vignette|Pavillon du Victualling Board 1832

Le Comité pour l'avitaillement (« Victualling Board » pour l'appellation anglaise ; plus précisément : « Board of Victualling Commissioners ») est la structure administrative britannique chargée des opérations d'avitaillement pour les navires de la Royal Navy entre 1683 et 1832. Il dépend de l'Amirauté dont il reçoit les instructions.

Composé de 7 commissaires et de personnel administratif, il passe les marchés ou produit lui-même les denrées nécessaires à l'approvisionnement des navires britanniques sur toutes les mers du monde. Financé et surveillé par le Parlement, il remplit correctement sa tâche jusqu'à la grande réforme de l'Amirauté de 1832 où il remplacé par une autre structure.

Historique L'avitaillement des navires de la Royal Navy, avant la création du Comité, reposait sur l'action d'un ou plusieurs fournisseurs, nommés « Contractors ». Ils doivent fournir les denrées nécessaires à la flotte, pour un prix convenu à l'avance. Chaque automne, le Conseil du roi détermine le nombre de rations à fournir pour l'année suivante et le notifie au « contractor ». Ce dernier doit aussi être en mesure de répondre à des demandes ponctuelles. Le système britannique présente donc des analogies avec le système existant, à la même époque, pour la marine française, celui du « Munitionnaire général des Armées Navales ».

L'efficacité du système est discutée. Les torts étant partagés. D'une part, le fournisseur peine à livrer les quantités de denrées requises mais, d'autre part, l'état peine à lui payer les denrées fournies. En 1679, un poste de contrôleur est institué, « Surveyor of Marine Victuals ».

En 1683, apparaît le Comité pour l'Avitaillement, sous l'appellation officielle de : « Commissioners for the Victualling of the Navy », et plus couramment connu sous le nom de « Victualling Board ». Il dépend directement de l'Amirauté, au même titre que le « Navy Board »Le Navy Board est le comité chargé des fournitures autres qu'alimentaires.. En 1684, le Comité pour l'Avitaillement devient le seul fournisseur de la Marine, remplaçant les fournisseurs privés, produisant ou achetant les denrées nécessaires.

En 1832, lors de la grande réforme de l'Amirauté, le comité disparaît, pour être remplacé par une nouvelle structure, le « Victualling Department », toujours placé sous l'autorité de l'Amirauté.

Organisation du Comité vignette|Le « Victualling Office », Plymouth (N. Condy, vers 1899). Les fonctions Le Comité pour l'avitaillement exerce quatre fonctions principales. En premier lieu, déterminer le coût de la nourriture nécessaire au nombre de marins annoncé, en ajoutant le montant des rémunérations dues à l'encadrement et celui des intérêts à payer sur les billets à ordre émis ; en deuxième lieu, établir les contrats pour la fourniture de ce que le Comité va travailler (par exemple : se faire livrer le bétail, le préparer, le stocker, le fournir aux navires ou aux dépôts) ; en troisième lieu, assurer la gestion des arsenaux et dépôts concernés ; enfin, contrôler la comptabilité des agents pourvoyeurs, des magasiniers et des cantiniers (« purser », voir ci-dessous), et fournir au Navy Board les éléments financiers concernant sa propre gestion.

Sa principale raison d'être est de fournir nourriture et boissons quand il en est besoin. Pour ce faire, il doit en collecter et en stocker les quantités nécessaires. Pour cela, le Comité passe des contrats avec des fournisseurs privés et, dans certains domaines, fabrique lui-même ce dont il a besoin. Dans certains cas, il peut aussi autoriser un commandant de navire, ou son cantinier, à acheter directement dans les ports où ils relâchent.

Les interlocuteurs du Comité sont, en amont, les services de l'Amirauté et, en aval, les arsenaux et les commandants de navires. Il faut rajouter le cantinier chargé, sur un navire, de tenir la comptabilité de ce qui est consommé. Cette comptabilité sera examinée ultérieurement par le Comité.

