Le tombeau de Napoléon est situé dans l'hôtel des Invalides.
Cet hôtel, conçu au par Libéral Bruand et Jules-Hardouin Mansart, a été transformé en panthéon des gloires militaires par Napoléon lorsqu'il y a fait transférer le tombeau du maréchal de Turenne.
Création et construction Napoléon meurt le , sur l’île de Sainte-Hélène. En , le retour du corps (ou des « cendres ») de l'Empereur est annoncé. Le 1840, une loi est votée pour fixer le lieu de la sépulture. La construction est soumise à concours, et revient à l'architecte Louis Visconti. Le corps de Napoléon rejoint son tombeau le .
Le tombeau prend la forme d'une crypte ouverte, mesurant près de de profondeur pour de diamètre. Conçue par Louis Visconti et construite entre 1842 et 1853, cette crypte est accessible par le dôme des Invalides. Elle est mise en évidence par un baldaquin en marbre de style néo-baroque. Elle abrite le sarcophage en quartzite rouge, qui contient lui-même cinq cercueils (un en fer-blanc, un en acajou, deux en plomb, et un en ébène). Ce sarcophage repose sur un socle en dolérite verte, entouré au sol d'une mosaïque de marbre et d'émaux représentant notamment une couronne de laurier.
Douze statues de Victoires, adossées à des piliers, entourent le sarcophage et délimitent une galerie circulaire. Elle est décorée de dix bas-reliefs rappelant les grandes institutions civiles napoléoniennes. Une cella, aménagée dans l'axe de l'entrée du tombeau, abrite une statue en pied de Napoléon . À ses pieds, reposent les restes de Napoléon II.
Lieu de mémoire Le tombeau de Napoléon constitue un élément majeur du patrimoine historique français et un symbole associé au Premier Empire. Il est considéré comme un lieu de mémoire, au sens défini par l’historien Pierre Nora dans Les Lieux de mémoire (1984), c’est-à-dire un espace où une société conserve ou ravive les souvenirs liés à son histoire. Le monument participe ainsi à la construction et à la transmission de la mémoire napoléonienne, en inscrivant la figure de l’Empereur dans un cadre à la fois spatial et historique.
Le tombeau de Napoléon présente plusieurs dimensions mémorielles. Son architecture met en valeur la figure de l’empereur en remplissant une fonction commémorative. Le site est un lieu symbolique où se tiennent régulièrement des cérémonies et commémorations officielles.
L'église Saint-Louis des Invalides
Histoire de l'édifice Construction En , Louis XIV ordonne la construction de l’hôtel des Invalides. Il veut y intégrer un édifice religieux. Le chantier est d'abord mené par l'architecte Libéral Bruand, puis repris par Jules Hardouin-Mansart.
À la chapelle initialement prévue, Mansart substitue un projet ambitieux. L’édifice sera composé de trois ensembles communicants : un « chœur des soldats », situé à l’emplacement prévu à l’origine, une église de plan centré à la gloire de Louis XIV, et un sanctuaire de plan ovale placé à la jonction des deux espaces.
Bien qu’elles aient été conçues ensemble, les deux parties de l’édifice n’ont pas pu être achevées en même temps. Le « chœur des soldats », financé par le secrétariat d'État à la Guerre, est livré en 1679. Sa construction est menée par Simon Pipault, entrepreneur des Invalides depuis 1671, secondé par Michel Hardouin, le frère de Hardouin-Mansart. L’église royale est réalisée entre 1677 et 1706. Ce retard pourrait être dû à la complexité du projet ainsi qu’aux difficultés financières survenues lors de la seconde moitié du règne de Louis XIV.
Les premiers marchés relatifs à l’ouvrage sont signés en , et le gros œuvre est achevé à l’été 1692. La mort de Louvois en , puis les restrictions budgétaires imposées dans le contexte de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg retardent la réalisation des programmes sculptés commandés en 1691. L’ensemble est finalement achevé en 1706, avant d’être consacré et placé sous le patronage de saint Louis, le de la même année. Louis XIV inaugure l'église Saint-Louis le .
