Jérôme BonaparteIl fut déclaré et connu dans les premières années de sa vie sous le patronyme « de Buonaparte », son père portant la particule dès avant son intégration à la noblesse française, la graphie avec le u avant le o s'étant imposé mais ayant coexisté avec celle sans u ; ainsi, sur l'acte de mariage de Charles Bonaparte celui-ci est mentionné comme Carlo de Bonaparte.

Par ailleurs, la famille Bonaparte parlant italien en Corse, il était appelé Girolamo dans sa petite enfance mais après son arrivée en France, on le nomma Jérôme. La graphie Buonaparte fut abandonnée en 1796.Hervé Pinoteau, Vingt-cinq ans d'études dynastiques, Paris, Ed. Christian, 1982, ., né le à Ajaccio (Corse) et mort le au château de Vilgénis (Essonne), est un prince français et altesse impériale (1806 et 1852), fils de Charles-Marie Bonaparte et de Maria-Létizia Ramolino, et le plus jeune frère de Napoléon.

Sous le Premier Empire, il est roi de Westphalie entre 1807 et 1813, sous le nom de Jérôme-Napoléon , et règne jusqu’à l’occupation du royaume par les Prussiens, après la bataille de Leipzig. De retour en France, il est exilé après la chute de Napoléon en 1814, à l’issue de la campagne de France, et trouve refuge auprès de son beau-père, le roi , qui lui confère le titre de prince de Montfort à partir de 1816.

Jérôme retourne en France avec sa famille en 1848, lorsque son neveu, Louis-Napoléon, est élu président de la Seconde République. Le prince occupe alors plusieurs postes officiels, et reçoit la distinction de maréchal de France en 1850.

En 1852, après l’établissement du Second Empire, il récupère son statut de prince français et d'altesse impériale, et accède à la présidence du Sénat. Il est le seul des frères et sœurs de Napoléon à avoir vécu assez longtemps pour voir la restauration de Bonaparte sur le trône français. En tant que plus proche parent encore en vie du nouvel empereur , Jérôme est reconnu comme l’héritier présomptif du trône impérial de France jusqu’à la naissance du prince impérial en 1856, après quoi il est second dans l’ordre de succession jusqu’à sa mort en 1860. Il est inhumé à l’hôtel des Invalides, auprès de deux de ses frères, Napoléon et Joseph.

Biographie Jeunesse thumb|Jérôme-Napoléon Ier par Sophie Liénard thumb|François-André Vincent, Allégorie de la libération des esclaves d’Alger par Jérôme Bonaparte, 1806.

Jérôme Bonaparte n’a pas neuf ans lorsque sa famille se réfugie sur le continent en 1793, par suite de son bannissement politique de la Corse, et onze ans quand son frère Napoléon, général dans l'armée républicaine, se distingue lors de la campagne d'Italie et signe le traité de Campo-Formio qui donne à la France toutes les possessions autrichiennes de la rive gauche du Rhin jusqu'à la mer du Nord.

Il a quatorze ans en 1799, lorsque ce même frère prend le pouvoir et devient Premier Consul. Au sortir du collège de Juilly, où il a fait ses études, il entre dans la marine en et obtient le grade de lieutenant l’année suivante.

Son beau-frère, le général Leclerc, l’emmène à Saint-Domingue, puis le renvoie peu de temps après avec des dépêches importantes pour son frère. Sa mission remplie, Jérôme, aux commandes du brick l', repart sur-le-champ pour la MartiniqueArrivé, il fait une escale forcée à la Martinique, atteint par la fièvre. Là, il rencontre le créole Le Camus, qui ne le quittera plus.

Source .

En , il abandonne son navire à la Martinique et se rend aux États-Unis, à Baltimore, où il arrive le . Il y épouse le , quoique encore mineur et sans le consentement de sa famille, Elizabeth Patterson, fille d’un commerçant de la villeLe Carvèse, « Jérôme Bonaparte, officier de Marine », ..

