L'Algérie pendant la Seconde Guerre mondiale représentait un ensemble de territoires aux statuts différents alors sous occupation coloniale française (de 1830 à 1962 année de la victoire politique algérienne de la guerre d'Algérie).
Contexte
Plan politique Le nord est composé de plusieurs départements, le sud des territoires du Sud.
Lors de l'armistice de 1940, l'Algérie, colonisée par la France, dépend administrativement du régime de Vichy.
Cette période est marquée par des politiques discriminatoires, notamment envers les algériens juifs et musulmans.
Plan stratégique L'état-major français évoque dès la fin des années 1930 la possibilité d'un repli de l'administration française en Afrique du Nord.
Le gouvernement d’Édouard Daladier met en place un programme pour doter l’Afrique du Nord de sa propre défense, notamment en améliorant les ports d’Oran et Mers el-Kébir. Entre 1935 et 1940, la France fortifie la ligne Mareth, en Tunisie, pour protéger l’Afrique du Nord d’une attaque italienne venant de la Tripolitaine. En 1936, des discussions ont lieu au sein de l’état-major sur l’industrialisation de l’Afrique du Nord pour la production du matériel de guerre et la mobilisation d’un million de soldats dans la région.
Début du conflit
Drôle de guerre
Le , il existe 16 régiments de tirailleurs algériens (RTA), 8 régiments étant stationnés en Afrique du nord et 8 en métropoleNote de l'EMA, mars 1940, Archives du SHAT, 9N22.
Le , l'effectif des Maghrébins affectés aux armées s'élève à en métropole.
En Algérie sont constitués 3 régiments à base de réservistes : dans le département d’Alger, le RTA, dans le département d’Oran le RTA, dans le département de Constantine, le RTA.
Trois bataillons algériens stationnés au Maroc sont intégrés au RTA.
Le , 14 régiments algériens sont présents en métropole.
Campagne de France Plusieurs unités de tirailleurs algériens participent à la défense de la Loire à Saumur.
Le général Weygand est nommé en haut-commissaire pour l'ensemble des territoires de l'Afrique du Nord et de l'Afrique occidentale et s'installe à Alger.
Armistice
Le , le maréchal Pétain signe un armistice avec l'Allemagne nazie et se relocalise dans le sud de la France, tout en gardant l'Algérie et le reste de l'Afrique du Nord. Cependant, Charles de Gaulle continue la guerre à travers les territoires d'outre-mer.
L’Algérie passe sous le contrôle du régime de Vichy.
Avec l'armistice, l'Empire britannique craignant que la flotte française ne soit livrée à la Kriegsmarine, l'Amirauté britannique décide d'attaquer Mers el-Kébir. Cette attaque est condamnée par la France, précipite une rupture entre les deux pays et encourage de nombreuses personnes à collaborer avec l'Allemagne et à aider Vichy, surtout en Afrique du Nord.
Sur les 8 régiments restés en Algérie et en Tunisie, 4 sont maintenus, et 4 sont dissous.
Après l’armistice, on compta plusieurs milliers de morts et combattants d’Algérie étaient prisonniers dont près de Juifs.
Période sous le régime de Vichy
Réformes mises en place par le régime de Vichy
Jean-Charles Abrial L’amiral Jean-Charles Abrial devient gouverneur général le .
Abrial réforme les institutions ; il écarta les cadres ou les élus comme les Francs-maçons. Les préfets reçurent les pouvoirs des conseils généraux, un personnel nommé remplaça une partie des conseils municipaux et des conseils de notables, eux aussi nommés, furent créés.
Selon Geneviève Dermenjian :.Les jeunes en âge d'effectuer le service militaire sont encadrés par les Chantiers de jeunesse.
La Légion française des combattants s’implante en Afrique du nord dès l’automne 1940. En , elle regroupe plus de Européens et Indigènes.
