Gilbert Burlot, né le à Nantes (Loire-inférieure) et mort le dans cette même ville, est un haut fonctionnaire français, déporté résistant. Il a travaillé successivement à la sous-préfecture de Châteaubriant et à la préfecture de Nantes avant d'être déporté à Dachau. À son retour, il entre au secrétariat général du gouvernement et enfin à la radiodiffusion-télévision française. Au moment de sa mort, il est maire de La Bernerie-en-Retz.

Biographie

Jeunesse et études Gilbert Burlot, fils d'Henriette Piriou et d'Henri Burlot, chef du bureau central des Chèques Postaux de Rennes, dont la famille est originaire de La Bernerie-en-Retz, effectue ses études secondaires au lycée Georges Clemenceau à Nantes puis ses études supérieures, d'abord en droit à l'université de Poitiers puis à l'université de Rennes où il obtient une licence de lettres.

Parcours professionnel Après le décès de son père lorsqu'il a 19 ans, il entre à la sous-préfecture de Châteaubriant sans interrompre ses études et commence une thèse sur la presse en Loire-Inférieure entre 1815 et 1848. En 1939, il est nommé chef de bureau à la préfecture de Nantes, où il est arrêté par la Gestapo le puis déporté dans le camp de concentration de Dachau.

De retour de déportation fin , il retrouve ses fonctions à la préfecture puis rejoint, fin 1945, en qualité d'administrateur civille secrétariat général du gouvernement (Direction générale de la Fonction publique).

En 1955, il est nommé directeur adjoint à l'Office national des combattants et des victimes de guerre sous la direction d'Henri Ribière. Celui-ci ayant subi un grave accident de voiture et atteint d'un cancer du cerveau, il assure en réalité la direction de l'Office. Il occupera ce poste jusqu’à un accident cardiaque qui l'oblige à interrompre sa carrière, alors même que le général Paul Dassault, grand chancelier de la Légion d'honneur, songe à lui confier le secrétariat général de la grande chancellerie. Après un repos de cinq ans, il reprend de l'activité à la Radiodiffusion-télévision française (RTF), où il assure l'administration du journal parlé et du journal télévisé.

Début 1963, de nouveau malade, il renonce à toute activité professionnelle. Il s'intéresse alors aux langues slaves du sud, commence une nouvelle thèse sur ce sujet et devient vice-président de l’Association France-Albanie

Conseil municipal et mairie Après avoir été longtemps adjoint au maire de La Bernerie-en-Retz, il en devient maire, le jusqu'à son décès .

Résistance En 1937, il est exempté de service militaire pour des raisons de santé. En , il effectue une demande d’engagement volontaire qui lui est refusée. Dès 1940, il entre en relation avec plusieurs résistants. Avec Max Veper, qu'il a connu au lycée Clémenceau, à qui, il fournira des papiers d'identité et qui sera abattu à Nantes en par les Allemands. Ainsi qu'avec Pierre Arnaud, sous-préfet de Châteaubriant et un réseau d’anciens combattants de la guerre 14-18 dont les membres seront arrêtés fin 1941.

Agent d'une section de renseignement (SR), il signe le 1er son engagement, pseudonyme "Barclay", dans le réseau Éleuthère(Centrale Praxitèle) des Forces françaises combattantes. Dans ce cadre, il crée un sous-secteur à la préfecture de Nantes, en centralisant en particulier des renseignements militaires pour le commandement allié sur les usines de guerre, les défenses côtières et le dispositif allemand dans la région. Il transmettait les informations afin de préparer les actions de sabotage. Autour de la base de Saint-Nazaire, il récupérait les microfilms auprès de la résistance. Il les acheminait en région parisienne ou en Angleterre, directement via les Lysander.

Parallèlement, il entre dans l'Armée secrète, également le sous le numéro 22012 puis à Libération-Nord, avec lequel il est en contact depuis mi-1942, sous le numéro 522. Dans ce cadre, il assure et dirige, l'organisation de groupe de l'Armée Secrète à Nantes et dans les communes environnantes. Il contribue ainsi à l'essor de l'Armée secrète en Loire-inférieure en collaborant à des nombreuses évasions, à la dissimulation de résistants recherchés par la Gestapo et à l'évasion par l'Espagne de volontaires des Forces françaises libres en 1943. L’Armée Secrète était divisée en deux parties : la partie armée qui correspondait aux maquis constitués (Saint-Marcel, Vercors,... ) et la partie exfiltration des aviateurs et renseignements.

Il rédige et imprime le journal clandestin La Lanterne, aidé de Guy Baronet de Célestin Surzur puis des Frères Heyte, Louis de Cohors-Asturies et Georges d'Eleuthère. Tirée sur un duplicateur Ronéo à 150, 200, voire 500, La Lanterne paraîtrade janvier à . Elle sera envoyée notamment à la Gestapo, à la Feldkommandantur.... Il perfectionne l'organisation de la résistance administrative aux échelons départemental et communal par la délivrance de multiples titres du type carte d'identité, carte de travail afin d'éviter des arrestations ou la déportation de résistants.

Les bombardements de Nantes de survenant après une vague d’arrestations à laquelle il échappe, l’oblige à reprendre sur pied son organisation. Il réorganise alors son réseau autour du noyau « Préfecture », en liaison avec André Chauvel et reprend le travail quotidien de renseignement. Il se met en rapport à cette occasion avec Clovis Constant, membre du C.D.L. clandestin. Leurs relations étant très proches, il peut l'informer, travaillant à la préfecture auprès du Préfet Édouard Bonnefoy, des avis relatifs à des rafles prévues par les Allemands dans plusieurs communes rurales permettant ainsi de prendre les mesures préventives nécessaires afin d’empêcher des arrestations.