Depuis l'édification Le sujet de la vocation première de cette double église est grandement débattu. Sous l’Ancien Régime, l’édifice ne fait pas l’objet de préoccupations funéraires évidentes, à l’exception des anciens gouverneurs, inhumés dans un caveau situé sous « l’église des Soldats ». Le choix d’un plan centré ainsi que la présence d’un dôme, celle d’une grande « place » circulaire au centre de la nef (lieu qui accueillera le tombeau de Napoléon) pourraient amener à y voir une église funéraire, un . Au cours du , l’édifice commence à acquérir une fonction mortuaire.
L’église Saint-Louis des Invalides est affectée par la Révolution de 1789. Les éléments relatifs à la monarchie sont masqués ou détruits entre 1792 et 1794. Le culte n'est rétabli qu'en . Cette laïcisation favorise un glissement symbolique : l’église devient symbole de la gloire militaire. Les drapeaux pris aux armées vaincues, autrefois suspendus aux voûtes de Notre-Dame de Paris, sont transférés à Saint-Louis des Invalides en 1793, et l’église est transformée en « temple de Mars et des vertus guerrières » en 1797.
vignette|Cloison de verre séparant l'église des Soldats de l'église du Roi, vue depuis l'entrée de la crypte|274x274px
Napoléon donne à l’édifice sa dimension funéraire. En tant que premier consul, il transfère le tombeau de Turenne dans la chapelle de la Vierge en . En 1808, le cœur de Vauban est installé dans la chapelle Sainte-Thérèse, par la volonté de Napoléon devenu empereur. Sous la monarchie de Juillet, un caveau est aménagé dans une galerie préexistante, sous la chapelle Saint-Grégoire, pour accueillir les corps des victimes de l’attentat de Fieschi, le 28 Juillet 1835. Puis la décision est prise d'y placer le tombeau de Napoléon. Face à l’entrée du mausolée de Napoléon, sont installés en 1847, des monuments funéraires en hommage aux généraux Michel Duroc et Henri-Gatien Bertrand, fidèles compagnons de l’Empereur. En 1847, la réfection du monument de Vauban permet de créer une harmonie avec celui de Turenne.
Au Second Empire, l’hôtel des Invalides est classé monument historique en 1862. La Troisième République renforce cette patrimonialisation avec l'installation du musée de l'Artillerie en 1871 et l'ouverture du musée historique de l’Armée en 1896. Ils fusionneront en 1905 pour former le musée de l'Armée. En 1873, une paroi vitrée est installée pour séparer le dôme de « l’église des soldats » de l’église Saint-Louis. Parallèlement, de nombreux dirigeants militaires sont inhumés dans le caveau des gouverneurs, et un monument aux généraux de la Première Guerre mondiale est érigé en 1929.
Architecture D’un point de vue structurel, le plan de Hardouin-Mansart a peu d’équivalent en France. L'édifice, plutôt que d'être disposé en équerre, est organisé selon un axe unique : il a pu être perçu aussi bien comme une église conventuelle que comme deux églises adossées.
L'église des soldats L’église des Soldats, d'un plan traditionnel, est une longue nef rectangulaire à neuf travées, dépourvue de transept et dotée d’un chœur en abside. Le vaisseau central supporte un voûtement en plein cintre à doubleaux et lunettes, les bas-côtés sont voûtés de berceaux surbaissés à lunettes. L’élévation comporte trois niveaux : arcades, tribunes et fenêtres hautes. Elle obéit à un grand ordre de pilastres corinthiens. Certaines sculptures décoratives (dans les arcs doubleaux de la grande voûte ainsi que dans les balustrades de pierre qui ferment les tribunes) révèlent l’attention portée par Hardouin-Mansart au raffinement de la stéréotomie. Les bas-côtés comprennent chacun une porte menant vers une sacristie circulaire qui assure la transition vers le Dôme.
L’église du roi L’église royale est conçue par Hardouin-Mansart comme un « bombardement symbolique » destiné à exalter la puissance monarchique. Le choix de construire une église à dôme de dimensions aussi importantes en est l’indice le plus explicite, dans la mesure ou Saint-Louis des Invalides aspire à être rapprochée de Saint-Pierre de Rome et à dépasser Saint-Paul de Londres. Le plan de l’édifice est organisé en croix grecque et s’inscrit dans un carré de 52 mètres de côté.