Jérôme rentre en France en 1805 sur un navire américain affrété par son beau-père ; son mariage, comme celui de son autre frère Lucien, déplaît à Napoléon qui, malgré la douleur et la résistance de Jérôme, tendrement attaché à sa femme dont il a un fils, le fait casser (par décret impérial, le ) pour cause de minorité. En mai, l’Empereur lui attribue le commandement de l'escadre basée à Gênes ; en juillet, il est chargé de se rendre à Alger pour y racheter que le dey d'Alger retient en esclavage. À la suite de cette mission, qu’il remplit avec succès, il est officiellement élevé au grade de capitaine de vaisseau, qu'il avait usurpé dès sa nomination à Gênes.

Commandant un vaisseau de , le Vétéran, avec un bon second pour l'aider, le futur amiral Halgan, il participe à la croisière de l'escadre du contre-amiral Willaumez vers le cap de Bonne-Espérance, puis la Martinique. En août, un fort coup de vent disperse les bâtiments, Jérôme en profite pour quitter l'escadre sans prévenir et rentre en France. Poursuivi par les Britanniques jusqu'aux Glénan, sauvé par son pilote Jean-Marie Furic, il parvient à se réfugier à Concarneau où le Vétéran restera trois ans.

Cette année même, il est nommé contre-amiral, prince français, avec une rente d'un million, décoré du grand aigle de la Légion d'honneur en , retrouvant sa place au sein du clan Bonaparte, et intègre l'ordre de succession dynastique.

En 1807, il quitte le service de mer pour prendre le commandement d’un corps d'armée de Bavarois et de Wurtembergeois, à la tête duquel il enlève la Silésie au roi de Prusse, succès qui lui vaut le grade de général de division, trois mois après la paix de Tilsitt.

Roi de Westphalie Création du royaume

vignette|Portrait de Jérôme-Napoléon et de Catherine de Wurtemberg par François-Joseph Kinson. vignette|Mariage de Jérôme Bonaparte et de Catherine de Wurtemberg. Dans le mois d’, son frère lui fait épouser la princesse Catherine de Wurtemberg, fille de , et six jours après, il est créé roi de Westphalie. Il s'installe avec son épouse dans sa nouvelle capitale : Cassel (ancienne résidence des électeurs de Hesse-Cassel). Les diverses puissances reconnaissent ce nouveau monarque, qui reçoit en même temps du tsar la décoration de l’ordre de Saint-André de Russie.

König Lustig Jérôme a alors vingt-cinq ans et toute la fougue de la jeunesse. Fier de la position de son frère et de la sienne, il manque souvent de modération et de prudence dans le choix de ses amis. Dépensier et frivole, il multiplie les maîtresses ; la reine, qu'on surnomme « la dinde de Westphalie », ferme les yeux car elle adore son mari qu'elle surnomme « Fifi ».

vignette|Portrait équestre de Jérôme Bonaparte par Antoine-Jean Gros.

Ses ministres Beugnot et Reinhart, nommés par Napoléon pour mener les affaires, ne peuvent le raisonner, et bientôt « le roi trouvera son trésor épuisé, ses sujets accablés, ses ministres désolés, le crédit anéanti, les ressources dévorées à l'avance », comme l'affirme son frère Napoléon pendant son exil sur l'île Sainte-HélèneColonna d’Istria, R. (2022). 5. Les officiers généraux corses de la Révolution et de l’Empire. Les grandes figures de la Corse (p. 93-133). Perrin. https://shs.cairn.info/les-grandes-figures-de-la-corse--9782262085223-page-93?lang=fr..

Celui qu'on nomme König Lustig (« le roi drôle ») établit sa résidence à Cassel, introduit dans son royaume les institutions françaises et abolit de nombreux abus. Il commence à y joindre l’entente des affaires publiques, lorsque les événements politiques viennent rendre le prince à la vie privée. État-modèle, le royaume de Westphalie devait servir de référence aux autres territoires allemands, ayant reçu la première constitution et abrité le premier parlement en pays germanique. Jérôme importe de Paris le style Empire au langage conforme aux nouvelles visées politiques et la ville de Cassel connaît un essor culturel sans pareil. En tant que membre de la confédération du Rhin, Jérôme veut son armée. C'est le général Éblé, le futur héros de la Bérézina, qui mène à bien l'entreprise où l'on trouve le général normand Allix, devenu divisionnaire westphalien.

