Simone Veil (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ), née Jacob le à Nice (Alpes-Maritimes) et morte le à , est une magistrate et femme d'État française.
Née dans une famille juive aux origines lorraines, elle est déportée à Auschwitz à l'âge de , durant la Shoah, où elle perd son père, son frère et sa mère. Rescapée avec ses sœurs Madeleine et Denise, elles aussi déportées, Simone Jacob épouse Antoine Veil en 1946. Après des études de droit et de science politique, elle entre dans la magistrature comme haut fonctionnaire.
En 1974, elle est nommée ministre de la Santé par le président Valéry Giscard d'Estaing, qui la charge de faire adopter la loi dépénalisant le recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), loi qui sera ensuite couramment désignée comme la « loi Veil ». Elle apparaît dès lors comme une icône de la lutte contre la discrimination des femmes en France.
Elle est la première présidente du Parlement européen , une fonction qu’elle occupe de 1979 à 1982. De façon générale, elle est considérée comme l'une des promotrices de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne.
De 1993 à 1995, elle est ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville au sein du gouvernement Balladur. Elle siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, avant d'être élue à l'Académie française en 2008.
Sur décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil fait son entrée au Panthéon avec son époux le .
Biographie Origines familiales
La famille Jacob est originaire de Bionville-sur-Nied, village de Lorraine. Le père de Simone, l'architecte André Jacob, obtient en 1919 le second grand prix de Rome....
Le , il épouse dans le de Paris Yvonne Steinmetz (1900-1945), fille d'un fourreur de la capitaleMairie du arrondissement, mention sur acte de naissance d'André Jacob en date du .., bachelière et étudiante en chimie. André Jacob exige avec succès qu'elle abandonne ses études après leur mariage.
La famille de Simone est explicitement juive, mais non pratiquante et : , écrit Simone Veil dans son autobiographie.
Enfance (1927-1940) Après la naissance de deux filles, Madeleine et Denise, la famille Jacob quitte Paris pour s'installer à Nice sur la Côte d'Azur. Un fils, Jean, naît en 1925. La benjamine, Simone, naît le .
Du fait de la crise de 1929, la famille Jacob est contrainte de quitter son appartement du , pour un autre plus petit, rue Cluvier.. .
En 1937, Simone entre en sixième au lycée de jeunes filles (lycée Albert-Calmette depuis 1962), où elle fait ses études secondaires jusqu'au baccalauréat (en 1944).
Seconde Guerre mondiale Le , le Royaume-Uni (à ), puis la France (à ) entrent en guerre contre l'Allemagne qui vient d'attaquer la Pologne. Le , l'armée allemande lance une offensive sur le front Ouest. Les armées franco-britanniques sont très vite mises en déroute. Le , l'armée allemande entre dans Paris alors que le gouvernement français de Paul Reynaud s'est réfugié à Bordeaux. Le , Reynaud est remplacé par le maréchal Pétain comme président du Conseil.
De la défaite (juin 1940) au premier statut des Juifs (octobre 1940) Le , les enfants Jacob sont envoyés vers Toulouse, où ils séjournent quelque temps chez leur oncle.
Ils rentrent ensuite à Nice.
Lorsque l'armistice est signé le par le gouvernement Pétain, la France est soumise à une occupation partielle : Nice se retrouve dans la zone non occupée. André Jacob est accablé, mais il ne pense pas que les Juifs aient quoi que ce soit à craindre.
Le , l'Assemblée nationale, c'est-à-dire l'ensemble des députés et des sénateurs, réunie à Vichy, accorde à une écrasante majorité des présentsSont absents : les députés communistes ; les parlementaires partis sur le Massilia ; les parlementaires mobilisés. 80 des présents votent contre, notamment Léon Blum et un seul député de droite, Henri de Kérillis. les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain, qui devient peu après chef de l'État, renommé « État français ».
Le , le gouvernement de Pierre Laval met en place le premier statut des Juifs qui instaure à leur encontre des mesures d'interdiction professionnelle et l'obligation de se déclarer, de se faire « recenser ». André Jacob effectue les démarches obligatoires ; il perd le droit d'exercer sa profession d'architecte. Yvonne Jacob passe ses journées à chercher de la nourriture pour sa famille.
La vie dans Nice non occupée (1940-novembre 1942) vignette|Simone Jacob (première à gauche, dernier rang) au lycée Albert-Calmette de Nice pendant l'année scolaire de 1941-1942.
Simone Jacob poursuit sa scolarité au lycée de jeunes filles, tout en participant au mouvement scout. au sein de la Fédération française des éclaireuses (FFE), dans laquelle toute sa famille s'investit aussi.. Simone considère les scouts comme une deuxième famille.
Les Jacob y côtoient Nicole Clarence, cheftaine de Jean. et future résistante.
Éclaireuse au groupe de la section neutre de la FFE, Simone reçoit le totem « Lièvre astucieux »Est parfois cité le totem « Lièvre agité ». Michel Sarazin, dans Une femme, Simone Veil (Paris, Robert Laffont, 1987, ), mentionne « Balkis » (en référence à la reine de Saba), vers 1941-1942. Mais d'après les archives du Réseau Baden Powell et de la FFE, son totem était bien « Lièvre astucieux ». L’adjectif devant correspondre à une qualité de la personne, ce totem est effectivement plus plausible..
Une photographie d'elle en éclaireuse, de Karel Egermeier (« Aiglon »), sera publiée en 1945 dans le calendrier FFECalendrier FFE, page du mois d’..
