vignette|droite|Le pilier des Anges.|alt=Photographie montrant le pilier dans son intégralité.
Le pilier des Anges, dit pilier du Jugement dernier, est un élément architectural gothique en grès rose de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, dont il supporte la voûte de la partie sud du transept. Haut d'une vingtaine de mètres, il représente l'avènement du Jugement dernier et comporte douze statues réparties sur trois étages : les quatre évangélistes et le tétramorphe, les anges sonnant les trompettes de l'apocalypse, le Christ en gloire entouré d'anges portant les reliques de la Passion. Les couleurs des statues, bien qu'atténuées par l'usure du temps, restent encore visibles à plusieurs endroits.
Le pilier est construit au en même temps que la nef. Son maître d'œuvre reste inconnu et ses inspirations encore débattues : plusieurs auteurs décèlent dans le pilier et d'autres statues de la cathédrale l'influence de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, plus particulièrement de son portail nord, d'autres privilégient l'hypothèse d'une influence bourguignonne. Certains auteurs postulent l'influence d'autres régions françaises ou de l'Allemagne.
Emplacement vignette|gauche|Dans la partie droite du transept, l'élément représente le pilier des Anges.|alt=Schéma de la cathédrale de Strasbourg. Le pilier des Anges se situe au centre du transept sud de la cathédrale de Strasbourg (à la droite du chœur.) et en soutient la voûte, à l'intersection de quatre croisées d'ogives. Dans le bras nord du transept, une colonne sans sculptures joue un rôle analogue au pilier. Le pilier se trouve face au portail sud de la cathédrale, près de l'entrée de la chapelle Saint-André, entre l'horloge astronomique à l'est et la statue de l'évêque Werner de Habsbourg par André Friederich à l'ouest, jusqu'à ce que cette dernière ne soit déplacée à l'entrée de la galerie présentant le trésor de la cathédrale.. Près de l'horloge et du pilier, au sol, se trouvent les grilles de l'ancien système de chauffage de la cathédrale..
Selon Étienne Fels, le maître d'œuvre du transept avait déjà prévu le soutènement de la voûte par un pilier unique alors que Rudolf Kautzsch avance l'hypothèse selon laquelle il souhaitait utiliser trois voûtes barlongues dans chaque bras. En 1954, l'historien du droit explique la présence du pilier par le fait que l'évêque de la cathédrale tenait son synode, c'est-à-dire son , dans le transept méridional, et c'est généralement au pied du pilier que sont déposées les dépouilles des évêques de l'archidiocèse..
Construction Le pilier des Anges a été construit au , entre 1225 et 1235. Le maître d'œuvre est inconnu, mais, depuis le , Sabina von Steinbach, fille d'Erwin de Steinbach, est citée comme telle. Cette hypothèse a été abandonnée en raison des dates. En 1968, Hans Reinhardt met en évidence que le pilier a été conçu par un seul maître. En analysant la technique et les moulures du voûtement du bras sud, Hans Kunze déduit, en 1939, que celui-ci relève d'une pratique architecturale similaire à celle de la nef et affirme que le maître d'œuvre est le même pour le pilier et pour la nef. Cette dernière information a été mise en doute par d'autres auteurs, notamment Louis Grodecki et Roland Recht. On retrouve également, sur certains écoinçons du transept sud, une marque de tâcheron identique à celle située entre les statues de saint Jean et saint Luc.
Par manque de place sur les tympans des portes du portail sud, les statues ont été ajoutées au pilier., ce qui en fait un cas unique au monde, les statues du Jugement dernier étant généralement placées sur la façade occidentale des églises.. De plus, Karl Franck-Oberaspach démontre en 1903, en analysant les découpes du pilier au niveau des ailes, que les statues ont été conçues en même temps que le pilier mais qu'elles ont été ajoutées ultérieurement..
Description vignette|Le chapiteau du pilier.|alt=Photographie du sommet du chapiteau. Construit en grès rose, le pilier des Anges est un pilier gothique à base octogonale mesurant , qui supporte la voûte de la nef sud et dont les deux tiers inférieurs sont occupés par douze statues. Il est composé de quatre colonnettes fortes sous les doubleaux des voûtes et de quatre colonnettes faibles où sont disposées les statues, chacune couverte par un dais.. Malgré la hiérarchie chrétienne des personnages que l'on retrouve dans la disposition des statues, celles-ci ne bénéficient pas toutes de la même taille. Au premier étage, les évangélistes font , puis les anges du deuxième étage font et enfin, les anges du troisième étage font , à l'exception de la statue de Jésus qui fait en raison des ressuscités.
Le pilier représente l'avènement du Jugement dernier plutôt que l'événement lui-même : les anges sonnent les trompes et les morts ressuscités sortent de leurs tombeaux. Au contraire, la scène ne dépeint pas les éléments habituels du jugement, tels que la pesée des âmes par l'archange Michel ou l'intercession des condamnés par sainte Marie et Jean le Baptiste. Denise Borlée et Isabel Iribarren associent la verticalité de l'œuvre à l'ascension de l'esprit..
Lors de la construction du pilier, il a été badigeonné de couleurs. Les fonds des nimbes sont dorés pour les évangélistes et le Christ mais bistre pour les anges. Les globes oculaires ont été peints et laissés vides par le sculpteur, la caroncule et l'angle externe des yeux ont été peints en rouge, les paupières sont bordées de noir, les sourcils sombres, les lèvres rouges, et on peut remarquer parfois la lunule et le contour de l'ongle.
