Gelibolulu Mustafa Âlî bin Ahmed bin Abdülmevlâ Çelebi (littéralement Mustafa Ali de Gelibolu, fils de Ahmed fils de Abdülmevlâ Çelebi) (1541-1600) est un historien, un écrivain, un intellectuel et un critique social. Il représente une figure majeure de la littérature ottomane du . Il a occupé différents postes dans l'administration publique, tels secrétaire du conseil, scribe, trésorier provincial, directeur des registres des timars, bey de Sanac, etc. Sa vie couvre toute la seconde moitié du .

Biographie Éducation Né le à Gelibolu, une ville de province dans le détroit des Dardanelles, Mustafa Ali est le premier fils de la famille. Son vrai nom est Mustafa. Son père, Ahmed, issu d’une famille d’érudits, est un commerçant prospère d'origine croate converti à l'Islam qui fréquente les intellectuels et les poètes (). Mustafa Ali commence son éducation formelle à l’âge de six ans incluant une formation en religion et en logique. Il apprend aussi le turc, le persan et l'arabe (). En 1556, à l'âge de seize ans, il part pour Constantinople, pour y poursuivre ses études. Il fréquente les médersasLes médersas ou madrasas étaient les institutions d'enseignement supérieur de l'époque de Rüstem Paşa, Haseki et Semaniye. Il y apprend les sciences islamiques fondamentales (le tafsîr [exégèse coranique] et le fiqh [jurisprudence islamique]), l'arabe, le persan et la littérature auprès du poète et professeur :en : Süruri et ainsi que d’autres grands maîtres de l’époque, comme le poète :en : Hayâlî. Il y apprend aussi la calligraphie. Il commence à écrire en utilisant d’abord le pseudonyme de "Çeşmî", puis, à 17 ans, il prend le nom de plume d’Ali. Ce dernier surnom devient son identité littéraire pour toutes ses œuvres.

Carrière

De 1561 à 1578 En 1561, après avoir reçu son diplôme, il soumet sa candidature pour un poste de professeur ou de juge, mais il est par Soliman 1erIl règne de 1520 à 1566., (). Il est envoyé au service du prince Selim comme secrétaire et il écrit sa première œuvre littéraire, Mihr ü Mâh (Le soleil et la lune). Il passe environ deux ans auprès du prince qui était gouverneur à Konya et à Kütahya. En 1563, à l’âge de 22 ans, il accepte le poste de secrétaire particulier du précepteur du prince Selim, Lala Mustafa PachaLe terme honorifique Lala signifie "tuteur du sultan". qui devient son mécène et il se rend à Damas avec lui. Dans les années qui suivent, la vie de Mustafa Ali suit celle du Lala Mustafa Pacha devenu grand vizir et il visite plusieurs parties de l’Empire ottoman et du Moyen-Orient, de la Bosnie au Caucase, en passant par la Syrie et l’Égypte ().

Quand le prince Selim devient sultan en 1566, Lala Pacha Mustafa et Ali entrent à la cour impériale de Constantinople. Ce dernier saisit cette occasion pour s'introduire dans la société littéraire et côtoyer les figures littéraires les plus en vue de l'époque. Durant cette période, il entreprend l’écriture de son premier ouvrage historique Nâdirü’l-mahârib (Le combat sans pareil)Mustafa Ali écrit ce traité historique de 1567 à 1569. qui raconte la bataille de Konya en 1559.

Lala Mustafa Pacha est nommé à la tête de l'armée du Yémen en 1568 et Mustafa Ali l'accompagne en Égypte. Après la destitution de son mécène, Mustafa Ali se retrouve sans protecteur et sans emploi. Il fait appel au prince Mourad qu'il rejoint à Manisa. L'année suivante (1569), il se rend à Constantinople et il soumet son œuvre intitulée Heft Meclis (Sept Assemblées)Cette œuvre raconte le siège de Szigetvár de Soliman le Magnifique et la montée au pouvoir de Selim II. au grand vizir Sokollu Mehmet Pacha dans le but toujours de faire carrière à la cour impériale. Mais, il obtient de nouveau un poste de scribe, et ce, auprès de Ferhat-pacha Sokolovic () nommé gouverneur de Bosnie et Mustafa Ali se rend avec lui à Banja Luka. Quand Mourad III accède au trône (1574), Mustafa Ali se rend de nouveau dans la capitale pour lui présenter sa nouvelle œuvre Zübdetü’t-Tevârih (L'essence des histoires) en espérant obtenir la protection du nouveau sultan grâce à cette œuvre. Mais, il ne parvient pas à obtenir de poste à la cour et il retourne en Bosnie où il passera encore quelques années. Mustafa Ali pense que ces postes de bureaucrate ne lui conviennent pas, lui qui est un homme de lettres et il tente à plusieurs reprises d'obtenir de meilleures affectations et de retourner à Constantinople sans succès. Ses frustrations alimentent son œuvre littéraire.

