vignette|upright=1.7|Répartitions des charbonnages de France sur les bassins houillers français.

Charbonnages de France (CdF) était un établissement public national de caractère industriel et commercial, établissement public central du fait de l'organisation choisie lors de la nationalisation, créé en 1946 et dissous en 2007.

Histoire Charbonnages de France, ayant la forme juridique d'établissement public national de caractère industriel et commercial, ou établissement public central dans le cadre de l'organisation issue de la loi de nationalisation, résulte du besoin de relancer la production charbonnière durant l'après-guerre (Seconde Guerre mondiale) et sa période de reconstruction, traduit par la nationalisation des compagnies minières privées votée le par l'Assemblée nationale (loi « relative à la nationalisation de l'industrie des combustibles minéraux » adoptée par contre seulement 31).

La loi a été votée le , promulguée le (loi numéro 46-1072 du ) et a fait l'objet d'une publication dans le JORF numéro 116 du , page 4272 (version numérisée disponible sur le site de Légifrance).

L'article 2 dispose : "Les mines de combustibles nationalisées sont gérées par des établissements publics nationaux de caractère industriel et commercial dotés de la personnalité civile et de l'autonomie financière qui sont : 1) Un établissement public central dénommé Charbonnages de France dont l'activité s'exerce sur l'ensemble du territoire ; 2) Des établissements publics distincts, dénommés Houillères du bassin de... constitués dans chaque bassin houiller par décret."

Ce besoin étant européen, Robert Schuman propose la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca) et de nombreux travaux de recherche et développement vont améliorer les rendements et la sécurité des mines, alors que le statut des mineurs s'améliore.

Certaines mines n'intègrent pas les Charbonnages de France:

Les houillères de Ronchamp (confiées à EDF)

Le bassin de Faymoreau.

Le houillères d'Ahun-Lavaveix & de Bosmereau dans la Creuse. La faiblesse des gisements creusois ne permet d'entrer dans le programme des nationalisations minières décidées en 1946.

Le bassin de Basse-Loire.

Cependant le charbon le plus facile à exploiter est rapidement épuisé, et la production devient moins rentable, voire déficitaire, et l’État français, qui dispose d'importantes ressources dans ce domaine, modère ses investissements dans le charbon pour les orienter vers l'énergie hydroélectrique ou le nucléaire, plus durables et propre ; selon Robert Coeuillet (ancien dirigeant des Houillères et de CdF) : de Ladoucette, P. (2004) Charbonnages de France et la société française. Histoire d’une grande mutation industrielle. éd. ESKA/Annales des Mines, 7-17 (PDF, 13 pages)..

Années 1950 vignette|upright=2|Carte représentant les concessions du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, avant la nationalisation.

En 1954, le gouvernement demande à CdF de réduire ses déficits (surtout dus aux mines de charbon du Centre et du Midi).

En 1955, alors que la concurrence des charbons étrangers se fait sentir, diverses mesures sont prises pour mieux rentabiliser les installations avec les décrets « Pflimlin », de premières « zones spéciales de conversion » sont mises en place dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais (à Béthune et dans l'ouest du bassin) pour valoriser les locaux et installation laissées après les fermeture des premières mines de charbon.

En 1958, le record national historique de production est atteint (), mais elle déclinera ensuite inexorablement, alors même que CdF et le gouvernement doivent aussi faire face aux coûts croissants des retraites du personnel minier et aux coûts sociaux de la silicose et d'autres séquelles environnementales et sanitaires (l'espérance de vie et la santé sont fortement dégradées dans ces régions industrielles). Les particuliers et industriels se tournent vers le gaz naturel, plus propre et plus pratique pour leurs besoins énergétiques, mais une partie de l'industrie lourde (aciéries notamment) et quelques centrales thermiques de production d'électricité continuent à s'alimenter en charbon.

Années 1960 Dans les années 1960, le développement de l'automobile et des matières plastiques tirent l'industrie pétrolière et gazière en avant ; la part des hydrocarbures est presque multipliée par 10 de 1957 à 1962 dans le bilan énergétique national. Le , le général de Gaulle indique à la télévision qu'il est temps de transformer la ; il indiquera à ce propos dans ses Mémoires : Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir. Le Renouveau (1958 – 1962) ; éd. Plon..

vignette|La fosse n° 10 du Groupe d'Oignies, ouverte en 1961 et un exemple de la concentration de l'extraction.

Malgré le soutien de l’état à l'industrie, la part du charbon dans la demande énergétique chute (passant de 80 % en 1946 à 56 % en 1960) et les perspectives du marché national et européen sont mauvaises pour le charbon. Le de cette même année 1960, alors que le plan Monet de développement de l’hydroélectricité est presque achevé, avec succès, Jean-Marcel Jeanneney dévoile au Sénat un plan confirmant la récession charbonnière : son Plan d'adaptation des Charbonnages de France pour la période 1960-1965 ne fixe comme objectif de production « que » 53 Mt pour 1965 (alors que 58,7 Mt avait été atteint l'année précédente ; et qu'en 1929, avant la crise de 1929, un record à 54 Mt avait été atteint), ce que les des Houillères et de Charbonnages n'étaient pas prêts à entendre. Les objectifs de production sont recentrés sur les deux bassins qui contiennent encore un charbon relativement accessible (aux coûts du marché) ; celui du Nord-Pas-de-Calais (28 Mt attendues) et moindrement celui de Lorraine (13,5 Mt), condamnant les mines du Centre et du Midi à préparer leurs fermetures. Le gouvernement veut faciliter ces fermetures en publiant un décret Décret du 30 juillet 1960 permettant une retraite anticipée à trente ans d’ancienneté pour les mineurs de ces bassins, en commençant par l'Aveyron et les Cévennes, mais d'importants mouvements de grèves sont néanmoins générés par ces fermetures (à partir de la fin de l'année 1961 pour une fermeture annoncée pour 1966 qui sera finalement repoussée). Les mouvements sociaux repoussent de nombreuses fermetures, mais le déclin charbonnier se poursuit inexorablement, accompagnant celui d'une partie de l'industrie lourde et de la carbochimie. Peu après, (le ), le ministre de l'Industrie écrit à CDF que .