Le personnel Les commissaires En 1683, c'est un groupe de quatre commissaires ( « commissioners »), salariés, qui est nommé pour gérer les actions du Comité. Devant l'ampleur de la tâche, leur nombre sera porté à cinq puis à sept. Dans un premier temps, il n'est pas interdit qu'un commissaire soit en même temps membre du Parlement britannique ; à compter de 1747, le « Place Act » ne permet plus ce cumul.

Les commissaires sont nommés par l'Amirauté. Il n'y a pas de durée maximale prévue pour l'exercice de cette fonction. Aucune compétence particulière n'est requise. Les candidats sont patronnés par une personnalité, membre du Parlement, par exemple, ou haut gradé de la Royal Navy. Ainsi, William Boscawen, avocat, neveu de l'amiral Boscawen, est nommé commissaire le . Il occupe ce poste jusqu'à sa mort, en 1811 ; en 1785 aussi, George Cherry est nommé commissaire par Lord Howe, amiral et Premier Lord de l'Amirauté, sous les ordres duquel il avait exercé la fonction de cantinier.

Les commissaires se réunissent plusieurs fois par semaine pour prendre les décisions nécessaires. Un quorum de trois commissaires est requis pour qu'une décision soit considérée comme valide. À l'époque de la Guerre d'Indépendance, les commissaires se réunissent trois fois par semaine. Au fil du temps, les réunions seront plus fréquentes pour, au début du , se tenir tous les jours, hors le dimanche.

Pour le travail courant, les commissaires sont, au début, polyvalents ; ils n'ont pas de domaine particulier de compétence. À compter de 1792, les commissaires sont chacun en charge d'un domaine (par ordre de préséance, magasins, transports, brasseries, abattoirs, boulangeries et tonnelleries) ; la présidence du Comité étant tournante. À compter de 1809, ils se répartissent en deux sous-comités, le premier gérant les affaires générales, le second les questions financières et de gestion des stocks ; la présidence devient fixe et revient au commissaire chargé des affaires financières (« Accountant for Cash »).

Les services administratifs Pour assister les commissaires, un certain nombre de commis (« clerks ») sont recrutés pour le travail administratif. Leur nombre ira en augmentant au fil des ans ; en 1683 le Comité emploie 23 personnes, mais en 1747 ils sont 122. Ils sont, pour la plupart, installés au siège du comité ; les autres sont dispersés dans les arsenaux où se trouvent les dépôts et fabriques dépendants du Comité.

Les principaux commis du Comité ne sont pas des salariés, mais sont propriétaires de leur charge. Ils reçoivent un petit salaire et l'essentiel de leur rémunération consiste en honoraires et primes qui leur sont octroyés à la clôture des comptes qu'ils viennent d'examiner. Ils peuvent aussi placer les fonds reçus et en attente de paiement pour en percevoir les intérêts. Les autres commis sont salariés et classés par ordre hiérarchique. C'est-à-dire que le commis à la préséance sur le commis et touche une rémunération supérieure. L'évolution de carrière est liée aux départs. Si le commis part, sa place est prise par le avec la rémunération associée.

Parmi les tâches à accomplir se trouvent les examens des comptes des cantiniers. Ceux-ci sont contrôlés à l'aune des pièces justificatives fournies. La totalité des coûts d'avitaillement sont au départ mis à la charge du cantinier. Ensuite, chaque pièce jugée satisfaisante pour justifier une dépense amène à diminuer le montant. À la fin, s'il ne reste rien, les comptes du cantinier sont validés ; sinon, il doit acquitter le reste à charge ou le Comité fait appel à ceux sui se sont portés caution pour le cantinier. Cet examen prend du temps ; au mieux, six mois, au pire cinquante-sept ans.

La gestion des zones consacrées à l'avitaillement au sein des arsenaux sont aussi gérées par des agents du Comité.

