Athéna est une des principales divinités des cultes de la religion grecque antique.
Les anciens Grecs lui rendent des cultes principalement en tant que déesse protectrices des cités et de leurs institutions, aussi en tant que divinité de la guerre, des artisans et des techniques. Elle est aussi sollicitée pour divers autres bienfaits, en lien avec la fertilité, la santé, l'éducation, etc.
Son principal lieu de culte est situé à Athènes, sur l'Acropole, mais elle dispose de nombreux autres lieux de culte sur le vaste territoire de la cité à laquelle elle est le plus associé. Elle est également vénérée dans le reste du monde grec, où elle dispose de plusieurs sanctuaires importants, notamment à Coronée, à Philia, à Tégée ou encore à Lindos.
thumb|Carte de la Grèce antique avec localisation des sanctuaires d'Athéna et autres sites et régions mentionnés dans l'article.
Athéna et Athènes
La déesse tutélaire d'Athènes thumb|Tétradrachme athénien de la seconde moitié du À l'avers (« face »), tête d'Athéna de profil ; au revers (« pile »), chouette et rameau d'olivier avec l'inscription ΑΘΕ pour ΑΘHNAIΩN.
Protectrice des cités, Athéna est avant tout liée à Athènes. Son nom dérive probablement de celui de la cité, qui est donc son lieu de naissance, même si elle dérive de figures divines plus anciennes encore. En tout cas la filiation évidente entre les deux noms, que ce soit dans un sens ou dans l'autre, rappelle constamment le lien indéfectible entre la cité et la déesse. En tant qu'Athéna Polias, elle est la protectrice de la cité, l'aide à se défendre face à ses ennemis ou à les vaincre, comme l'indique d'autres épithètes telles que Promachos et Nikè. Elle protège aussi ses institutions, en association constante avec son père le dieu souverain Zeus. Elle est logiquement le symbole de la cité : il a pu être dit qu', l'incarnation de la fierté des Athéniens (R. Parker). Son sanctuaire de l'Acropole, où elle est connue sous plusieurs épithètes, est la vitrine de la cité et le lieu où est entreposé le trésor public. Les offrandes publiques comme privées se dirigent prioritairement vers elle, en tant qu'incarnation de la cité. Ses images sont reprises sur le monnayage civique, avec sa tête de profil côté « face » et la chouette et l'olivier côté « pile » : ..
La mythologie locale explique ce lien par le fait que la déesse a été choisie aux dépens de Poséidon, et qu'elle a veillé sur le jeune Érichthonios avant qu'il ne devienne roi d'Athènes, en faisant en quelque sorte une figure maternelle pour tous les Athéniens. Elle occupe donc la première place pour eux : les invocations aux divinités sont souvent faites sous la formule « Athéna et les (autres) dieux », elle est mentionnée par les Athéniens comme la « maîtresse de ce pays » ou « notre déesse locale », Athènes est évoquée à l'occasion comme la « cité de Pallas » et les Athéniens comme « les citoyens de Pallas », un des chœurs des Héraclides d'Euripide (770-772) adressé à elle dit que , une louange attribuée à Solon rapporte comment elle étend ses mains pour protéger la cité.
Pour R. Parker, Athéna est dans le contexte athénien la « divinité locale spéciale » par excellence dans le polythéisme grec, parce qu'elle y a une place sans équivalent dans la plupart des cités grecques. Dans les études modernes, elle est souvent décrite comme la divinité « tutélaire » d'Athènes, ou encore sa déesse « poliade » (« de la cité »), une modernisation de l'épiclèse Polias qui sert d'une manière générale à associer une divinité à une cité qu'elle protège et possède en quelque sorte. Si cette notion manque de pertinence pour la plupart des cités grecques, ce n'est pas forcément le cas à Athènes tellement le lien est fort et affirmé à de nombreuses reprises dans l'histoire. Mais pour autant les Athéniens ne se tournent pas toujours prioritairement vers Athéna. Ils peuvent selon les circonstances s'adresser à bien d'autres divinités, ce qui relativiserait le caractère « poliade » d'Athéna dans cette citéSur cette question : ; ; .. Par ailleurs, la déesse est aussi « secondée » par divers héros et héroïnes dont les lieux de culte voisinent les siens, qui renforcent son ancrage local et dans certains cas au moins complètent ses fonctions (par exemple les filles de Cécrops pour le tissage et la croissance des jeunes gens).
