Les relations entre la Belgique et la Lituanie sont les relations bilatérales s'exerçant entre la Belgique et la Lituanie, deux États membres de l'Union européenne.
Histoire Une lente reconnaissance de l'État lituanien (1918 - 1922)
Après la Grande Guerre, l'opinion mondiale est plus que sceptique quant à l'avenir des trois États baltes qui parviennent à passer outre à la menace de l’impérialisme d’un côté et à celle du spectre d’une invasion soviétique de l’autre. La Lituanie doit se faire reconnaître comme puissance européenne alors que ses voisins se la disputent. Après la déclaration d’indépendance du 16 février 1918, le Conseil d’État lituanien se met à la recherche de contacts avec l’Europe occidentale et tâche de se désolidariser de l’Allemagne en comptant sur la protection de l’Entente. Si la reconnaissance de jure de la Lettonie et de l’Estonie est proclamée le par le gouvernement belge, celle de la Lituanie devra attendre le . Dès 1918, les nations déjà existantes, dont la Belgique, voient avec inquiétude les combats s’intensifier à l’Est notamment la querelle polono-lituanienne et cette inquiétude joue un rôle important sur la réticence des nations à reconnaître de jure la nouvelle république. .
La décision de la Belgique de reconnaître ou non, de jure ou de facto, la République de Lituanie dépend beaucoup de la décision des autres nations plus puissantes qu’elle, particulièrement de l’Italie, de la France, du Japon et surtout du Royaume-UniAMAEB,Lithuanie(1917-1928),10.805.. Dans un premier temps, le Gouvernement belge décide d’adopter une position d’observateur afin de voir l’évolution de la situation sur ce territoire avant de se positionner bien qu’il admette que la situation est compliquéeAMAEB, Lithuanie (1917-1928), 10.805, Note à l’Annexe N°I, Bruxelles, s.d... Le , la Belgique annonce reconnaître de jure la Lettonie et l’Estonie, mais fait également savoir qu’elle ajourne la reconnaissance de la Lituanie. Oscar Milosz, chargé d’affaires de la Lituanie auprès de la France et de la Belgique, écrit au ministre des Affaires étrangères Henri Jaspar afin de lui faire part de la surprise et du sentiment de tristesse que ressent la nation lituanienne face à cette annonce. Il se fait défenseur des relations belgo-lituaniennes et insiste sur les bienfaits qui apparaîtraient si la Lituanie était reconnue dans la situation actuelle de l’EuropeAMAEB, Lithuanie (1917-1928), 10.805, Note pour Monsieur le Ministre, Bruxelles, 26 octobre 1920. . Cependant, la décision d’ajournement de la reconnaissance de jure de la Lituanie est maintenue par le Conseil suprême de la Société des Nations et de ce fait, par la Belgique, brandissant toujours comme défense la situation conflictuelle entre la Lituanie et la Pologne.
Le , le représentant belge à Paris, le baron Edmond de Gaiffier d'Hestroy, est chargé de faire savoir à Oscar Milosz, afin que celui-ci en avise son gouvernement, que la Lituanie est officiellement reconnue de jure par la Belgique à dater de ce jourAMAEB, Lithuanie (1917-1928), 10.805, Pli du Baron Gaiffier d’Hestroy (amabssadeur belge à Paris) pour le Ministre Henri Japsar, Bruxelles, 23 décembre 1922..
Premières relations diplomatiques (1918-1922)
Avant 1921, les relations entre les deux pays passent à travers les représentants diplomatiques français établis sur le territoire balte ou bien les représentants de la diplomatie lituanienne établis en France. L’écrivain lituanien, Oscar Milosz commence sa carrière diplomatique en occupant le double poste de représentant lituanien auprès du Gouvernement français dès 1919, mais également auprès du Gouvernement belge dès .
