieurs devises comme réserve des banques centrales permettant la création de monnaie dans l'économie locale. Cette devise, qui est au-dessus des autres, peut être convertie en or.

Système de changes flottants

C'est le régime de change appliqué actuellement aux grandes monnaies convertibles entre elles. Il a été défini lors des accords de la Jamaïque en 1976, après l'abandon de la convertibilité en or du dollar en 1971 et des premiers accords de flottement en 1973. Les parties à l'accord déclarent accepter les différentes monnaies étrangères éligibles dont le taux de change sera déterminé librement sur le marché des changes en fonction de l'offre et de la demande. Ce système a vu des variations extrêmement importantes du cours des principales monnaies, allant du simple au double et faisant le chemin inverse souvent en quelques mois.

Ces variations ne sont mesurables qu'entre une monnaie et une autre vu l'absence d'un étalon monétaire mondial indépendant des diverses monnaies (ce qui n'est pas le cas actuel des DTS (droits de tirage spéciaux du FMI), qui restent liés à un de monnaies) et auquel on pourrait comparer chacune.

Systèmes locaux alternatifs Dollarisation ou euroïsation Certains pays à monnaie traditionnellement faible et donc très peu valorisée sur le marché libre des changes ont cherché à trouver des solutions plus ou moins durables pour gérer leur taux de change. La dollarisation, ou l'euroïsation, consistent à accepter comme monnaie nationale la monnaie d'un autre pays.

Currency board

Cette technique rattache la valeur d'une monnaie nationale de façon fixe à une autre. Il n'y a plus de création monétaire nationale propre, les signes monétaires nationaux étant créés un pour un en fonction de l'arrivée de la monnaie de référence dans les comptes de la banque centrale. Ce système inventé par les empires coloniaux pour éviter de transférer de l'or et des billets de banque vers les colonies a été employé par l'Argentine jusqu'à l'effondrement de l'économie au début des années 2000. La monnaie argentine désormais flotte. Le currency board reste en usage dans certains pays qui utilisent une monnaie forte comme seule source de création monétaire.

Zones monétaires locales Des pays au contraire désireux de s'unir plus profondément ont choisi d'unifier leur monnaie. Ce système a été mis en place par certains pays de l'Union européenne après l'échec de toutes les tentatives de stabilisation des cours de monnaies nationales (échec du SME). L'euro s'est imposé comme une des monnaies ayant un rôle international. Certaines monnaies de pays de l'Est sont de facto rattachées à l'euro par un système de serpent monétaire.

Histoire

Premiers systèmes monétaires internationaux Les premiers systèmes monétaires internationaux datent du . Fondés sur le bimétallisme, ils reconnaissent pour la plupart deux métaux comme base de la monnaie, à savoir l'or et l'argent.

Apogée de l'étalon-or classique (1878 - 1914) L'adhésion de toutes les plus grandes puissances économiques mondiales à l'étalon-or marque le début de l'ère classique de l'étalon-or. Depuis le début du siècle, le Royaume-Uni avait instauré un tel étalon, mais il faut attendre la fin des années 1870 pour que les autres grandes nations industrielles s'y rallient (1871 pour l'Allemagne, 1878 pour la France, 1879 pour les États-UnisLes dates indiquées ne correspondent pas nécessairement au moment où l'étalon-or est officiellement adopté, mais au moment où il fonctionne effectivement.), emmenant avec elles la majeure partie du monde. Alors que l'on a souvent avancé que c'était la baisse du prix relatif de l'argent par rapport à l'or qui était à l'origine de cette bascule, les recherches historiques récentes montrent qu'il n'y a pas d'explication simple qui fonctionne pour chaque pays. La monnaie principale pour la finance internationale est alors la livre sterling, au point que l'économiste John H. Williams dira en 1932 que « seul l'Angleterre suivait un étalon-or, le reste du monde était à l'étalon-sterling ».

Au niveau domestique, adopter l'étalon-or consiste, pour les autorités monétaires du pays, à : frapper des pièces ayant un contenu déterminé d'or qui fixe la parité de la monnaie à une certaine quantité d'or ; faire circuler ces pièces comme moyens de paiement, à accepter de fondre les lingots qu'on lui apporte en pièces (moyennant une indemnisation pour le coup de la frappe) ; et accepter de convertir en pièces d'or tous les billets officiels qu'on lui apporte. Au niveau international, il faut que l'or puisse circuler librement et que les opérations de changes soient libres.