La chute

En 1812, Jérôme Bonaparte reçut le commandement du corps westphalien de la Grande Armée, chargé d’opérer depuis Grodno vers Nieswiez puis Sloutsk afin de couper la retraite de la 2ᵉ armée russe du général Bagration . C’est autour de Nieswiez, où Bagration aurait établi momentanément son quartier général dans le château des Radziwiłł, que Napoléon espérait refermer la tenaille prévue entre les corps de Davout et de Jérôme. En réalité, Davout atteignit Minsk le avant Bagration, tandis que les troupes westphaliennes, ralenties par la chaleur, la pluie, le manque de vivres et les routes transformées en bourbiers sous des pluies diluviennes, progressaient difficilement à travers un territoire déjà dévasté. Les régiments de cavalerie, composés en partie de Polonais, subirent les attaques des cosaques de Platov à la bataille de Mir (8–), première victoire russe de la campagne.

Napoléon, ignorant l’ampleur des difficultés rencontrées par son frère, lui imputa la responsabilité de la perte de l’occasion d’anéantir Bagration. Le , il avait déjà confié à Davout, par un ordre secret, le commandement effectif des opérations. Blessé dans son autorité, Jérôme quitta l’armée entre le 15 et le et regagna Cassel avec son entourage royal. Dans une lettre adressée à ses proches, Napoléon écrivit alors : « Merci à Dieu, l’un de mes pires calculs vient d’être défait ». Le 8ᵉ corps fut ensuite placé sous les ordres du général Junot.

Les récits postérieurs ont souvent confondu cette rupture avec la bataille de Smolensk, où Jérôme n’était plus présent. Les historiens modernes soulignent toutefois que son retrait fut la conséquence de la désorganisation générale et des conditions de marche extrêmes plutôt que d’une faute personnelle .

Les désastres de 1812 et de 1813 forcèrent Jérôme à quitter son royaume. La reine Catherine l’accompagna à Paris ; au printemps 1814, elle fut victime du célèbre vol de Fossard, commis par le marquis de Maubreuil, un ancien chouan autrefois attaché à sa maison.

Les Cent-Jours Après l’abdication de l’Empereur, en 1814, Jérôme se réfugie à la cour de Wurtemberg. Il est à Trieste avec sa femme, quand la nouvelle de l’événement du 20 mars le ramène à Paris. Il obtient de Joachim Murat une frégate sur laquelle il parvint à s’embarquer secrètement. Il assiste à la cérémonie du Champ-de-Mai, le , et le , il prend séance parmi les pairs.

Davout, ministre de la Guerre, qui le déteste toujours, ne lui donne pas de commandement. Jérôme suit son frère en Belgique, autorisé à marcher avec le général Guilleminot, qui commande la d'infanterie du du général Reille.

Il déploie aux Quatre-Bras la plus grande bravoure mais le surlendemain, à Waterloo, lui qui n'a jamais été capable de commander une compagnie, outrepasse les ordres dans le bois d’Hougoumont. C'est un désastre où sa division est mal utilisée toute la journée et décimée. Sans préparation d'artillerie, il culbute deux fois l’élite des troupes britanniques, qui, protégées par une ferme fortifiée où elles s’étaient établies, font un feu des plus meurtriers. Enfin il reste maître du bois après avoir été blessé au bras. Cette affaire coûte cher. Alors qu'il était seulement prévu un point de fixation sur ce bois de Hougoumont, Jérôme, ayant mal compris, engage tout le corps du général Reille, qui manque par la suite…

Après la bataille de Waterloo, il gagne Avesnes où il réunit les restes de l'armée puis les regroupe sous Laon ; le maréchal Grouchy, qui a bien « retraité » depuis Namur, le rejoint et ils se dirigent sur Soissons.

Après l'Empire Après la seconde abdication de son frère, Jérôme quitte secrètement la capitale le , et parvient, non sans peine, après avoir erré longtemps en Suisse et en France, à rejoindre sa femme qui s’était réfugiée auprès de son père. Il obtient de ce dernier le château d’Ellwangen, mais à la condition de ne pas s’en éloigner et de ne conserver aucun Français à son service.