La bataille de Katia, ou affaire de Qatia (affair of Qatia) pour les Britanniques, se déroule le près de Katia et Oghratina, à l'est du canal de Suez. Dans le cadre de la défense du canal, une force ottomane menée par le général allemand Friedrich Kress von Kressenstein surprend des escadrons de la 5th Mounted Brigade britannique, chargés de protéger la nouvelle voie ferrée et la canalisation d'eau vers Romani. L'attaque ottomane, qui décime une partie importante des forces britanniques, est un succès. Simultanément, une offensive ottomane sur Duidar, près du canal, échoue face à la résistance britannique.

Les forces de Kress von Kressenstein sont actives dans la région depuis la première offensive de Suez en 1915, où trois colonnes attaquent les troupes stationnées le long du canal. Cependant, le renforcement des forces britanniques rend les attaques plus difficiles et met fin à la domination ottomane. Malgré cela, les attaques du montrent la détermination ottomane à continuer leur lutte contre les Britanniques.

Face aux attaques ottomanes, les forces de l'Empire britannique doublent leurs effectifs en déployant la brigade de cavalerie légère et la New Zealand Mounted Rifles Brigade à Katia et Romani. La brigade de cavalerie légère australienne et la 52e division d'infanterie britannique rejoignent rapidement ces renforts. Cette concentration de troupes aboutit, début août, à la bataille de Romani, qui se déroule sur le même terrain que la bataille de Katia.

Contexte historique Pour contrer la menace que les forces de von Kressenstein font peser sur le canal de Suez, le commandant en chef des forces britanniques en Égypte, Sir Archibald Murray, met en place en 1915 une défense structurée en trois secteurs. Le secteur sud, avec quartier général à Suez, couvre la zone de Suez à Kabrit. Le secteur centre, dirigé depuis Ismaïlia, s'étend de Kabrit à Ferdan. Le secteur nord, dirigé depuis Port-Saïd, inclut la zone de Ferdan à Port-Saïd, avec un poste avancé à El Qantara. Afin de renforcer ces dispositifs, l'Empire britannique améliore les lignes de communication. La voie ferrée qui relie Le Caire et le canal de Suez est également doublée pour faciliter le transport. L'approvisionnement en eau est optimisé grâce au pompage du Nil via le canal d'Ismaïlia, ce qui assure l'alimentation des troupes et des villes riveraines

À la suite de la campagne de Gallipoli, les Britanniques, qui ont désormais d'importantes troupes disponibles, changent leur stratégie de défense du canal de Suez. Ils ne se contentent plus d'attendre une attaque ennemie le long du canal, mais décident de prendre les devants en s'installant plus à l'est, dans le Sinaï. Le général Archibald Murray, à la tête de cette opération, souhaite établir une base militaire solide à Katia, en y prolongeant la voie ferrée et l'oléoduc. Cette base, qui pourrait accueillir jusqu'à hommes, permettrait de mieux contrôler la région et de prévenir toute attaque surprise. Dans cette optique, Murray demande l'autorisation au Bureau de la Guerre, le ministère de la Guerre britannique, d'étendre la ligne ferroviaire et l'oléoduc jusqu'à El-Arich, une ville côtière située encore plus à l'est. Il est convaincu qu'en combinant cette avancée avec la destruction des points d'eau situés sur la route centrale et l'élimination des patrouilles régulières ottomanes depuis El-Arich, la sécurité du canal de Suez serait définitivement assurée. Le Bureau de la Guerre approuve l'extension jusqu'à Katia, mais ne prend pas de décision concernant El-Arich. gauche|vignette|Carte de la région de Katia et Romani. Le , le premier navire qui transporte les rails et les traverses arrive à Kantara. Quatre semaines plus tard, une voie ferrée de est construite en direction de Katia par l'Egyptian Labour Corps et les Royal Engineers. En parallèle, deux nominations importantes ont lieu : Le , le brigadier général Edgar Askin Wiggin est chargé du commandement du district de Katia, tandis que le , le major général H. A. Lawrence est nommé responsable du secteur des défenses du canal, qui couvre la section nord.