Période de l'occupation italienne (novembre 1942-septembre 1943)
En , à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, l'armée allemande occupe la zone libre, laissant cependant les départements à l'est du Rhône (sauf les Bouches-du-Rhône) à l'occupation italienne.
Pour les Juifs de Nice, la situation ne subit pas de changement, car l'armée italienne, qui occupait déjà Menton depuis 1940, n'applique pas les mesures antisémites du régime nazi, contrairement à l'armée allemande.
Le , alors que les Alliés viennent de débarquer en Calabre, le gouvernement italien du maréchal Badoglio, qui a arrêté Mussolini, signe secrètement l'armistice avec les Alliés. Cet armistice est annoncé le par l'armée américaine, sans l'aval de Badoglio, prenant l'armée italienne au dépourvu et permettant aux Allemands d'occuper l'Italie jusqu'à la ligne de front. La zone d'occupation italienne en France est abandonnée et passe sous occupation allemande.
Période de l'occupation allemande La Gestapo commence alors son travail à Nice sous la direction d'Alois Brunner.
André Jacob, venant d'apprendre l'arrestation d'une famille proche, prévient Denise et Madeleine, . Denise rejoint le mouvement Franc-tireur dans la région de Lyon, tandis que Madeleine rentre à Nice.
En novembre, Simone, disposant de faux-papiers au nom de « Jacquier » que ses parents se sont procurés, cesse d'aller au lycée pour travailler à la bibliothèque municipale, et, à la demande de sa mère, trouve un hébergement chez sa professeure de lettres, .
En mars 1944, elle passe tout de même son baccalauréat.
Période de la déportation Les arrestations du 30 mars 1944 Le , alors qu'elle va, avec un ami, rejoindre les filles de sa classe pour fêter la fin des épreuves du baccalauréat, ce que sa famille lui avait interditSimone Veil, Une vie, Stock, 2007, elle est contrôlée dans le centre-ville de Nice par deux Allemands en civil qui détectent la falsification de sa carte d'identité et l'arrêtent. Son camarade et elle sont emmenés à l'hôtel ExcelsiorRue Durante., quartier général des Allemands, qui sert aussi de lieu de regroupement des Juifs arrêtés. Le garçon, à qui Simone Jacob a eu le temps de glisser l'adresse de Madame de Villeroy (boulevard Carabacel), se rend chez elle la prévenir et tenter d'informer sa famille.. Mais il est filé par la Gestapo, et dans les heures qui suivent, Jean, Madeleine et Yvonne, qui se trouvent dans l'immeuble du boulevard Carabacel, sont eux aussi appréhendés.
Tous quatre sont envoyés au camp de Drancy, d'où les trois femmes partent pour Auschwitz par le convoi n° 71 du 13 avril 1944.
Le camp d'Auschwitz-Birkenau (avril-juillet 1944) Le , deux semaines après leur arrestation, Simone, Madeleine et Yvonne partent de Drancy par le convoi Klarsfeld, 2012., où se trouvent également Anne-Lise Stern, Ginette Cherkasky et Marceline Rozenberg, qui deviendra sa meilleure amie dans le camp., vers le camp d'Auschwitz-Birkenau, principal camp d'extermination nazi, où elles arrivent le au soir, après deux jours et demi de transport dans des wagons dans lesquels s'entassaient des personnes de tous âges.
Un prisonnier parlant français lui conseille de dire qu'elle a , afin de passer la sélection et d'éviter l'extermination. Elle est effectivement sélectionnée pour le travail, reçoit le , qui lui est tatoué sur le bras. Le travail consiste alors à et à .
Une ancienne prostituée devenue kapo lui sauve la vie en la mutant dans une annexe d'Auschwitz, lui disant : . Elle accepte, à condition que sa mère et sa sœur la suivent. Simone, sa mère et sa sœur sont transférées en juillet dans le camp annexe de Bobrek, à cinq kilomètres de Birkenau.
Le camp de Bobrek (juillet 1944-janvier 1945) Mis à part la menace, à la moindre incartade, d'un retour à Birkenau, le régime de vie à Bobrek était si différent de celui de Birkenau que les déportés surnommaient ce camp le « sanatorium » lire en ligne.
La marche vers Gleiwitz, le transfert à Bergen-Belsen et la libération Lors de l'évacuation du camp de Bobrek devant l'avancée de l'Armée rouge, le , les SS emmènent leurs prisonniers dans une marche de la mort de de Bobrek à Auschwitz, puis à Gleiwitz.
Ils les transfèrent ensuite en train lors d'un voyage de huit jours où les prisonniers ne reçoivent ni eau , ni nourriture au camp de Dora, puis à celui de Bergen-Belsen, où les trois femmes arrivent le .. Simone est affectée à la cuisine.
Sa mère meurt du typhus en . Sa sœur Madeleine, atteinte également, est sauvée de justesse grâce à l'arrivée des troupes britanniques le .
Destin des autres membres de la famille Jacob André et Jean sont déportés en Lituanie par le convoi n° 73 du 15 mai 1944.. Ils meurent en déportation. Simone Veil ne saura jamais ce qu'ils sont vraiment devenus.
Denise, arrêtée à Lyon pour faits de résistance, est déportée à Ravensbrück, d'où elle rentrera.
Simone Veil et la déportation
Après son retour en France, elle est prête à parler de ce qu'elle a vécu, mais elle a l'impression que presque personne ne veut l’entendre.
Simone Veil évoque la déportation de sa famille dans un documentaire du ..
Elle insiste sur la spécificité juive de la Shoah..
Retour en France