Historique
thumb|left|Inscription des comptes des trésoriers d'Athéna et des autres dieux. La déesse est représentée sur le bas-relief, serrant la main d'Érechthée. Musée de l'Acropole.
Les destins de la déesse et de la cité sont donc inextricablement liés. Historiquement, Athéna a probablement acquis cette position par le développement de sa fonction de déesse protectrice de la cité et de maîtresse de son Acropole. Il est possible qu'Athéna soit vénérée en ce lieu dès l'époque mycénienne, alors que ce lieu serait, suivant la configuration courante de cette période, une forteresse où se trouverait un palais royal (dont aucune trace n'a été identifiée avec assurance). Selon un « scénario » envisagé, Athéna pourrait être à l'origine la protectrice de la citadelle et du roi qui y réside, et quand le pouvoir royal disparait à la fin de l'époque mycénienne elle reste seule maître des lieux et prend symboliquement la place du roi. Au-delà de ces conjectures, les origines du culte athénien d'Athéna restent nimbées de mystère : il faut attendre le pour en avoir une possible évocation chez Homère, et il y a peu de traces d'un culte sur place pour les Les Grandes Panathénées, la fête panhellénique d'Athéna, sont instaurées en 566/5 ou peu après, et il faut attendre la première moitié du pour voir l'apparition d'une architecture monumentale sur l'Acropole, sans doute sous les tyrans Pisistratides. En tout cas cette lignée semble avoir mis en exergue son lien à Athéna pour asseoir son pouvoir, embellissant considérablement les édifices de l'Acropole. Selon Hérodote (I, 60), le fondateur de la dynastie, Pisistrate, voyant son pouvoir menacé, aurait fait passer une belle femme d'un village d'Attique pour la déesse en lui faisant revêtir une armure, et aurait paradé avec elle auprès des Athéniens qui auraient cru à une apparition de la déesse, qui soutiendrait le tyran.
Après les Guerres médiques (490-480 av. J.-C.) et avec l'instauration de l'« empire » athénien (la « Ligue de Délos »), le lien entre la cité et sa déesse est de plus en plus affirmé, surtout après le déplacement du trésor de la Ligue de Délos depuis Délos vers l'Acropole en 454 et la reconstruction de ses sanctuaires entamée à l'époque de Périclès. Tout cela fait de l'Acropole un lieu de mise en scène de la cité athénienne idéalisée, sous les auspices de la déesse Athéna. Elle est aussi extrêmement riche, beaucoup plus que les autres divinités d'Athènes réunies : dans les années 433-426 les Athéniens empruntent plus de à Athéna Polias, contre plus de 766 pour les autres.
Après la relégation au second plan de la puissance politique athénienne à la fin de l'époque classique (entre 338 et 322), le culte d'Athéna perd en faste. Les Grandes Panathénées sont même annulées une première fois en 286 faute de moyens, puis interrompues de 240 à 170 av. J.-C. Sous les empereurs romains, le culte d'Athéna est certes patronné par des empereurs, mais au prix d'évolutions telles que l'introduction du culte des empereurs et de la déesse Roma (qui reprend du reste des caractéristiques d'Athéna) sur l'Acropole, symbolisant leur prise de pouvoir, et des changements dans le déroulement des Panathénées de manière à montrer l'emprise romaine. Athéna continue à remplir son rôle symbolique de déesse tutélaire la cité dans les temps plus difficiles d'Athènes. Au début du de notre ère, Dion Cassius (Histoire romaine, LIV, 7, 3) rapporte que, lorsqu'Auguste avait visité la cité avec laquelle il était en froid en raison de son appui à Marc-Antoine, la statue de la déesse de l'Acropole (celle de l'Érechthéion ?) avait été tournée de l'est vers l'ouest (donc vers Rome) et couverte de sang comme si elle en crachait, en guise de provocation envers lui. Au début du de notre ère, Zosime (Nouvelle Histoire, V, 6) mentionne une apparition de la déesse, en armes et accompagnée de son protégé Achille, devant les murailles de la ville, au roi wisigoth Alaric lorsqu'il assiège Athènes en 396 ap. J.-C.