Pendant ce temps, l'Australian Light Horse et le Bikaner Camel Corps, accompagnés par l'Egyptian Camel Transport Corps qui assure l'acheminement des vivres, des rations et des munitions, mènent plusieurs raids. Ces opérations ont pour objectif de détruire les points d'eau situés sur la route intérieure centrale, qui avaient été utilisés par les Ottomans lors de leur première offensive contre le canal de Suez, fin janvier et début .

Pour protéger les ouvriers et les installations ferroviaires, la 5th Mounted Brigade est envoyée à Katia. Début avril, l'activité ottomane reprend dans le secteur. Le 5th Light Horse Regiment australien est alors dépêché en renfort et son arrivée est prévue pour le .

Prélude et forces en présence Forces ottomanes vignette|Les forces ottomanes sont menées par le général allemand Friedrich Kress von Kressenstein. Pour s'opposer à la présence britannique grandissante, Kress von Kressenstein réunit une force de officiers et hommes. Cette troupe comprend les et bataillons, une compagnie du bataillon du régiment, ainsi qu'un régiment arabe de l'armée irrégulière. Les Ottomans sont équipés de six canons de montagne, une batterie de canon de 75 mm du régiment d'artillerie de campagne, deux canons du régiment d'artillerie de campagne, ainsi que deux ambulances de campagne et une colonne de munitions.

Les forces ottomanes et arabes progressent à travers le Sinaï en suivant la route du nord, parallèle à la côte méditerranéenne. Ce chemin stratégique est ponctué d’oasis luxuriantes, de Bir el Abd à l’est jusqu’à Oghratina, Katia et Romani, près du canal de Suez. Grâce à leurs palmiers dattier et leurs sources d’eau potable, ces oasis rendent viable la traversée du désert qui relie la frontière entre l'Empire ottoman et l'Égypte, à Rafa, jusqu’à El Arish et Romani. Les Britanniques estiment que cette région fertile pourrait à tout moment accueillir soldats ottomans et permettre à ennemis de traverser le Sinaï. Ainsi, celui qui contrôle Katia et Romani serait en mesure d'assurer la protection du canal de Suez. L’aviation ottomane, très active, effectue des patrouilles presque quotidiennes. Le , elle bombarde le camp récemment établi à Katia, avant de viser Romani dès le lendemain.

Forces de l'Empire britannique Le , jour de la Saint-Georges et de Pâques, la 5th Mounted Brigade se déploie sur une vaste zone. Elle est composée du Warwickshire Yeomanry, du Royal Gloucestershire Hussars et du Queen's Own Worcestershire Hussars. À Oghrantina, deux escadrons des Worcestershire Hussars, accompagnés de quatre officiers et hommes du génie militaire de la 2/2nd Lowland Field Company de la Royal Engineers, tiennent la position. À Katia, un escadron et une sous-section de mitrailleuses des Gloucestershire Hussars sont présents, soutenus par fantassins des Worcestershire Hussars ainsi qu’un détachement du Royal Army Medical Corps et du Royal Army Veterinary Corps. Plus à l’est, à Bir el Hamisah, les Warwickshire Yeomanry, à l’exception d’un escadron, occupent le secteur aux côtés d’un escadron et d’une troupe des Worcestershire Hussars. Enfin, à Romani, près de Péluse, les Gloucestershire Hussars, là encore amputés d’un escadron, assurent une présence avec une sous-section de mitrailleuses en réserve.

Dans la petite oasis de Dueidar, à au sud-ouest de Katia, hommes sont en poste : 120 du 5th bataillon des Fusiliers royaux écossais et 36 du Bikanir Camel Corps, dont quelques hommes du Yeomanry. À en arrière, sur la colline 70, le 4th bataillon des Fusiliers royaux écossais de la 52e division d'infanterie occupe une position stratégique.