Les cantiniers vignette|gauche|Samuel Crowley, cantinier du HMS Windsor Castle, 3e rang, entre 1805 et 1814. Le Comité compte aussi des agents embarqués, les « cantiniers » (« Purser »). Le statut de ce personnage est ambigu. D'une part, il doit rendre compte, au Comité qui a accepté sa candidature, de l'utilisation des vivres fournis ; mais, d'autre part, il agit aussi pour son propre compte, en tant que commerçant vis-à-vis de l'équipage. Il sert de banquier pour l'équipage et assure la vente de divers produits (« necessaries ») comme, entre autres, les vêtements, les chandelles ou le tabac.

vignette|Royal Navy, uniforme d'officier marinier que porte le cantinier (1787-1827). La fonction de cantinier apparaît au dans la marine britannique. Il est alors chargé de la paie de l'équipage, des équipements et des provisions. Son rôle est revu au , pour un meilleur contrôle des denrées livrées par des fournisseurs privés.

La candidature est spontanée. Mais le candidat doit fournir trois certificats attestant ses compétences. Il doit aussi trouver 2 personnes acceptant de se porter caution pour lui. Il doit enfin déposer une caution qui doit servir à apurer les dettes qu'il pourrait avoir à sa charge quand ses comptes auront été contrôlés par le Comité.

Le cantinier fait partie de l'encadrement. Il est compté au rang des officiers-mariniers (« warrant-officers »). Après 1750, il est assimilé aux officiers, au même titre que le chirurgien de bord. Un exemple suffira pour décrire sa position dans l'équipage : les marins les plus superstitieux voyaient, dans les albatros suivant constamment leur navire, les âmes de cantiniers morts continuant sans relâche à chercher ce qu'ils pouvaient soustraire au prétexte d'économies...

Présent sur quasiment tous les navires de la Navy, le cantinier a pour charge la comptabilité de tout ce qui est consommé. Il est responsable sur ses propres deniers de toute dépense injustifiée ou de toute perte. À côté de cela, le cantinier assume un rôle de commerçant indépendant. Il sert de banquier pour l'équipage et assure la vente de divers produits (« necessaries ») comme, entre autres, les vêtements, les chandelles ou le tabac.

Le cantinier doit, à son installation, fournir une caution. Le montant dépend de la taille du navire ; à l'époque de Nelson, la caution s'élève à livres pour un vaisseau de sixième rang mais livres pour un vaisseau de premier rang.

Chaque année, il doit faire parvenir au Comité une copie de sa comptabilité et de toutes les pièces justificatives de ses actions. Par exemple, les procès-verbaux, signés par le commandant et/ou plusieurs officiers, concernant une distribution exceptionnelle de rhum ou constatant le rejet de denrées avariées.

Les services administratifs du Comité examinent la comptabilité pour déterminer la légalité des dépenses. Si les pièces justificatives sont probantes, le montant de la dépense vient en diminution de l'ardoise du cantinier. Pour donner un exemple, en 1806, Walter Burke, cantinier du HMS Victory, adresse une lettre au Victualling Board pour que ne soit pas compté à sa charge la valeur d'un baril de brandy non distribué à l'équipage. Il s'agit du tonneau dans lequel a été placé le corps de Nelson après Trafalgar pour son rapatriement.

Un cas extrême est présenté par les naufrages ou les captures. Si le cantinier n'a pu sauver sa comptabilité, le Comité laisse à sa charge la totalité des approvisionnements embarqués. C'est ce qui arrive à celui du « HMS Blandford », capturé par les français en 1755. En revanche, celui du sloop Ferret s'en tire mieux. Tous ses approvisionnements disparaissent dans l'incendie du bâtiment où ils avaient été placés pendant le carénage du sloop ; dans ce cas, le Comité admet la perte.

Tous les jours, il fait extraire de la cale les denrées nécessaires aux repas. Il dispose d'un local dans la partie arrière du navire ; là, il assure la distribution à chaque représentant des groupes de matelots mangeant ensemble, des quantités et des types d'aliments prévus par l'Amirauté (« Daily Allowance for one man »). Il tient une comptabilité précise de ce qui est distribué, en fonction du rôle d'équipage.