Le gouvernement en exil de José Giral (en espagnol gobierno en el exilio de José Giral)– également connu sous le nom de gouvernement de l’espoir (en espagnol gobierno de la esperanza)– est un exécutif créé le par les instances de la Seconde République espagnole en exil et dirigé par José Giral, ancien président du conseil pendant les premiers mois de la guerre civile. Il s’agit d’une tentative d’offrir un front uni des exilés espagnols devant les Nations unies (ONU) et la communauté internationale, dans le but de parvenir à l’isolement du régime du général Franco et d’obtenir la reconnaissance internationale comme le seul gouvernement légitime de l’Espagne et in fine rétablir la République.

Pourtant, dès le début, il bute face à l’hostilité des partisans de Juan Negrín (Negrinista) et des partisans de Indalecio Prieto, (bien que pour des raisons différentes). Il rencontra également la méfiance de l’Alliance nationale des forces démocratiques (ANFD) qui rassemble une grande partie de l’opposition clandestine à l’intérieur de l’Espagne. Bien qu’il obtienne la reconnaissance de plusieurs États et l’approbation par l’Assemblée générale des Nations unies de la résolution 39 (1) condamnant le régime franquiste, il ne rassemble pas un large soutien de la communauté internationale ni l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU, ni n'obtient une résolution adoptant des mesures contre Franco. Sous pression du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), ce gouvernement démissionne en janvier 1947.

Contexte Le Franquisme, dernier avatar de l'Axe À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la dictature dirigée par le général Franco est en place depuis 7 ans en Espagne. Cependant, avec la victoire des forces alliés sur l'Allemagne nazie, ce régime clairement identifié comme fasciste, se retrouve complètement isolé et subit l'oukase des grandes puissances. Sa collaboration avec les puissances de l’Axe pendant la guerre étant évidente . Le régime est considéré comme indésirable. En conséquence, l’Espagne est exclue de l’Organisation des Nations unies (ONU) à sa création et son économie-très pauvre- ne pourra pas bénéficier des crédits et de l’aide international. Face à cette ostracisme, le régime adopte une position victimaire, du fait de son système politique et sa lutte contre le communisme. Bien que les puissances occidentales ne semblent pas disposées à entreprendre une action militaire contre l’Espagne, l’opposition reprend l'initiative politique face à la nouvelle situation internationale .

Au moment du débarquement allié et profitant de la nouvelle dynamique de la guerre en Europe, les premières unités de guérilla du Parti communiste d’Espagne (PCE) commencent à s’infiltrer depuis la France. La Confédération nationale du travail (CNT) anarcho-syndicaliste, créé ses propres unités. D’autre part, l’opposition monarchiste se réactive, porter par le lancé par Juan de Borbón, fils de feu d’Alphonse XIII. Mais ce renouveau de l’opposition se heurte à une nouvelle répression.

Le conflit interne des républicains La fin de la guerre civile n’a pas seulement signifié la défaite militaire totale des secteurs qui s’étaient opposés à l’armée rebelle dirigée par le général Franco, mais aussi la division et la confrontation complète entre les différentes institutions républicaines, entraînant ainsi la confusion et une grave crise de légitimité. Le , la dernière session des Cortes se tint à Figueras, où le socialiste Negrín fut investi comme président du conseil. La chute de la Catalogne quelques jours plus tard oblige les plus hautes autorités républicaines à se réfugier en France. Negrín demanda à Manuel Azaña, alors président de la République, de rentrer en Espagne pour mener la résistance. Cependant, Azaña refusa et démissionna de son poste, affirmant que la guerre était irrémédiablement perdue et que la résistance coûte que coûte prônée par Negrín ne signifierait que la perte de plus de vies. Le , la députation permanente des Cortès, réunie au restaurant Lapérouse à Paris, en pris note .

Selon la constitution, le président des Cortes, Diego Martínez Barrio, est pressentie pour assurer l’intérim présidentielle. Cependant, ce dernier décida de ne pas assumer le poste non seulement parce que la démission du président de la République devait être officiellement présentée aux Cortès, mais aussi parce que la situation politique dans la région encore contrôlée par le camp républicain était de plus en plus confuse. Le , un soulèvement éclata à Carthagène contre Negrín. Le lendemain, le débuta. Le , lors d’une nouvelle réunion de la députation permanente qui se tient à Paris, l’affrontement entre les deux dirigeants se concrétise. Negrín expliqua ses activités depuis son départ de la Catalogne et déclara qu’il se considérait toujours comme le chef du gouvernement malgré la démission du président qui l’avait nommé, au motif que son mandat avait été ratifié par les Cortes, et accusa Martínez Barrio d’avoir soutenu les « traîtres » qui avaient suivi le colonel Casado. Il y a eu une confrontation tendue entre Martínez Barrio, Luis Araquistáin et Dolores Ibárruri. Le Conseil provisoire considéra que le gouvernement n’existait plus. La réunion s’est terminée par l’approbation, tendue, d’un texte convenu selon lequel le conseil provisoire s’estimait pleinement légitime et affirmait que la démission du gouvernement ne pouvait pas avoir d’effet parce que les institutions devant lesquelles elle devait être présentée n’existaient pas . Cependant, lors d’une nouvelle réunion de la députation tenue le à Paris, Negrín est expressément prié de démissionner de son poste de chef du gouvernement.