Le , Edgar Askin Wiggin et son quartier général de brigade, accompagnés d’un escadron et d’une troupe de hussards du Worcestershire, rejoignent Bir el Hamisah depuis Katia. Il agit en réponse à un rapport qui signalait la présence d’une force ottomane à Bir el Mageibra, plus au sud. Avec l’accord de son commandant, H. A. Lawrence, il prépare une attaque surprise. À l’aube du , il atteint Bir el Mageibra, où il découvre un grand camp presque vide. Après avoir saccagé les lieux et capturé six prisonniers, il regagne Bir el Hamisah à , après un trajet de . C’est alors qu’il apprend l’existence d’attaques ottomanes en cours.

Bataille Oghratina Trente-six heures avant l’attaque ottomane, un escadron des Worcestershire Hussars et un détachement des Royal Engineers occupent l’oasis d’Oghratina. Un second escadron les rejoint seulement douze heures avant l’assaut, ce qui laisse peu de temps pour fortifier la position. À du matin, dans un épais brouillard, les soldats britanniques entendent des pompes en action à environ au sud-ouest. Un officier part en reconnaissance et découvre une soixantaine de soldats ottomans. Pris par surprise, ces derniers subissent de lourdes pertes sous le feu de la Yeomanry. Toutefois, en poursuivant leur avancée, les Britanniques essuient un tir nourri provenant d’une force ennemie bien plus imposante. Peu après, un escadron britannique est anéanti, et, à , le camp entier est assailli par une offensive massive venue du nord, de l’est et du sud-est.

L'attaque ottomane commence par une intense salve de canons légers, de mitrailleuses et de fusils. Bien que le commandant des Yeomanry ait reçu l'ordre de se replier en cas d'attaque massive, il ne peut se résoudre à abandonner les hommes des Royal Engineers. Pendant deux heures, la résistance tient bon, mais à , onze officiers et soldats ont déjà péri. Les survivants, officiers et soldats, sont obligés de se rendre.

Katia vignette|Représentation cartographique des positions occupées par la 5th Mounted Brigade en date du . Dès , l'escadron A des Gloucestershire Hussars, sous le commandement du capitaine Lloyd Baker, se prépare. Une patrouille de reconnaissance est immédiatement dépêchée et revient confirmer l'absence de toute menace imminente dans leur secteur. Peu après, une brève escarmouche les oppose à une petite unité ottomane, qui se retire. Cependant, le calme est de courte durée. Vers , de violents tirs se font entendre au loin depuis Oghratina, signalant une attaque. À , un premier message confirme que cette attaque sur Oghratina a été repoussée. Pourtant, à , un second rapport annonce que les combats reprennent avec intensité à Oghratina. En même temps, un message en provenance de Romani alerte sur une attaque en cours sur Dueidar, ce qui suggère un élargissement de l'offensive ottomane. Enfin, à , un dernier message signale qu'une autre offensive ottomane, cette fois sur Katia, a été repoussée.

À , une patrouille envoyée vers Oghratina aperçoit soldats ottomans qui avancent vers Katia, répartis en deux longues lignes à environ . Derrière eux, des troupes en formation serrée et des cavaliers progressent vers le sud-ouest pour encercler la position. À , une batterie de canons de montagne installée près d’Er Rabah ouvre le feu sur Katia depuis le nord-est. En quelques minutes, plusieurs cavaliers sont tués ou grièvement blessés. gauche|vignette|Troupes ottomanes à Katia. Plutôt que de se replier sur Romani ou Bir el Hamisah, le capitaine Lloyd Baker décide de rester à Katia pour protéger son groupe de Royal Engineers, tout en comptant sur un soutien en provenance de Romani. Son escadron du Gloucestershire ouvre un feu soutenu contre les Ottomans, dont le nombre ne cesse de croître. Peu avant , des renforts britanniques arrivent : les Gloucestershire Hussars depuis Romani et les Worcestershire Hussars depuis Bir el Hamisah. Ils atteignent la garnison, désormais sous le commandement du lieutenant-colonel Charles Coventry. Les Ottomans intensifient leurs tirs et resserrent leur encerclement, et, peu avant , parvenus à , ils lancent l’assaut. Le flanc des Gloucestershire Hussars s’effondre, ce qui oblige Coventry à ordonner la reddition.