Avant l’établissement d’une forme de représentation belge au sein des territoires baltes, deux légations endossent ce rôle, il s’agit de l’Ambassade de Varsovie, tenue par Maximilien-Henri van Ypersele de Strihou, et celle de Berlin, tenue par le comte de Kerchove ; ils sont responsables de la délivrance des passeports et des visas. À partir de 1920, la diplomatie belge dispose d’une légation à Riga et d’un consulat à Tallinn. La légation est accréditée à la fois auprès des gouvernements de Lettonie, d’Estonie et de Lituanie alors que le consulat de Tallinn n’est accrédité qu’auprès du gouvernement estonien. Les relations diplomatiques et consulaires de la Belgique, telles que reflétées dans les documents diplomatiques belges, semblent plus étroites avec la Lettonie et l’Estonie.
A l’instar de la Lituanie envoyant un représentant à la fois pour la France et la Belgique, l’inverse est également visible ; le chargé d’affaires temporaire français en fonction à Kaunas, Gabriel Padovani est mandaté par le ministre des Affaires étrangères belge afin de protéger les intérêts belges en LituanieAMAEB, Lithuanie (1917-1928), 10.805, Note pour le Ministre Henri Japsar, 22 décembre 1922.. Avant même d’accepter officiellement de représenter la Belgique, Gabriel Padovani a également appuyé le développement économique du Royaume de Belgique en Lituanie, comme le développement de la Compagnie d’Électricité de Kaunas, auprès du Gouvernement lituanienAMAEB, Lithuanie – Entreprises belges, 41.84,, Pli transmis par l’ambassadeur belge à Paris à Henri Jaspar, Paris, 2 août 1921..
Les diplomates belges nommés aux pays baltes sont assez peu nombreux et sont restés en poste un nombre considérable d’années. À Tallinn, l’homme d’affaires belge, Michel Nicaise est nommé consul honoraire de Belgique de 1920 à 1939. Il adresse régulièrement à Bruxelles des rapports critiques et bien documentés sur l’évolution de la situation des pays baltes et de l’URSS. En 1940, à cause de la Seconde Guerre, il se réfugie en Finlande, puis en Suède. À Riga, le Baron Florent de Selys-Fanson, après avoir été conseiller à Varsovie en 1925, est nommé chargé d’affaires en , d’où il représente la Belgique auprès des trois pays baltes. Fin , à la suite de l’annexion soviétique des pays baltes, il se réfugie auprès de la Légation de Belgique à Stockholm.
Essor des relations belgo-lituaniennes (1922 - 1939)
Les relations diplomatiques Des relations diplomatiques commencent à éclore de plusieurs manières entre les deux pays et celles-ci seront stables jusqu’à l’annexion de la Lituanie en 1940 par l'URSS.
Comme déjà dit, la Belgique s’établit diplomatiquement parlant dans plusieurs capitales autour de la Lituanie comme la capitale lettonne Riga, l’Estonienne Tallin, la Polonaise Varsovie ou encore l’Allemande Berlin, mais elle ne s’établit pas dans la capitale lituanienne, Vilnius, en raison, notamment, de conflit dans cette région. Il faut attendre 1923 et 1925 pour que s’établissent deux consulats honoraires accrédités par le Gouvernement belge se trouvant respectivement à Klaipėda et Kaunas, capitale temporaire de Lituanie. Pour que la réciprocité soit observée sur le territoire belge, il faut attendre 1927. Ainsi ce sont des consulats honoraires qui sont établis sur les deux territoires, de ce fait, ce ne sont pas des diplomates de carrière qui y sont accrédités, mais des industriels, dans les cas présents, qui acceptent d’occuper cette fonction de représentation en plus d’exercer leur activité professionnelle principale.
Le , le ministre des Affaires étrangères belge nomme Paul Schultz comme consul honoraire dans la région de Klaipėda, il restera en fonction jusqu’à l’invasion du pays en 1940. Le , c’est au tour de l’industriel lituanien Arturas Langė, directeur de la “Compagnie d’Électricité belge à Kaunas’’ depuis 1912, de recevoir du Gouvernement belge ses lettres de créance et de prendre la gestion du consulat honoraire de Belgique à Kaunas jusqu’à sa mort le . Cet entrepreneur originaire de Kaunas, ayant vécu un temps en Belgique, entretient de nombreuses relations avec les hommes politiques lituaniens, entrepreneurs, ministres et diplomates. Il est très apprécié de ses contemporains sur le territoire lituanien, ce qui explique assez aisément la décision de le désigner consul honoraire au nom de la Belgique. Son frère, Eugenijus Langė, lui succède et exerce les mêmes fonctions industrielles et diplomatiques jusqu’à l’invasion du territoire lituanien en 1940.
