La bataille d'Aboukir (également appelée en anglais ou en arabe) fut une importante bataille navale qui opposa les flottes britannique et française dans la baie d'Aboukir, près d'Alexandrie en Égypte entre le et le .

Lors des guerres de la Révolution française, le Directoire chargea Napoléon Bonaparte d'envahir l'Égypte afin de menacer les possessions britanniques en Inde et obtenir la sortie du Royaume-Uni de la Deuxième Coalition. La flotte de Bonaparte se dirigeant vers l'Égypte fut prise en chasse par la flotte britannique menée par l'amiral Horatio Nelson. Durant plus de deux mois, Nelson poursuivit les Français et les manqua de justesse à plusieurs reprises. Bonaparte était conscient de la menace britannique et il fit appliquer un secret absolu sur sa destination. Il fut capable de capturer Malte et de débarquer en Égypte sans avoir été intercepté par Nelson.

Une fois l'armée débarquée, la flotte française jeta l'ancre le dans la baie d'Aboukir à au nord d'Alexandrie et se déploya suivant une formation qui, selon son commandant, le vice-amiral François Paul de Brueys d'Aigalliers, représentait une formidable position défensive. Lorsque Nelson arriva le , il découvrit la formation française et se lança immédiatement à l'attaque. Lors de l'approche, la flotte britannique se scinda et une partie passa entre les navires français et la côte tandis que l'autre ouvrait le feu depuis le large. Pris au piège par le tir croisé, les navires français de l'avant-garde durent capituler au bout de trois heures d'un combat acharné, tandis que le centre était capable de repousser la première attaque britannique. Néanmoins, il fut de nouveau attaqué par les Britanniques, ayant reçu des renforts et, à , le navire-amiral français l'Orient explosa. Avec la mort de Brueys, l'avant-garde et le centre anéantis, l'arrière-garde de la flotte française tenta de s'échapper mais seuls deux navires de ligne et deux frégates y parvinrent, sur un total de engagés.

La bataille renversa la situation stratégique en Méditerranée et elle permit à la Royal Navy d'obtenir une position dominante qu'elle conserva jusqu'à la fin de la guerre. Elle encouragea également les autres pays européens à rejoindre la Deuxième Coalition contre la France. L'armée française, isolée, progressera jusqu'en Palestine mais elle sera repoussée lors du siège de Saint-Jean-d'Acre en 1799. Bonaparte rentrera en France la même année mais la campagne d'Égypte durera jusqu'en 1801. Nelson, qui avait été blessé durant la bataille, devint un héros pour les coalisés et fut anobli vicomte Nelson. La bataille est restée longtemps vivante dans l'inconscient collectif, notamment britannique, et elle fut évoquée dans le poème de 1826 Casabianca de Felicia Hemans.

Contexte À la suite des victoires de Napoléon Bonaparte sur l'empire d'Autriche en Italie du Nord lors de la Première Coalition en 1797, le Royaume-Uni restait la seule grande puissance européenne en guerre contre la France.. Le Directoire étudia plusieurs stratégies pour éliminer la menace britannique dont une invasion de l'Irlande et de la Grande-Bretagne et une expansion de la marine française pour défier la Royal Navy.. Le contrôle britannique des mers d'Europe du Nord rendaient néanmoins ces ambitions irréalisables à court terme. et la Royal Navy dominait l'océan Atlantique. Cependant, la flotte française contrôlait la mer Méditerranée à la suite du retrait de la flotte britannique au déclenchement de la guerre entre l'Espagne et le Royaume-Uni en 1796.. Cela permit à Bonaparte de proposer une invasion de l'Égypte comme une alternative à une attaque frontale de la Grande-Bretagne, d'autant plus qu'il considérait que les Britanniques seraient trop distraits par un soulèvement imminent en Irlande pour intervenir en Méditerranée..

Bonaparte pensait qu'en établissant une présence permanente en Égypte (faisant nominalement partie de l'Empire ottoman alors neutre), les Français obtiendraient une base pour des opérations ultérieures contre l'Inde britannique, éventuellement avec l'alliance du sultan anglophobe Tipû Sâhib du royaume de Mysore, ce qui permettrait de pousser les Britanniques à accepter un traité de paix.. La campagne couperait les lignes de communication entre la Grande-Bretagne et l'Inde qui représentait une part essentielle de l'Empire britannique et dont le commerce finançait la guerre contre la France.. Le Directoire accepta le plan car cela lui permettait également d'envoyer l'ambitieux Bonaparte et ses loyaux vétérans hors du pays.. Durant le printemps 1798, Bonaparte rassembla plus de dans le Sud de la France et en Italie et assembla une puissante flotte à Toulon. Il créa également la Commission des sciences et des arts composée de scientifiques et d'ingénieurs pour aider la progression de l'armée et faciliter la logistique militaire.. La destination de l'expédition fut maintenue secrète ; la plupart des officiers ne connaissaient pas leur mission et Bonaparte ne révéla pas son objectif avant d'avoir achevé les préparatifs de l'expédition..

