La bataille de Neubourg se déroula le , en Bavière, sur la rive australe du Danube. Cette ville, située entre Ingolstadt et Donauwörth, fut le théâtre d'affrontements acharnés. Ce combat s'inscrivait dans le contexte de la guerre de la Seconde Coalition (1798-1802), second conflit opposant la France révolutionnaire aux monarchies européennes conservatrices. Celles-ci comprenaient, à divers moments, la Grande-Bretagne, les Habsbourg d'Autriche, la Russie, l'Empire ottoman, le Portugal et le royaume de Naples. Après une suite de revers, plusieurs alliés se désistèrent de la coalition. En 1800, les succès militaires de Napoléon Ier en Italie du Nord ébranlèrent la suprématie des Habsbourg dans cette région. Les triomphes français dans les territoires du Haut-Danube ouvrirent aux armées révolutionnaires une voie menant directement à Vienne.

Au cours d'une série de combats livrés dans les régions méridionales de l'Allemagne actuelle, les armées françaises repoussèrent les forces conjuguées des Autrichiens et de leurs alliés, s'emparant successivement de Stockach, de Meßkirch et de Biberach. Après sa défaite à Biberach, le général Pál Kray, commandant en chef des forces coalisées, se retira dans la forteresse d'Ulm, laissant des détachements pour assurer la garde des passages du Danube situés plus à l'est, à Höchstädt, Blindheim, Donauwörth et Neubourg. C'est à Neubourg que s'acheva la campagne du Danube pour l'été 1800 ; un armistice fut bientôt conclu entre les Habsbourg et les Français, qui prit fin à la fin du mois de novembre. Ultérieurement, les Français remportèrent de nouvelles victoires à Ampfing et à Hohenlinden. Les affrontements les plus acharnés de la bataille de Neubourg se déroulèrent dans le village d'Unterhausen, situé aux environs de la ville.

Contexte À l'aube de l'année 1799, le Directoire, impatient devant les atermoiements de l'Autriche, vit d'un œil inquiet l'insurrection napolitaine. Les récents succès en Suisse semblaient offrir une opportunité propice à une nouvelle campagne militaire en Italie septentrionale et en Allemagne du Sud-Ouest. Au seuil du XIXe siècle, les armées française et autrichienne s'affrontèrent sur les rives du Rhin. Le feld-maréchal Pál Kray commandait environ cent vingt mille hommes. À ses troupes régulières s'adjoignaient des contingents bavarois, wurtembergeois, mayençais et tyroliens, ces derniers étant moins aguerris. 25 000 d'entre eux furent déployés à l'est du lac de Constance pour protéger le Vorarlberg. Le gros de l'armée autrichienne, soit 95 000 hommes, était cantonné dans l'angle formé par le coude du Rhin, où le fleuve, après avoir longé la frontière nord de la Suisse, tournait vers le nord pour border la France. C'est une décision hasardeuse que prit Kray en installant ses principaux magasins à Stockach, localité située à proximité de l'extrémité nord-ouest du lac de Constance, à une seule journée de marche des territoires suisses occupés par les Français.

Importance stratégique de la vallée du Danube L’objectif belliqueux français, visant à investir Vienne et à contraindre les Habsbourg à souscrire aux stipulations pacifiques arrêtées en 1798, exigeait une double incursion militaire à travers le nord de l’Italie, placée sous le commandement du Premier Consul Napoléon Bonaparte, et à travers le sud de l’Allemagne, campagne confiée à Moreau. Afin d’assurer l’accès à la Bavière, puis, ultimement, à Vienne, les Français durent maîtriser l’artère fluviale du Danube. Cette stratégie n’était point novatrice : le segment fluvial s’étendant d’Ulm à Neubourg avait déjà été le théâtre d’affrontements d’ampleur lors de la guerre de Trente Ans et de la guerre de Succession d’Espagne. Entre Ulm et Ingolstadt, le Danube, gonflé par de considérables apports d’eau, formait une voie navigable ample et rapide. L’Iller, se déversant dans le Danube à Ulm, augmentait considérablement le débit de ce dernier ; à Donauwörth, c’était au tour du Lech de s’y jeter. Neubourg, première cité d’importance riveraine du fleuve au-delà de Donauwörth, avait été le siège ancestral des princes de Pfalz-Neuburg ; s’en emparer, aux dépens d’une famille princière du Saint-Empire romain germanique, constituait un affront au moral et au prestige des Habsbourg, dont la mission était de protéger les petites principautés. Le contrôle des ponts et des passages entre Ulm et Donauwörth, Neubourg, puis Ingolstadt offrait un avantage stratégique non seulement en termes de mobilité, mais aussi en termes de prestige.