Délitement politique Les affrontements entre « négrinistas » et « anti-négrinistas » se poursuivent avec la formation du (SERE) et du (JARE) pour gérer les ressources économiques républicaines. Au cours des premières années de la Seconde Guerre mondiale, les exilés espagnols sont plus préoccupés par leur propre survie que par leur opposition à Franco. Les tentatives de regroupement restent vaines. En octobre 1940, les partis républicains de gauche créent l’ (ARE) qui les englobait, mais qui n’a pas réussi à les fusionner car ils ont décidé de se réorganiser individuellement. En 1941, le Parti communiste d’Espagne (PCE) lance l’Union nationale espagnole (UNE) qui, bien que officiellement composée d’autres forces politiques, était fermement contrôlée par le PCE. Negrín, pour sa part, promu l’Union démocratique espagnole (UDE) à partir de 1942. Le , une plus large Junte de libération espagnole (JEL) est constituée, comprenant des républicains, des nationalistes catalans et des socialistes. Ce nouvel organe avait pour but d’affronter à la fois le PCE, l’UNE et la nouvelle opposition monarchiste qui émergeait en Espagne et qui se présente comme une alternative à la |dictature et la seconde république. Malgré l’absence d’autres forces politiques, la JEL obtient un soutien notable des exilés, mais ne réussit pas à s’implanter en Espagne. Bien qu’elle veut offrir un front uni, la junte n’a pas cherché à s’arroger l’exclusivité de la légitimité, comme le prétendent certains secteurs. C’est pourquoi elle a été préférée par Indalecio Prieto et quelques autres. Enfin, en 1944, l’Alliance nationale des forces démocratiques (ANFD) est créée à l’intérieur du pays, qui comprend également la CNT. Le PCE est invité à y participer mais refusa, ce qui donne à la nouvelle organisation clandestine un caractère clairement pro-allié.

À la recherche de l’unité thumb|Le Lendakari Aguirre en France (avril 1939). L’imminence de la victoire des Alliés fait espérer aux différents secteurs républicains de l’opportunité que la dictature franquiste puisse être balayée en même temps que les puissances de l’Axe. La libération de la France, l’amélioration des communications entre l’Amérique et l’Europe et l’augmentation des attentes de la chute du régime provoque un regain d’activité à l’opposition à Franco ; non seulement les républicains, mais aussi les monarchistes et même les traditionalistes. Toutefois, d’importantes divergences subsistent en ce qui concerne les objectifs à poursuivre et les moyens à utiliser. Le président du Gouvernement basque en exil, José Antonio Aguirre, proposa que les républicains participent à la conférence de San Francisco sous une seule représentation. Il proposa d’inclure Martínez Barrio comme président de la République et Negrín comme chef du gouvernement. Le président mexicain Manuel Ávila Camacho apporte tout son soutien aux Cortes républicaines pour qu’elles se réunissent à Mexico le . Le Club France, lieux choisi pour l’événement, obtient pour l’occasion le statut de l’extraterritorialité.

72 députés assistent à la réunion, et 49 autres se joignent à la réunion en exprimant leur vote par écrit, comme stipulé dans l’ordre du jour. Sachant que le PSOE était plus favorable au maintien de la JEL qu’au rétablissement des institutions et qu’il était opposé au vote par écrit, Martínez Barrio a limité la séance à un simple rappel des absents et a suspendu la réunion jusqu’au 19. Cependant, les socialistes firent remarquer que le quorum était insuffisant pour considérer la réunion comme valide, de sorte que la première tentative fut un échec.

Au début de l’année également, Negrín réapparut. Bien qu’il continue à défendre la légitimité de son gouvernement, il se dit prêt à démissionner de ses fonctions lors d’une réunion des Cortes au cours de laquelle Martínez Barrio prendrait ses fonctions de président de la République. Seul le PCE soutien sa position.

Ainsi, ce sont des exilés espagnols désunis qui assistèrent à la conférence de San Francisco : une représentation de la JEL, une autre du gouvernement de Negrín et une représentation du gouvernement basque étaient présents. Tous soutenaient que la guerre d’Espagne n’avait été qu’un prologue à la seconde guerre mondiale et que la fin heureuse de celle-ci mettrait également fin à la première. Bien qu’ils aient bénéficié du fort soutien de la part de certaines délégations, comme celle du Mexique, l’opposition du Royaume-Uni à condamner le régime franquiste fut remarquée. Finalement, le , grâce à l’aide des États-Unis et de la France, l’assemblée, sur proposition du Mexique, adopta une résolution condamnant les régimes qui avaient été imposés avec l’aide de nations fascistes, précisant expressément que cela incluait l’Espagne de Franco. En pratique, cela signifiait mettre son veto à l’entrée de l’Espagne dans toutes les organisations internationales qui allaient gérer la paix imminente. La conférence de Potsdam qui suivit démontra une fois de plus clairement que Franco était identifié à l’Axe et que l’Espagne était en dehors de l’ONU.

Le PCE liquide l’UNE en juin 1945. D’autre part, Negrín fait part à ses proches, qu’il avait l’intention de démissionner. Le , il prononce un discours au Palais des Beaux-Arts de Mexico dans lequel il justifia ses actions passées, souligna les dégâts de la division constater à San Francisco, soutint que c’était une erreur de changer de gouvernement en exil, demanda la concorde et exprima sa volonté de démissionner. Le , les Negrinistas et d’autres secteurs, avec les réticences des partisans de Prieto, demandent à Martínez Barrio de convoquer une nouvelle session des Cortes. Le , la JEL se déclara en faveur d’une nouvelle convocation des Cortes pour former un gouvernement d’unité. Martínez Barrio convoque donc les parlementaires survivants, mais à l’exclusion des députés de droite qui avaient soutenu le camp Nationaliste pendant la guerre. Le lendemain, la nouvelle réunion des Cortes eu lieu au Palais du Gouvernement de Mexico.

Formation du gouvernement Consultations thumb|gauche|130px|Diego Martínez Barrio dans les années 1930.