De 1578 à 1592 Après une période inactive, Mustafa Ali est affecté comme secrétaire de Lala Mustafa Pacha nommé vice-roi de la Géorgie et en 1578, il l'accompagne dans la campagne contre la Géorgie et la Perse. En reconnaissance de ses services rendus lors de la conquête du Chirvan, Mustafa Ali est nommé directeur des finances à Alep. Il est de nouveau démis de ses fonctions en 1583 et reste sans emploi pendant deux ans (). Puis, il est nommé responsable des finances d'abord à Erzurum et six mois plus tard à Bagdad. Mais, il est de nouveau congédié et il retourne à Constantinople où il reste sans travail pendant un certain temps. En 1588, il obtient un poste de responsable des finances à Sivas, mais cet emploi ne dure pas longtemps non plus. Mustafa Ali subit la situation difficile qui sévit dans l'Empire ottoman. La crise monétaire, l'exode des paysans vers les villes, les durées brèves de mandats bureaucratiques, le désintérêt du sultan envers les lettrés, tout cela contribue à lui créer une vie instable qu'il trouve éprouvante et cela a teinté son œuvre littéraire ().

De 1592 à 1600 Après quelques années passées à Constantinople sans emploi et après de nombreux appels pour obtenir un poste de plus grande importance, en 1592, Mustafa Ali est de nouveau nommé secrétaire, cette fois des janissaires. Il perd aussi ce poste. La même année, il entreprend la rédaction de son œuvre magistrale Künhü-l-Ahbâr (L'essence de l’histoire)Écrit de 1591 à 1599., (). Il retourne alors dans sa ville natale Gelibolu puis, il obtient le poste de directeur des registres, mais la nomination de Sinan Pacha pour la troisième fois au poste de grand vizir, entraîne la destitution de Mustafa Ali. En 1595, Mustafa Ali participe aux cérémonies accompagnant l'accession de Mehmed III au trône. Il obtient alors les fonctions de contrôleur des finances de Sivas et de gouverneur du district d'Amasya, ensuite du district de Kayseri. Après cela, il retourne à Constantinople. En 1599, il visite Le Caire et il passe quelque temps en Égypte où il continue à écrire, entre autres, sur les coutumes et les traditions du Caire. Il y termine son ouvrage Künhü'l-aḫbār (). La même année, il est enfin nommé à un poste supérieur d'importance : celui de gouverneur général de Syrie (). Il quitte définitivement Constantinople et fait un pèlerinage à La Mecque. Il se rend à Djeddah (Arabie saoudite) pour prendre son dernier travail comme gouverneur de district. Il tombe malade et meurt à Djeddah en 1600 ().

* , (). Ambitieux, Mustafa Ali écrit plusieurs œuvres pensant qu'elles deviendraient des outils principaux auprès des dirigeants pour l'aider à réaliser son désir de devenir un bureaucrate de rang supérieur dans l'administration ottomane, comme la chancellerie ou le gouvernorat. Mais, il n'y arrive jamais — sauf à la fin de sa vie —, essuyant des renvois, des refus, des déceptions et ce, bien qu'il soit une figure littéraire importante dans la deuxième moitié du . Tous ces refus et la situation sociale difficile dans l'Empire ottoman ont marqué son travail littéraire.

Son œuvre jugée la plus importante par plusieurs est sans nul doute Künhü'l-aḫbār (L'Essence de l'Histoire), histoire universelle qui va de la création du monde jusqu'à l'année 1000 du calendrier islamique, c'est-à-dire 1591-1592. Ce livre et tous les écrits historiques de Mustafa Ali sont des sources précieuses pour l'histoire de l'Empire ottoman du .