Premier niveau Le premier niveau comporte les statues des quatre évangélistes, chacun associé à un attribut : saint Marc est associé au lion, saint Matthieu à l'ange, saint Jean à l'aigle et saint Luc au bœuf. Les statues, dont les corps sont tournés d'un quart de tour en se regardant et en discutant deux à deux, donnent un effet giratoire à l'ensemble, appuyé par les trompettes des anges du deuxième niveau. Les attributs des statues sont également tournés les uns vers les autres. Habituellement, les évangélistes ne sont représentés que par leurs symboles.
Saint Matthieu a une barbe brune, les yeux bleus et la chair rose. Son nimbe est doré et orné d'une étoile rouge à huit branches. Saint Luc a des yeux bleus, repeints en vert, des cheveux gris, et son taureau est marron. Saint Marc a les yeux bruns et son lion possède des ailes bleues. Le nimbe de saint Luc semble avoir un motif floral bleu, ses cheveux sont blonds et ses yeux bleus.
Deuxième niveau Le deuxième niveau est orné d'anges nimbés jouant de la trompe, annonçant le jour du Jugement dernier. Les quatre anges possèdent de nombreuses similarités : la chair est rose et les cheveux sont ocre rouge ou blonds. Les ailes de l'ange au-dessus de saint Marc (orienté nord-est) sont les mieux conservées et de couleur bleue, et le nimbe de cet ange présente un motif fleurdelisé bleu, similaire à celui de saint Jean. La forme des ailes est très particulière car elle s'éloigne des ailes à plumes des oiseaux pour un style plus épuré, inédit dans l'art roman ou gothique. L'ange surplombant saint Matthieu est affublé d'une sur la joue dont ni l'origine ni le but ne sont connus, tandis que la trompe de celui au-dessus de saint Luc est brisée.
Troisième niveau Sur le troisième niveau, Jésus, montrant ses plaies, est assis sur un trône au-dessus de mortels sortant de leurs tombes. Le Christ en gloire est tourné vers la nef et regarde le chœur. Les trois autres statues représentent des anges portant des reliques de la Passion du Christ : la Sainte Lance et le vinaigre, les Saints Clous et la Vraie Croix, et la Sainte Couronne.
La Sainte Lance et le vase de vinaigre sont brisés et l'ange les portant présente des yeux bruns, des cheveux blonds, et son nimbe est orné d'une étoile rouge à huit branches. La Sainte Couronne porte des traces rouges et vertes, et son ange possède un nimbe orné d'une rosace à pétales bleus. L'ange à la Croix a été peint avec des yeux bruns. Le Christ est vêtu d'un tissu doré et ses plaies forment un filet rouge. Son nimbe représente une croix rouge et sa tête a été placée plus tard, comme le suggère la jointure visible au niveau des épaules. Dans son étude de 2006 sur la polychromie, Anne Vuillemard suggère que cette jointure était masquée par la couche de peinture, expliquant pourquoi le Christ est la seule sculpture entièrement colorée. Le trône est de couleur bleue et le dais est le seul élément du pilier à avoir été peint entièrement en rouge, bleu et or.
Disposition des statues vignette|droite|Saint Jean est tourné vers la gauche et son aigle est tourné vers la droite.|alt=Photographie de la statue d'aigle sous la statue d'un homme. Les douze statues sont disposées sur trois étages selon un ordre hiérarchique : les évangélistes, les anges, le Christ et ses reliques. Ces représentations sont tournées d'un quart de tour, de sorte que les évangélistes discutent deux à deux et les anges soufflent dans leurs trompes, deux vers la droite et deux vers la gauche. De même, les évangélistes sont tournés à l'opposé de leurs attributs respectifs. Ces alternances donnent un effet giratoire au pilier.
Et, selon Roger Forst, la disposition des statues au sein du même étage n'est pas non plus un hasard. Saint Matthieu bénéficie d'une double rotation, car ses jambes et sa tête sont tournées vers saint Luc et son buste est tourné vers saint Jean : il fait face au double portail d'entrée du transept. Ceci peut s'expliquer par le fait que, dans son évangile, saint Matthieu décrit l'avènement du Jugement dernier : .. À ses côtés, discutant avec lui, est représenté saint Luc, dont l’évangile se clôt par la résurrection et l'élévation au ciel de Jésus.. L'emplacement de ces deux évangélistes sur le pilier leur permet d'être mis en avant, face au portail du transept, en plus d'être éclairés la plupart du temps.
Sous la statue de Jésus se trouve celle de saint Jean, le disciple que Jésus aimait et celui qui resta après la Crucifixion. Saint Jean est également le premier à reconnaître Jésus après sa résurrection.
Inspirations Les inspirations du pilier des Anges ont été débattues par de nombreux auteurs, historiens de l'art ou de l'architecture. Deux thèses principales s'opposent : la thèse chartraine et la thèse bourguignonne. D'autres hypothèses ont été émises, en raison de piliers similaires précédents dans l'art français et l'art germanique. Le pilier a également été rapproché d'autres statues de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Les anges du troisième étage du pilier présentent des similitudes avec les statues dEcclesia et Synagoga de la cathédrale, notamment en comparant les plis des vêtements. De même, le tympan de la dormition, situé au niveau du portail du transept sud, a été rapproché du pilier des Anges par la ressemblance entre les deux Christs.
Thèse chartraine vignette|gauche|Porche nord de la cathédrale de Chartres, dont plusieurs statues ont été comparées au pilier des Anges ou au portail sud de la cathédrale de Strasbourg.|alt=Photographie du triple portail d'une cathédrale, surmontant des marches.