En 1963, L'« année énergétique » est marquée à la fois par une grande grève des mineurs et par l'inauguration de la première centrale nucléaire civile à Chinon. Le président de la République, Charles de Gaulle, sortant du Conseil des Ministres le interrogé quant à l’avenir de la profession de mineurs répond qu'Alain Peyrefitte C’était de Gaulle, éd. Fayard.. Le choc de ce recul est atténué par l'effet des Trente Glorieuses, époque où le chômage n'existe presque plus (2,6 % dans le Nord-Pas-de-Calais en 1963-64 pour 2,1 % en moyenne nationale) mais sera ressenti plus durement durant les chocs pétroliers, bien que ces derniers soient favorables à une remontée des achats de charbon à la suite de la montée des prix du pétrole. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les houillères sont encore le premier employeur avec (contre vingt ans plus tôt).

Un groupe informel de réflexion sur l’évolution du tissu industriel est créé en 1963-1964 par plusieurs chefs d’entreprise ; le directeur général des Houillères du bassin en fait partie. Ce groupe préfigure en quelque sorte la future Commission de développement économique régional (Coder, créée en 1964 dans chaque région) pousse à créer un organisme consacré au soutien à l'industrie et à l'emploi industriel régional, ce qui va dans le sens du travail de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (Datar) qui soutient l'idée d'un aménagement du territoire plus structurant et adapté aux territoires et bassins d'emploi. Des EPF (établissements publics fonciers) joueront un rôle important en facilitant la réhabilitation et reconversion de dizaines de milliers d'hectares de friches industrielles (souvent très polluées et parfois concernées par des affaissements ou effondrements miniers) dans le nord et l'est de la France, souvent liées à l'effondrement du charbon et aux mutations de la sidérurgie et de la carbochimie ; et en 1966 des « associations pour l’expansion industrielle » sont créées en associant les acteurs industriels locaux pilotées par des délégués généraux dits « Commissaires à la conversion industrielle ». Durant quarante ans, les charbonnages seront concernés par une suite de plans de fermetures de mines, de reconversion et de reclassements, entrecoupés de quelques opérations ponctuelles et provisoires de relance de la production ou de la consommation de charbon.

En 1966 le confirme à CdF sa volonté de faire participer l'entreprise à une conversion industrielle s'inscrivant dans une sortie de l'ère du charbon, conversion qui selon lui (.

En 1967, le comité interministériel de autorise CdF et les Houillères à créer une société financière de reconversion pouvant ce qui se traduira par la décision le par le Conseil d'administration de CdF de créer la première « société de conversion » de France (Sofirem officiellement mise en place le , dotée d'un capital initial de 10 MF (=1,5 M€), qui sera porté à 40 MF (= 6 M€) puis à 80 MF (= 12,2 M€) fin 1969). La Sofirem inspirera d'autres sociétés de ce type à partir de 1975 (ex : Sofrea créée par Elf, Sopran créée par Rhône-Poulenc, Geris (Thomson) créée par Thomson et Saint-Gobain Développement créée par Saint-Gobain). De la révolution industrielle à la première Guerre mondiale, le charbon a permis l'industrialisation lourde, source d'un grand nombre d'emplois industriels (mais aussi d'un fort recul de l'emploi agricole). Il fut une source de richesse pour le pays et a été associé à l'image du progrès. Dans les années 1960, son image se dégrade ; source de silicose et de risque industriel, de catastrophes industrielles, il est maintenant associé au recul industriel, aux pollutions et apparaît comme plus sale et moins pratique que le pétrole et surtout que l'électricité hydraulique (dite « houille blanche ») ; il semble devenir un poids pour la nation, que le gouvernement voudrait en 1968 soulager en demandant à CdF d'accélérer la reconversion. Fin 1968, après les événements de le Ministre de l’Industrie impose en effet à CdF une réduction drastique de la production houillère via le « plan Bettencourt » (objectif de 3 Mt ; fermeture anticipée d'un an (début 1974) au lieu de 1975 ; fermeture des mines des bassins d’Auvergne, des Cévennes et du Dauphiné pour fin 1975 ; fermeture de 2 sièges lorrains de CdF à Sainte-Fontaine, et division par deux des tonnages extraits du sous-sol du Nord du pays... ce qui devrait se traduire par une réduction drastiques des effectifs : - dont par la retraite et à reclasser ou mettre en retraite anticipée). Cette consigne est ressentie au sein de CDF comme le signe d'une fin certaine et proche du charbon.

Années 1970 En 1974, une faible et brève reprise est permise par le premier choc pétrolier en 1973, qui quadruple le prix du pétrole alors que le charbon constituait encore 25 % des 113 TWh électriques produits par les centrales thermiques classiques, mais la remontée des prix du charbon ne permet que de diminuer le déficit des houillères et le gouvernement Messmer place tous ses espoirs et un énorme budget d'investissement dans EDF et une relance du nucléaire en décidant en , la création de 19 réacteurs nucléaires de 900 MW sur deux ans. Le , le ministère de l'Industrie demande par courrier à CDF de contribuer à importer du charbon via des contrats de longue durée et des prises de participation dans des « ressources étrangères ».