Œuvres Écrite sur une période d'environ quarante ansSous le règne de quatre sultans : Soliman le Magnifique (1520-1566), Selim II (156-1574), Mourad III (1574-2595) et Mehmed II (1595-2603), l'œuvre de Mustafa Ali Gelibolulu comprend plus de 55 ouvrages dont certains ont traversé le temps et d'autres restent encore à découvrir (). Son œuvre couvre plusieurs domaines: la politique, l’histoire, la littérature, la morale et le mysticisme islamique. Il commence par écrire de la poésie et des ouvrages littéraires. Puis, il se tourne principalement vers des travaux liés à l'histoire. Il rédige aussi des biographies et des ouvrages qui portent sur d'autres aspects de la vie sociale.

La majorité des titres cités ci-dessous sont tirés de plusieurs œuvres dont Gelibolulu Mustafa Ali's Life and Works, de Kasım Ertas. Dans plusieurs travaux consultés, les œuvres de l'auteur sont classées en trois catégories : les œuvres littéraires, historiques et celles portant sur d'autres sujets. C'est cette classification qui est utilisée ci-dessous. Tous les titres sont présentés en ordre alphabétique et sont traduits littéralement.

Littéraire Gelibolulu Mustafa Ali a écrit une vingtaine d'œuvres poétiques, incluant quatre divansLe divan est un recueil de poésie ou de prose dans les littératures arabe, persane, ottomane.. Même s'il a du talent comme poète, il n'atteint pas la valeur des poètes comme Nef'i ou Bâkî .

Bedâyi‛ü’l-Metâli (Les Commencements des splendeurs) : commentaire sur un poème du sultan Mourad III. Cependant, aucun manuscrit ni aucune copie de cette œuvre n'ont été retrouvés. Bedî‛ü’r-Rukûm (La beauté des vers) : œuvre littéraire écrite pour démontrer son talent dans la composition de poèmes en persan et en arabe. Câmi’nin bir beytinin şerhi (L'explication d'un vers de Câmi) : exégèse d'un seul vers du Mevlana Abdurrahman Cami (1414-1490). Dakâ’ikü’t-Tevhîd (Les subtilités de l'unité) : commentaire sur un ghazalUn ghazal un poème composé de plusieurs distiques et chantant l'amour de l'être aimé. de Mourad III. Le titre de ce commentaire ne vient pas de Mustafa Ali, c'est un ajout ultérieur. Gül-i Sad-Berk (La rose de la pureté) : compilation des vers d'ouverture de cent ghazals de l'auteur. Hulâsatül-Ahvâl der Letâfet-i Mevâ‛iz-i Sahihü’l-Hal (Résumé des conditions de la sagesse dans l’élégance des discours des vérités essentielles) : poésie satirique traitant de la situation des différentes classes sociales comme celle de poète,de vizir et de sultan. Ma‛âlimü’t-Tevhîd (Les signes de l'unicité) : commentaire sur un ghazal de Mourad III. Manzûm Kırk Hadîs Tercümesi (Traduction en vers de quarante hadiths) : traduction en vers de quarante hadiths du Prophète Mahomet. Mihr ü Mâh (Le soleil et la lune) : première œuvre de Mustafa Ali Gelibolulu écrite en 1549 dans la tradition ottomane classique explorant l'amour et la quête spirituelle. Elle comprend des qasidas et de panégyriques. Mihr-ü Vefâ (L'amour et la fidélité) : un roman d'amour dans le style classique. Mustafa Ali mentionne cette œuvre dans Nasîhatu’s-Selâtîn. Cependant, aucun manuscrit ni aucune copie de cette œuvre n'ont été retrouvés. Nikâtü’l-Kâl fi Tazmîni’l-Makâl (Les points de discours sur la structuration des déclarations) : commentaire sur un ghazal de Mourad III. Ravza-i ‛İrfân (Les jardins de la connaissance) : Mustafa Ali mentionne cette œuvre dans Sadef-i Sad-Güher. Cependant, aucun manuscrit ni aucune copie de cette œuvre n'ont été retrouvés. Ravzatü’l-Letâif (Le jardin des subtilités) : le poète et biographe mentionne cette œuvre en réponse à une lettre que Mustafa Ali lui a envoyée. Cependant, aucun manuscrit ni aucune copie de cette œuvre n'ont été retrouvés. Riyâzü’s-Sâlikîn (Les Jardins des voyageurs spirituels) : manuel spirituel destiné aux soufis et aux chercheurs de vérité. Sadef-i Sad-Güher (La coquille de la perle précieuse) : écrit en 1593. L'auteur présente son curriculum vitae, il parle aussi de la renommée et de la gloire de sa ville natale Gelibolu. Elle comprend 100 ghazals.