Les guerres byzantino-géorgiennes (en géorgien : ბიზანტია-საქართველოს ომები) englobent une série de conflits se déroulant du dans les districts frontaliers limitrophes de l’Empire byzantin et de la Géorgie. Elles ont leur origine dans les relations complexes qu’entretiennent avec l’Empire byzantin les princes géorgiens jusqu’à l’unification du pays en 1008. Une première guerre de 1014 à 1022 se déroule sous le règne de Basile II (r. 976 - 1025). Une deuxième sous le règne de Constantin VIII (r. seul empereur 1025 - 1028) en 1028 se termine par la reconnaissance par Constantinople en 1032 du titre de curopalate pour le jeune (r. 1027 - 1072) qui épouse une princesse byzantine. Toutefois, dès l’année suivante, des conflits dynastiques en Géorgie remettent en cause la légitimité de Bagrat ; les Byzantins se rangent du côté de l’un des rebelles, Liparit IV duc de Kldekari (années 1030 - 1059). L’empereur byzantin Constantin IX (r. 1042-1055) réussit à imposer une médiation en vertu de laquelle Liparit reconnait la légitimité du roi de Géorgie, tout en restant le prince le plus puissant du royaume ; en même temps, il se voit conférer par les Byzantins le prestigieux titre de magistros (et peut-être de curopalate).

La bataille de Manzikert en 1071 et la défaite de Romain IV (r. 1068 - 1071) aux mains des Seldjoukides rapprochent Byzantins et Géorgiens jusqu’à ce que la quatrième croisade (1204) remplace temporairement l’Empire byzantin par l’Empire latin. De son côté, la Géorgie connaît son âge d'or sous le règne de , dite Tamar la Grande, (r. 1184 - 1213) et devient l’État chrétien le plus puissant de la Méditerranée orientale. En 1205, Tamar lance ses troupes sous le commandement de ses neveux, Alexis et David Comnène, sur le Lazistan. Occupé, ce territoire devient l’Empire de Trébizonde dont Alexis deviendra empereur et David commandant-en-chef des armées. Pendant qu’Alexis fortifie l’est du nouvel empire, David continue sa progression vers l’ouest, venant bientôt en conflit avec le nouvel Empire de Nicée dont le souverain, (r. 1205-1222) revendique la succession de l’Empire byzantin. David s’allie alors avec l’Empire latin lui aussi en conflit avec l’Empire de Nicée. Mais des révoltes nobiliaires éclatent en Géorgie, et en 1223 les Mongols apparus aux frontières du pays n'ont aucun mal à vaincre les Géorgiens. Durant la décennie 1270, l’intégrité territoriale est rompue et un royaume géorgien s'instaure en Colchide pendant que périclite l’influence géorgienne à Trébizonde. Bientôt, les Timourides puis les Turcomans succèdent aux Mongols. Après la chute de Trébizonde en 1461, la Géorgie se divise en trois entités, dernières monarchies chrétiennes de la région. Contexte historique Unification du Royaume de Géorgie vignette|gauche|L’Ibérie antique. Dans l’Antiquité, la Géorgie était divisée en deux royaumes de civilisation différente: l'Ibérie à l’est et à l’intérieur des terres, orientée vers la Perse, ainsi que la Colchide, à l’ouest sur le bord de la mer orientée vers Constantinople. Plusieurs colonies de la péninsule balkanique furent fondées en Colchide au fil des siècles et, bientôt, le royaume indépendant devint un fief donné par les rois du Pont à leurs fils aînés avant de devenir après la conquête par Pompée une province romaine. Pour sa part, l'Ibérie, correspondant à l'actuelle Géorgie orientale, était plutôt tournée vers la Perse voisine. Malgré de nombreuses guerres contre celle-ci, elle parvint à maintenir son indépendance. L'Ibérie choisit au le christianisme comme religion d'État. L’Empire sassanide s’empara de l’Ibérie en 580. Devenue province sassanide, elle fut dirigée d’abord par des marzbans Dérivé de marz "frontière" et -pān "gardien", les marzbans étaient les gardiens des marches et, par extension, commandants militaires, responsables des provinces frontalières de l'Empire perse., puis par des princes ibériens, maintenant vassaux des Sassanides. Les Arabes envahirent à leur tour l’Ibérie et créèrent l’Émirat de Tbilissi.