Du côté de la représentation lituanienne en Belgique, un consulat honoraire est créé à Bruxelles principalement grâce à l’intervention d’Oscar Milosz auprès du Gouvernement belge. Arnold Fürst-Magerman, sujet lituanien et résidant à Bruxelles, est nommé consul honoraire et exerce à Bruxelles de 1927 à 1932. Il décide d’installer son cabinet dans sa propre maison de Bruxelles et entretient des liens étroits avec les industriels, personnalités politiques et gens du commerce en Belgique.
En , Aleksandras Stulginskis, alors président de la République de Lituanie, nomme Petras Klimas aux fonctions d’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en France et prévoit qu’en résidant à Paris, celui-ci pourrait avoir les mêmes fonctions dans les pays voisins (Belgique, Suisse entre autres)AMAEB, Légation de Lithuanie, Chef de Mission (1928 – 1940), Monsieur Robert Everts à Monsieur Vandervelde, Berlin, 26 janvier 1926.. Il n'obtient ses lettres de créances que le et se présente à Bruxelles le pour remettre les documents de nomination au roi Albert IAMAEB, Légation de Lithuanie, Chef de Mission (1928 – 1940), Antanas Smetona, Président de la République de Lithuanie à sa Majesté, le Roi des Belges, Kaunas, 29 février 1928.. Il s’occupe non seulement des questions de relations politiques, mais participe aussi, parfois, aux négociations bilatérales économiques bien que ce soit souvent plus du ressort des différents consuls.
Le , le Gouvernement lituanien décide, aux vues des “relations économiques étroites qui se sont établies entre le Royaume de Belgique et la Lithuanie’’AMAEB, Légation de Lithuanie, Membres du Personnel, Petras Klimas à M. Paupl Hymans, Paris, 14 mai 1929. , de créer auprès du consulat honoraire de Bruxelles un poste d’attaché commercial. Il désigne Arcadius Gunsbourg, citoyen lituanien vivant à Bruxelles, afin de remplir cette tâche. Il est chargé des relations économiques et commerciales entre la Belgique et la Lituanie. Sa mission prend fin en AMAEB, Légation de Lithuanie, Membres du Personnel, Petras Klimas à M. Paul Hymans, Paris, 18 novembre 1929. .
Tandis que les représentants belges accrédités auprès du gouvernement lituanien restent à leur poste jusqu’à l’invasion de la Lituanie par les Soviétiques, il n’en va pas de même pour la Lituanie où les représentants sur le territoire belge changent bien plus souvent. De plus dès la fin de l’année 1936, la Lituanie met en place une politique de densification du réseau des consuls honoraires de Lituanie à l’étranger. À côté des consulats généraux déjà établis dans les capitales des pays étrangers ou dans leur plus grand port, de nouveaux consulats ou vice-consulat sont créés. Cette politique est également appliquée en Belgique avec l’accréditation d’un consul honoraire à Anvers en 1937.
Les relations commerciales Pour l’ensemble des pays touchés par la Première Guerre mondiale, il faut se reconstruire économiquement, entre autres. En Belgique, l’exportation doit se rétablir après les nombreuses destructions et réquisitions des années de guerre, il faut s’adapter à d’importantes pertes dans la population ainsi que la chute des anciens partenaires commerciaux tels que l’Empire de Russie. Pour les hommes politiques des nouveaux pays émergents durant l’entre-deux-guerres, dont fait partie la République de Lituanie, le Royaume de Belgique fait office d’exemple par son développement économique fort, son industrie développée, ses traditions de commerce et ses bonnes écoles supérieures faisant d’elle un partenaire économique attractif.