Le centre de recherches de la Palestine (, مركز الأبحاث) est un centre de recherche créé à Beyrouth en 1965 pour collecter, conserver et analyser des livres et des matériaux relatifs à la Palestine, sa culture, son histoire récente, et à la lutte politique du peuple palestinien. Placé sous protection diplomatique libanaise, il déploie une activité importante dans la recherche sur la Palestine qu’il contribue à constituer comme sujet autonome ; il se consacre également à la création d’outils pour servir le combat des organisations de libération de la Palestine ; enfin, il anime le débat public par plusieurs revues. Il obtient une reconnaissance pour la qualité de ses publications. Le centre de recherches est l’objet de diverses attaques avant qu’une bombe placée par un groupe terroriste soutenu par Israël, le détruise son siège en 1983 et que ses archives soient pillées par l’armée israélienne la même année. Existant toujours actuellement (en 2025), il a perdu de son rayonnement.
Histoire
Les statuts de l’OLP prévoyant la création d’un département de recherchesMatt Lebovic, « L’OLP a hébergé dans un centre d’études israéliennes à Beyrouth », Times of Israel, 14 octobre 2024., le centre de recherche de la Palestine est créé en 1965 par l’organisation de libération de la Palestine (OLP), un an après sa propre fondationCandice Raymond, « Le centre de recherches de l'OLP (1965-1983)», in Philippe Rekacewicz, Dominique Vidal, Palestine-Israël : une histoire visuelle, Paris : co-édition éditions du Seuil, L’Olivier, Points, Nouvel Attila, Verso Books, 2024, , 112. comme une institution de recherche et d’éducation. La décision de création est prise le par le comité exécutif de l’OLP, et son premier directeur fut Fayez Sayegh. Il occupe six des d’un bâtiment situé sur la rue Colombani dans le quartier résidentiel de Hamra, à Beyrouth-Ouest, et obtint une protection diplomatique du gouvernement libanais. Ses objectifs étaient de collecter, conserver et analyser des livres et des matériaux relatifs à la Palestine, sa culture, son histoire récente et longue, afin d’articuler l’histoire de la lutte de libération palestinienne à l’histoire plus ancienne, et à la lutte politique du peuple palestinienC. Raymond, , 115. et le conflit israélo-arabe. Le centre, par ses publications, devait aussi fournir des outils intellectuels à tous les acteurs engagés dans la lutte du peuple palestinien. Les outils produits ont été utilisés par les chercheurs et les étudiants, mais aussi par les journalistes, les membres de l’OLP. Cette collecte et cette production de connaissance permettait de retourner la connaissance considérée comme une arme contre l’occupant israélien. Il prévoit ainsi d’étudier Israël dans toutes ses composantes, politiques, économie, démographie, ainsi que les personnels politiques, scientifiques et militaires, les organisations de masse et la culture. Il traduit aussi plusieurs textes fondamentaux du sionismeC. Raymond, , 114.. Il s’intéresse également à la diaspora palestinienne, contribuant ainsi à créer une conscience nationale palestinienne.
Parmi ses activités, figure aussi la production de documents à visée pratique : par exemple les documents géographiques. Il fait aussi un inventaire des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948, et de ceux qui ont été judaïsés. Ces documents sont aussi destinés au jeunes fedayins qui doivent partir en opération en Israël mais ne connaissent pas le terrainC. Raymond, , 116.. Saïd Sabbagh dirige ainsi la production d’une carte topographique de Palestine.
Au pic de son activité, au moins (80 selon Rona Sela) y travaillaient à produire, le plus souvent en arabe mais aussi en français et en anglais, plus de 300 ouvrages. Le personnel comprenait 40 autres employés. Anis Sayegh, un Libano-Palestinien, ayant obtenu un doctorat à l’université de Cambridge en études du Moyen-Orient en 1964, fut nommé directeur en 1976. Il était le frère du fondateur Fayez Sayegh.
Cible d’attentats
Le centre fut l’objet de plusieurs attentats commandités par Israël. Anis Sayigh fut la cible de diverses attaques des services de renseignement israéliens tant qu’il occupa ce poste. Le centre de recherche fut aussi la cible d’attaques des services de renseignement, dont un attentat à la bombe en 1971. En 1972, quelques mois après l’assassinat de Ghassan Kanafani, un colis piégé lui explosa entre les mains : il fut amputé des doigts et souffrit de troubles auditifs. Fin 1974, des roquettes touchèrent le centre, sans faire de victimes mais causant des dégâts matériels. Anis Sayigh démissiona en , démission qui ne fut acceptée qu’en mars suivant. Sabri Jiryis lui succéda ; Palestinien hébrophone et diplômé en droit de l’université hébraïque, il avait quitté Israël après deux périodes de détention administrative. Dans l’intervalle, c’est le poète Mahmoud Darwish qui assura l’intérim. En 1983, Constantin Zureik, professeur émérite de l’université américaine de Beyrouth, était président du bureau de l’institut avec le Walid Khalidi, professeur invité à l’université d'Harvard, comme secrétaire.
En 1982, lors de l’invasion israélienne du Liban, Jiryis, anticipant le risque de pillage, rassemble une collection de documents rares et de haute valeur et des documents sensibles qu’il transporte dans deux valises qu’il transporte en sécurité hors du Liban. Au début de l’invasion, deux attentats à la voiture piégée ciblèrent le centre, en juillet et . Celle du ne fit pas de dégâts ; le , des agents de l’OLP repérèrent la voiture et purent faire évacuer le voisinage, l’explosion ne faisant que .