Extérieur Sa façade principale comporte un frontispice central à deux ordres superposés (dorique et corinthien), couronné par un fronton triangulaire. Cette disposition permet d’articuler l’élévation des deux premiers niveaux avec un tambour orné selon un ordre de doubles colonnes composites. la présence d'un second rang de baies en plein cintre au niveau de l'attique, dispositif inédit en France, permet d’éclairer la seconde coupole de manière naturelle tout en étant invisible depuis l’intérieur de l’église. Le Dôme, doré et orné d’un riche programme sculptural, est coiffé par un lanternon rappelant les tempietti de la Renaissance italienne, sur lequel repose une flèche fleurdelisée portant une croix. L’ensemble s’élève à 107 mètres.
Intérieur Le centre du plan en croix grecque est occupé par une nef circulaire, tandis que les angles accueillent quatre chapelles rondes reliées entre elles par des percées dans les piles de la croisée. À l’intérieur, la nef pavée de marbre polychrome est rythmée par un grand ordre de pilastres, dont l’entablement comporte, au niveau de la frise, l’insigne en forme de double L de Louis XIV. Les chapelles reproduisent cette structure en réduction à l’aide de colonnes engagées.
La partie basse de l’église privilégie le décor sculpté : y sont représentés les armes de France, des tableaux en bas-reliefs de la vie de Saint Louis, des anges volants portant les insignes royaux, ainsi que des statues de niches dans les quatre chapelles dédiées aux Pères de l’église latine. Sous le tambour, les pendentifs sculptés dans un premier temps sont finalement remplacés par les peintures à fresque des quatre évangélistes de Charles de La Fosse. Celles-ci sont surmontées par une frise composée d’une série de douze médaillons de rois de France en profil, allant de Clovis à Louis XIV.
vignette|Coupole de l'église du Roi, peinte par Charles de la Fosse en 1705.
Au-dessus du tambour, une première coupole, peinte par Jean Jouvenet entre 1703 et 1704, représente les Douze apôtres en gloire. La seconde coupole a été décorée par Charles de la Fosse. Ce dernier adopte une vue di sotto in su pour figurer Saint Louis déposant son épée aux pieds du Christ, célébrant les liens privilégiés entre Dieu et la monarchie française, dépositaire d'une partie des instruments de la Passion (arma christi). La composition, achevée en 1705, s’inspire des coupoles peintes à Parme ou à Rome par Corrège, Pierre de Cortone ainsi que Lanfranco. Elle est cadrée par un anneau de personnages réunis en quatre groupes distincts et reliés par des nuées. Le Christ y est représenté au sommet d’une structure pyramidale, accompagné d’anges portant la croix à droite et de Saint Louis remettant ses armes à gauche. L’effet de perspective aérienne, couplé au dispositif d’éclairage naturel mis au point par Hardouin-Mansart, est pensé pour mimer la pénétration de la lumière divine au sein de l’église.
Dans le sanctuaire, au-dessus du baldaquin, Noël Coypel a décoré la voûte de la Trinité et de l'Assomption de la Vierge. Le décor des coupoles et des calottes des quatre chapelles latérales a été réalisé par Bon Boullogne pour les chapelles Saint-Ambroise et Saint-Jérôme, par Michelle II Corneille pour celle de Saint-Grégoire (remplacé par les peintures de Louis-Michel Van Loo dès les années 1760), ainsi que par Louis de Boullogne pour celle de Saint-Augustin.
Les origines et la construction du tombeau Une première inhumation sur l'île de Sainte-Hélène La vallée du Tombeau Dans ses dernières volontés, Napoléon précise vouloir être enterré à Sayne Valley, un vallon sur l'île de Sainte-Hélène. Par la suite, ce vallon prendra divers qualificatifs, parmi lesquels « val Napoléon », « vallée du Tombeau », « vallée du Géranium » ou encore « vallée du Silence ».