L’abrogation du décret Crémieux le prive de leur nationalité française les Juifs algériens. Seules personnes (souvent d’origine alsacienne) conserveront la nationalité française. La loi exclut les Juifs de l’armée, de nombreuses professions dans la fonction publique, en particulier dans l’enseignement secondaire et supérieur ; seules quelques dérogations sont accordées pour services exceptionnels rendus au pays. Les recensements de Juifs en 1941 donnent environ Juifs résident en Algérie. Un recensement des biens juifs est également imposé en vue de leur « aryanisation » : leurs biens sont souvent volés et transférés à des non-Juifs.
Selon Geneviève Dermenjian : [...] .
Maxime Weygand Maxime Weygand devient gouverneur général le . Il met en place une politique attentiste : il fait appliquer la législation scolaire et universitaire de Vichy mais couvre certaines actions de résistance de l’Armée d’Afrique. Il est remplacé à son poste de haut-commissaire pour l'ensemble des territoires de l'Afrique du Nord et de l'Afrique occidentale par Darlan, puis par Pierre Laval.
Le , il signe avec Robert Murphy, les accords Murphy-Weygand : le ravitaillement de l’Afrique du Nord est garantie et autorise l'installation sur place de vice-consuls américains.
L’Algérie fournit du ravitaillement à l’Afrika Korps et des travailleurs indigènes étaient envoyés en Allemagne.
Yves Châtel Yves Châtel devient gouverneur général le . Il suit la même politique de Weygand.
Selon Geneviève Dermenjian :
Réactions de la population
Opposition au nazisme et à l'antisémitisme de la part des Algériens Après la révocation du décret Crémieux le , des musulmans ont apporté leur aide aux Juifs algériens.
Les figures politiques algériennes sont globalement très défavorables à la précarisation de la situation des Algériens juifs : .
Selon Benjamin Stora, les Juifs perdant le droit de travailler dans de nombreux domaines (presse, militaire etc,) se font même parfois voler leurs biens par des colons européens, et leurs enfants perdent le droit à l'éducation et aux besoins fondamentaux.
Un recensement des biens juifs a été imposé par les européens en vue de leur « aryanisation », et les Juifs étrangers ont été particulièrement visés par des mesures d'internement dans des camps de l'occupation coloniale française en Algérie. Leurs biens ont souvent été volés et transférés à des non-Juifs.
De manière générale, la propagande antisémite de Vichy, bien qu'elle soit très populaire chez les blancs, n'a que peu d'effets sur les musulmans. L’association des anciens combattants de Vichy, la Légion française des combattants, sera particulièrement active dans les campagnes menées contre les Juifs en Afrique du Nord.
Dans l’ensemble, la population algérienne a une vision négative du régime de Vichy. Les Algériens juifs opposent une résistance farouche à Vichy, principalement en 1942 avec la prise d'Alger. Malgré l'expulsion, la France ne rétablit la citoyenneté juive qu'en 1943 et la considère comme problème mineur par rapport aux conflits militaires avec les puissances de l'Axe. La résistance algérienne (juive et musulmane) en Algérie s'étend au-delà des actions militaires pour inclure l'éducation. En 1941, un groupe composé de musulmans et de juifs algériens collaborent pour créer une université. Malheureusement, à la fin de l'année, l'université est dissoute.
Association des oulémas musulmans algériens Pendant la guerre, l'Association des oulémas musulmans algériens refuse toute coopération avec la France. Le décès en 1940 d'Abdelhamid Ibn Badis, alors qu'il est en résidence surveillée, cause un besoin de l'Association d'une nouvelle direction, ce qui conduit à l'ascension de Bashir Al Ibrahimi. L'attitude de l'Association pendant la Seconde Guerre mondiale reste incertaine, bien qu'il soit possible qu'elle ait adopté une position neutre face aux événements.