Cette période est marquée par la consolidation d'une institution financière particulière : la banque centrale chargée d'administrer le système et de réguler les banques et les flux internationaux d'or via ce qu'on appellera plus tard une « politique monétaire ».

Entre-deux-guerres : l'étalon « change » or (1918 - 1939)

vignette|Dès 1919, les États-Unis rétablissent la convertibilité du dollar en or. Ici, un certificat de 1922. La convertibilité est suspendue au cours de la Première Guerre mondiale à cause des besoins de financement des belligérants qui compromettent la viabilité du système. À la fin du conflit, le retour à l'étalon-or et aux parités de l'avant-guerre est jugé souhaitable par la plupart des pays occidentaux lors de la conférence de Bruxelles de 1920 puis lors de la conférence de Gênes où les participants s'engagent à adopter un nouvel étalon-or, sans préciser pour autant de calendrier précis. En effet, le rétablissement aux parités d'avant-guerre est difficile à mettre en place à cause de la forte dégradation, lors de la période 1918-1920, du taux de change de la plupart des devises par rapport au dollar américain.

En 1919, les États-Unis, dont les stocks d'or ont augmenté de plus de 80 % pendant la guerre, rétablissent la convertibilité du dollar. Il faut attendre le milieu des années 1920 pour qu'un nombre conséquent de pays suivent le mouvement. Au Royaume-Uni, cette décision est actée en 1925 par Winston Churchill et suscite des critiques acerbes de la part de Keynes qui craint que la livre sterling ne soit surévaluéeKeynes (1925) , mentionné par . Dans d'autres pays (notamment en Belgique, en France et en Italie), le retour à la convertibilité survient plus tard (fin des années 1920), notamment parce que la dévaluation de leur monnaie a été particulièrement forte et qu'un retour à la parité d'avant-guerre est inenvisageable. Enfin, quelques rares pays comme l'Espagne ou la ChineLa Chine adopte plutôt un étalon-argent, épisode raconté dans Milton Friedman (1992) « Franklin D. Roosevelt, silver and China ». J Polit Econ 100:62–83, cité par ne le rétablissent pas.

Le fonctionnement de ce nouvel étalon-or est légèrement différent de celui de la période précédente. Des experts comme Keynes, Gustav Cassel ou Ralph Hawtrey craignaient les tendances déflationnistes d'un rattachement trop étroit à l'or. Ce dernier théorise un régime de l'étalon de change-or ainsi :

vignette|Ralph Hawtrey, photographié ici en 1920, est un des commentateurs et experts monétaires les plus célèbres de l'époque. Ce changement se matérialise par une diminution de la part de l'or dans les réserves de change de banques centrales au profit de devises étrangères. Alors que ces réserves en devise représentaient près de 20 % des réserves totales en 1913, elles culminent à plus de 40 % dans les années 1920, avec une forte hétérogénéité selon les banques centrales. En particulier, du fait de la centralité de leurs monnaies, les banques centrales des États-Unis et du Royaume-Uni possèdent surtout de l'or.

La Grande Dépression va anéantir cet effort de rétablissement de l'étalon-or. Dès , l'Argentine, l'Australie et le Brésil suspendent la convertibilité. Au début de l'année 1931, l'Autriche et la Hongrie puis l'Allemagne font face à de nombreuses crises bancaires. L'Allemagne introduit en juin un contrôle des changes qui conduit à un run bancaire à la Banque d'Angleterre. Ce run conduit à son tour, malgré l'aide de la Fed et de la Banque de France, à une dévaluation de la livre sterling et à une suspension quasi-générale de la convertibilité dans le monde entre et . Les États-Unis résistent un temps aux pressions spéculatives, haussent les taux d'intérêt, avant de se résoudre à une suspension en . La liquidation des réserves de change des banques centrales qui se replient sur l'or aggrave la crise. Quelques pays (le « bloc-or ») s'efforcent de maintenir une convertibilité de l'or mais finissent par renoncer (l'Italie en 1934, la Belgique en 1935, la France en 1936).