Dans le sud-ouest de l’Ibérie, les principautésCertains auteurs parlent de « principautés », soulignant leur indépendance politique; d’autres de « duchés » soulignant plutôt leur caractère militaire. de Tao et de Klarjéthie étaient dirigées par un rameau de la dynastie des princes bagratides d'Arménie. Vers 813, Ashot , « prince-primat d’Ibérie » cherchant à agrandir son territoire sollicita l’assistance des Byzantins contre les Arabes et reçut de Constantinople le titre de curopalate D’abord fonction de la cour impériale byzantine désignant celui qui avait la charge de protéger le palais, elle devint l’un des titres les plus prestigieux du au et fut réservée aux membres de la famille impériale et à divers rois et princes du Caucase.. À sa mort, son royaume fut divisé entre ses trois fils : (r. 830/842-876) devint prince de Tao inférieur puis prince-primat d’Ibérie, (r. 830-867) prince de Tao supérieur et de Calarzène, et Gouaram V (r. 830-881) prince de Djavakéti et de Samtskhé. Les trois branches de la famille furent fréquemment en guerre les unes contre les autres jusqu’à ce que Adarnassé IV, d’abord prince de Tao inférieur (881-923), devienne « Roi des Ibères » en 888 et reçoive des Byzantins le titre de curopalate en 891 .

Il appartiendra à un autre descendant d’Ashot, Bagrat III, d’abord prince de Kartli de 975 à 978, puis roi d’Abkhazie de 978 à 1008, d’unifier le pays. Ce dernier avait été adopté dans son enfance par David III (r. 966 - 1000/1001), duc de Tao supérieur et de Klarjéthie. Or David, qui avait progressivement étendu son territoire de la mer Noir au lac Van, s’était allié entre 987 et 989 à Basile II dans la lutte contre Bardas Phokas. En récompense David reçut de l’empereur les cantons qui dépendaient de l’Empire à la frontière de ses domaines propres, devenant ainsi le seigneur d’un vaste territoire allant de l’Euphrate au nord-ouest et traversant le pays d’Erzurum jusqu’au cours supérieur du Mourad. La Chronique géorgienne spécifie toutefois qu’il s’agissait de la part de l’empereur Basile II d’un don viager, et dès lors non transmissible à ses descendants.

Basile II et David III de Tao Les diverses principautés d’Arménie et de Géorgie revêtaient une grande importance pour l’Empire byzantin du fait que plusieurs routes commerciales venant d’Orient, vitales pour Constantinople, passaient par leurs territoires avant de se jeter dans la mer Noire.

L’empereur Romain II (r. 959 - 963) avait laissé la famille Phokas diriger l’armée et la politique impériale en Orient. À sa mort, en 963, il laissait une veuve, Théophanô Anastaso, et deux fils mineurs, les coempereurs Basile et Constantin. Durant leur jeunesse, ni l’un ni l’autre prince ne sembla s’intéresser aux affaires de l’État, ce qui permit à Nicéphore Phokas, domestique des Scholes d’Orient, de s’emparer du trône en épousant Théophanô. Gouvernant au nom des deux souverains issus de la dynastie légitime . Il nomma alors son neveu, Jean Tzimiskès, domestique des Scholes d’Orient.

Mais pour brillant général qu’il fût, Nicéphore s’avéra piètre politicien et s’aliéna nombre d’appuis dans la capitale. Craignant pour les droits dynastiques de ses fils, Théophanô complota alors avec Jean Tzimiskès pour assassiner Nicéphore le ; elle devait ensuite épouser ce dernier et régner avec lui. Jean Tzimiskès (r. 969 - 976) devint ainsi le gardien des deux jeunes coempereurs. Pour prévenir toute tentative de révolte, il exila le frère de Nicéphore, Léon Phokas, ainsi que les deux fils de celui-ci, Nicéphore le Patricien et Bardas duc de Chaldée. Ce dernier ne tarda pas à vouloir venger la mémoire de son oncle et se proclama empereur avec l’aide de membres de la famille Phokas. Jean Tzimiskès envoya le nouveau domestique d’Orient, Bardas Sklèros, mettre fin à la révolte. Avec Sklèros et son grand chambellan, Basile Lécapène, l’empereur combattit les Russes qui s’étaient avancés sur le Danube, après quoi il annexa une grande partie de la Bulgarie.