Des inclinaisons collaborationnistes et antisémites rares chez les autochtones La création du Comité d'action révolutionnaire nord-africain et les attaques menées par les militants du Parti populaire algérien exacerbent les tensions. Ce comité, aligné sur les idéologies nazies, prône une collaboration avec l'Allemagne nazie pour expulser la France d'Algérie. En conséquence, de nombreux militants algériens sont entraînés à soutenir la cause nazie contre la France.
En conséquence, la France dissout le Parti du peuple algérien en .
Le Parti communiste algérien, apparenté au Parti du peuple, a été dissous le , en grande partie à cause de son opposition à la collaboration de la France avec l'Allemagne. Les membres du parti entrent dans la clandestinité. La direction et les cadres du parti entre 1939 et 1942 sont intégrés par des dizaines de personnes d'origine diverse (Espagnols, Français, Allemands, Italiens, etc.). La plupart sont cependant des Espagnols ou leurs descendants.
Le Parti communiste algérien a une position favorable à l’égard de l’Union soviétique et joue un rôle central dans l’expulsion du régime de Vichy d’Algérie. En conséquence, le parti s’aligne avec les Alliés.
Relation avec le régime de Vichy .
Réaction du gouvernement de Vichy Plusieurs réfugiés sont persécutés et déportés dans des camps de concentrations.
Situation économique L'absence de liens avec le reste du monde et de la métropole provoque le début de pénuries en produits industriels. Des travailleurs, principalement des Musulmans, partent en Allemagne à partir de , poussés à la promesse de salaires bien supérieurs à ceux pratiqués en Algérie et attirés par la propagande allemande.
Préparation de la libération Entre et , environ sont stationnés en Algérie sous les ordres du général Weygand, qui prépare la renaissance de l'Armée française. En , le nombre de soldats est de .
En , le général Pujo fait transférer en Algérie 900 avions en état de voler afin qu'ils ne puissent être livrés aux Allemands. Le général Weygand participe au camouflage du matériel militaire.
La plupart des femmes qui s'engagent dans la résistance communiste sont des blancs.
Libération
Combats en Afrique du Nord
Le gouvernement français s'installe à Alger en 1943 et y reste jusqu'à la Libération. L'Afrique du Nord française fournit un « tremplin » logistique aux Alliés dans les opérations contre l'Axe en Tunisie, en Sicile et en Italie en 1943 et en Provence en 1944. Le , les Alliés, dirigés par Dwight Eisenhower, débarquent en Afrique du Nord occidentale (Maroc et Algérie), et la marine américaine attaque deux ports algériens :Mers el-Kébir et Alger. La communauté juive algérienne contribue à l'avancée des troupes alliées.
Opérations navales
Oran Les troupes américaines débarquant à Oran font face à la résistance des troupes restées fidèles à Vichy. L'avancée de la division d'infanterie est arrêtée par l'action des canons de marines et du zouave.
La flotte navale française de Vichy quitte le port et attaque la flotte alliée, entraînant le naufrage ou l'échouage de tous ses navires.
Alger Le , l’invasion d’Alger débute par des débarquements sur trois plages : deux à l’ouest et une à l’est. Le major-général Charles W. Ryder commande les forces de débarquement, qui comprennent le 11e groupe de brigade de la 78e division d'infanterie britannique et les 168e et 39e équipes de combat régimentaires de la 34e division d'infanterie américaine. Le 36e groupe de brigade de la 78e division d'infanterie britannique est resté en réserve.
Malgré quelques échecs lors des débarquements, l'absence d'opposition française rend ces opérations sans conséquence. Les batteries côtières ont été neutralisées par la Résistance française, et un commandant français a changé d'allégeance pour les Alliés. Le seul conflit a lieu dans le port d'Alger lors de l', où deux destroyers britanniques visent à empêcher les Français de détruire les installations portuaires et les navires. Des tirs d'artillerie lourds gêne un destroyer, mais l'autre réussit à débarquer 250 Rangers avant d'être contraint de reprendre la mer.