Le salon de l'Araignée est une manifestation artistique créée par Gus Bofa, qui se tint à onze reprises entre 1920 et 1930. Accueillant principalement des illustrateurs, l'exposition, qui présente également sculpteurs, raveurs, orfèvres, écrivains et journalistes, marquera de son empreinte l'entre-deux-guerres.
Historique A la fin de l’année 1919, Georges Weil, qui dirige à Paris la galerie Devambez, propose à Gus Bofa, affichiste, auteur et illustrateur alors très en vue, d’exposer ses œuvres. Au lieu de cela, ce dernier lui propose de créer un nouveau salon artistiqueChristian Delporte, Gus Bofa et le Salon de l'Araignée, Gavroche n°65, septembre-octobre 1922 Bofa envisageait d'utiliser le Salon comme base pour développer un journal satirique, une maison d’édition, une librairie, et par la suite un bar littéraire..
Il entend ainsi « pousser les dessinateurs rescapés de la guerre », « protester contre le mouvement tristement humoriste qui avait illustré les années précédentes » et rompre en douceur avec la génération des « humoristes » cocardiers, grivois et dénués de fonds qui organisent leur propre salon et dont les « gauloiseries » tiennent toujours le haut du pavé.
Contrairement au Salon des Humoristes, le Salon de l'Araignée, ainsi que le baptisent ses fondateurs« Au fait... ce titre... cette enseigne... l’Araignée ? Quelqu’un mit la rubrique aux voix... Elle fut adoptée à mains levées, d’enthousiasme ou par nonchalance. Qui sait si le Scorpion rose ou le Zébu n’eussent pas autant touché les âmes fantaisistes ? » — André Salmon, préface du catalogue du premier Salon de l’Araignée (1920)., ne s'institutionnalisera jamais. Il déjoue le rythme annuel en organisant, dès 1920, deux salons, le premier en février, le second en novembre. De plus, il accueille non seulement des illustrateurs mais aussi des sculpteurs, des graveurs, des orfèvres, des écrivains (principalement les auteurs d'ouvrages illustrés), des journalistes.
Bofa réunit d'abord autour de lui des amis proches : Pierre Falké, Daragnès, André Foy, Jean Oberlé et Chas Laborde, Lucien Boucher, Jules Depaquit, Henri Béraud, Francis Carco, Roland Dorgelès, Max Jacob, Lucien Guitry, Jean Galtier-Boissière, Maurice L'Hoir.
Les invitations sont faites sur la base du talent, y compris parmi les « humoristes » (Abel Faivre, Jean-Louis Forain, Hermann Paul, Georges Pavis, Auguste Roubille, Sem, Henri Avelot, Marcel Capy, Joseph Hémard, Jean Veber, Adolphe Willette). Jusqu’en 1924, la présence de ses derniers demeure forte, puis il disparaissent à mesure que le succès du salon de l'Araignée, où pèsent les artistes de Montparnasse, et le déclin du salon des Humoristes, où dominent les Montmartrois, n'obligent les artistes à choisir leur camp.
À partir de 1925, les anciens sont remplacés par des individualités au trait et à l'inspiration plus typés : Henri-Paul Deyvaux-Gassier, George Grosz, Frans Masereel, Maurice Van Moppès, Jean Bruller.
Avec un flair très sûr, l'Araignée accueille aussi de nombreux peintres dont, entre autres Alexeieff, Chagall. Foujita, Marie Laurencin. Dunoyer de Segonzac ou Marcel Vertès, Hermine David et son époux Jules Pascin, Daragnès, Dignimont, Jean Oberlé, Touchagues, Van Dongen, Gromaire, Dufy, Vlaminck.
Ce salon exigeant, sélectifLa candidature de Poulbot y sera par exemple blackboulée. et reconnu, qui sera sabordé au bout d'une dizaine d'années par crainte de son institutionnalisation« J'ai vu le moment ou Monsieur Je-ne-sais-plus-qui, qui était ministre de l'Instruction publique, allait venir nous inaugurer l'année suivante »., occupe une place importante dans l'histoire de l'illustrationEn 1930 Carlo Rim entrepris de réactiver, après trois années d'absence, le salon de l'Araignée. En 2023, la Galerie Michel Lagarde, qui a racheté le fonds Gus Bofa, a tenu un Salon de l'Araignée à l'occasion du 140ème anniversaire de la naissance de l'artiste..
Esthétique et importance Au cours de sa brève existence, le salon l'Araignée resta fidèle à son engagement de valoriser la qualité et la compétence artistique, la création, l'invention et le renouvellement.
Le nombre d'exposants dépassait rarement la trentaine pour 200 œuvres (rigoureusement sélectionnées) en moyenne.
Le dessin (souvent aquarellé ou colorié) restait au centre de l'exposition, mais on y voyait aussi des huiles, des gouaches, des gravures, des sculptures, des affiches, des bois sculptés, des bijoux ou des pendentifs.
Toujours rétive à l'institutionnalisation, l'Araignée ne cesse de renouveler son catalogue d'exposants, détectant avec un goût très sûr les futurs grands artistes et explorant jusqu'à l'étranger : en 1925, le salon accueille 33 dessinateurs russes pour une Exposition de caricature soviétiste.
Notes
Références
Voir aussi
Gus Bofa
Liens externes * Gus Bofa sur le Blog de l'Amicale des amateurs de nids à poussière (ADANAP)
Catégorie:Culture à Paris