Le culte d'Athéna dure jusque dans l'Antiquité tardive, au moins vers la fin du de notre ère quand la statue d'Athéna est retirée du Parthénon, événement symbolique majeur pour la fin du paganisme et le triomphe du christianisme. Cet édifice est par la suite converti en église, de même que l'Érechthéion (au plus tard au )..
L'Acropole, haut lieu d'Athéna
L'Acropole d'Athènes est le lieu où se déroulent les principaux cultes athéniens d'Athéna, et aussi le principal lieu de culte d'Athènes (l'intégralité du site a eu un aspect sacré). Les premiers temps du site sont très mal connus : il est probable qu'un sanctuaire avec des structures en dur existe au si ce n'est dès le , mais elles ont pour l'essentiel disparu durant les phases de constructions postérieures. L'architecture du est débattue : c'est de cette période que daterait le début d'une architecture monumentale, déjà organisée autour de plusieurs édifices dont il reste des traces, dont peut-être un temple pour la statue de culte d'Athéna et des cultes héroïques qui préfigure l'Érechthéion et un autre qui préfigure le Parthénon. Quoi qu'il en soit, le site est en grande partie détruit en 480 lorsque les Perses occupent la ville, et il est reconstruit par la suite. Ces constructions de la seconde moitié du correspondent à l'apogée de la puissance athénienne, en particulier à l'époque de Périclès (v. 451-429), et font appel aux contributions des plus grands artistes du temps (dont Phidias). Elles modèlent le visage du sanctuaire d'Athéna jusqu'à nos jours. Plusieurs inscriptions complètent la connaissance de l'organisation de ce site sacré, ainsi que des mentions littéraires, en dernier lieu dans la Description de la Grèce de Pausanias, vers le milieu du de notre ère.
vignette|centré|redresse=2.5|
1. Parthénon 2. Ancien temple d'Athéna 3. Érechthéion 4. Statue d'Athéna Promachos 5. Propylées 6. Temple d'Athéna Nikè 7. Éleusinion 8. Brauronéion 9. Chalcothèque 10. Pandroséion 11. Maison des Arrhéphores 12. Autel d'Athéna 13. Autel de Zeus 14. Hérôon de Pandion 15. Odéon d'Hérode Atticus 16. Stoa d'Eumène de Cardia 17. Asclépiéion 18. Théâtre de Dionysos 19. Odéon de Périclès 20. Téménos de Dionysos Eleuthéreus 21. Fontaine mycénienne
Le cœur du culte d'Athéna sur l'Acropole, destiné à la déesse sous son épithète Polias, est situé du côté de nord de la colline, au centre. C'est là que se trouve le grand autel servant pour les sacrifices adressés à la déesse, notamment les holocaustes des Panathénées. Il jouxte le temple surnommé (après Pausanias) Érechthéion, achevé à la fin du , que les anciens Grecs appelaient aussi « temple de l'image » parce qu'il abritait la statue de culte d'Athéna Polias, taillée dans de l'olivier. C'est un édifice complexe, puisqu'on y trouve apparemment aussi un espace de culte héroïque pour le roi légendaire Érechthée, vénéré conjointement au dieu Poséidon. Il est également bordé par l'olivier qu'aurait créé Athéna lors de son duel avec Poséidon pour la domination d'Athènes, situé dans un lieu de culte héroïque dédié à Pandrose (Pandroséion), une des filles de Cécrops. Derrière l'autel d'Athéna Polias se trouve aussi un autel dédié à Zeus Polieus.