En , le bâtiment est occupé par les soldats israéliens pendant une semaine ; il est mis à sac : le mobilier dont les classeurs et les bureaux sont brisés et le matériel électrique, des téléphones aux ventilateurs en passant par la presse sont volés. Cette opération fait partie d’une stratégie de l’armée israélienne de récupération du maximum de documents dans les bureaux de l’OLP. Le l’ensemble de la bibliothèque et les microfilms sont chargés sur trois camions et transportés en Israël. De nombreux documents sont utilisés de manière sélective par Israël pour présenter les Palestiniens comme des terroristes et l’invasion israélienne comme une libération.
Un lot de 120 films et documentaires est confisqué à Beyrouth par l’armée israélienne. La collection en question est désormais à Tel Aviv, et difficile d’accès. Au départ des Israéliens, puis de l’OLP du Liban, l’institut reste la seule institution de l’OLP au Liban. Le matériel perdu était estimé à un million et demi de dollars, la plupart des manuscrits étant irremplaçables. Jiryis accusa Israël de .
Le Trudy Rubin, « The fall of the PLO's 'state within state' in Lebanon », The Christian Science Monitor, 10 février 1983., une bombe de de TNT, dissimulée dans une voiture piégée, explosa à 14h. L’explosion brisa des vitres et faisant trembler les bâtiments dans tout Beyrouth-Ouest. La voiture piégée souffla tout le bâtiment du centre, tuant l’épouse de Jiryis, Hanneh Shahin et 19 autres personnes.
Shafiq al-Hout, le représentant diplomatique de l’OLP, occupa un bureau dans le bâtiment après que l’armée libanaise ait fermé la mission de l’OLP à Beyrouth en septembre. Il était à son domicile au moment de l’explosion.
Avec les raids intensifs sur les bureaux et les institutions de l’OLP en 1982, avec la confiscation de nombreux documents, les chercheurs du centre avaient fouillé les bureaux pour récupérer les documents restants. Cette documentation a été stockée au centre de recherche, et détruite par l’explosion.
Recherches, publications et archives
Il publie Shu'un Filastiniyyah ("Affaires palestiniennes"), au départ mensuellement puis tous les trimestres : c’est la première revue intellectuelle sur la question palestinienneC. Raymond, , 120.. Il publie aussi Al-Watha’iq Al-Filastiniyya ("Documentation palestinienne") depuis 1971, ainsi qu’une autre revue, Qadâyâ isrâ'iliya (questions israéliennes) et un bulletin quotidien, genre de revue de presse consacrée au suivi de la radio israélienne.
En 1982, il avait constitué une bibliothèque de en anglais, arabe et hébreu ainsi qu’une collection de microfilms constituant ainsi un véritable dépôt des archives palestiniennes que le directeur estimait être . Il donnait également des cours en hébreu. Il édite une collection d’ouvrages sur la Palestine et Israël (chronologies, statistiques, monographies, essaisJihane Sfeir-Khayat, « Historiographie palestinienne La construction d'une identité nationale », Annales. Histoire, Sciences Sociales, année, 2005, 1, 35-52..
Le centre de recherches de l’OLP était très intéressé par la déclaration des rabbins réformistes en 1885, connue comme la plate-forme de Pittsburgh, dont par exemple ce passage :
Certaines formules de cette plateforme ont été adoptées dans la charte nationale palestinienne. Dans la lecture palestinienne de la tradition juive, ce document est une preuve que les autorités rabbiniques admettent que les juifs ne sont pas une nation mais citoyens des États auxquels ils appartiennent, et que le judaïsme lui-même est une religion, pas un projet de création d’une nation ou de revendication de la Terre Sainte. Actuellement, le judaïsme réformé a officiellement désavoué cette déclaration à cause de ses implications anti-sionistes et l’a remplacé par la plate-forme de Colombus en 1937. Jonathan Gribetz estime lui aussi que l’expérience israélienne a constitué une nation.
Le centre de recherches de la Palestine a publié 310 ouvragesC. Raymond, , 113. : 140 dans les études israéliennes ; 83 dans les études palestiniennes ; 68 dans les relations internationales ; et 19 ouvrages de généralités sur le conflit israélo-palestinien.
Suites
Selon le directeur du centre de recherches, le matériel pillé contenait des informations historiques sur les familles arabes et les villages dans la Palestine d’avant 1948. Israël affirma que le centre de recherches était plus un service de renseignement qu’une institution académique, et que ses services allaient exploiter le matériel pour déterminer où auraient lieu les prochains raids terroristes en Israël ; Jiryis déclara . Jiryis insista pour que les archives soient traitées comme un prisonnier de guerre, et qu’elles soient incluses dans la liste des prisonniers échangés avec les Israéliens. Le 6 Israéliens et de guerre furent échangés, dont les archives. Israël avait copié les archives au passage ; elles furent transportées dans une centaine de boites vers l’Algérie sous les auspices de la Croix-Rouge internationale. Étant donné qu’Israël a aussi volé les catalogues d’archives et de la bibliothèque, il est impossible de savoir si l’État hébreu a rendu la totalité de ce qu’il a volé ou non. Rona Sela obtint en 2008 confirmation des IDF qu’une partie des biens volés à Beyrouth était toujours dans les archives des IDF à Tel Aviv.
Un mois après l’échange, le , la résolution 38/180B de la assemblée générale des Nations unies, par pour, 1 contre, et 20 abstentions, condamna Israël d’avoir saisi et emporté les archives et documents de l’OLP.