Campagne de Méditerranée La flotte de Bonaparte quitta Toulon le et progressa rapidement en mer de Ligurie où elle fut rejointe par plusieurs navires à Gênes avant de longer la côte de la Sardaigne et d'arriver en Sicile le .. Le , la flotte arriva au large de Malte alors sous le contrôle de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dirigé par le grand maître Ferdinand von Hompesch zu Bolheim.. Bonaparte demanda à pouvoir entrer dans le port fortifié de La Valette et lorsque cette demande fut rejetée, il ordonna une invasion de l'archipel.. Les affrontements durèrent moins d'une journée et Bonaparte accepta la reddition de l'Ordre le en échange d'une forte compensation financière, de la prise de contrôle des îles et de leurs propriétés dont celles, très importantes, de l'Église catholique de Malte.. Après s'être ravitaillée, la flotte reprit la mer pour Alexandrie en direction de la Crète en laissant à La Valette sous le commandement de Claude-Henri Belgrand de Vaubois pour assurer le contrôle français des îles.. vignette|gauche|upright=0.9|Le contre-amiral Sir Horatio Nelson réalisée par Lemuel Francis Abbott en 1800 ; National Maritime Museum. Son bicorne porte une aigrette offerte par le sultan ottoman pour sa victoire lors de la bataille d'Aboukir.|alt=Portrait d'un homme portant un uniforme orné de médailles et de décorations.

Alors que Bonaparte faisait voile vers Malte, la Royal Navy revint en Méditerranée pour la première fois depuis plus d'un an. Alarmé par les rapports sur les préparatifs français en Méditerranée, Lord Spencer de l'Amirauté envoya un message au vice-amiral John Jervis, commandant de la flotte de Méditerranée basée sur le Tage, pour lui demander de détacher une escadre afin d'enquêter.. L'escadre, composée de trois navires de ligne et de trois frégates, fut confiée au contre-amiral Horatio Nelson. Ce dernier était un officier très expérimenté qui avait perdu un œil lors du siège de Calvi en 1794, et avait ensuite capturé deux navires espagnols durant la bataille du cap Saint-Vincent en 1797. Il avait aussi perdu un bras à la bataille de Santa Cruz de Tenerife la même année, ce qui l'avait obligé à rentrer en Grande-Bretagne pour se rétablir.. De retour à la base de la flotte sur le Tage en , il reçut l'ordre de rejoindre son escadre stationnée à Gibraltar et de se diriger en mer de Ligurie.. Le , la flotte anglaise arriva en vue de Toulon où elle fut victime d'une violente tempête qui arracha les mâts de hune du navire amiral de Nelson, le . Il faillit couler sur la côte corse.. Le reste de l'escadre fut dispersé et les navires de ligne trouvèrent refuge à l'île San Pietro au large de la Sardaigne tandis que les frégates furent poussées vers l'ouest et ne parvinrent pas à revenir..

Le , après des réparations rapides de son navire amiral, Nelson fut rejoint au large de Toulon par dix navires de ligne et un . La flotte était commandée par le capitaine Thomas Troubridge et avait été envoyée par John Jervis pour renforcer Nelson et ses ordres étaient de poursuivre et d'intercepter le convoi de Toulon.. Même s'il avait maintenant suffisamment de navires pour défier la flotte française, Nelson avait deux problèmes : il ignorait la destination des Français et il n'avait pas de frégates pour servir d'éclaireur en avant de sa force.. Se dirigeant vers le sud dans l'espoir d'obtenir des informations sur les déplacements français, les navires de Nelson s'arrêtèrent sur l'île d'Elbe et à Naples, où l'ambassadeur britannique, William Hamilton, leur indiqua que la flotte française avait dépassé la Sicile en direction de Malte.. Malgré les demandes de Nelson et de Hamilton, Ferdinand des Deux-Siciles refusa de prêter ses frégates à la flotte anglaise de crainte des représailles françaises.. Le , Nelson rencontra un brick naviguant vers Raguse de qui il apprit que les Français avaient quitté Malte le en direction de l'est.. Après en avoir discuté avec ses capitaines, l'amiral décida que la cible française devait être l'Égypte et il ordonna la poursuite.. Croyant que les Français avaient cinq jours d'avance, contre seulement deux en réalité, Nelson insista pour se diriger directement vers Alexandrie..

Le soir du , la flotte anglaise dépassa le lent convoi français dans l'obscurité sans réaliser à quel point elle était proche de sa cible.. Ayant choisi une route directe plus rapide, Nelson atteignit Alexandrie le et découvrit que les Français n'étaient pas là.. Après une rencontre avec le commandant ottoman Sayyid Muhammad Kurayyim qui se montra méfiant, Nelson ordonna à la flotte britannique de se diriger vers le nord et elle atteignit la côte de l'Anatolie le avant de retourner vers l'ouest en direction de la Sicile.. Nelson avait manqué la flotte française de moins d'une journée car les éclaireurs de la flotte arrivèrent à Alexandrie le soir du .. Rendu inquiet par sa rencontre rapprochée avec Nelson, Bonaparte ordonna une invasion immédiate et dans le débarquement brouillon qui suivit, au moins vingt hommes se noyèrent.. Longeant la côte, l'armée française captura Alexandrie. avant que Bonaparte n'envoie son armée vers l'intérieur des terres.. Il demanda à son officier naval, le vice-amiral François Paul de Brueys d'Aigalliers, d'ancrer sa flotte dans le port d'Alexandrie mais le chenal du port n'était pas assez profond et large pour les grands navires français.. Par conséquent, un lieu de mouillage alternatif fut trouvé dans la baie d'Aboukir à au nord-est d'Alexandrie..

La flotte britannique arriva à Syracuse en Sicile le où elle se ravitailla.. Nelson écrivit des lettres sur les événements du mois précédent : . Ayant déterminé que la flotte française devait se trouver dans l'est de la Méditerranée, Nelson quitta la Sicile le en direction de la Morée.. Alors qu'il se trouvait le à Coron, Nelson apprit l'attaque française en Égypte et il se dirigea immédiatement vers le sud. Deux navires éclaireurs, le et le HMS Swiftsure, détachés à l'ouest de sa flotte découvrirent le port d'Alexandrie rempli de navires français de toutes sortes dans l'après-midi du .. La flotte de guerre de Brueys ne devait pas être loin.

Baie d'Aboukir