La Classe España est une série de trois cuirassés construits pour la marine espagnole entre 1909 et 1921 : , et .

Ces navires furent construits avec l'aide de la Grande-Bretagne. Leur production, en particulier celle du troisième, le Jaime I, fut retardée par une pénurie de matériaux fournis par le Royaume-Uni durant la Première Guerre mondiale. Par exemple, le Jaime I était quasiment fini en 1915, mais ses canons ne furent pas livrés avant 1919. La classe España est à la fois la plus petite classe de dreadnought qui ait existé et la seule construite en Espagne. Le déplacement réduit de ces navires est dû aux contraintes imposées par la faiblesse de l'économie espagnole et l'infrastructure navale limitée existante en Espagne. Afin de pouvoir installer un armement principal de 8 canons de 12 pouces (), un compromis dut être fait sur le blindage et la vitesse.

LEspaña représenta l'Espagne durant la cérémonie d'ouverture du canal de Panama en 1914 et conduisit des exercices avec lAlfonso XIII après son entrée en service la même année. Les deux navires furent envoyés en mission en Amérique du Nord et du Sud entre 1920 et 1921, lEspaña fut endommagé en s'échouant accidentellement sur la côte chilienne. Les deux navires apportèrent un support d'artillerie aux forces terrestres lors de la guerre du Rif qui commença mi-1921 et le Jaime I le rejoignit plus tard après sa mise en service. En 1923, lEspaña s'échoua sur le cap des Trois Fourches en bombardant les positions du Rif. Il n'a pas pu être déséchoué avant qu'une tempête ne le détruise en . Certains de ses canons furent récupérés et utilisés en tant qu'artillerie côtière. Les deux navires survivants soutinrent le débarquement d'Al Hoceïma où lAlfonso XIII servit de navire amiral.

Après la déposition du roi Alphonse XIII et la proclamation de la Seconde République en 1931, lAlfonso XIII fut renommé España et placé en réserve avec le Jaime I. Le Jaime I fut remis en service en tant que vaisseau amiral en 1933. Des plans de modernisation de la classe furent interrompus par la guerre civile. LEspaña fut saisi par les Nationalistes au début du conflit alors que le gouvernement républicain garda le Jaime I. LEspaña servit à imposer le blocus maritime sur les ports du nord de l'Espagne contrôlés par les Républicains. Le Jaime I fut brièvement déployé par les Républicains pour contester ce blocus mais aucun des deux camps n’engagea le combat. LEspaña fut coulé après avoir percuté une mine marine en ; la quasi-totalité de l'équipage survécut au naufrage. Le Jaime I fut attaqué par des bombardiers allemands et italiens avant d'être détruit par une explosion accidentelle en ; ses canons furent récupérés et servirent de batteries côtières.

Contexte vignette|gauche|Dessin de l'escadron espagnol détruit après la bataille de la baie de Manille.

L'opinion publique accusa la marine d'être responsable du désastre de la guerre hispano-américaine de 1898 mais reconnut la nécessité de la reconstruire et de la moderniser. Le premier plan de reconstruction de 1903 prévoyait une flotte centrée sur sept cuirassés de et trois croiseurs de mais s'avéra trop ambitieux pour la faible économie espagnole et le parlement trop instable ne put le voter. Un autre plan proposa en 1905 une flotte de huit cuirassés de , quelques torpilleurs et sous-marins. Ce plan fut aussi abandonné à cause de la faiblesse du gouvernement et du manque de soutien de la part de la population. La situation internationale, en particulier les conflits avec l'Allemagne durant la crise de Tanger, apporta le soutien de l'opinion publique nécessaire au gouvernement pour lancer un grand projet de construction navale.

En , la France et le Royaume-Uni signent la deuxième Entente cordiale, mettant de côté les anciennes rivalités pour s'opposer à l’expansionnisme allemand. Cet accord réglait la question du Maroc et plaçait Tanger sous contrôle franco-britannico-espagnol, rapprochant l'Espagne de la France et du Royaume-Uni, menant à un entre les trois gouvernements en . À ce moment-là, un cabinet plus fort mené par Antonio Maura était arrivé au pouvoir. Les notes créèrent un accord informel pour contenir la Triplice : la majeure partie de la Royal Navy se concentrerait sur la mer du Nord pendant que l'Espagne assisterait la Marine Française contre les forces combinées de la Regia Marina et de la Marine austro-hongroise. La France et le Royaume-Uni devaient également apporter une assistance technique pour le développement et la construction de nouveaux navires pour la Marine espagnole. Le plan de 1907 proposait la construction de trois cuirassés, plusieurs contre-torpilleurs, torpilleurs et autres vaisseaux. Le plan prévoyait huit ans de construction. Des débats sur le plan furent menés dans le Cortes Generales jusqu'au vote final le et le plan fut définitivement signé le .

Développement vignette|Le qui affecta significativement le développement de la classe España.

Le développement des nouveaux designs avait commencé avant même que le projet n'ait été approuvé par le parlement. Le plan initial prévoyait que les trois navires déplacent et aient un armement de quatre canons de 12 pouces () et au moins douze canons de 6 pouces () d'une façon similaire aux pré-dreadnought britanniques de cette période.

Le lancement du à la fin de l'année 1906 incita le ministre de la marine, le commodore , a demander au Junta Técnica de la Armada (Bureau Technique de la Marine) de revoir ses plans pour s'adapter au nouveau type de cuirassé en .