Début , il est mis en contact avec Willy Pelletier, agent de liaison du commandant Henri Mauricede Défense de la France pour la Loire Inférieure avec lequel il entre en relation. Cette dernière se révélant bénéfique aux deux réseaux, leurs moyens sont mis en commun et il est désigné en cas d'arrestation d'Henri Maurice, pour le remplacer.

Il est arrêté le par Paul Heimann (le directeur du Sipo-SD) et Werner Ruppert (son adjoint). Emprisonné dans la prison Lafayette de Nantes, confronté à Xavier Avril, membre de Défense de la France, dont il avait établi quelques jours avant une pièce d’identité, ils affirment tous deux ne pas se connaître. Torturé, il ne révèle rien et est condamné à la déportation « pour opinion agressive à l’égard du Reich Allemand ».

Le colonel Brouillard (alias Pierre Nord) retrace dans une attestation son arrestation et son interrogatoire : « Par souci de précaution qui se retourna en l’occurrence contre lui, il avait chargé un membre du réseau Défense de la France, Henri Maurice, avec lequel il était en relation, de mettre en lieu sur le document en attendant sa transmission à l’organisme central. Mais Henri Maurice fut arrêté à la suite de la capture de Willy Pelletier et de Xavier Avril, et torturé, fouillé, il lui fut impossible de nier la provenance de la circulaire qu’il détenait, sans que d’ailleurs la bonne foi et le patriotisme de cet excellent Français, père de cinq enfants et chevalier de la Légion d’Honneur, soient à mettre en doute. Les présomptions allemandes à l’égard de Gilbert Burlot se changèrent alors en certitudes et il fut arrêté le par le chef de la SD de Nantes, Doctor Ruppert, qui avait entre ses mains la preuve irréfutable de son appartenance à un organisme de la Résistance. Son attitude lors des tortures infligées, fut telle qu’aucune arrestation de membre du réseau ne s’ensuivit de son fait, l’intéressé n’ayant rien avoué. »

Déportation Il quitte la prison de Nantes le et arrive au camp de Royallieule 9. Le , il quitte ce camp dans le convoi avec, notamment des résistants nantais, dont Clément Quentin dans le même wagon qui l'aida à supporter ce trajet, ainsi que Jean-Baptiste Daviais et Libertaire Rutigliano, qui mourront en déportation, et Gabriel Goudy. Après trois jours de transport en train , restant enfermé dans un wagon avec plus d'une centaine autres déportés, sous une température dépassant parfois plus de 30 degrés, il arrive au camp de concentration de Dachau le , sous le matricule 72344. Après une période de quarantaine, il est transféré le à Landsberg am Lech, dans le Kommando de la Landsberg-Lech Air Base à une soixantaine de kilomètres de Dachau.

Il participe à la résistance clandestine des camps où il se trouve. Il a notamment comme camarade de déportation à Landsberg Georges Charpakqui obtient le prix Nobel de physique en 1992, Albert Fuchs, professeur à l'Université de Strasbourg ou encore Gabriel Goudyqui deviendra député puis membre du Conseil économique, Marcel Miquet, Georges Arjalièset Jacques Choimet, Nantais comme lui.

Vers la fin avril, le commandant du camp, Willy Wagner, décide de renvoyer les déportés à Dachau. Le , il quitte Landsberg d'abord pour le commando voisin Kaufering à une dizaine de kilomètres. Là, il expérimente pendant deux jours avec ses camarades les conditions de vie effroyables des déportés juifs. De là, ils marchent jusqu'à dix kilomètres de Dachau, pour arriver en trois jours à Allach. C'est là qu'ils sont libérés par les Américains trois jours plus tard mais subissent une nouvelle quarantaine en raison des risques de propagations des épidémies, en particulier, du typhus.

Après la libération du camp le , il est rapatrié en France le .

Après la guerre, déporté-résistant, proche d'Edmond Michelet, président-fondateur de l'Amicale des Anciens de Dachau et de Louis Terrenoire, il devient vice-président de l'Amicale et rédacteur du bulletin jusqu'en 1965, puis vice-président honoraire jusqu'à sa mort, des suites de sa déportation. A cette occasion il se lie d'amitié en particulier avec le docteur Georges Fully. Ses enfants, Eveline, Christian, Odile, Jacques et Nadège sont déclarés Pupilles de la Nation.

Honneurs et distinctions Décorations , décret du . , décret du . 50px|Croix de Guerre 1939-1945 avec palme Croix de guerre 1939-1945 avec Etoile de Vermeil et Palme, décret du . , décret du , décision du . médaille des services volontaires dans la France Libre|50px Médaille commémorative des services volontaires dans la France Libre, . , avec barrette Libération, décret du . gauche|50x50pxMédaille des Blessés

Hommages

Gilbert Burlot figure dans le mémorial annuaire des Français de Dachau. Après la guerre, il homologué au grade de lieutenant (chargé de mission 2ème Classe) au titre des Forces Françaises Combattantes (réseau Eleuthère, Centrale Praxitèle), sergent au titre de la Résistance Intérieure Française, "R.I.F." (mouvement Libération Nord) et obtient le statut de "Déporté-résistant" Lors de ses obsèques, , conseiller général de Loire-Atlantique a déclaré : .