Ceci fait, il se tourna vers l’Orient où il se soumit les émirs d’Alep et de Mosul en 975. Il devait mourir soudainement peu après son retour à Constantinople le soit qu’il ait été atteint du typhus, soit qu’il ait été empoisonné comme le prétend l’historien Skylitzès sur ordre de Basile Lécapène. L’auteur rejette toutefois cette accusation, la portant au compte de la jalousie de certains généraux.

Âgé de dix-huit ans lorsqu’il hérita du trône Basile II se voyait confronté à la lutte que se livraient les grandes familles militaires venant d’Orient (dont les Phokas et les Sklèros) qui avaient contrôlé l’empire au cours des treize dernières années. En 976, Bardas Sklèros se souleva contre Basile II. Le pouvoir impérial chargea alors Bardas Phokas le Jeune, neveu de l’ancien empereur Nicéphore II Phokas, de mettre fin à la révolte. Vaincu, ce dernier, se retira à l’est d’où il sollicita l’aide de David de Tao avec qui il entretenait des relations cordiales.

L’impératrice Théophanô fit alors appel au cofondateur d’un monastère du Mont Athos, un noble ibérien du nom de Tornikos, lequel quitta son monastère et se rendit au Tao où David lui donna une armée de hommesCe chiffre signifie simplement « un nombre considérable ».Grâce à ce renfort l’armée de Basile II écrasa Bardas Sklèros le à la grande bataille de Pankalia. C’est alors que David reçut en récompense divers territoires frontaliers dont Theodosiopolis ainsi que le titre de curopalate.

Bardas Sklèros devait faire une nouvelle tentative pour s’emparer du pouvoir en 986. Presque aussitôt l’ancien général loyaliste Bardas Phokas se révolta de son côté et se proclama également empereur. Bardas Phokas se débarrassa rapidement de son concurrent. Il sollicita également l’aide de David de Tao qui lui accorda . Durant cette révolte David défit une force byzantine loyaliste conduite par Grégoire Taronitès qui avait pour objectif de s'attaquer au cœur du territoire de Bardas Sklèros. L’usurpateur marcha sur Constantinople, mais fut vaincu et tué par Basile II à Abydos le .

Compromis pour son appui aux Phokas et menacé d’une expédition impériale, David de Tao dut pour obtenir son pardon jurer obéissance à Basile II et s’engager à lui léguer la totalité de ses États à sa mort. En contrepartie l’empereur byzantin lui conféra en 990 le titre de curopalate accordé traditionnellement aux membres de sa famille. Ceci rendait caduque la nomination de Bagrat III de Géorgie par David III comme son successeur. Aussi lorsque David mourut en 1001, Basile s’appropria le Tao, Theodosiopolis ainsi que la région du lac Van (avec la cité de Manzikert), faisant du nouveau duché d’Ibérie un thème byzantin; Bagrat III reçut comme prix de consolation le titre de curopalate et la possession viagère de quelques villes le long de la frontière. L’année suivante, le père biologique de Bagrat III, le prince Gourgen de Tao supérieur, jusque-là allié de l’Empire byzantin, revendiqua l’héritage de David. Il fut défait par le général byzantin Nicéphore Ouranos, duc d’Antioche, qui força la dynastie géorgienne des Bagratides à reconnaitre la souveraineté byzantine et mit fin à la principauté d’Ibérie. En dépit de ces difficultés, Bagrat III, déjà roi d’Abkhazie, reçut le titre de curopalate d’Ibérie, réussissant à unifier la Géorgie en lui rattachant la partie occidentale du pays et recevant à la mort de Gourgen en 1008 le titre de « roi des Géorgiens »Les Chroniques de Géorgie, page 278, ligne 24..

Guerre byzantino-géorgienne (1014-1022) thumb|right| Miniature montrant le roi Georges s’enfuyant devant Basile II à la bataille de Shirimni (Manuscrit de Skylitzès).