Le but principal de ces navires pour la marine était de protéger les bases navales à Ferrol, Cadix et Carthagène, ils n'auraient donc pas besoin d'une grande portée d'opérations. La faible économie espagnole et la capacité de production étaient une seconde raison. L'Espagne étant en incapacité économique de construire des chantiers navals plus grands, les navires devraient être construits dans les chantiers navals préexistants. La marine commença à discuter ses designs avec Armstrong Whitworth et Vickers en 1907. Le , Vickers présenta le design pour un cuirassé de armé de huit canons de 12 pouces. Ce design servit de base pour un concours de designs lancé le . Plutôt que de simplement commander les navires à des constructeurs étrangers, le gouvernement demanda à chacun des concurrents de prévoir de prendre le contrôle du chantier naval espagnol qui allait les construire et de le moderniser. Même si cela impliquait des coûts plus élevés, le gouvernement décida que l'amélioration de l'industrie nationale deviendrait un but important du programme.

gauche|vignette|Dessin technique final de la SECN.

Quatre groupes proposèrent des offres : L'italien Gio. Ansaldo & C. menait un groupe incluant l'austro-hongrois Škoda et le français Marrel Frères Forges de La Loire et du Midi, Les français de Schneider et Cie avec Forges et chantiers de la Méditerranée et Forges et chantiers de la Gironde, Les espagnols de la Sociedad Española de Construcción Naval, formés par Vickers, Armstrong Whitworth et John Brown & Company Un groupe d'industriels espagnols suivis par Palmers Shipbuilding and Iron Company et William Beardmore and Company.

Seuls les trois premiers furent considérés sérieusement par la Junta Superior de la Armada et le ministère de la marine, le quatrième étant considéré comme trop vague. Ansaldo prépara deux variantes, la première ayant 4 tourelles de 2 canons, une en proue, une en poupe et deux décalées à mi-navire, le deuxième plan prévoyait deux tourelles de 3 canons, à l'avant et à l'arrière avec une tourelle de 2 canons à mi-navire. Les experts en artillerie navale rejetèrent le deuxième plan, les designs de la SECN et de Schneider proposaient le même arrangement que le premier d'Ansaldo.

En , le comité d'artillerie rejeta le plan d'Ansaldo mais ne pouvait pas départager la SECN et Schneider. Le mois suivant, le comité de construction naval évalua à son tour les propositions, plaçant la SECN au premier rang, suivie par Schneider puis Ansaldo. En novembre, le bureau du contrôleur naval présenta ses évaluations et seule l'offre de la SECN remplissait les exigences sans causer de problèmes légaux, administratifs ou de coût. Au vu du contexte stratégique qui prévoyait un usage probable contre les Italiens et Austro-hongrois, le consortium mené par Ansaldo présentait des inconvénients évidents. En , la marine demanda une version révisée du design de la SECN incluant plusieurs modifications telles qu'un franc-bord rehaussé, une ceinture blindée plus large et haute, et un télémètre pour chaque tourelle. La SECN accepta ces modifications le et reçut le contrat le .

Les restrictions économiques imposées par l'économie espagnole ont fait que la classe España constitue la plus petite classe de dreadnought jamais construite. Ils étaient déjà obsolètes à leur livraison à cause des retards de production des deux derniers navires et de la rapide avancée des technologies navales, en particulier de l’arrivée des premiers super-dreadnoughts.

Design thumb|LEspaña dans la baie de Pasaia, à destination de la guerre du Rif en 1922.

Caractéristiques générales Les navires de la classe España avaient une longueur de flottaison de , une longueur hors tout de , un maître-bau de et un tirant d'eau de , leur franc-bord de à mi-navire, bien plus bas que pour les navires de la même époque; leur déplacement était de à vide et en ordre de combat. Ils avaient un et une petite superstructure. Ils étaient équipés de 6 phares de recherche de . De plus, ils étaient raisonnablement stables par comparaison aux designs étrangers mais possédaient un métacentre de seulement à pleine charge ce qui les rendait instables lorsqu'ils étaient endommagés. La direction était contrôlée avec un seul safran semi-compensé. Ils pouvaient faire demi-tour en seulement à pleine vitesse.

Chaque navire avait un équipage de 854 officiers et marins, en période de paix, cet équipage était limité à 700 hommes pour des raisons d'habitabilité. Les lieux de vie, situés à l'avant du pont supérieur, étaient exigus et peu hygiéniques. Ils étaient séparés en deux zones : une grande cantine entre les barbettes de la tourelle de proue et de la tourelle de tribord et le reste de l'équipage était logé dans les casemates de l'armement secondaire. Les cabines des sous-officiers étaient également situées dans les casemates. La superstructure quant à elle incluait plusieurs cabines pour les officiers. Les navires étaient initialement peints en noir mais ils furent repeints en gris dans les années 1920. La cheminée de lAlfonso XIII portait une bande d'identification blanche et le Jaime I en portait deux. Les bandes furent retirées au début de la guerre civile.

Machinerie Le système de propulsion des navires était constitué de 4 turbines à vapeur Parsons, la vapeur était apportée par douze chaudières Yarrow à tubes d'eau. Les turbines engageaient des hélices à trois pales de de diamètre. Deux hélices de rechange étaient stockées dans chaque navire. La seule cheminée était placée à mi-navire.

Les moteurs étaient évalués à et permettaient une vitesse maximale de 19,5 nœuds soit . Selon le contrat, les moteurs devaient délivrer avec une vitesse maximale de 19.9 nœuds soit . Lors des essais, les trois navires dépassèrent les 20 nœuds. Chaque navire pouvait stocker jusqu'à de charbon ce qui permettait un rayon de croisière de à 10 nœuds selon Conway's All the World's Fighting Ships, mais à 10,8 nœuds selon l'historien .

Armement thumb |La tourelle de proue du Jaime I en tant qu'artillerie côtière près de Tarifa.