Préliminaires à la bataille Après s'être replié de Biberach, Kray attendit à Ulm l'assaut de Moreau, qui ne se matérialisa pas. Plutôt que de s'attaquer frontalement à la cité, solidement fortifiée et approvisionnée, la première division de Moreau, s'approchant d'Ulm par le sud, exécuta une manœuvre audacieuse en virant brusquement vers l'est pour engager les forces adverses, moins nombreuses, postées entre Ulm et Donauwörth. Son commandant, Lecourbe, s'empara des places fortes de Landsberg et d'Augsbourg, laissant des détachements suffisants pour contenir le prince Reuss-Plauen, cantonné dans le Tyrol afin de garder les accès montagneux vers Vienne. Lecourbe progressa ensuite en direction de Dettingen, Blindheim (Blenheim) et Höchstädt. Le corps de Grenier était positionné avec son flanc droit sur le Danube à Guntzbourg et son flanc gauche à Kinsdorf. Richepanse assura la protection des deux rives de l'Iller, couvrant ainsi la route d'Ulm vers le sud jusqu'à Memmingen et maintenant la liaison avec la Suisse ; il y repoussa de nombreuses escarmouches. Trois divisions de réserve furent concentrées aux hameaux de Kamlack et de Mindel, prêtes à soutenir soit une attaque de Lecourbe sur Ulm, soit celle de Grenier sur Guntzbourg. Au cours de la bataille d'Höchstädt, un corps autrichien tint bon jusqu'à ce qu'il soit délogé par des charges répétées de carabiniers, de cuirassiers et de hussards, qui capturèrent environ deux mille Autrichiens et Wurtembergeois, ainsi que de l'artillerie et des étendards. À la suite de la prise d'Höchstädt et de ses ponts le , les Français contrôlèrent les passages du Danube entre Ulm et Donauwörth. Kray, devant cette situation, évacua Ulm pour se replier plus en aval. La prochaine cible française était désormais fixée : Neubourg.

Ordres de bataille

Français Bien qu’il soit ardu de déterminer avec exactitude l’ordre de bataille des forces françaises lors de cette confrontation, les témoignages de l’époque convergent vers la présence d’une partie substantielle du corps d’armée du général Claude Jacques Lecourbe, comprenant environ 28 000 et 308 hommes, sous les ordres respectifs des généraux La Val, Molitor, Jardon et Vandamme. Cette information trouve un écho particulier dans une dépêche de Moreau adressée au ministre de la Guerre et publiée dans le London Chronicle en . Le maréchal y souligne la distinction des 6e chasseurs, de cavalerie, de hussards et de chasseurs, tout en précisant que le reste de sa division, ainsi que celle de Lecourbe, franchit rapidement le Danube. La présence du général Grenier est également mentionnée, attestant ainsi d’une préparation minutieuse. Par ailleurs, la mort de Théophile-Malo de La Tour d’Auvergne-Corret, premier grenadier de France, sur le champ de bataille laisse présumer de l’engagement de la compagnie de grenadiers de la demi-brigade d’infanterie de ligne. Les et régiments du général Espagne, ainsi que les grenadiers du , furent également impliqués dans les combats. Lecourbe lui-même, dans son récit de la bataille, évoque à plusieurs reprises les et régiments, suggérant ainsi une participation active de ces unités, notamment au sein des brigades de François Goullus et François Bontemps.

Division Lecourbe, Armée du Danube La division de Lecourbe, encore engagée sur le théâtre suisse en , fit l'objet d'une réorganisation. À la suite de la discrète retraite de Gouvion Saint-Cyr et de Sainte-Suzanne vers le Rhin après la bataille de Moesskirch, entraînant avec eux une portion substantielle de leurs effectifs, Moreau jugea opportun de renforcer sensiblement la division de Lecourbe en y adjoignant la cavalerie sous les ordres de Jean-Joseph Ange d'Hautpoul. D'après l'analyse des dépêches de l'époque et la composition ultérieure de cette division, il est fort probable que celle-ci ait bénéficié, à cette période charnière, du concours d'éléments issus des unités suivantes :

Général de Division Dominique Vandamme, Généraux de Brigade Jardon, Laval, Molitor : Première Demi-Brigade de Légère 36e 83e, 94e Demi-Brigades de Ligne 8e régiment de hussards Total 9 963 fantassins, 540 cavaliers Généraux de brigade François Goullus et François Bontemps 10e Demi-Brigade de Légère 37ème, 84ème 109ème Demi-Brigades de Ligne 36e 93e, 94e Régiments de Ligne 9e Hussards Total 8 238 fantassins, 464 cavaliers Général de division Montrichard et général de brigade Joseph Augustin Fournier 10e Demi-Brigade de Légère 38e, 67e régiments de ligne Total 6 998 Général de Division Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty Grenadiers combinés, 25e de cavalerie, 11e de dragons, 12e de chasseurs Total 1 500 fantassins, 1 280 cavaliers

autrichien La force autrichienne comprenait :

FZM Baron von Kray, commandant Régiment d'infanterie Wenkheim #35, Erbach #42 (bataillons chacun) Kür Regiment Lothringen #7, Hohenzollern #8, Kinsky #12 (6 escadrons chacun) Régiment de Dragons Latour n°11 (6 escadrons)

Force autrichienne totale : 8 000 hommes.

Bataille gauche|vignette| Claude Jacques Lecourbe commanda l'assaut français à Neubourg. Le , les forces autrichiennes de Kray tenaient encore les derniers gués franchissables du Danube entre Neubourg et Ingolstadt. Ce jour-là, dès l'aurore, les divisions Gudin et Montrichard, s'élançant de Donauwörth, convergèrent vers le confluent du Danube et du Lech. La division Gudin, suivant une route méridienne en direction de Pöttmes, établit une ligne de défense au nord jusqu'à Ehekirchen, s'alignant approximativement sur l'actuelle route 2035. Quant à Montrichard, à la tête de la demi-brigade de Légère et des et régiments de ligne, il fut chargé de s'emparer de Neubourg, dont il devait assurer la tenue, en reliant son aile droite à celle de Gudin et en couvrant ainsi la route reliant Augsbourg à Neubourg. La division Gudin rencontra une résistance opiniâtre à Pöttmes, qu'elle ne put maîtriser qu'au prix de plusieurs charges vigoureuses exécutées par les et hussards, lesquels s'emparèrent également d'une centaine de chevaux ennemis. Le général Puthed, commandant la brigade déployée sur la gauche de Gudin, s'empara sans grand mal d'Ehekirchen.

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